J'aime bien effrayer les lecteurs lol, une petite confrontation john – ronon, la vraie viendra bien plus tard
John s'était laissé conduire docilement jusqu'à l'infirmerie. Aucune protestation. Sous le coup de l'annonce de sa paternité, en état de choc, il marchait sans même savoir quelle sera sa destination. Evan observait au coin son supérieur, heureux de le revoir parmi eux, et en même temps, inquiet quant aux conséquences de son retour. Il ne s'inquiétait pas pour son poste, c'était le cadet de ses soucis. Non, Evan songeait plutôt à l'impact que son retour pourrait avoir chez certaines personnes en sachant que John avait sciemment cherché à se faire passer pour mort. Comment réagiraient-ils? Lui même avait des difficultés à comprendre son acte, à comprendre comment on peut tirer un trait sur sa vie.
- « Cette visite n'est pas vraiment nécessaire Lorne » fit John en pénétrant dans les locaux de l'infirmerie.
Les premiers mots prononcés depuis plusieurs minutes.
- « Au contraire, colonel. Vous n'avez pas vu un médecin depuis près de deux ans. »
John haussa des épaules, résigné, et s'assit sur un lit vacant.
- « Je vais rester auprès de vous jusqu'à ce que le docteur Keller arrive. »
- « Keller? »
Evan ferma les yeux en réalisant sa méprise; John n'était pas au courant du décès de Carson survenu voilà un an. Avec le temps, tous avaient appris à surmonter cette tragédie, mais concernant John, cela lui ferait un autre choc de plus à encaisser.
- « Keller est le remplaçant de Carson. Il.. il est mort il y a un an au cours d'une explosion. »
John ne dit rien, se repliant, au contraire, un plus sur lui même. Etait-ce de l'apathie ou de la distanciation? Ou tout simplement le choc?
Keller se présenta devant les deux hommes, Lorne eut tôt fait de s'approcher d'elle et de lui chuchoter quelques mots à l'oreille. Elle fronça des sourcils et acquiesça par un signe de tête.
- « Bonjour, je suis Jennifer Keller. » fit-elle, hésitante, ne sachant pas comment se comporter face à cet homme dont elle avait tant entendu parler.
- « Je vais vous laisser le temps que vous l'examiniez. » informa Lorne en s'éloignant.
Keller conduisit le chef militaire du regard, appréhendant de se retrouver seule avec John. Finalement, elle reporta son attention sur son nouveau patient.
- « Vous pouvez...vous pouvez ôter votre haut s'il vous plaît » demanda t-elle en mimant le geste à la parole.
Sans même accorder la moindre attention au médecin, John obtempéra et enleva sa chemise sous l'oeil observateur du médecin qui releva immédiatement d'anciennes blessures, et notamment une. Celle-ci attira toute son attention du fait qu'elle soit légèrement boursouflée, caractéristique d'un manque de soins. Keller voulu approcher sa main pour palper cette cicatrice mais John la repoussa vivement.
- « Je... je suis désolée je... »
Ses mots se perdirent dans la gorge à mesure que John la fixait intensément sans desserrer les mâchoires. Ce quidam n'était en rien l'homme que tous lui avaient peint, et notamment Ronon. Elle ne voyait en lui qu'un être bourru qui lui faisait presque peur. Jennifer esquissa une grimace et se plaça derrière lui pour écouter son coeur avec son stéthoscope. Alors qu'elle écoutait son rythme cardiaque, elle se perdit dans la contemplation de son tatouage. Un magnifique oiseau aux ailes déployées. Peu favorable à l'idée qu'on puisse vouloir se faire marquer la peau pour la vie, elle devait avouer, néanmoins, que celui-ci était particulièrement beau.
- « Cet oiseau.. »
- « C'est un phénix. » répondit-il, de but en blanc, anticipant sa question.
OoO
Lorne attendait devant la porte de l'infirmerie que Keller ait fini son examen sur John. Un examen, certes de routine, mais qui leur permettrait par la même occasion de comprendre ce qu'il lui était arrivé sur cette planète. Car d'après les propos de Ronon, John avait été touché assez gravement avant de tomber dans l'eau. Inconscient, son corps avait dérivé suffisamment longtemps dans l'eau de sorte qu'il aurait dû se noyer. Qu'il soit vivant relevait donc du miracle. D'accord, John était un militaire à la peau dure, mais il n'en demeure pas moins un être humain. Un être mortel.
Des bruits de pas perturbèrent Evan dans sa réflexion. Il releva le menton et vit Rodney accourir en sa direction.
- « C'est vrai?! » demanda le scientifique.
Sa voix dénotait une immense joie. De la joie ainsi que de l'exaltation, la même que lorsqu'il faisait une découverte capitale. Evan ne put réprimer un sourire, mesurant parfaitement la joie du canadien en apprenant la résurrection de son ami.
- « Oui, on t'as bien renseigné »
Rodney sentit son estomac se tordre d'émotion. Son ami, celui qui était sensé mort et enterré – une façon de parler - se trouvait derrière ces portes. Son regard croisa celui de Evan. Un regard d'incompréhension. Comment est-ce possible? Cette question, bien que récurrente, était légitime pour tous ceux qui avaient vécu jusqu'à là en le croyant décédé.
- « Elizabeth est-elle au courant? » s'enquit Rodney qui attendait une réponse plus développée qu'un oui ou qu'un simple non.
- « Comme tu peux aisément imaginer: elle est sous le choc »
Le scientifique dévia son regard vers le sol, imaginant parfaitement dans quel état devait se trouver la jeune femme. Partagée entre la joie et le choc, il lui fallait du temps pour accepter son retour.
- « Sait-il pour Jo? »
Evan hocha la tête, à défaut de mots pour qualifier la réaction de Sheppard sur l'annonce de sa paternité, il se contenta d'un signe de la tête.
- « Pourquoi ais-je l'impression que tu ne me dis pas tout? » demanda Rodney, soupçonneux eu égard à la mine sombre que le chef militaire arborait.
C'est comme si le retour de John le gênait d'une certaine façon, mais Rodney rejeta immédiatement cette supposition sachant à quel point le chef militaire l'appréciait.
- « Tu devrais te préparer à le voir changer. Celui que tu as connu... John n'est plus vraiment le même. »
- « Comment ça? »
Evan soupira de soulagement en voyant Keller sortir de l'infirmerie.
- « Ah Rodney vous êtes là? »
- « Comment se porte t-il? » s'enquirent les deux hommes à l'unisson.
- « Euh... bien. Il se porte bien. » répondit Keller sans grande conviction.
Physiquement, John ne présentait aucun problèmes de santé, mais au vu de son attitude, elle n'aurait su dire quoi, quelque chose chez lui la tracassait. Etait-ce dû au fait qu'il se soit révélé tout le contraire de l'homme qu'on lui avait peint depuis toujours? Cet homme si froid, si rigide, ressemblait énormément à un prisonnier ayant passé toute sa vie en prison. Plus rien ne semblait le toucher.
Que lui était donc arriver? Il n'était plus qu'un zombi à cheval entre sa condition de vivant et de mort. Une comparaison, certe hyperbolique, mais qui brossait parfaitement la sensation que John lui avait donné lors de son osculation.
Heureusement que Rodney n'avait pas remarqué son hésitation, il partait déjà rejoindre son ami.
- « Je peux vous le laisser? » demanda Evan en plissant des yeux. « Je dois avertir le sgc de son retour. »
- « Allez s'y colonel ».
Keller regarda Evan partir jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision. La jeune femme croisa les bras, attendant un peu avant de perturber les re-trouvailles entre les deux hommes. En espérant que tout se passe bien...
Et sans qu'elle ne s'y attende, alors qu'elle était perdue dans ses pensées, deux bras l'encerclèrent fermement par derrière.
- « On est perdu dans ses pensées? » lui chuchota une voix masculine familière contre son oreille.
Jennifer se retourna pour faire fasse à son assaillant et lui sourit.
- « Tout va bien? »
Le médecin déglutit et inclina la tête.
- « Bien »
- « C'est vrai ce mensonge? » demanda Ronon en la scannant du regard.
Elle ne pouvait pas lui mentir, il était trop facile de voir lorsqu'elle mentait. Elle se mettait alors à bégayer, et ses yeux n'en parlons pas : un véritable détecteur de mensonge à eux tout seuls!
- « Tu devrais t'asseoir. » proposa le médecin dont les attentions, certes admirables, avaient plus le don d'agacer le runner, peu patient et peu enclin aux long discours.
- « J'ai fais quelque chose de mal? »
- « Non, non, tu n'as rien à te reprocher. »
Keller ferma les yeux un instant, comme pour se souvenir, se rappeler cette année passée ici avec Ronon. Aussi loin que ses souvenirs la portaient, Ronon parlait souvent de John, ne cessant de flatter ses mérites aussi bien sur un plan humain que militaire. Sa mort l'avait tellement fais souffrir. Et il souffrait toujours alors l'annonce de son retour... Non, elle n'osait même pas imaginer quelle joie sera celle de son compagnon en l'apprenant.
Mais le reconnaîtra t-il ?
John avait tellement changé, et de toute évidence, Lorne n'infirmait pas son opinion. Qu'elle puisse le juger hâtivement en se fondant uniquement sur les paroles des autres aurait pu l'enduire en erreur. Après tout n'a t-on pas pour mauvaise habitude d'embellir le caractère et la personnalité des morts? Sauf que Lorne lui donnait raison...
- « Jennifer? »
- « John est vivant, il est à l'infirmerie » fit-elle en avalant presque tous les mots.
OoO
Depuis le départ du médecin, John laissait vagabonder son regard ici et là dans ces lieux qu'il avait trop souvent arpenté à son goût. Rien n'avait changé. Toujours la même odeur d'alcool, de désinfectant. Les mêmes lits disposées de manières obliques. Il se trompait. Tout avait changé, y compris par le médecin chef. Carson était décédé. Sur le coup de l''annonce de sa mort, John n'avait pas réagit, non pas en raison d'un manque d'intérêt alors qu'il avait toujours porté pour le médecin un profond respect, mais disons qu'il s'agissait plus du choc. Il y avait plus de chance pour qu'un militaire, un scientifique à la rigueur, décède plutôt qu'un médecin.
John se reprocha son antipathie pour Keller, après tout, il ne la connaissait pas et il n'était pas de son accoutumée de faire un pré-jugement sur les gens sans les connaître. Ou du moins avant... Car désormais, John était sans arrêt sur la défensive, avare pour offrir sa confiance, il partait du principe que les personnes finissent tôt ou tard par vous décevoir si ce n'est de vous blesser. C'est aussi simple que cela. La seule personne sur qui vous pouvez compter est vous et vous seul.
Mais alors, pourquoi avait-il ressenti la nécessité de revenir lorsque Lorne lui avait parlé d'un problème? Toujours ce même besoin d'aider les autres, il avait foncé bille en tête! Comme si ce dévouement ne l'avait pas amené à sa perte... Eu égard de ce qu'il avait remarqué depuis son arrivé, atlantis se paressait pas en grand danger - pourquoi Lorne l'avait berné? Un faux prétexte pour le ramener? Pour le ramener vers elle et... vers son fils.
Son fils. John ne parvenait pas à assimiler cette information. Qu'il soit le père de cet adorable petit garçon lui apparaissait si... si. Non, décidément il ne trouvait pas les mots pour qualifier ce qu'il ressentait.
John se passa les mains sur le visage. Tandis qu'il dévia son regard vers la porte, se demandant quand Keller daignerait bien revenir, son attention se porta sur Rodney. Stoïque, semblant ne pas respirer, le scientifique le transperçait de son regard bleu acier. Un regard que John ne lui connaissait pas et qui le troubla énormément.
- « La barbe, ça vous donne un genre » dit Rodney pour rompre ce silence pesant sans pour autant faire le moindre geste.
Il venait d'entamer la conversation, à la manière Mckay, en marge de ce que les conventions voudraient. Aucun : je suis heureux de vous revoir, nide : on vous croyez mort. Par la banalité de ses paroles, Rodney laissait passer toute sa joie de revoir son ami, et cela, John le comprit parfaitement puisqu'il lui sourit. Pas un sourire franc ni charmeur comme il en avait l'art et la manière auparavant, car désormais il en était incapable, mais un timide sourire traduisant que sa joie était réciproque.
- « Je prendrais ça pour un compliment » répliqua John en passant une main sur sa joue.
Rodney ne répondit rien, une absence de réponse qui désarçonna John si peu habitué à voir son ami silencieux. Mais il ne s'en formalisa pas plus, comprenant aisément qu'il puisse être déstabilisé.
- « Comment allez vous? » s'enquit John, parfaitement conscient de la stupidité de sa question.
- « Moi? Je suis en vie comme vous pouvez le constater. »
Il encaissa sans broncher la pique du canadien - ne l'avait-il pas mérité? De toutes les personnes ayant vécu dans le mensonge de son décès, seules quelques unes trouvaient grâce à ses yeux, compatissant de la peine qu'il leur avait infligé. Et Rodney faisait partie de ces personnes là.
- « Et.. et vous aussi... » enchaîna Rodney d'un ton moins revanchard, réalisant que finalement il ne savait rien de ce que John avait vécu, alors à quoi bon juger de manière si hâtive. « Je veux dire... je suis heureux de vous voir.. »
John descendit du lit et fit quelques pas en sa direction, prenant soin de laisser une certaine distance entre eux.
- « Moi aussi » répondit John sans décroiser son regard de lui.
Un frisson parcourut Rodney lorsque les yeux jades de son ami se posèrent sur lui. Quelle en est la raison? Peut être car il entrevoyait quelque chose qu'il ne lui connaissait pas et qui l'effrayait dans le même temps. Ces yeux sur ce visage familier lui paressait comme ceux d'un étranger, ceux d'une personne ayant trop vécu. Ou trop souffert?
Alors que Rodney se serait réfugié dans le sarcasme, refuge des cerveaux mesquins comme aimait lui dire John auparavant, le scientifique fit le geste qui aurait causer étonnement et confusion dans l'esprit de tous. Il s'avança et prit John dans ses bras. Une accolade amicale, presque fraternelle. Une accolade entre deux hommes que tout oppose mais réunit par une amitié dont le temps et l'éloignement n'avaient pas eu pour conséquences d'ébranler.
Des retrouvailles entre amis.
Bien que surpris par le geste, John n'en fit rien et accepta ces bras généreusement offerts alors même que tout son être le poussait de s'écarter, la promiscuité n'étant plus un terrain connu de lui.
John ne remarqua pas quand la porte s'ouvrit derrière lui, il ne savait pas que quelqu'un d'autre était dans la pièce jusqu'à ce que Ronon parle.
- « J.. John. »
Cette voix. John ferma les yeux un instant et les ouvrit, son regard s'accrochant lourdement au disciple de Judas. En l'espace de deux ans, jamais il n'avait cessé de se demander quelle serait sa réaction dans le cas, hypothétique, où il le reverrait. Eprouverait-il la même rancoeur? Sa haine était toujours profondément ancrée en lui, aussi indélébile que sa cicatrice sur son abdomen. Le temps n'avait pas amoindri sa colère, au contraire, le temps l'avait nourri, l'avait décuplé. En le voyant, John les imaginait aisément en train de se donner l'un à l'autre. Lui, donnant tout ce qu'il avait dans ses tripes pour la satisfaire, et elle, criant encore et encore son nom de plaisir jusqu'à ce que la jouissance les gagne.
John réprima un haut de coeur.
- « Je.. j'arrive pas à y croire » fit Ronon en s'avançant vers lui.
Rodney recula d'un pas, ne comprenant pas la tension soudaine dans la pièce.
- « Vous allez pas lui en coller une? » demanda t-il.
Non. Bien que tenté, John ne comptait plus se rabaisser à cela. Sans un regard, il tourna les talons et sortit sous le regard d'incompréhension de Rodney qui le suivit au pas.
Mais bon sang qu'est-ce qu'il lui prend?
Rodney courut après John et le rattrappa au détour d'un couloir.
- « Vous compter aller où exactement? » demanda Rodney en le bloquant avec son bras pour le faire se retourner.
Aucune réponse. Les mâchoires crispée, la veine de son cou palpitante, John était sur les nerfs, et encore c'était peu dire.
- « C'est après les filles que je coure d'habitude »
Rodney s'attendait à une réponse digne de Sheppard, une réponse sarcastique comme il savait si bien les formuler. Vous courez après les filles mais sans grand résultat – une phrase un peu de ce genre. Mais rien. Un côté noir s'était réveillé chez John au moment où Ronon était arrivé, cette facette n'étant pas vraiment inconnue, sauf qu'il ne l'abordait que pour ses ennemis.
- « Allons manger un bout au mess. » proposa Rodney fit-il d'un ton mi-figue mi-raisin, ne sachant plus quoi dire de peur de s'attirer les foudres de son ami.
- « Pourquoi pas. »
Le canadien soupira de soulagement.
