Le plus dur n'est pas encore arrivé c'est sûr...
cette fic est très longue mais j'essaye de rattraper le retard en postant de longue suites, pas trop longue j'espère^^
Il en avait assez vu... John éteignit la lumière et vint s'asseoir sur le bord du lit pour enfiler une paire de basket. Son attention se porta sur la cadre de sa table de chevet. Lentement, il tendit la main et redressa le cadre qu'il avait couché la veiller, et sans savoir pourquoi, son regard ne put se dévier de la photo. Une photo d'elle et de lui.
C'est ainsi qu'il se souvint....
Le ballais des essuies glaces allaient et venaient sur le barre brise, jouant un doux tempo, seul bruit audible en plus de la pluie se déferlant sur la carrosserie de la voiture et celui du moteur en route. Personne ne parlait. Fixée sur sa conduite, Elizabeth regardait la route sans jamais dévier son attention. Assis sur le siège passager, John observait de temps à autre la jeune femme, ne sachant pas quoi dire pour exprimer son inquietude. Le silence et l'indifférence latente de la jeune femme tranchaient. Comme si rien ne s'était passé au cimetière. Comme si sa crise de larmes était normale. Comme si ce baiser était anodin. En réalité, il ne savait pas quelle serait le mieux. Qu'elle pleure, qu'elle lui demande de lui pardonner ce dérapage, tout, mais pas ce silence.
Elizabeth se garra devant une magistrale demeure devant laquelle un panneau « à vendre » était dressé. Elle coupa le moteur et leva le menton, observant cette maison de l'intérieur de la voiture comme si elle craignait d'y entrer. Après un long moment, elle se décida enfin à sortir et à gravir les quelques marches menant jusqu'à la porte d'entrée. Elle sortit un trousseau de clef et déverrouilla la porte. John la suivait dans son parcours, et ne pénétra dans la maison que lorsque Elizabeth daigna enfin à faire le premier pas.
- « C'est donc leur maison? »
- « Oui ».
Personne n'était venue depuis la mort de sa soeur, son mari se refusant obstinément de revenir dans cette maison bâtie à deux. Et ce n'était pas qu'un jeu de mots. Etant architecte de profession, Sally avait crée les plans de leur domicile conjugal, et Ben, entrepreneur, l'avait construite. Une grande maison, assez grande pour accueillir toute une ribambelle d'enfants. Un beau rêve. Le couple n'aura pas eu le temps.
- « J'ai l'impression de piller un tombeau... »
- « Votre beau frère a dit que vous pouviez prendre ce que vous vouliez.. »
- « Même. Ici, tout me rappel ma soeur... ses goûts. »
Elizabeth s'avança jusqu'au salon plongé dans la pénombre. Elle s'assit sur le diva et remarqua que le répondeur était saturé de messages. Elle appuya sur le bouton:
« Coucou Sally c'est Eva, je m'inquiète ça fait trois messages que je te laisse et tu ne me rappelles toujours pas... »
Elizabeh écouta chaque message, chaque personne en ayant laissé un avaient été présentes lors de l'enterrement, ainsi donc, elle n'avait pas à les prévenir du décès de sa soeur. A côté du téléphone se trouvait un cadre, Elizabeth le prit et un sourire mélancolique se forma sur son visage. John s'installa à ses côtés et jeta un coup d'oeil à la photo.
- « J'avais douze ans sur cette photo, et Sally dix » fit Elizabeth en anticipant la question.
Elle caressa doucement de bout de son index le verre, à l'endroit du visage de sa soeur.
- « On avait fait un pacte ce jour là. » ajouta t-elle alors que les larmes lui montaient aux yeux. « .. celui de ne jamais se quitter. »
Ses mains retombèrent lourdement sur ses genoux et elle ferma les yeux, sa douleur étant devenue trop lourde à contenir.
- « Ma petite soeur... je t'ai abandonné »
John agrippa sa main et la força à le regarder en face.
- « Vous ne l'avez pas abandonnée et.. il est impossible de protéger ceux qu'on aime, on ne peut qu'essayer. »
- « Oui, mais si je n'avais pas été à des millions de... »
- « Stop! Vous le savez autant que moi. Cela n'aurait certainement rien changé... et puis...et puis je ne vous aurais pas connu »
Elizabeth le regarda droit dans les yeux, si intensément que John ne put soutenir très longtemps ces yeux émeraudes portés sur lui.
- « John... » l'appela t-elle, puis elle s'approcha lentement de lui pour coller ses lèvres aux siennes.
Il n'eut pas conscience de sa peau, de sa propre respiration superficielle et âpre. Ce n'est que lorsqu'une main s'accrocha fermement à sa nuque qu'il fut conscient de tout, conscient du corps de la jeune femme pressé contre son le sien, conscient des picotements qui ondulaient le long de sa peau, de sa respiration rauque, de la respiration chaude contre sa peau fraîche.
- « Elizabeth... non » fit-il; à contre coeur, en la repoussant.
Il ne devait pas profiter de son malheur pour la faire tomber dans ses bras. Ne pas profiter de sa faiblesse pour que naisse une relation entre eux.
- « John... la mort de ma soeur m'a fait réalisé que j'avais perdu assez de temps »
- « Du temps? »
- « Du temps sans toi.. » répondit-elle, une once d'inquiétude voilant son regard.
La déclaration, la révélation, prit John dans un moment d'inattention, ses lèvres bougèrent plusieurs fois avant qu'il ne réussisse à émettre un son.
- « Je... je compte pour toi?! »
Elizabeth hocha de la tête, hésitante et timide comme une petite fille alors qu'une larme coulait le long de sa joue. John tendit son pouce pour l'essuyer, ses lèvres ne tardèrent pas à prendre le relais. Dieu qu'il n'aimait pas la voir pleurer... Ce jour là, John fit un pacte, celui de la protéger coûte que coûte. Cette femme si forte d'apparence et pourtant si fragile. Oui, ce jour là, il était triste pour elle, mais en même temps il était heureux, sa vie prenait un nouveau tournant.
OoO
Le rythme de son coeur s'accéléra soudainement lorsqu'elle vit depuis les baies vitrées de son bureau la carrure athlétique de John apparaître. Elizabeth n'alla pas à sa rencontre mais feignit d'être absorbée par le papier qu'elle avait sous les yeux, alors qu'en fait, elle l'attendait depuis des heures. Prudente, Elizabeth n'avait pas voulu tirer de conclusions hâtive, son retour n'était peut être pas définitif.
- « Je peux te parler » demanda t-il d'un ton neutre mais pourtant glacial à l'embrasure de la porte, les bras croisés contre la poitrine.
Un geste défensif, songea t-elle.
- « Bien sûr, entre » fit-elle comme ils s'apprêtaient à avoir une conversation normale, comme si tout allait bien entre eux.
Mais tout n'était que faux semblant. Le seul signe apparent que quelque chose n'allait pas était le mouvement convulsif d'un muscle de sa mâchoire, un indicateur d'un trop plein de tension qu'il tentait de contrôler. John ferma la porte et fit un pas en avant mais ne s'assit pas.
Elizabeth soutint son regard et demanda:
- « John? »
La question aurait pu être posée de différentes façons : Qu'est ce que tu as décidé? Restes-tu sur Atlantis pour t'occuper de ton fils? Envisages tu de repartir un jour?
Mais un seul mot était assez..
John soupira, comme s'il n'avait pas encore pris sa décision, comme s'il hésitait. Mais à quoi bon hésiter! Johnatan avait besoin de lui, personne ne saurait le remplacer.
- « On va devoir faire des efforts pour le bien de Johnatan. »
Elizabeth crut s'étrangler, car elle ne voyait pas en quoi elle devait faire des efforts. C'est lui qui devait apprendre de A à Z comment on s'occupe d'un enfant en bas âge, et même, il devait apprendre à connaître son fils. Car mise à part son prénom, il ne savait rien de lui. Il ne savait pas que Johnatan n'aimait pas prendre son bain, qu'il prenait un malin plaisir à tirer les cheveux et à cacher le premier objet qui lui passait sous la main. Il ne savait rien de ce petit garçon qui raffolait des câlins et qui en procurait autant en retour. Il ne savait pas sa date de naissance, ni même comment s'est passé sa venue au monde... John devait faire des efforts, mais elle, non. Elizabeth était prête à se plier en quatre pour ne pas attiser la colère de John, prête à tout pour qu'il n'y ait aucune animosité entre eux. A charge pour lui d'en faire autant!
- « Tu peux répéter? » fit-elle en se levant de son siège.
- « Pour le bien de Jo on doit se montrer courtois l'un envers l'autre. »
- « Mais moi ça ne me pose aucun problème » rétorqua t-elle en se postant devant lui. « Et toi? En es tu capable? »
- « Oui »
Un oui ferme et convainquant d'apparence, mais ses yeux démontraient le contraire. Il doutait d'en avoir la force; celle de contrôler et d'enfouir en lui tout ce qui le maintenait en vie depuis deux ans. Il avait peur que l'ancien John re- naisse, de laisser de côté son armure qui le protégeait, en un sens, de la souffrance.
- « Jo est un petit garçon très sensible, il ressent la tension dans l'air comme tu as pu le remarquer. »
- « Tu insinues que hier il a pleuré à cause de moi! »
- « Oui, tu es peut être son père mais il ne te connaît pas. Tu es un étranger pour lui.»
Etranger. Ce mot eut l'effet d'un coup porté à l'estomac alors même qu'il le savait approprié. Il n'était qu'un étranger pour Johnatan, une personne qui ne faisait qu'entrer dans sa vie maintenant.
- « A qui la faute! » grinça t-il entre les dents.
Et voilà qu'il recommence. Il avait suffit d'un rien pour que John ressasse encore tout son amertume.
- « Tu vas devoir arrêter avec ça » fit-elle, alors que l'agacement s'entendait dans son timbre de voix.
- « Je t'agace avec ça, pourtant c'est la vérité. Tu t'es jamais demandé ce qu'il se serait passé si tu n'avais pas couché avec lui. »
Cette question, Elizabeth se l'était posée un million de fois. Et à chaque fois elle entrevoyait une version idyllique où tous les deux coulaient des jours heureux avec Johnatan. Un beau rêve. Si seulement...
- « Tu ne dis rien... Et maintenant, il prend Ronon pour son père. »
- « Arrête ça tout de suite, c'est faux. Montre lui que tu es son père, sinon, c'est sûr, il ira vers Ronon et non vers toi.... Joue ton rôle de père et cesse de m'accabler veux tu! »
John ne retrouva rien à redire, se contenant de la fixer lourdement. Autrefois, elle aurait deviné ses pensées. Le contact visuel était le plus intime moyen qu'ils avaient pour dévoiler leurs émotions, un partage de questions ou d'inquiétude, plutôt éphémère pour ceux qui le manquait, mais assez significatif pour eux qui le partageait. Alors qu'à présent, elle ne décryptait rien de son regard hormis la même étincelle: un mélange de souffrance et de colère. Ce regard qui la faisait frissonner de peur, car finalement, elle ne connaissait plus cet homme. Cet homme qui était le père de son enfant?! Une pensée peu rassurante s'insinua dans son esprit à mesure qu'elle prenait conscience d'une chose qui ne l'avait pas frappée auparavant. Elizabeth doutait que John, tel qu'il était devenu, puisse exercer son rôle de parent alors qu'il n'était pas lui même capable de prendre soin de lui. Car même si elle avait une grande part de responsabilité dans son changement, si ce n'est l'entière responsabilité, John n'avait pas su aller de l'avant. Il vivait encore et toujours dans le passé, se détruisant à petit feu. Comment pourrait-il s'occuper d'une enfant si lui même n'arrivait pas à penser à son avenir? Bien qu'elle même n'avait pas su se pardonner ses fautes, Elizabeth avait su au moins apprendre à vivre avec sa culpabilité, assez pour s'occuper correctement de son fils sans que tout le reste n'interfère dans son éducation. En un sens, Johnatan l'avait sauvé, sans lui, elle serait certainement devenue un peu comme John...
- « Quand puis-je le voir? » demanda John moins sur la défensive.
- « Euh... passe vers 19 heures, ce sera l'heure de manger pour lui. »
- « Très bien. » dit-il avant de tourner des talons et de quitter la pièce.
Elizabeth attendit que John ne soit plus dans son champ de vision, puis elle s'affala sur son fauteuil, soulagée qu'il soit parti. Il ne fallait pas se fier aux apparences, John avait beau s'habiller de nouveau comme avant, il n'était plus le même, la barbe n'y faisant rien. Elle s'en rendait compte enfin.
Elle relut la fin du rapport de Lorne où ce dernier relatait les circonstances dans laquelle il avait retrouvé John. Ce rapport s'achevait sur une requête, celle de rétablir John dans ses fonctions.
Enavait-il au moins l'envie?
OoO
A mesure que le temps passé, le stress de la jeune montait. Il était 18h50, John viendrait bientôt pour donner le premier repas à son fils. Bien qu'elle devrait être ravie au fait que John se décide à jouer son rôle de père, Elizabeth doutait depuis leur dernière conversation sur son implication dans l'éducation de Johnatan. Que pouvait-il lui transmettre mise à part sa colère, seul sentiment omniprésent chez lui? Un sentiment ravageur, si destructeur... Oui, à présent elle doutait de John comme père. Sauf qu'après avant tant solliciter de lui à ce qu'il reprenne sa place, elle ne pouvait maintenant lui dire de prendre ses distances avec Johnatan. Elle en avait d'ailleurs pas le droit, car non seulement il était son fils autant qu'à elle, mais aussi parce que son sempiternel sentiment de culpabilité pourrait lui faire dire oui à n'importe quoi. Elizabeth était devenu le pantin de sa propre culpabilité... .
Johnatan trépignait dans son parc, signe qui ne trompa pas la mère avertie. Son fils avait faim.
- « Soit patient mon coeur, on attend ton père »
Pour toute réponse, Johnatan lui tira la langue, une manifestation de son mécontentement de n'avoir pas tout, tout de suite. Elle en connaissait un autre comme lui, songea t-elle, nostalgique.
19 heures tapantes, John arriva. L'indifférence de son visage étonna grandement la jeune femme, mais elle se reprit rapidement. Sans un mot, elle prit son fils dans les bras et proposa à John de la suivre. Ils marchèrent en silence jusqu'au mess, la jeune femme quelque peu déçue qu'il ne lui demande même pas de prendre Johnatan dans ses bras.
Arrivée au mess, la jeune mère déposa le petit garçon dans la chaise haute et demanda à John de le surveiller pendant qu'elle faisait chauffer son repas. A son retour, alors que John ne se pensait pas observé, elle le vit en train de faire des grimaces à leur fils. Pendant l'espace d'un instant, les deux dernières années s'effacèrent de la mémoire de la jeune femme, avec pour seule pensée, son rêve d'une famille soudée. Sauf que la réalité la rattrappa lorsque son ancien compagnon posa ses yeux sur elle. Un simple regard avait suffit pour balayer ce beau rêve d'une traite.
Elle prit place en face de John et lui prodigua quelques conseils. John l'écouta d'une demie oreille, agacé que Elizabeth se conduise avec lui comme s'il était incapable de donner à manger à un enfant. Ce n'était pas la mer à boire non plus!
- « Je sais qu'il recrache tout, je l'ai déjà vu sur Rodney. » fit-il en attachant le bavoir à Johnatan. « D'ailleurs, je faisais pareil étant enfant. »
- « Je sais. »
Surpris, John l'interrogea du regard, ne se souvenant pas de lui en avoir parler dans le passé.
- « Ton père m'en avait parlé » expliqua t-elle, comprenant l'étonnement de John.
Il ne chercha même pas à cacher son exaspération.
- « Quoi? »
- « Et que mon père t'as dit d'autre sur moi? »
- « Hum.. beaucoup de choses en fait. »
Il expira profondément. Il exigeait plus qu'un beaucoup de choses en fait. Malgré l'annonce de la mort de son père, la rancoeur et les problèmes rencontrés avec son paternel étaient toujours omniprésents dans son esprit. Toujours aussi douloureux. Le fait que son père et Elizabeth aient pu parler de lui l'horripilait, car John ne concevait pas que Nathan Sheppard ait pu dire autre choses que des reproches le concernant.
- « Il ne m'a pas parlé de toi en des termes blessants.. bien au contraire. Malgré tous les problèmes entre vous, il t'aimait et s'inquiétait pour toi. »
Il n'aurait su dire pourquoi mais John la crut. Etonnant de la part de son père, ou peut être le poids culpabilité de cette séparation, le vieil homme avait cherché le pardon auprès de Elizabeth. Le pardon d'avoir pourri sa vie...
- « Il a donc voulu se racheter avec Johnatan. »
- « Dans un sens, oui. Johnatan était la seule chose qu'il lui restait de toi. » dit-elle en pensant qu'il en était de même pour sa part.
Elizabeth savait qu'il faudrait aborder un jour ou l'autre les conversations qu'elle avait entretenu avec son père, mais pour le moment, elle estimait qu'il était encore trop tôt pour entrer dans le vif du sujet. C'était un sujet encore trop tabou. Elizabeth commençait à rassembler les morceaux du puzzle, à savoir pourquoi John ressentait encore toute cette haine contre elle malgré tout ce temps. Et au vu de l'expression de John, de la colère qu'il feignit ressentir en parlant de son père, elle sut d'où provenait son côté rancunier. Il l'avait été toute sa vie, alors, simple continuum, il le demeurait avec elle aussi.
- « John... il attend »
Johnatan regardait avec envie l'assiette que tenait son père d'une main.
- « Euh.. oui, oui, pardon Jo » se reprit-il en piochant une cuillère.
Elizabeth examinant minutieusement John donner à manger à son fils, scrutant la moindre erreur, le moindre faux pas, mais elle n'eut rien à lui reprocher. John attendait suffisamment longtemps entre deux bouchées et ne garnissait pas trop la cuillère à la fois. Et finalement, Johnatan finit son assiette sans avoir rechigné ni recraché.
- « Bravo, c'est qu'on commence à devenir propre » ironisa Elizabeth en embrassant son fils sur le front.
Le petit garçon gigota dans sa chaise, heureux comme un pape, et surtout, rassasié. Il ne restait plus qu'à faire son rot. Elizabeth patienta quelques instant afin de voir si John penserait à ce détail.
- « Quoi? » demanda t-il sur un ton hargneux.
- « Rien. » dit-elle en tirant son fils de la chaise pour lui tapoter dans le dos.
- « Tu aurais pu me le dire. »
- « Tu y penseras la prochaine fois, c'est pas grave. »
- « Merci de me faciliter la tâche » marmonna t-il en croisant les bras contre lui.
Elizabeth arqua des sourcils puis rétorqua du tac au tac:
- « On ne devient pas parent en un jour, John. Moi je m'y atèle depuis treize mois. »
- « Alors ça te gênerait de m'apprendre les quelques rudiments que tu as appris! » fit-il, sarcastique.
Chaque chose en son temps, pensa Elizabeth, mais elle se garda bien de lui faire remarquer. L'instinct maternel ou paternel ne suffit pas, il fallait arrêter avec cette croyance erronée. La jeune femme avait eu neuf mois pour s'y préparer, et même, après que Johnatan soit né, rien n'était acquis. Elle se souvenait parfaitement d'avoir paniquée plusieurs fois, ne sachant pas comment réagir, puis au fil du temps, elle avait appris à reconnaître les signes, à comprendre les pleurs de son fils. Alors que John ne vienne pas lui demander de lui apprendre en une soirée comment s'occuper d'un enfant, seule l'expérience est formatrice.
- « Je te propose de lui faire prendre son bain, tu veux bien? » négocia t-elle.
John acquiesça de la tête et, pour la plus grande surprise de la jeune femme, il prit enfin Johnatan dans ses bras. Pour la première fois. L'ancien militaire se montra aux premières abord un peu brusque, il soulevait le petit comme une sac de pommes de terre, puis finalement, il s'aperçut de lui même de sa méprise et corrigea le tir. Johnatan se laissa aller dans les bras de cet homme qui, voilà deux jours auparavant, était encore un inconnu, mais étrangement, il se sentait bien avec lui. Un lien les unissait déjà...
Elizabeth ne dit rien, mais grava dans sa mémoire cette image d'un père et de son fils, une image qui jusqu'à maintenant n'était que le fruit de son imagination. Elle détourna son regard lorsque John se surprit observé.
- « Il est l'heure pour ce petit gars d'aller dormir » dit-elle pour rompre sa gêne.
John garda son fils dans les bras et suivit la jeune jusqu'à ses quartiers. Et lorsque la porte s'ouvrit, l'ancien militaire retint sa respiration et contracta ses mâchoires, canalisant sa tension. Il se força à expirer lentement à mesure qu'un flot de souvenirs le frappait. Des souvenirs qu'il s'évertuait d'oublier depuis deux ans, qu'il avait d'ailleurs oublié au profit d'un seul et unique événement de son passé... Ce qui le troubla néanmoins était l'état de rangement de ces quartiers; loin d'être un capharnaüm, cette pièce ne brillait toutefois pas par son ordre comme Elizabeth l'imposait avant. De nombreux jouets et de vêtement jonchés le sol et le lit comme si les occupants étaient partis à la hâte. John s'abstint de toutes remarques, non pas parce que de côté là il n'avait rien à redire, mais parce qu'il ne savait pas quoi penser de ce changement.
Son attention se porta alors sur un objet posé dans un coin de la pièce... Un objet qui avait sa place avant mais plus maintenant... Que penser ? Pourquoi avait-elle garder son skate bord alors qu'elle toujours rêvé qu'une seule chose : s'en débarrasser? Et sa guitare! Toujours à la même place.
- « John »
Il lui fallut un moment avant de ramener son attention vers Elizabeth, comme s'il devait ramener une version invisible de lui-même qui se trouvait déjà à quelques pas devant. Il rencontra à contre-coeur le regard de la jeune femme, sachant qu'il n'allait pas aimer ce qu'elle avait à dire, mais sachant également qu'il devait l'écouter.
