Comme promis je poste une seconde suite cette semaine!
- «Bien, je vais vous dire ce que vous voulez savoir» dit John calmement.
Ce calme dans sa voix, son attitude, un contraste perturbant et choquant lorsqu'on savait quelle colère se contenait en lui. Un magma de rage qui ne demandait qu'à sortir, dévastant tout sur son passage, peu importe les dégâts, peu importe les conséquences. Il avait trop longtemps retenu ces sentiments malsains en lui. Bien trop longtemps.
John remonta légèrement sa chemise, juste assez pour dévoiler son abdomen. Du doigt, il montra une cicatrice : l'impact d'une balle.
- «Celle que j'ai reçu sur cette planète juste avant de tomber dans l'eau. J'aurai dû me noyer mais...je ne sais pas par quel miracle ou par quelle malheur, je ne suis pas mort. Quoi qu'il en soit, tout ce que je me souviens, c'est de m'être réveillé trois jours plus tard. Un père et sa fille m'avaient trouvé à moitié mort sur le bord du rivage et m'avaient ramené sur leur planète pour me soigner.»
- «Vous auriez pu revenir!» pesta Rodney qui ne comprenait décidément rien au comportement de celui qui fut jadis son ami, car désormais, il avait la sensation de voir un inconnu.
- «Mais peut être parce que je n'avais pas envie de revoir cette femme qui m'avait trompé avec celui que je considérai comme un frère d'arme, un ami» répondit John d'un ton froid mais sans élever la voix un seul moment.
Rodney cligna des yeux, tentant de comprendre le sens pourtant clair des paroles de John. Trompé. Dans quel sens? Le scientifique envisagea toutes les possibilités avant de comprendre enfin.
- «Vous... vous avez?» demanda Rodney en fixant tour à tour Elizabeth et Ronon. «Mais pourquoi??»
- «Rodney, ce n'est pas le moment» reprocha Teyla en lui dardant un regard par lequel elle le suppliait de se taire.
Ainsi, elle avait vu juste. Ses suppositions n'étaient pas si fantaisistes. Voilà ce qui expliquait pourquoi John n'était jamais revenu. Trahi, trompé par la femme qu'il aimait, John avait saisi l'opportunité de se faire passer pour mort. Au lieu d'affronter la situation, il avait fui. Ce comportement ne ressemblait pourtant pas à John, du moins, en ce qui concerne le travail.
- «Je pense que si c'est le moment» répliqua Rodney avec le même agacement dans la voix. «Et vous comptiez nous le dire un jour ou le garder pour vous précieusement!»
Elizabeth ne savait plus où se mettre. Elle n'osait pas croiser le regard du canadien qu'elle savait rempli de reproche.
- « Ne juge pas s'en savoir, Rodney» fit Ronon d'un ton cinglant. «Tu ne sais rien»
- «Et moi non plus.» renchérit John sur le même ton. «Alors expliquez moi pourquoi vous m'avez poignardé dans le dos... Je ne suis même pas sûr que vous le sachiez.»
John n'attendit pas la réponse et se leva.
- «Et tu comptes aller où?» demanda Ronon. «Tu veux repartir sur ta planète en laissant tomber une fois de plus ton fils» ajouta t-il en montrant du doigt Johnatan.
Le petit garçon n'appréciait pas vraiment tous ces éclats de voix. Au bord des larmes, il réclama Elizabeth qui le prit immédiatement dans les bras pour le bercer et lui chuchoter des mots rassurants.
- «Je ne sais pas ce que je veux, je ne sais plus, tout ce que je sais...» fit John avant de faire une pause «Johnatan n'a pas besoin de moi, il a déjà un père.»
Sur ce, il tourna les talons et sortit du mess.
- «Je.. je vais avec lui» informa Teyla avant de suivre John.
Elizabeth savait le regard de Ronon sur elle, mais la partie en elle qui le sentait était distante, lointaine, un instant primitif responsable de l'inconscience du monde alentour. Une pensée cohérente et linéaire était difficile ; elle revenait toujours à un seul concept : ils savent tous.
- «Dis moi Ronon..Toi et Kate.. vous n'avez jamais euh... enfin»
Le regard noir de Ronon donna la réponse à Rodney qui baissa immédiatement la tête.
OoO
- «Où comptez-vous aller John?» cria Teyla qui en avait plus que assez de lui courir après.
John cessa de marcher. L'athosienne traversa la distance qui le séparait de lui en quelque pas et le força à le regarder.
- «Où comptes tu aller John?»
- «Je ne sais pas» répondit-il en forçant son visage à rester sans expressions.
A vrai dire, il se sentait perdu, incapable de savoir ce qui était le mieux pour lui. Incapable de prendre une décision pour le moment. D'un seul coup, comme si une masse venait de le frapper sur le crâne, John se sentit fatigué. Une fatigue morale plus que physique.
- «On m'a volé ma vie» ajouta t-il, inconscient de parler à haute voix, inconscient du fait que Teyla puisse l'entendre.
Inconscient de la portée de ses paroles.
- «Suis moi, tu as besoin un peu de repos» dit Teyla en le tirant par le bras.
John se laissa conduire par la jeune femme sans protester. Encore fallait-il qu'il en ait la force, car pour le moment, il se sentait si las; si las qu'il ne remarqua même pas que Teyla le conduisit jusqu'à ses quartiers. Les battements de son coeur ralentirent quand il prit conscience du lieu où il était, alors que la familiarité du décor faisait son chemin à travers la terreur aveugle qui l'avait réveillé.
Ses quartiers.
- «Comment...»
- «Comment est ce possible? Pourquoi tes quartiers sont-ils restés intacts? Car Elizabeth a tenu à ce qu'ils restent ainsi, même si enfin de compte tu passais plus de temps dans les siens que dans les tiens.»
John pénétra dans la pièce, hésitant, gêné, comme si ces lieux étaient autrefois occupés par quelqu'un d'autre. Mais certainement pas par lui. Il examina chaque recoin de la pièce, chaque objets, puis se laissa tomber comme une loque sur le lit, les bras pendant alors que son regard fixait intensément la photo sur la table de chevet. Une photo de lui et de Elizabeth du temps où ils étaient heureux.
- «Quand cette photo a t-elle été prise?» demanda Teyla alors qu'elle connaissait la réponse.
- «Je ne sais plus» répondit-il sèchement en abaissant le cadre.
Un mensonge? Teyla ne sut faire la part de vérité.
- «Tu devrais te reposer un peu»
- «Et après?»
- «Après.. tu aviseras»
Rien ne servait de le brusquer, de lui imposer une ligne de conduite au risque qu'il fasse - intentionnellement ou non - tout le contraire. Et même si sa décision impliquait de repartir, Teyla l'accepterai. Pourquoi? Car il était dans ses principes de ne rien imposer aux gens, de respecter leurs choix alors même qu'elle savait qu'il s'agissait d'une erreur. Mais en son for intérieur, elle espérait, elle priait, pour que John fasse le bon choix. Celui de rester auprès des siens.
- « Tu espères que je reste?»
- «La réponse est évidente, non?»
John arqua des sourcils. Bien sûr qu'elle voulait qu'il reste, alors pourquoi en avait-il douté pendant un instant? Sa rancune l'aveuglait-il au point de ne plus savoir discerner les gens, au point de confondre amour et amitié? Au point de penser qu'on ne voudrait plus de lui... qu'on avait plus besoin de lui...
- «Parle moi de Johnatan.»
Teyla sourit et s'assit à côté de John.
- «Je ne suis pas la personne qui devrait te parler de lui»
- «S'il te plait.»
La jeune femme capitula.
- «Jo... C'est un petit démon au sourire angélique. On lui passe tout rien que par son sourire, et le pire dans toute ça, c'est qu'il le sait comment amadouer son monde. Mais c'est un petit garçon très tendre et affectueux, toujours accroché aux jupes de sa mère...Il est très épanoui»
- «Cela en a l'air»
Ainsi croyait-il réellement que Johnatan puisse se passer de lui?
- «Un père est irremplaçable»
Que Rodney, Ronon soient présents dans l'éducation de Johnatan n'était pas négligeable, mais rien ni personne ne saurait remplacer John. Le véritable père. Le seul et unique.
Il n'est jamais trop tard pour devenir, apprendre, à devenir père. Bien sûr, il avait raté les premiers mois de la vie de son fils, ses premiers pas, ses premiers mots, mais il lui appartenait à présent de rattraper son retard et de construire ses propres souvenirs avec lui.
- «Dors un peu» ajouta t-elle en se levant et en quittant la pièce, dans l'espoir que l'ancien John combatif ne soit pas vraiment mort.
Lorsque John se retrouva seul, il se prit le visage entre les mains. Jamais ô grand jamais il ne se serait laisser abattre face à l'adversité, face aux problèmes qui lui noircissaient l'existence. D'un naturel optimiste, il s'évertuait à regarder le bon côté des choses avant de tomber dans le fatalisme factuel. Le verre est à moitié plein. Sauf que à présent, il ne le voyait que à moitié vide.
Profitez du bonheur avant que la roue tourne, signe qu'il est temps pour vous de payer cet éphémère moment de pérennité. Rien ne dure jamais. La vie n'est pas rose. La vie n'est qu'une pénitence que constitue le péché de la naissance. Pourtant, autrefois, il avait été bercé dans l'illusion que vivre heureux était possibile, que la vie n'est pas seulement parsemée d'embûches et de tuiles qui vous tombent dessus les unes après les autres. Oui, pendant un temps il y a cru.
John se laissa tomber lourdement sur le lit, et se permit de baisser sa garde en fermant les yeux. Sa respiration se fit plus lente, ses muscles se décontractèrent, enfin, à mesure qu'il tombait dans l'inconscience.
John faisait les cents pas dans ses quartiers, se demandant s'il devait ou non s'immiscer dans ce qu'il relevait de la vie privé de la personne qu'il considérait, en apparence, comme sa meilleure amie mais qui était avant tout sa patronne. Une femme qui mettait un point d'honneur à dresser une frontière entre le travail et sa vie. Une femme qu'il respectait et qu'il appréciait beaucoup plus qu'il ne le devrait, beaucoup plus que la convenance le voudrait. Leur relation était inqualifiable : ni professionnelle, ni strictement amicale, et certainement pas amoureuse. Mais alors quoi? Un mélange. Quel prétexte pourrait-il arguer pour se permettre de se mêler de ses histoires?
Il ferait bien de prendre une décision avant qu'elle ne parte sur terre pour assister à l'enterrement de sa soeur décédée d'un accident de la route. Bon sang, pourquoi ne lui avait-il pas proposé de l'accompagner? Quel imbécile! Elizabeth aurait besoin plus que jamais d'une épaule sur qui pleurer, d'une personne pour rappeler que la vie n'est pas finie.
Des coups retentirent à sa porte. John ne les entendit pas tout de suite, trop perdu dans le chaos de ses pensées.
- «Elizabeth?»
John perçut des larmes sur son visage blême qui, sans qu'elle en fût consciente, dévalaient ses joues; ce qui l'émut encore davantage fut certainement son regard. Ses yeux verts lui demandaient implicitement de l'aide. La douleur de sa soeur était si lourde à porter qu'elle ne savait plus comment la gérer, comment ne pas tomber dans ce gouffre de la désolation. Elle le suppliait de l'aider.
Son coeur se gonfla de joie égoïstement en pensant qu'il soit le seul sur cette base à pouvoir lui apporter cette aide dont elle avait ardemment besoin. Alors par un geste impulsif, une pulsion que lui dictait son coeur plus que la raison, il enlaça cette jeune femme, doucement, comme si elle était faite de porcelaine et que s'il la serrait un peu trop fort, elle se casserait dans ses bras. Elizabeth s'abandonna contre lui, les cheveux dans son cou ; le militaire sentit qu'elle pleurait contre lui, et ne sut comment répondre. Cela dura. Combien de temps? Trop peu à son goût, mais tout est relatif. Si cela n'en tenait qu'à lui, il l'aurait gardé jalousement contre son lui, la protégeant des maux de la vie à jamais.
- «Merci» fit-elle alors qu'elle reprenait quelques couleurs.
- «Vous n'avez pas à affronter ça toute seule, laissez moi cinq minutes et je vous accompagne.»
Il aurait dû prendre son courage à deux mains et le lui proposer bien avant, se reprocha t-il en pinçant des lèvres et en plissant les yeux.
- «Je n'osais pas vous le demander...» fit-elle dans un murmure en déviant son regard de lui.
Etait-ce de la gêne?
- «J'en ai pas pour longtemps»
Elizabeth hocha de la tête. Elle allait dire quelque chose mais sa bouche se referma de suite. John le remarqua et par un timide sourire l'encouragea à parler.
- «Je ne sais pas ce que je ferai sans vous.» dit-elle sur un ton de petite fille.
Lentement, elle s'approcha du visage de John et déposa un furtif baiser sur ses lèvres avant de tourner des talons, semblant vouloir prendre la fuite. John resta un long moment, la main sur sa joue se demandant ce qu'il venait de se produire.
Le clair de lune se reflétait sur le lit de John lorsque ce dernier se réveilla, une lumière tremblante forçant lentement son chemin à travers la brume de ses rêves. Il s'assit et se passe frénétiquement le visage, fixant le reflet de la plein lune d'une façon vague jusqu'à ce que son esprit commence à traiter les informations. Il était tôt dans la soirée, pourtant il avait l'impression qu'il était plus tard. John se leva, s'étira et marcha en direction de la porte, mais au dernier moment, il se ravisa.
Bien que le simple fait de se retrouver dans cette pièce lui fasse mal - cette même pièce qui contenait les vestiges de son passé - une partie de son être l'incitait à rester. Lentement et contrairement à toute à l'heure, il prit son temps, examinant un à un, chaque objets qui fut les siens. Tout lui rappelait son passé, les bons comme les mauvais moments. Un sourire se formait parfois sur son visage mais qui se transformait bien vite en un rictus d'amertume.
Et maintenant, que dois-je faire?
Partagé entre sa fierté et son instinct paternel, John ne savait que choisir, quelle décision adoptée? Son fils n'avait de toute évidence aucun besoin de lui, sauf que les paroles de Teyla avaient parcouru son chemin dans son esprit tortueux. Un père est irremplaçable, qu'il soit bon ou mauvais. Bien qu'il n'ait pas partagé les premiers mois de sa vie, Johnatan aurait quoi qu'il en soit besoin de lui plus tard. La décision de repartir impliquerait de ne plus jamais revoir son fils. Il ne pourrait pas revenir dans un an ou même dans dix réclamer un quelconque droit sur lui. Non. C'est maintenant ou jamais. Mais d'un autre côté, pourrait-il supporter cette vie ici? Cette vie auprès de ceux qui l'avaient trahis? Car peu importe ce qu'il fasse, Elizabeth demeure et restera sa mère, le condamnant ainsi à être en bon terme avec elle. En serait-il au moins capable?
John ne se sentait pas à sa place ici... c'est comme si son ancienne vie n'avait été qu'un rêve. Un rêve qu'on oublie au fil des heures le lendemain en reprenant sa vie de tous les jours. Un rêve qui, même s'il était magnifique, on y pense et puis finalement, c'est comme tout, la réalité revient vous remettre sur les rails. Il est temps de passer à autre chose.
Sauf que sa vie n'était pas un rêve, qu'il avait un enfant... Qu'il devait assumer.
Mais assumer un enfant l'obligerait à renouer avec cette vie!
Un problème insoluble.
John avait besoin de conseils, d'une aide pour éclairer le chemin de sa vie qu'il venait d'emprunter et qui était à son goût, bien trop sombre. La seule personne qui saurait se montrer impartiale était Tarys.
