J'aime beaucoup le chapitre à venir voilà pourquoi je n'ai pas pu le couper au risque de faire perdre l'effet que je voulais lui donner


En les voyant si proches, si complices, John resta plusieurs minutes avec Johanatan endormi dans ses bras à les regarder, incapable de penser, incapable de dévier son regard d'eux. Il ne pouvait pas les entendre, mais parfois, les gestes, les regards, en disent bien plus longs. Rien ne traduisait un sentiment d'amour entre Elizabeth et Ronon, rien mise à part une profonde complicité qui, finalement, rendait John bien plus jaloux car il savait que plus jamais il ne partagerait un tel lien avec qui que ce soit. Plus jamais. Marqué à vie au fer rouge, une plaie à vif qui ne cicatriserait jamais. John vivrait avec cette plaie au coeur non refermée, une blessure qu'il ne souhaitait peut être voir guérir... Car cicatriser c'est oublier.

A l'instar de la colère qui le consumait depuis deux ans, un tout nouveau sentiment naissait en lui. Celui de la jalousie. La jalousie de n'avoir pas eu le droit de mener une vie normale, d'avoir – comme tout le monde – une vie de famille. On lui avait refusé ce droit au bonheur. Ce droit de vivre sa vie tout simplement.

Son fils avait le droit d'avoir deux parents qui, en plus de l'amour, partageraient une complicité telle que celle qu'entretenaient Elizabeth et Ronon. Alors que désormais, lui et elle, ne se connaissaient plus. Comment élever un enfant ensemble? Comment contribuer à son bien être et faire en sorte qu'il devienne une personne épanouie?

Il sut que cette nuit-là serait une nuit blanche de plus. Il aurait besoin de beaucoup de temps pour parvenir à remettre un semblant d'ordre dans cette situation. Y trouver une solution, et encore, il ignorait vraiment s'il y en avait une et si seulement, il avait envie qu'il y en ait une.

Ni Elizabeth, ni Ronon ne s'aperçurent de la présence de John à l'entrée du gymnase, et encore moins des larmes qui scintillèrent ses yeux fermés. Le lieutenant Colonel Sheppard pleurait pour la première fois depuis deux ans... Impuissant devant la force et l'inéluctable désastre de sa vie, il pleurait... Si seulement elle ne l'avait pas trompée, ou, si seulement il n'avait rien su...

Comment remonter le temps, comment faire marche arrière ?

Il tourna les talons et d'un pas pesant regagna ses quartiers avec dans ses bras tout ce qui lui restait d'important dans sa vie. Son fils. S'occuper de Johnatan, se concentrer sur lui l'aiderait peut être à passer le cap de cette foutue nuit, à ne pas ressasser encore et encore les mêmes questions qui, jusqu'à là, n'avaient aucune réponses. Sur le trajet, il rencontra plusieurs militaires qui le saluèrent respectueusement, pas dupe, John avaient remarqué leurs regards inquisiteurs. Quand redeviendra t-il leur chef ?

Officiellement, rien ne l'empêchait de reprendre ses fonctions au sein de la cité, rien, sauf que le sgc avait imposé à ce qu'il s'entretienne avec Heigtmeyer pour voir s'il était apte psychologiquement à reprendre du service. Histoire de s'assurer qu'il ne pète pas un cable et qu'il ne tire sur le premier venu! Officieusement, c'était une autre affaire. A commencer par Lorne, John ne voulait pas prendre sa place alors que le militaire avait mérité sa promotion. Et puis... avait-il encore l'étoffe pour un tel poste? Sur le plan physique, le problème ne se posait pas, même sur une autre planète, il avait gardé sa discipline en pratiquant régulièrement du sport. Sauf que voilà, rester inactif toute la journée sur la cité commençait sérieusement à lui peser, il n'y avait rien à faire excepté s'occuper de Johnatan, une occupation à plein temps, mais il aspirait plus, il voulait plus. Alors, et si finalement reprendre les missions pouvaient lui rapporter une certaine sérénité et paix intérieure....

Et sans même qu'il ne s'en aperçoive, ses pas le guidèrent tout naturellement vers le hangar à jumpers. Il n'y avait pas mis les pieds depuis si longtemps... Rien avait changé. Tous les jumpers - de grands pots de yaourts comme Mckay les décrivaient - étaient alignés n'attendant qu'à être pilotés. Poussé par Dieu seul sait quelle pulsion, John monta dans le premier vaisseau et s'assit sur le siège du pilote. C'est à ce moment là que Johnatan ouvrit les yeux. Une vraie marmotte. John avait remarqué que lorsque son fils dormait, il fallait presque une tornade pour le réveiller, songea t-il amusé.

- « Et si on allait faire une petite ballade, Jo? »

Le petit garçon leva ses grands verts sur son père, lui donnant son accord pour cette initialisation au pilotage.

- « Alors c'est parti! » dit-il en appuyant sur différents boutons tout en gardant une main fermement sur Johnatan.

Différentes lumières s'allumèrent dans l'habitacle sous l'oeil émerveillé du petit garçon dont le sourire s'élargissait de seconde en seconde.

- « Attend c'est pas gagné, ça fait deux ans que j'ai pas piloté... mais c'est comme le vélo ça s'oublie pas! »

En guise de réponse, son fils opina de la tête comme s'il était d'accord avec lui ce qui fit sourire John qui ne pouvait décidément plus se lasser de voir son fils s'émerveiller pour un rien... Alors que pour lui c'était disons chose commune.

Une certaine angoisse naquit en lui alors qu'il posait une main sur le manche. C'est ridicule pensa t-il, pourquoi aurait-il perdu la main? Il tira le manche vers lui et le jumper quitta le sol d'un mètre dans un doux ronronnement aux oreilles de John. Les portes du hangar s'ouvrirent, laissant passer la lumière du clair de lune et après une profonde inspiration, il fit décoller le jumper sans la moindre hésitation.

Le vaisseau s'éloigna rapidement de la cité et s'éleva dans les airs, dans les nuages, avec au loin la lune: une lumière pour guider les pilotes perdus comme les phares pour les marins....

En dépit de ses angoisses, John n'avait pas perdu la main, ses instincts de pilote s'étaient immédiatement réveillés au moment où il avait pénétré dans le jumper. Ses instincts et ce sentiment de liberté que seul le vol pouvait lui procurer.... enfin jusqu'à ce qu'une femme lui fasse ressentir cette même sensation d'abandon.

C'est comme si le jumper et lui ne faisaient qu'une seule et même entité, que chacun répondait aux attentes de l'autre.

Ne pas penser. Ne pas réfléchir. Se perdre dans les airs comme on le ferait en amour.

John en oublia toute notion de temps pour s'abandonner au plaisir de voler de nouveau. Il en oubliait toutefois pas son fils qui, les yeux grands ouverts, admirait le paysage qui s'offrait à lui, ne perdant pas une miette.

- « Et si on montait un peu plus haut »

Aussitôt, le jumper prit de l'altitude et se plaça en orbite autour de la planète. Johnatan se dandina dans les bras de son père, excité par ce qu'il voyait. John ne se décida à rentrer que lorsque son fils s'endormit de nouveau dans ses bras, bercé par le vol.

Lorsqu'il posa le jumper, il vit au travers la vitre avant Elizabeth qui l'attendait de pieds ferme, les bras croisés. Alors qu'il devrait se sentir coupable d'être parti sans la prévenir alors qu'il était sensé être avec Teyla; John ne s'en formalisa pas, estimant qu'il n'avait pas de compte à lui rendre dans la mesure où Johnatan était son fils à lui aussi. Dès lors, si l'envie lui prenait de faire un tour avec lui, il n'avait pas à lui demander la permission.

- « On est arrivé bonhomme » souffla t-il à l'oreille de son fils qui enfouit son visage dans le creux de son bras tandis que ses doigts se refermaient sur un bout de sa chemise.

Prêt à subir les foudres de la jeune femme, John sortit du jumper alors que Elizabeth se jetait sur lui pour prendre Johnatan de ses bras.

- « Mais enfin tu peux m'expliquer ce qu'il t'est passé par la tête?! » aboya t-elle, ses yeux lui jetant des éclairs.

- « Ce qu'il s'est passé? » dit-il sans surenchérir, au contraire, sa voix était d'un calme olympien montrant qu'il pensait vraiment n'avoir rien à se reprocher.

- « John tu es totalement inconscient ma parole! Tu n'as pas touché à une commande depuis près de deux ans et tu pars comme ça avec Jo, sans même m'avertir qui plus est... »

- « Il me fallait ta permission? » demanda t-il d'un air hautin avant d'ajouter, dédaigneux. « Merci, je vois que j'ai toute ta confiance dans mes compétences de pilote. Tu penses sérieusement que j'aurai pu faire courir un risque à Jo? »

- « La question n'est pas là... » dit-elle, fatiguée de ces éternelles désaccords entre eux; fatiguée de devoir se battre contre lui.

Ressentait l'animosité entre ses deux parents, Johnatan se mit à sangloter dans les bras de sa mère et enfouit son visage dans son cou.

- « Et tu vas encore me dire que c'est à cause de moi qu'il pleure? Qui sait qui hausse la voix?!C'est encore moi le parent indigne?! » dit-il avant de faire une pause tandis que ses yeux se portaient sur le sol du hangar, semblant regretter ses mots.

Un léger changement qui ne passa pas inaperçu à Elizabeth. C'était la première fois depuis son retour que John paressait se rendre compte de la force de ses mots et ô combien il pouvait se montrer blessant.

- « Tu sais pourquoi j'ai fais ça, pourquoi je suis parti piloter sur un coup de tête. »

Il secoua la tête et souffla comme blasé, puis sans mot, il partit.

- « Pour te sentir libre... » chuchota t-elle.

OoO

- « Entre vous et nous, je ne pensais vraiment pas vous voir passer le pas de ma porte un jour »

- « Pourquoi parce que je suis si instable que ça? » demanda John en s'asseyant sur le fauteuil que lui montrait Kate comme s'il était clouté de pointes.

- « Disons qu'avant, même les menaces d'aller en cours martiales n'avaient pas l'effet voulu. »

- « Il y a un début à tout »

- « Surtout que cet entretien est obligatoire si vous voulez reprendre les missions. Et la question est : le voulez-vous? »

John n'aurait pu donner un oui franc, car lui même ne le savait pas. C'était encore le brouillard dans son esprit. La réponse différait comme le temps, parfois oui, et parfois non. Ayant assez de tourner en rond toute la journée en se demandant que faire de sa triste existence, reprendre les missions serait une occupation comme une autre - bien que l'entrain ne soit plus là. Qui sait ce qu'il pourrait se passer lors d'une montée d'adrénaline? On ne peut pas renier ses instinct, cet instinct d'aventurier...

- « En fait, je ne sais pas vraiment... »

- « Vous voulez faire un essai, ce n'est qu'en votre honneur. »

- « Docteur? Elizabeth... vous a t-elle parlé d'un sujet particulier la concernant elle et moi? »

- « Ecoutez John, je ne peux pas vous parler de mes entretiens avec elle, mais je suis au courant de tout. »

- « Bien »

- « Cela vous gêne t-il? »

- « Comment ça? »

- « Et bien que plusieurs personnes soient au courant de cette histoire? Oui, je sais pour elle et Ronon. »

John secoua la tête, trouvant absurde et sans intérêt cette question. Sauf que pour Kate, la réponse à cette question pourrait expliquer en partie son comportement.

- « Etre trompé par la femme que vous aimiez a t-il porté un coup à votre masculinité? » l'interrogea t-elle, mais en voyant l'air atterré de John, Kate crut bon de préciser. « Faut savoir que chez les hommes, et en particulier chez eux plus que chez les femmes, il y a cet instinct inné de rivalité. Entre vous, vous vous livrez une sorte de combat perpétuel, à savoir qui aura la plus grosse voiture, qui aura le plus de touches... Et être trompé par votre compagne a dû irriter votre ego. Pourquoi a t-elle été voir ailleurs? Qu'a Ronon de plus que moi? Ne me regardez pas comme ça, John. C'est triste à dire mais ce qu'on a généralement tendance à dire sur le comportement sexuel des femmes et des hommes est vrai. Les femmes ont besoin d'être amoureuses pour ressentir le désir, alors que chez les hommes, le sentiment amoureux vient après. Ce n'est que la partie émergé de l'iceberg mais en voyant Elizabeth se jeter dans les bras de Ronon alors même qu'elle vous aimez, vous, et non lui, votre fierté en a pris un coup. Et le fait que certaines personnes puisse être au courant est pour vous comme un échec, une honte. »

- « Alors, si je vous écoute, ma réaction n'est seulement dû à mon ego blessé. Mes sentiments n'ont rien à voir là dedans, il s'agit simplement de comparer une performances sexuelle?! »

- « Pas que ça, disons que cela y contribue.»

Kate chercha ses mots, les pesant au mieux afin que John puisse comprendre la situation qui, selon lui, se résumait en un mot alors qu'en fait c'était beaucoup plus complexe.

- « Vos sentiments amoureux pour elle ont interagis sur votre réaction. Si vous n'aviez pas été amoureux, alors oui c'est sûr, vous ne seriez pas encore blessé, pas alors que deux ans viennent de s'écouler. »

- « Blessé... je trouve le mot encore faible »

- « Vous avez été blessé par une personne en qui vous aviez toute confiance, celle qui, selon vous, aurait été la dernière personne de ce monde à vous faire souffrir. »

Il n'était pas forcément nécessaire de retourner le couteau dans la plaie, surtout que John devait avoir conscience de cette situation, néanmoins, le seul moyen pour lui d'aller de l'avant était de l'accepter et d'y faire face.

- « ... mais vous vous êtes trompé. Vous avez réalisé que Elizabeth n'était pas parfaite. »

- « Je n'ai jamais pensé ça! » la contredit-il.

- « Pourtant, malgré votre assurance je me souviens parfaitement de vous avoir perçu comme quelqu'un ayant peu d'estime pour soi. Vous aviez conscience de vos défauts et d'ailleurs... vous vous êtes certainement demandé ce que Elizabeth pouvez vous trouver ou même ce qu'elle faisait avec vous. Je me trompe? »

- « Peut être... » maugréa t-il en s'apprêtant à se lever.

- « John, s'il vous plaît.... restez. »

Il savait pourtant que Kate le forcerait à évoquer ce passé qu'il s'évertuait d'oublier, de parler des raisons de sa fuite... Bordel qu'est ce qu'il faisait ici? John ne désirait qu'une seule chose : prendre ses jambes à son cou et ne plus parler de tout ça. Ne plus parler de ce pire moment de sa vie... Pourtant, alors même que cet entretien était déterminant pour la reprise des missions, John se rassit, prêt à poursuivre cet entretien, mais uniquement car une petite voix dans sa tête lui disait que la jeune femme pourrait l'aider. L'aider à quoi? A reprendre une vie normale? Si seulement, elle en avait le pouvoir...

- « Je ne veux que vous aider, colonel. »

- « Je sais, c'est votre job. »

Pas uniquement...

- « Le mot que j'ai utilisé : blessé ... » poursuivit Kate, soulagée qu'il reste. « Je suis d'accord, c'est un euphémisme en comparaison de ce que vous aviez éprouvé. »

- « Et que j'éprouve toujours. »

- « La seule manière d'évacuer sa peine est de la transformer en colère... ce qui un processus logique et même préférable. Ecoutez... la colère fait partie de notre palettes d'émotions primaires au même titre que la joie ou la peur. En apprenant ce que Elizabeth vous a fait, votre première réaction a été la douleur, puis la colère : un moyen pour vous de réagir à cette trahison, de vous défendre. La colère est donc indispensable à l'équilibre de chacun... sauf quand elle vous submerge, qu'elle se tapie en vous à jamais... John, le moment est venu de la libérer. »

Kate avait eu vent de l'épisode du mess durant lequel John avait enfin libéré – pendant un très bref moment - sa colère trop longtemps refoulée. Une libération, mais pas suffisante.

- « Cette colère est en vous depuis si longtemps maintenant qu'elle fait partie de vous et j'ose même me dire, de votre personnalité. Le temps a généralement le bénéfice de faire le ménage et d'estomper toute cette colère non exprimée. Mais certaines blessures ne veulent pas cicatriser, c'est ce qu'on appel un cycle émotionnel bloqué. »

- « Epargnez votre jargon »

- « John » appela Kate sans se laisser départir de son calme. « Ces blocages entraînent des troubles émotionnels, et pour votre cas... il s'agirait de rétroflexion... vous retournez contre vous l'énergie bloquée : vous refusez de vivre votre vie. Avez vous rencontré quelqu'un durant ces deux dernières années? Avez vous souri au moins une fois? Vous êtes vous lié d'amitié avec quelqu'un d'autre? Je pense que non... »

Elle avait fait mouche..

- « Etes vous toujours autant en colère contre Elizabeth? »

- « Non » répondit du tac au tac

- « Non?! »

- « Euh.. non, enfin oui... » fit John, totalement perdu, ne comprenant pas lui même sa réponse.

- « Qu'est ce que vous éprouvez lorsque vous regardez votre fils? »

- « Je vois un petit garçon que je ne connais pas, un petit garçon qui doit apprendre à m'aimer... encore si c'est possible. »

- « Pourquoi vous aimerez t-il pas? » s'étonna Kate.

- « Car je n'étais pas là pour lui.. pas là pour sa mère »

- « Mais vous êtes parti à cause d'elle? »

- « Je n'ai pas voulu revenir, oui. »

- « John.. parlez moi du moment où vous avez repris conscience sur cette planète. Quelles furent vos premières pensées. »

- « Pourquoi vous parlez de ça? » demanda t-il avant de capituler.

OoO

John se réveilla, la lumière du soleil traversant les vitres et venant s'échouer sur son côté droit du visage. Il cligna des paupières avant d'ouvrir lentement les yeux ; recherchant paresseusement quelque chose à laquelle il pourrait donner forme ; la concentration était lente, s'orienter dans un cadre peu familier lui prit du temps. Lorsqu'il bougea son bras, la douleur traversa de bout en bout son abdomen et il suffoqua légèrement. Une voix perça, son cerveau décodant finalement les sons incohérents.

- « Bonjour, je m'appelle Tarys, et voici ma fille Marissa nous t'avons trouvé à moitié mort sur le bord du rivage.

- « Où.. où je suis ? » demanda John faiblement.

- « Aratam, nous vous avons ramené chez nous afin de pouvoir vous soigner. »

Il essaya de bouger, de s'asseoir pour avoir une meilleure vision sur la personne qui parlait.

- « Non, ne bougez surtout pas! » enjoignit une voix féminine tandis que des mains le retenaient fermement. « Vous avez mal? »

Les traits de son visage prirent forme dans la pâle lumière et il se détendit en retombant sur les oreillers du lit.

- « Oui, c'est diffus...» murmura-t-il doucement, forçant avec précaution l'air dans ses poumons. Il se racla la gorge et essaya à nouveau, un peu plus fort. « C'est... »

- « Chut, ne parlez pas » ordonna la jeune femme en posant deux doigts sur sa bouche. « Essayez juste de lever la tête un peu pour boire. Ce n'est pas très bon mais ça calmera la douleur »

John accepta le remède avec reconnaissance, même si le petit effort de redresser sa tête pour boire semblait limiter les réserves d'énergie déjà réduites qu'il avait. Il s'effondra sur l'oreiller.

- « Depuis quand je suis inconscient? »

- « Trois jours, fiston. Tu nous a fait une sacré peur, ta blessure n'était pas belle à voir » répondit-il sans plus de détails. « Que t'es t-il arrivé? »

- « Je sais plus.. » mentit-il alors que son esprit plongeait dans un océan de souvenirs.

La confession de Ronon. L'attaque des génii. Cette douleur fulgurante. Puis le néant.

- « Comment t'appelles- tu? »

- « ... Tha...Thalan »

Pourquoi mentir? John avait répondu instinctivement, comme si tout son corps répondait à ce nom depuis toujours. La vérité n'était pas tant éloignée que ça dans la mesure où une entité du nom de Thalan avait pris possession de lui durant une longue journée, l'obligeant à commettre des actes qui pesaient depuis sur sa conscience alors même qu'il ne maîtrisait pas son propre corps. Il avait été à deux doigts de tuer Elizabeth, elle même possédée par une entité du nom de Phoebus.

Pourquoi?

Car Thalan faisait parti de lui à jamais même si c'était un autre homme, une autre personne ayant d'autres attentes, d'autres aspirations. Sauf que John se sentait comme mort à l'intérieur; finalement Thalan et lui se ressemblaient maintenant. Ils avaient tous deux la même colère dirigée contre une même femme... Sa blessure était bien plus profonde que le trou dans son abdomen, les dégâts atteignaient son essence profonde.

John Sheppard, tel que tout le monde l'avait connu n'existait plus, de ses cendres, un autre homme était né... Thalan.

- « Bienvenu parmi nous, Thalan. Quand tu seras rétabli, tu pourras retourner vers les tiens » fit Tarys, un sourire bienfaiteur sur le visage.

- « Je n'ai plus de chez moi » murmura John en fermant les yeux, la fatigue ayant raison de lui.

Tel qu'un nouveau né, il s'endormit sans peine d'un sommeil sans rêves.

OoO

- « Il est tout de même... étonnant...d'avoir choisi le nom de la personne ayant tenter de tuer Elizabeth. »

- « Ne vous méprenez pas, je n'ai aucune pulsion de meurtre » corrigea John mi sarcastique et mi sérieux.

- « Je n'ai pas de doutes là dessus. »

Ne pas user de son patronyme était en soi assez révélateur. Comme si le fait de devenir un autre homme pourrait l'aider à oublier cette douleur dans son coeur. Cependant, la naissance - ou renaissance pour son cas - est tout aussi douloureuse que la mort.

- « Avez vous réellement ressenti l'impression de devenir un autre homme? »

- « Mais j'ai changé, je ne suis plus le même. »

- « Oui, un événement de votre vie vous a marqué à jamais, mais il ne fait que s'ajouter qu'à un autre, car intrinsèquement, vous êtes toujours le même, bien qu'on puisse en douter. John, si vous n'aviez pas un fils : serez vous reparti sur Ataram? »

Bonne question! John ne s'était pas posé la question car il n'y avait pas lieu d'être.. Mais en y réfléchissant bien, oui, il serait certainement reparti.

- « Votre fils est donc le lien qui vous rattache à votre vie d'avant? Pourtant, quand vous le regardez.. vous ne ressentez aucun mépris? Il ne vous rappelle pas la trahison de Elizabeth? »

- « Non, je ne vois qu'un enfant que j'aime de plus en plus chaque jour.. »

- « Peu importe qui est sa mère? »

- « Comment ça? »

- « Vous n'étiez pas sûr d'être toujours autant en colère contre elle, mais ce pourrait-il que cette colère soit partagée, que vous le soyez également contre vous même? »

La question sibylline de Kate était expertement - selon John - ciblée sur la grossesse à difficultés de Elizabeth.

- « Je suis au courant pour les problèmes qu'elle a eu durant sa grossesse » dit-il d'un ton solennel comme s'ils parlaient d'un secret d'état.

- « Y aurait-il que ça? » hasarda Kate. « John... ne le prenez pas mal, mais à vote avis, pourquoi Elizabeth s'est-elle jetée dans les bras de Ronon? »

Depuis deux ans, John s'était encore et encore posé la question mais sans jamais trouver une réponse qui le satisfasse, voire même une réponse tout court. Un mystère non résolu.

- « Pensez vous que si on aime vraiment une personne alors il est impossible de la tromper? »

- « Oui » répondit-il sans préambule, une réponse qui allait de soi.

- « Donc si je suis votre cheminement a contrario, Elizabeth ne vous aimait pas vraiment? »

Il posa ses yeux soucieux sur la jeune femme en attente d'une réponse, puis les referma tandis que des je t'aime prononcés par Elizabeth lui revenaient en mémoire. Elle avait l'air si sincère... Et même, nul besoin de mots, les yeux ne peuvent pas trahir, ils sont le reflet de notre âme, le miroir de nos sentiments.

- « John? »

Son nom le pénétra mais il ne voulut tout d'abord pas le reconnaître. Pour l'instant son esprit n'avait que deux états: la douleur ou l'inconscience. Il préférait de loin l'inconscience, mais la voix était insistante. Il ouvrit les yeux, essaya de parler mais il échoua. Finalement après une autre tentative, il parvint à parler doucement, sa voix à peine plus forte qu'un murmure rauque, alors qu'il se concentrait sur le décor comme si les murs gris ardoise pouvaient l'aider.

- « Oui, elle m'aimait »

- « Vous avez t-elle donné une raison pour tenter de justifier ou d'expliquer son acte »

- « Elle n'a pas essayé de se justifier. »

- « Il s'est passé quelque chose entre vous, quelque chose de suffisamment grave pour qu'elle puisse douter de votre relation?... De vous ou même d'elle? »

- « On s'était disputé mais quoi de plus normal dans un couple » fit John sur la défensive qui n'aimait pas la tournure de la conversation.

Encore un peu et Kate lui dirait que tout était de sa faute.

Une dispute commune à tout couple... bon pas forcément basique puisque l'objet même de leur désaccord était dû au fait que John avait formellement désobéi à un ordre de la jeune femme au cours d'une mission inter-planétaire. Leur dispute avait rapidement pris une tournure plus personnelle, une pente plus glissante de sorte que chacun avait laissé exprimer ses frustrations.

- « Quelles frustrations? »

- « J'en avais plus que marre que Elizabeth se borne à garder notre relation secrète et elle... elle pensait que je me servais de notre histoire pour m'octroyer des passes droits. »

- « Vous vous êtes blessé mutuellement? »

- « Vous savez quand on s'emporte... nos paroles dépassent souvent nos pensées pourtant elle n'avait pas le droit... » aboya t-il avant de se taire.

OoO

- « Alors pourquoi?! » tempêta t-elle. « Pourquoi n'en as tu fais qu'à ta tête? Sortir avec moi ne te donne pas un droit. Je suis et je reste ta supérieure! »

- « Non mais je rêve, tu penses sérieusement ce que tu dis » lui rétorqua t-il en renchérissant sur le même ton hargneux.

- « C'est l'impression que j'ai parfois, oui » mentit-elle afin qu'il comprenne sa position délicate au vu des autres. Elle n'avait pas à tout lui passer.

- « Donc tu penses que je couche avec toi afin d'obtenir des avantages? Une sorte de promotion canapé ?»

OoO

- « John? » appela Kate qui avait remarqué le changement d'expressions sur le visage de John.

Perdu dans une bride de son passé qui n'appartenait qu'à lui, son faciès dévoilait ce que ses souvenirs lui montraient.

- « John, vous êtes toujours avec moi »

- « Euh... oui docteur »

- « Cette dispute n'était pas banale. Vous vous êtes blessé... »

- « Selon elle...je n'étais qu'une sorte de gigolo, je me tapais la dirigeante pour avoir des droits et pour pouvoir me vanter de l'avoir eu. »

- « L'a t-elle dit expressément? »

- « Pas vraiment... »

La colère a souvent pour conséquence de faire entendre, de faire comprendre des choses qui sont fausses. On s'emporte, on détourne une parole... et le mal est fait. L'autre comprend de travers et les choses s'enveniment.

- « Et vous, que lui avez vous dit? »

OoO

- « Il suffit que je claque des doigts pour mettre une fille dans mon lit, pourtant, c'est toi que j'ai choisi » en mimant le geste à la parole.

- « Tu... tu m'as choisi » dit-elle, la voix tremblante.

- « Tu vois très bien ce que je veux dire »

- « Non, justement, explique moi! A t'entendre, je ne suis qu'un vulgaire objet! »

- « Un vulgaire objet! Tu te fous de moi, qui c'est qui ne veut pas se montrer avec moi? Ca pourrait mettre un coup à ton autorité en sachant que tu te tapes le chef militaire. Je suis juste bon pour te procurer un orgasme! D'ailleurs, il ne m'a pas fallu beaucoup d'efforts pour que tu écartes les cuisses! Un petit compliment et hop l'affaire était dans le sac!

OoO

- « Merde.... » lâcha t-il, un éclair de lucidité lui traversant l'esprit.

Comment avait-il oublier ça? Pourquoi n'avait-il pas compris plutôt?

John paniqua, se criant à lui-même de dire quelque chose, de faire quelque chose pour s'empêcher de croire qu'il avait effectivement cracher ces atrocités.

- « Non, je n'ai pas pu dire ça! »

Et il se répéta cette phrase, encore et encore mais il ne parvint pas à s'en convaincre. Il avait dit ces mots. Textuellement. Lui, et non un autre.

- « John, qu'avez vous dit? » demanda Kate, affolée par ce brusque accès de rage.

Il avait refusait d'ouvrir les yeux, de se pencher sur cette partie de son passé car persuadé n'avoir rien à se reprocher .

Ce retour à la lucidité ne prit qu'une fraction de seconde, brouillant la logique qu'il avait depuis deux ans et qui maintenant prenait un tout autre sens. Son expression ne changea pas malgré tout. Il était devenu trop expert à garder ses sentiments cachés, à monter au monde uniquement ce qu'il voulait qu'il voit, pour laisser aller ses émotions de telle façon à changer totalement l'expression de son visage. Seule la colère était perceptible alors qu'un panache d'autre émotions s'insufflait en lui.

Une catin. Une femme qui s'offre au premier venu sans se soucier de sa dignité. Il ne l'avait pas dit expressément mais elle avait eu raison de le croire, raison de ne pas comprendre autre chose, raison de se sentir blessée. Raison de... Stop. Il ne poursuivit pas sa réflexion sur ce terrain miné.

Sans qu'elle ne puisse l'en empêcher ni le prévoir, John se leva et s'empara du fauteuil sur lequel il était assis et le jeta contre la baie vitrée de son bureau, l'éclatant en mile morceaux. Puis il partit... comme si de rien n'était.