Je suis d'accord, affreuse coupure mais pour me faire pardonner une longue suite (enfin comme d'hab' lol)
- « Vous avez pas intérêt de m'interrompre sinon vous ne saurez rien du tout! » croassa t-il. « Après que Ronon vous ai vu tomber dans la rivière... »
- « Rodney! » reprocha John dont la simple évocation de cet homme lui donnait des hauts de coeur.
- « Je vous ai dis quoi?! Taisez vous non d'un chien! »
John se racla la gorge, conscient qu'il lui faudrait garder pour lui tous ses commentaires au risque que le canadien ne mette ses menaces à exécution.
- « Bien... donc je disais » fit Rodney avant de faire une pause.
L'évocation de ces souvenirs étaient douloureux, tant bien même que de l'eau avait coulé sous les ponts, la douleur était encore bien présente dans son esprit.
- « On est revenu sur Atlantis pour aller chercher des renforts et... quand on a dû l'annoncer à Elizabeth... »
La jeune femme se démarquait par un immense professionnalisme, chacune de ses émotions étant parfaitement dissimulées, camouflées de sorte qu'elle donnait l'impression d'être une femme frigide au coeur de pierre. Sauf que lorsque Rodney, paniqué, avait dû lui relater les derniers événements, la femme avait pris le pas sur la dirigeante. L'angoisse, l'affolement avaient gagné Elizabeth qui, pour la première fois, ne sut quelle décision prendre jusqu'à ce que Teyla la guide. Toute l'équipe était donc repartie avec un jumper sur la planète, pour la scanner. Aucune trace. Plus de géniis et encore moins de John. Durant trois jours, ils cherchèrent de fond en comble à mesure que l'espoir de retrouver John se transformait en une résignation. Celle de sa mort.
Lieutenant colonel John Sheppard mort au combat – voici le message qui fut transmis au sgc, aux services de l'armée de l'air des Etats Unis ainsi qu'à sa famille.
Pas besoin de mots, d'aveux, ils l'avaient tous devinés et compris en voyant la réaction de Elizabeth : celle d'une femme ayant perdu son amant, sa moitié. Bien qu'elle ne l'ait jamais dit expressément, il était manifeste que John n'était pas seulement un collègue, un ami, mais plus que cela. Il était celui qui transportait et qui menait Elizabeth dans l'exaltation et la magie de l'amour. Or tout était devenu irrémédiable et sans lendemain, il ne restait qu'une cicatrice, jamais refermée complètement, cette impression d'inachevée et de définitif à la fois que seul le temps apaiserait un jour. Peut être...
- « ... sauf que vous oublier lui était impossible surtout lorsqu'elle apprit sa grossesse... »
Comment aurait-elle pu faire son deuil de John alors que tout le ramener à lui? Deux semaines à peine après sa disparition, elle apprenait qu'elle attendait un enfant. Quelle ironie du sort.
Un bonheur et en même temps une malédiction. Un bonheur car cet enfant l'avait en quelque sorte ramenait dans le monde des vivants, car tous étaient d'accord sur ce fait, elle serait morte de chagrin; mais cette grossesse était aussi une malédiction dans le sens où cela la privait du droit de vivre sans lui – ce petit être ne cesserait de lui rappeler John. Sans parler de la difficulté d'élever un enfant seule, une immense responsabilité dont Elizabeth doutait être capable.
- « ...tout ce stress n'était ni bon pour elle ni pour le bébé. »
Rodney s'arrêta de parler et baissa la tête, pour une fois, il réfléchissait quoi et comment le dire. Une façon de ménager John? D'éviter de le rendre coupable? Pourtant, en se faisant passer pour mort, n'était-il pas responsable des problèmes qu'eurent Elizabeth? Oui. Mais Rodney ne tenait pas à accabler son ami qui mesurait également que dans tout ce désastre, la jeune femme n'était pas blanche comme neige, elle aussi avait commis sa marge d'erreur. D'ailleurs, la tromperie de Elizabeth était à l'origine, et même, la cause de la disparition de John... Sauf que ce genre de comportement ne ressemblait vraiment pas à la jeune femme... surtout en sachant ô combien elle l'aimait.. Pourquoi avoir été voir ailleurs et surtout avec un homme qu'elle n'aimait pas? John aurait-il pu la pousser d'une manière ou d'une autre à cette trahison?
- « Rodney? » appela John désireux de savoir la suite.
- « Euh... oui....j'étais perdu dans mes pensées... »
- « Continuez »
- « Elle a failli faire plusieurs fois une fausse couche » dit Rodney en retenant son souffle.
Elizabeth avait véhiculé son stress au bébé et à deux mois de grossesse, elle fut prise de crampes et de saignement. Il s'en était fallu de peu pour qu'elle ne le perde mais après du repos forcé, les choses étaient rentrées dans l'ordre.. jusqu'à la fois d'après.
- « Je revenais de la Terre... » informa Rodney, prenant soin de ne pas préciser que ce voyage était destiné à rencontrer la famille de John. « .. Elizabeth était à l'infirmerie après une violente crise. Le verdict était sans appel, si elle voulait mener sa grossesse jusqu'à son terme, elle devait cesser de travailler.. »
Ce qui impliquait de partir sur Terre durant quelques mois, le temps de s'éloigner de toute source de tension ou de stress. Et c'est à contre coeur que la jeune femme dut quitter Atlantis pour mener le reste de sa grossesse, seule. Elle n'avait personne sur qui compter, personne pour l'écouter. Elle était seule et vulnérable. Peut être encore plus vulnérable que si elle était restée sur la cité. Voilà pourquoi elle avait rendu visite à la famille de John, afin de rencontrer des inconnus qui auront, malgré tout, un visage familier pour lui redonner la force ainsi que l'énergie d'endosser son rôle de mère célibataire.
- « Un mois avant le terme, Elizabeth nous revenait. Son fils devait être un Atlande selon elle.. »
Rodney se remémora alors la naissance de Johnatan qui, en dépit du décès de son père, aurait dû apportait un souffle nouveau à la jeune femme, à eux tous d'ailleurs. Un peu de joie. La naissance d'un enfant symbolise la vie mais pas la mort. Sauf que tout ne s'était pas passé comme prévu...A ce souvenir, le canadien sentit son plexus se coincé d'une pique fulgurante. Il aurait aimé effacer ce souvenir de sa mémoire, mais hélas c'était impossible.
- « L'accouchement.. ne s'est pas passé comme il aurait dû »
Une phrase à double sens, aussi bien car John aurait dû être présent pour la soutenir, lui tenir la main en lui soufflant des mots qui auraient exaspéré plus que rassuré Elizabeth, mais également car cette dernière fut à deux doigts de faire de son fils un orphelin.
- « Vous pouvez répéter! » s'égosilla John à mi chemin entre la colère et la surprise.
Sa première réelle réaction depuis son retour, une réaction qui ne glaça pas Rodney car, cette fois-ci, elle ressemblait vraiment à John et non à son faux jumeaux.
- « Je ne pourrai pas vous dire les termes médicaux exacts mais ce que je sais c'est que... le placenta s'est rompu entraînant une hémorragie pour Elizabeth » répondit Rodney cachant une légère joie de revoir ce visage familier.
- « Elle a failli mourir... » murmura John alors que ses yeux verts brillaient d'une étrange lueur.
Celle du remord? De l'inquiétude? De la peur? Certainement une combinaison des trois, à vrai dire.
Rodney acquiesça de la tête, fautif, comme s'il fut responsable de l'état critique de son amie.
- « On a passé de longues heures à attendre pendant que Carson l'opérait... en priant pour qu'elle vive. »
Les derniers mots de Rodney eurent l'effet qu'on lui les arrachait de force.
- « C'est passé de prêt, mais elle a survécu comme vous pouvez le voir » ajouta t-il, une légère touche d'amertume dans la voix en repensant à la manière qu'il lui parlait depuis son retour.
John regardait son ami, le visage grave, attentif.
- « Je sais à quoi vous penser... votre fils aurait pu être orphelin. Qui se serait occupé de lui? Sans père, sans mère. »
- « Elle ne m'a rien dit. »
- « Et quand aurait-elle eu le temps? Avant de repartir sur cette planète alors que vous l'évitiez comme la peste, ou après, lorsque vous donniez le bain à Jo. Oh tiens John j'ai oublié de te dire : quand j'ai accouché de Jo, j'ai failli mourir. Peut être qu'elle s'est dit qu'il fallait attendre un peu, y aller en douceur, et surtout éviter que vous reportiez sur Jo une quelconque faute. Et ne me dite pas que vous ne l'auriez pas fait car vos réactions de maintenant sont si imprévisibles qu'on peut s'attendre à tout »
Lorsque Rodney eut fini de parler, il prit une profonde inspiration, pour reprendre son souffle, mais aussi car d'un certain côté, il se sentait soulagé que son ami sache la vérité.
- « Merci » fit John d'un ton neutre avant de se lever et de partir sans demander son reste.
Le canadien ravala sa frustration et l'observa attentivement jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision, se demandant si c'était une dérobade délibérée, ou si c'était juste le nouveau John, impassible et imperturbable.
OoO
Une semaine venait de s'écouler depuis que Rodney avait parlé à John. D'apparences, le fait que Elizabeth ait failli mourir en donnant naissance à leur fils le laissait de marbre, mais ayant appris à dissimuler ses sentiments, Rodney ne saurait dire réellement quel était son état d'esprit. Moins agressif, il restait pourtant distant et sur ses gardes. Ironie du sort ou pas, ce comportement rappelait étrangement celui de Ronon à son arrivée sur Atlantis. Ce qui, en un sens, était plutôt bon signe, rien n'était perdu, le même processus de socialisation se produirait sur lui. Ou peut être pas.
Elizabeth ignorait les confessions du canadien sur sa grossesse à problème. A quoi bon lui en faire part au risque que John pense qu'il s'agisse pour elle d'un moyen de se faire plaindre et de passer pour la victime dans cette histoire. Cette façon de penser était certainement cynique, pathétique, mais comment savoir ce qui passait dans sa tête! C'est d'ailleurs ce constat qui l'effrayait, elle ne le connaissait plus, les réactions, les réflexions du père de son enfant étaient celles d'un autre homme. Et dire qu'ils avaient été si proches dans le passé, et maintenant.... Ils n'étaient plus que des étrangers. Des étrangers pas vraiment, disons plutôt des connaissances. Ils se toléraient.
Elle avait bien remarqué les efforts de John depuis une semaine, se mordant la joue pour ne pas faire une remarque, soufflant d'exaspération plutôt que de finir une phrase. John essayant tant bien que mal de ne pas faire la moindre remarque désobligeante. Mais pourquoi? Pour le bien de Johnatan? Cette pensée réchauffait son coeur de mère, un enfant a besoin de tout sauf de l'électricité entre ses deux parents, mais dans le même temps, elle se méfiait de l'eau qui dort. A quoi devait-elle s'attendre lorsque sa colère, sa rancoeur, seront trop dures à contenir? Elle ne craignait pas de la violence de sa part, bien que le souvenir de cette nuit où elle lui annonça sa traîtrise lui rappelait que John avait été à deux doigts de la frapper, mais elle redoutait plutôt des mots. Le nouveau John savait expertement se servir des faiblesses de l'autre comme une arme, un couteau aiguisée sur une peau nue.
Ses nouvelles compétences de père n'étaient pas à remettre en cause, il apprenait à s'occuper de son fils, avec une patience infinie, attentif aux conseils qu'elle lui prodiguait. Pour le moment c'était un parcours sans faute. Alors pourquoi portait-elle ce regard inquiet sur lui lorsque Johnatan était dans ses bras? Peut être car justement ses craintes n'étaient pas tant infondées que cela. John n'était pas le père qu'elle avait toujours imaginé, une chose dans son comportement la refroidissait. Quoi? Elle ne savait pas quoi exactement, peut être car son regard était dépourvu de cette petite étincelle de joie de vivre et d'optimisme qui le caractérisait auparavant. Certes, il montrait des élans d'affection pour son fils, mais pas ceux auxquels elle pensait.
Il n'était pas l'homme qu'elle avait tant rêvé, imaginé, regretté pour son fils.
Elle faisait un amalgame entre le passé et le présent, Elizabeth en avait conscience mais c'était plus fort qu'elle. Alors même si elle l'aiderait dans son rôle de père, rien ne pourrait la soulager de cette crainte. Une mère ferait tout pour protéger son enfant... même s'il s'agit de le protéger de son père. Une partie en elle tentait de la raisonner, de lui dire que ce n'était que de la parano, que John ne ferait rien de mal à son fils... Pourtant, elle n'arrivait pas à s'en persuader. C'était totalement impensable s'agissant de l'homme qui avait partagé sa vie voilà deux ans de cela, mais désormais, elle n'en serait pas si sûre. Cette crainte s'imposait d'elle même, s'insinuant clandestinement dans son esprit quand père et fils étaient réunis. Alors si pour le moment elle réussissait à garder secret cette peur, combien de temps y arriverait-elle? Mais elle n'avait pas le droit de priver John de son fils, il avait les même droit qu'elle.
Sa réflexion l'amena tout naturellement vers Ronon. Ce dernier jouait les fantômes, c'est à peine s'ils s'étaient échangés quelques mots en une semaine. Elizabeth savait pourquoi son ami instaurait une distance entre eux. Ne pas être une gêne dans la ré-insertion de John dans sa vie d'avant. Une réaction humble mais qui agaçait légèrement la jeune femme qui avait besoin plus que tout de son ami.
Le seul homme de sa vie qui ne la quitterait jamais.
Et surtout en ce tournant de sa vie, un moment capital, Elizabeth ressentait un manque, une nécessité de se confier à Ronon qui avait toujours su trouver des mots rassurants et la conseiller. Elle devait rétablir le contact avec lui.
C'est donc avec cette idée en tête qu'elle se mit à sa recherche, le trouvant sans grande surprise dans le gymnase, ce lieu, témoin de leurs erreurs. Mais elle avait passé ce cap depuis fort longtemps, le fait de se rendre dans cette pièce n'éveillait plus le moindre souvenir de cette fameuse nuit.
- « Bonjour » fit elle comme si de rien n'était.
Le runner s'immobilisa et se retourna, le visage sans surprise, comme s'il s'attendait à sa venue.
- « Elizabeth »
- « Je suis contente que tu te souviennes encore de moi » dit-elle, un sarcasme involontaire colorant ses mots.
- « Ne m'en veux pas, s'il te plaît. » fit-il, sachant pourtant la rebuffade de son amie justifiée.
Bien qu'elle connaissait déjà la réponse, Elizabeth lui demanda sans préambule :
- « Pourquoi tu m'évites depuis une semaine? »
Face au silence de son ami, la jeune femme prit place sur le banc afin de lui montrer qu'elle avait tout son temps.
- « Tu sais que c'était la seule à faire. John ne supporte pas d'être dans la même pièce que moi et... »
- « Donc tu baisses les bras. Tu ne t'es pas dit que tôt ou tard, vous deux, vous devriez vous parler, mettre les choses au clair une fois pour toute, même si... »
- « Même si quoi? »
Même si cela devait arriver aux poings, songea t-elle. Une triste réalité mais il ne fallait pas se voiler la face, cette issue était préférable que celle de l'ignorance, de la fuite. Ces deux là devront se parler, quit à ce qu'ils se hurlent dessus, qu'ils s'accablent de reproches et qu'ils se frappent. Au moins ils pourraient évacuer toute leurs colères, celle de John pour avoir été trompé, et celle de Ronon pour qui la fuite de son ami était une erreur indigne de l'homme qu'il avait connu.
- « As tu au moins essayé de lui parler? »
- « Non, c'est encore trop tôt. »
- « Ce n'est pas en laissant passer du temps que les choses s'amélioreront. »
Ronon opina de la tête. Il ne pourrait pas toujours repousser l'inévitable, il le savait, mais à dire vrai, le runner redoutait sa réaction. Face aux accusations de John, un homme pour qui, il avait été prêt à tout donner y compris sa vie, il avait peur de ne pouvoir garder son calme. Elizabeth était – mise à part Jennifer et encore leur relation n'était pas comparable – la femme qui comptait plus que tout pour lui. Alors si John commençait à casser du sucre sur son dos, il se savait incapable d'entendre ses injures sans protester. Ce n'est pas lui qui avait été là pour la ramasser à la petite cuillère, quand son moral avait si bas qu'elle avait frôlé la dépression. Non, lui vivait sa vie sur une autre planète, ignorant tout le mal que sa pseudo mort avait causé.
- « Et puis tu n'as pas pensé que j'avais besoin de toi » ajouta t-elle en baissant la tête.
La poitrine de Ronon s'oppressa. Savoir son amie en détresse et ne pas être là l'avait rendu malade, mais s'éloigner d'elle était nécessaire afin que John reprenne sa place, celle qu'il aurait toujours dû avoir. Avec du recul, et surtout face au désarroi de la jeune femme, il se dit que ce n'était finalement pas une bonne idée.
- « J'ai toujours garder un oeil sur toi.... » confessa t-il en s'asseyant à ses côtés mais sans oser croiser son regard qu'il savait posé sur lui.
- « Je te remercie pour cette attention honorable, Ronon, mais j'ai peur qu'en agissant de la sorte cela est au contraire l'effet inverse. John peut penser que si tu t'éloignes de moi c'est car on entretient tous les deux encore une relation.
- « Tu le penses sérieusement?! »
- « Malheureusement, oui »
Malheureusement, oui. Ces deux mots ne signifiaient pas grand chose, mais tout le reste – son ton, ses yeux, son attitude – transmettait toutes les réponses dont Ronon avait besoin.
- « Il a tant changé.. » conclut-il, attendant à ce qu'elle poursuive sur une question qui lui brûlait les lèvres.
Elizabeth dut lire cette interrogation dans les yeux noisettes du runner puisqu'elle anticipa sa question.
- « Tu te demande comment il se débrouille avec Jo? »
- « Oui, et je me demande aussi comment il se comporte avec toi. »
La jeune femme plissa les yeux, faisant un rapide bilan de cette dernière semaine.
- « Avec moi.. on va dire que c'est statu quo. Il semble toutefois moins agressif même si je vois bien qu'il se retient de me faire quelques remarques cinglantes. Disons qu'on ne s'échange que les mots strictement nécessaires notamment quand il a une question sur Jo. »
- « Tu lui a parlé de ta grossesse? »
- « Non » fit-elle catégoriquement. « Et je ne tiens pas à ce qu'on le mette au courant »
- « Et pour Jo? »
- « Et bien... il écoute ce que je le lui dis. C'est dingue faut voir le regard qu'il porte sur son fils et puis quand il me regarde, ses yeux se remplissent immédiatement de colère et je crois qu'il ne s'en rend même pas compte c'est devenu naturel chez lui. »
- « Pourquoi j'ai l'impression que tu ne me dis pas tout »
Elizabeth souffla de reddition. Décidément, elle ne pouvait rien lui cacher.
- « Tu as raison. » dit-elle en posant ses mains sur son ventre comme pour ponctuer ses angoisses qui lui venait du plus profond d'elle. « J'ai... j'ai cette angoisse en moi de le voir s'occuper de mon fils, alors que c'est ridicule je sais qu'il ne pourrait jamais lui faire de mal mais.. »
- « Je comprends » fit-il, omettant bien volontiers le fait que lui aussi avait ressenti cette peur. « Mais en y pensant bien, cette peur ne serait-elle pas dû au fait que John soit devenu un autre homme, il n'est plus celui que tu as connu, celui que tu imaginais comme père. »
- « Je le pense aussi. Voilà pourquoi je ne dis rien et j'essaye de lui accorder du temps avec Jo. J'ai pas envie qu'il me fasse en plus ce reproche après l'avoir quasi supplié de rester pour s'occuper de lui. »
- « Il est avec lui en ce moment? »
- « Oui.. mais j'ai demandé à Teyla de rester avec eux » avoua t-elle à demi mots.
Ronon se pencha en avant, prenant appui ses ses genoux alors que son regard se perdait sur le mur en face de lui.
- « As tu remarqué que tu dis plus souvent mon fils que le notre ? »
Médusée, Elizabeth lui jeta un coup d'oeil douloureux comme pour lui demander si tel était bien le cas.
- « Ce qui est compréhensible, Elizabeth » le rassura Ronon en voyant l'accablement de son amie, mais incapable de prononcer les mots qui la rassureraient.
Tout comme John, les mots n'étaient pas son fort. Voilà un point commun entre eux, celui-ci, et un autre qu'il aurait préféré ne pas partager...
- « Je... je crois que je n'arrive pas à me faire à l'idée de devoir partager Jo avec lui. C'est dingue, j'ai l'impression de parler d'un objet mais jusqu'à là... »
- « C'est toi et toi seule qui avait le dernier mot concernant son éducation alors que maintenant tu vas devoir prendre en compte son avis. »
- « Voilà »
Bien que leur situation soit assez atypique, elle ressemblait fort à celle de parents séparés devant partager l'autorité parentale de leur enfants avec tous les problèmes qui se greffent. Comment concilier deux avis totalement divergents? Comment se mettre d'accord alors que les deux parents sont en plus ou moins mauvais terme?
