Mille excuse pour cette absence mais j'ai dû rongé mon frein en attendant qu'on répare ma ligne téléphonique grr, une longue suite!!
- « Comme vous pouvez le constater, la nourriture ne s'est pas arrangée » dit Rodney pour rompre le silence.
Fixé sur son assiette composée de poulet rôti et d'une chose verdâtre qui paressait être des haricots verts, John ingurgitait les aliments sans apprécier le goût, ou plutôt, sans remarquer le manque de saveurs de la nourriture trop fade de la base.
- « Mais vous semblez aimer ou alors vous n'y prêtez aucune attention » enchaîna Rodney, son timbre de voix légèrement sardonique.
Rodney fronça des sourcils, et sans se départir de sa volonté de le faire réagir, il annonça:
- « J'ai eu le prix Nobel »
Peine perdue. Il ne l'écoutait pas. Rodney se reversa contre le dossier de sa chaise et enfourna une cuillère de mousse au chocolat en reportant son attention ailleurs. Toutes les personnes présentes avaient le regard fixé sur eux, ou plutôt sur John. La nouvelle de son retour s'était propagée à une vitesse phénoménale.
- « Vous mentez »
- « De quoi? »
- « Vous n'avez pas eu le prix Nobel. »
Rodney réprima un sourire de satisfaction. Enfin, il avait réussi à le faire réagir.
- « Pourquoi? Ce serait si impensable, moi qui a sauvé Atlantis je ne sais combien de fois! »
- « Celui qui obtient le prix Nobel reçoit un million de dollars en récompense. Si c'était le cas, vous seriez parti depuis une belle lurette! »
- « Sauf si je ressentais le besoin de rester pour Elizabeth et son fils » rétorqua Rodney sans réfléchir.
Aussitôt, il se reprocha son manque de tact. Rien ne servait de renfoncer le couteau dans la plaie en lui rappelant les conséquences de sa disparition. En apprenant l'existence de Johnatan, il avait certainement dû s'en vouloir de n'être pas présent pour son fils et pour Elizabeth. D'ailleurs en pensant à la jeune femme, où était-elle? Pourquoi n'était-elle pas collée à John comme le voudrait les circonstances?
- « Pardon.. ce que je voulais dire... »
- « Pas la peine de vous excuser Rodney. Je n'ai pas disparu. Je pouvais revenir ici. »
Avait-il bien entendu et surtout compris où John voulait en venir? Il avait l'opportunité et les moyens de revenir parmi les siens et... Non, il n'était pas revenu.
- « Vous.. vous n'avez pas voulu revenir. Mais pourquoi?! » s'étrangla Rodney.
- « Car je ne le voulais pas, car je n'avais pas ma place ici » répondit-il d'un ton si calme qui choqua encore plus Rodney.
- « Laissez moi rire! Et Elizabeth dans tout ça!... Et nous alors!... On vous a cru mort, on a dû faire notre deuil, alors qu'en fait, Monsieur pétait la forme et gambadait sur une autre planète! »
Son ton était à présent hargneux. Décidément, il ne comprenait pas mais il ne lâcherait pas le morceau tant qu'il n'aura pas une explication qui puisse lui convenir. Une explication qui permettrait de justifier qu'on puisse faire autant de mal à ses amis. En se faisant passer pour mort, il avait sciemment causé de la souffrance à ceux qui le portaient dans son coeur. Sans parler de lui, mais Elizabeth; la jeune femme était passée par un véritable parcours du combattant pour sortir la tête de l'eau, et encore, elle ne vivait plus que pour son fils et pour la cité. Une partie d'elle était morte le même jour que lui.
- « Pourquoi? » tonna Rodney en tapant du poing sur la table.
- « Si vous saviez toute l'histoire, vous comprendriez. » répliqua John d'un calme olympien.
- « Comprendre quoi? Hein? Car là je vois juste un homme qui a lâchement laissé tomber les siens, sa femme enceinte.. bon vous ne le saviez pas encore pour son état je vous l'accorde... mais vous l'avez tuée d'une certaine manière. »
- « Je l'ai tuée! » tempêta John en poussant violemment son assiette devant lui afin de se rapprocher de Rodney. « Vous inversez les rôles Mckay! »
- « Et votre famille alors. Votre frère, votre père, imaginez leurs peines quand je leur ai annoncé votre mort »
Le choix des mots, ou peut être le fait que Rodney parle de sa famille, un sujet extrêmement sensible, le fit sentir mal. Il comprit alors la différence d'attitude entre celle d'un roi et d'un bouffon.
- « Votre père – qu'il repose en paix le pauvre – est mort peiné de n'avoir jamais pu se réconcilier avec vous. »
- « Quoi? »
Rodney se mordit la langue d'avoir parler trop vite.
- « Euh... »
- « Mon père est mort?! »
- « Oui.. je suis désolé, une crise cardiaque. »
OoO
Parce qu'elle avait suffisamment dormi, ou car inconsciemment, elle savait qu'il était temps d'affronter la situation, Elizabeth sortit de son sommeil. Un moment de répit avant d'affronter John. La jeune femme resta un long moment allongée sur le lit à fixer le plafond, repoussant l'inéluctable. Elle ne s'inquiétait pas pour Johnatan, sachant très bien que Teyla s'en occupait, encore une fois.
Doucement, elle se laissa glisser hors du lit et se dirigea vers la salle de bain pour se passer un peu d'eau sur le visage. Son reflet dans le miroir n'était pas très glorifiant : les yeux gonflés et rougis, son teint de peau d'une blancheur cadavérique. Elle se massa délicatement les pommettes de ses joues avec l'illusion de pouvoir leur redonner un peu de couleurs.
Elle respira à plein poumon puis tourna les talons, prête – enfin, aussi prête qu'elle ne le sera jamais - pour cette discussion laissée en suspens depuis deux ans. Cette discussion qui n'avait jamais eu lieu car bercée par la croyance du décès de John. Combien de fois s'était-elle fait le film dans sa tête dans lequel elle le suppliait de le pardonner, de lui donner une autre chance? Et là, miracle ou bien achèvement de sa rédemption, cette occasion lui était enfin offerte, sauf qu'une donnée avait changé, et pas des moindres. John n'avait jamais cherché à revenir. Elle le savait, par son intuition, son instinct, ou alors peut être par ce regard... Il n'avait jamais eu l'intention de revenir.
Devait-elle lui en vouloir pour l'avoir lâchement abandonnée avec le poids d'élever un enfant seule?
Beaucoup de monde pourrait ne pas lui pardonner, mais étrangement, s'agissant d'elle, Elizabeth n'imaginait même pas lui en tenir rigueur bien que la gifle de toute à l'heure puisse porter à confusion.
A qui revenait la faute de tout ce massacre? Qui avait engendré cette situation?
Aussi loin qu'elle s'en souvienne, John n'avait pas été voir ailleurs. Il n'avait pas commis l'acte rédhibitoire par excellence dans un couple. Et si les rôles avaient été inversés? Qu'aurait-elle fait?
Une réponse simple pour une fois, elle l'aurait quitté sans la moindre once d'hésitation. Il aurait eu beau la supplier, elle ne l'aurait pas pardonné. L'adultère de John aurait sonné la fin de leur couple...
Alors quoi qu'il fasse. Qu'il oublie sa peine en s'envoyant une orde de filles, qu'il se conduise comme le dernier des derniers, qu'il se fasse passer pour mort pendant deux ans; Elizabeth ne pourrait jamais lui en vouloir.
Etrange? Pathétique?
Peut être. Mais le poids de la culpabilité peut vous faire accepter, endurer, tant de choses.
Elizabeth soupira, et lentement, elle marcha jusqu'à la porte.
- « Ronon? »
Ce dernier avait la main en l'air, prête à frapper la porte.
- « Teyla m'a informé que tu te reposais dans ses quartiers. »
Par un signe de la main, la jeune femme lui indiqua de rentrer. Ses yeux s'assombrirent dans la pénombre de la pièce, presque noirs, et elle hocha de la tête.
- « Tu l'a vus? »
- « Oui, un bref instant. »
- « Bien. Bien. »
Mais tout n'allait pas bien. Pas un seul moment elle n'avait pensé à la réaction de John au moment où il croiserait Ronon. L'avait-il frappé? Après un bref examen du faciès de Ronon, Elizabeth soupira de soulagement en ne voyant aucune marques de coups.
- « Non, il ne m'a pas frappé » fit-il en comprenant ses pensées, bien qu'il s'en soit fallu de peu pour goûter une fois encore à la droite de John, songea t-il. « Comment réagis-tu? »
- « Euh.. je te mentirai en te disant que je le prends bien... Tu dois me prendre pour un monstre mais... »
- « Stop, arrête ça tout de suite. Je comprends. »
Lui même éprouvait les mêmes sentiments contradictoires. La joie de le revoir et dans le même temps de la souffrance de le savoir en vie. C'était certainement égoïste, mais au moins lorsque tous le croyait morts, il leur était plus facile d'entrevoir l'avenir alors que désormais... Son retour obligerait à déterrer des vieux squelettes, à faire face aux erreurs du passé. A présent, l'avenir leur apparaissait bien obscur...
- « Allons lui parler ensemble, je ne me défilerai pas cette fois-ci » fit-il d'une voix qui ne laissait place à aucune contestations.
Et à dire vrai, Elizabeth était soulagée que Ronon lui propose de l'épauler.
- « Merci. »
- « Mais de quoi? »
- « D'être ce que tu es. » répondit-elle tout simplement.
Par une pression de son index sous le menton, Ronon la força à lever son visage.
- « Je serai toujours là, moi. »
Elizabeth ne releva pas le double sens, comprenant que Ronon soit arrivé à la même conclusion qu'elle : John avait délibérément fui sa vie...
OoO
- « Quand est-il mort? »
- « Il y a à peine 6 mois... » répondit Rodney confus.
L'annonce de sa mort aurait dû le laisser de marbre, enfin, il avait toujours envisagé que ce serait le cas le moment venu. Sauf que là, sans qu'il ne puisse l'expliquer pourquoi, John ressentit de la peine... Celle qu'on ressent communément lorsqu'on perd quelqu'un de proche, une personne de sa famille. Son père et lui n'avaient jamais été très soudés, au contraire, toujours en désaccord. Leur relation était plus basée sur le conflit que sur l'amour et le respect père-fils.
- « John? » appela le canadien, inquiet face au silence de son ami.
Aucune réponse. Rodney se reprocha son impulsivité et son absence de retenue verbale. Quelque fois, il ferait mieux de réfléchir avant de parler!
- « John? » appela de nouveau Rodney.
Ce dernier daigna enfin à relever le menton. John. Il n'avait plus l'habitude de se faire appeler ainsi.
- «Comment... comment a-t-il réagit pour moi? » demanda t-il, poussé par une curiosité malsaine.
Rodney fronça des sourcils, se souvenant parfaitement des conversations avec le vieil homme où ce dernier se déchargeait de toute sa culpabilité de n'avoir jamais été un père, de n'avoir jamais su lui dire à quel point il aimait. Et surtout, qu'il regrettait cette distance, cet éloignement qui s'était instauré au fil du temps.
Ce fut un réel choc d'apprendre le décès de son fils alors qu'il imaginait en mission dans un des quatre coins du monde tout en prenant du bon temps. Ne pouvant révéler la moindre bride d'information sur les circonstances de son décès, Rodney s'était contenté de la version officielle, à savoir que John était mort au combat. Rien de plus. Quelle frustration de devoir se contenter de la version officielle sans connaître les circonstances exactes du décès de son fils!
Dans l'espoir d'apaiser sa douleur, Rodney lui avait alors parlé de Elizabeth et du fait qu'il serait bientôt grand père, sauf qu'il avait menti en prétendant que John le savait. A quoi cela aurait servi de lui dire que son fils était mort avant même de l'apprendre?
John parla à peine plus fort qu'un chuchotement :
- « Est ce qu'il l'a vu? »
- « Qui? Votre fils? Johnatan. Il a un prénom vous savez. Oui, il la connu et l'aimait beaucoup. Apparemment c'est vous lorsque vous aviez son âge. J'espère néanmoins, que adulte, il sera moins insupportable que vous. »
Le regard de Rodney se fixa soudain vers un point derrière John.
- « Quoi? » demanda l'ancien militaire en se retournant.
Teyla venait d'entrer au mess avec Johnatan dans les bras et cherchait du regard une personne. Lorsqu'elle vit John, l'athosienne s'approcha lentement de sa table.
- « On peut s'asseoir avec vous? »
Rodney acquiesça de la tête, satisfait de voir John examiner son fils sous toutes les coutures comme s'il était une de sept merveilles du monde.
- « C'est l'heure pour lui de manger je suppose, je vais te chercher la chaise haute » proposa Rodney.
- « Merci. »
Assis sur les genoux de Teyla, Johnatan regardait curieusement l'homme devant lui, un homme qu'il n'avait jamais vu auparavant. Il tendit son petit bras et toucha la barbe de John.
- « Non Jo, ça fait mal » le réprimanda Teyla lorsque Johnatan se mit à tirer sur les poils de la barbe de son père.
- « Ce n'est rien. »
Le scientifique revint avec la chaise de Johnatan et le plaça à l'intérieur sous la mine étonnée de John. Jamais il n'aurait cru que Rodney puisse s'occuper d'un enfant avec une telle aisance sans qu'il y ait besoin de le menacer d'une manière ou d'une autre. Lui, qui avait toujours prôné son antipathie envers tous ceux qui n'avaient pas atteint l'âge de la majorité, prenait soin d'un bébé, et même très bien.
- « Ne soyez pas étonné » fit Teyla lorsque Rodney s'éloigna de nouveau pour aller chauffer le petit pot de Johnatan. « Rodney aime s'occuper de Jo. »
- « C'est... c'est ce que je vois »
- « Il est un peu la mascotte de la cité, tout le monde l'aime. »
Comment pourrait-il en être autrement, songea John en reposant son regard sur Johnatan. Ce dernier lui adressa alors un magnifique sourire... Un sourire qui fit frissonner John tant il eut l'impression de se regarder dans un miroir.
Teyla observait, satisfaite, de voir le père et le fils dans leurs premiers échanges. Entre eux, le courant passait déjà. Pendant l'espace d'un instant, si bref, elle vit se rallumer quelque chose dans les yeux de son ami. Une étincelle de joie de vivre qui semblait l'avoir quittée.
- « Vous voulez lui donner à manger? » demanda Teyla lorsque Rodney revint à la table.
- « Euh... non, non »
Il en mourrait d'envie pourtant... Teyla le vit mais ne s'en formalisa, se disant qu'il était peut être encore un peu tôt pour que John veuille endosser son rôle de père. Il s'en chargera bien assez vite de lui même. Finalement, ce fut Rodney qui s'y colla, prenant bonne garde de lui donner des petites cuillères et d'attendre qu'il ait fini de tout avaler comme Elizabeth le lui avait appris, sauf que Johnatan recrachait à chaque fois la moitié de sa purée de carotte.
- « Non, mais tu as fini toi?! » pesta le scientifique en essuyant avec la cuillère le reste de nourriture autour de la bouche du petit garçon.
- « C'est étrange, il ne le fait pas avec moi » le taquina Teyla, sachant pertinemment ce qu'il lui rétorquerait.
- « C'est écrit dans son code génétique: rendre la vie de Rodney Mckay insupportable. »
John ne put que sourire face à la réplique de son ami.
- « Rectification: Meredith... Rodney Mckay ».
Mais son sourire s'effaça très vite de son visage lorsqu'il vit deux personnes s'approcher de leur table. Au moment où il s'apprêtait à se lever, Rodney, par une intonation de voix autoritaire qu'il ne lui connaissait pas, lui intima de rester là.
- « John » appela Elizabeth d'une voix calme et posée mais qui trahissait pourtant un manque de confiance en elle. « Il serait temps de parler. »
- « Et de quoi? »
- « Sur ce qu'il s'est passé il y a deux ans »
Les sourcils de John se levèrent comme pour souligner l'incrédulité de ses paroles bien qu'il comprenne où elle voulait en venir.
- « Tu veux que je te rafraîchisse la mémoire peut être? » demanda t-il sur un ton sec et sarcastique.
Tandis que Teyla se levait, gênée, jugeant que sa présence n'était pas requise, John lui ordonna de rester par un signe de la main.
- «Oui, parlons de ce qu'il s'est passé il y a deux ans devant Teyla et Rodney. Qu'ils cessent de me prendre pour l'infame qui a laissé tomber tout le monde. »
- « John.. ne fais pas ça.. » fit-elle d'une voix cassée.
- « Et pourquoi? Car on cessera de te voir comme Madame perfection et... »
- « Sheppard fermez là! » tonna Ronon
Le runner était resté silencieux jusqu'à là, respectant le voeux de Elizabeth de la laisser parler à John; mais ce dernier, par son manque de respect flagrant, son agression verbale, avait anéanti toute volonté de rester en dehors de cette conversation. Oui, John avait souffert, énormément, d'ailleurs personne ne savait par quoi il était passé ces deux dernières années. Mais il n'était pas le seul. Elizabeth s'était acquittée, et même doublement, de sa peine. Peu de femmes aurait eu le courage et la force de passer par les mêmes épreuves. Alors qu'on ne vienne pas lui jeter la pierre.
- « On peut se parler sans s'accabler de reproches » enchaîna Ronon plus calmement en s'asseyant en face de John.
- « Ron » appela Johnatan en tendant les bras pour que le runner le prenne dans les bras mais ce dernier fit mine de pas s'en apercevoir.
Le petit voulait les bras du runner, il le voulait lui.
John eut la nausée. Il lui avait vraiment tout pris... et même son propre fils. Son fils qui, de toute évidence, le considérait comme son père. Ce n'est pas Ronon que Johnatan devrait réclamer, mais lui, sauf qu'aux yeux de son fils, il ne représentait qu'un parfait inconnu.
- « Bien, je vais vous dire ce que vous voulez savoir » dit John calmement.
