Grosse révélation en fin de chapitre qui risque fort de chambouler notre beau brun^^
En quittant le cimetière, les deux hommes étaient repassés brièvement à l'hôtel, juste le temps de prendre une douche et de se changer. L'hôtel mettait à la disposition de ses clients un bar, c'est donc tout naturellement que Rodney proposa au militaire de s'y rendre avant de partir chez le frère de ce dernier. L'alcool ne permettait pas de régler les problèmes, loin de là, mais ce qui était pourtant vrai, c'est qu'il aidait parfois à affronter des situations délicates. Dès leurs arrivées au bar, John avait adopté un profil bas en allant s'asseoir directement au comptoir, et d'une façon magistrale aux yeux de Rodney, il faisait comme si tout allait bien, comme si la journée passée n'avait pas été éprouvante. John aurait pu duper n'importe qui, mais pas Rodney, non, il voyait clairement en son jeu. John agissait comme toujours : quand une situation le dépassait il faisait l'autruche. Son verre de whisky sec, il le sirotait, l'air insouciant et tout à fait relâché. Une dizaine de minutes plus tard, alors que ni Rodney ni John n'avaient échangé le moindre mot, une femme s'approcha d'eux, apparemment très intéressée par le beau brun. Rodney soupira et pesta intérieurement, s'attendant à ce que le pilote joue une fois encore de son charme, mais étrangement il n'en fit rien. John rembarra la jolie blonde, poliment, mais fermement.
- « Elle n'était pas à ton goût? » ironisa Rodney une fois le choc passé.
- « Si elle t'intéresse je peux lui demander son numéro »
- « Merci mais non merci, j'aime Kate et je suis fidèle »
Rodney se mordit la langue d'avoir parlé trop vite.
- « Encore heureux tiens! » rétorqua John, cachant sa confusion du mieux qu'il put. « C'est du sérieux entre vous, on dirait? »
- « Kate et moi? »
- « Non toi et Radek, bien sûr que je faisais allusion à toi et Kate. »
- « Oui je pense que c'est sérieux, je ne suis pas encore prêt à fonder une famille comme Ronon et Jennifer, d'ailleurs je ne sais pas si je le serai un jour.. mais c'est vrai que je commence à réfléchir sur du long terme. »
- « Ronon et Jennifer? »
Bon sang, il devrait vraiment apprendre à se taire! C'est pas possible c'est vraiment pathologique chez lui!
- « Oui? »
- « Ils pensent avoir un enfant? »
- « D'après ce que j'ai entendu, en effet. »
- « Et tu tiens tes sources d'où? »
- « Euh... de Ronon lui même. »
John sourcilla légèrement, mais cela suffit à Rodney pour savoir à quoi il pensait. Le runner avait tout pour lui, une femme qui l'aimait, fidèle de surcroît, et peut être d'ici peu une famille. Tout ce que John n'avait pas en définitif.
Le militaire appela le barman, lui demandant de lui servir un autre verre.
- « Ok donc c'est moi qui conduit » fit Rodney alors qu'on déposait un autre verre devant John qui le but d'une traite.
- « Comme tu veux, de toute façon tu ne risques rien en n'ayant bu qu'un verre de grenadine » rétorqua John en se levant de son tabouret.
Il sortit quelques billets de son portefeuille puis par un signe de tête, il indiqua à Rodney de le suivre. Le scientifique se leva à son tour, songeant, amusé, que pour la première fois de sa vie, John Sheppard sera à l'heure. Ils avaient encore le temps, et bien qu'à cette heure ci il y ait encore quelques bouchons, ils arriveraient bien en avance chez son frère. Son frère qui devait autant redouter cette entrevue que John. D'après ce que Landry lui avait rapporté lors de leur retour sur terre, profitant que John ne soit pas présent, Dave Sheppard avait été choqué d'apprendre son frère vivant. Ayant fait son deuil, il avait eu du mal à accepter, à concevoir, que son cadet puisse resurgir du monde des morts après tout ce temps. Comment l'armée avait pu croire à la mort de son frère? Et surtout, pourquoi John n'avait pas donner signe de vie avant? On l'avait baratiné, expliquant que John avait été retenu par un groupe de rebelles qui avait tout fait pour le faire passer pour mort. Une explication qui l'avait a prima bord satisfait, mais étant un Sheppard, Dave ne s'était qu'à moitié laissé convaincre, attendant d'avoir l'intéressé en face pour lui requérir des explications. C'est John qui s'était chargé de contacter son frère pour lui faire part de son souhait de le voir, mais étant au travail, c'est sa femme qui avait répondu, convenant pour son mari d'un jour et d'une heure. Soulagé de ne l'avoir pas eu directement, John redoutait toutefois encore plus les retrouvailles avec lui, ne sachant nullement comment il sera reçu.
OoO
Rodney garra la voiture de location dans la grande allée bordant la demeure du frère de John. Il coupa le contact et défit sa ceinture mais ne sortit pas de la voiture, attendant que John soit prêt.
- « John? » appela le scientifique.
L'appel de son nom réveilla John qui défit à son tour sa ceinture. Voilà le moment était arrivé.
Les deux hommes marchèrent et avant même d'avoir eu le temps de sonner, la porte d'entrée s'ouvrit. Une jeune femme d'une quarantaine d'années se tenait à l'embrasure de la porte, un sourire étirant ses lèvres.
- « Bonsoir John »
- « Bonsoir Megan »
Megan avança d'un pas et prit John dans ses bras, le serrant fermement. Lorsqu'elle s'écarta de lui, John put remarquer qu'au bord de ses yeux, perlaient quelques larmes. Des larmes de joie.
- « C'est si bon de te revoir, John. » murmura t-elle encore émue avant de remarquer qu'il n'était pas venu seul. « Rodney? Comment allez vous? »
- « Bien, merci Megan. »
La jeune femme s'effaça pour les inviter à rentrer, prenant par la suite leurs vestes.
- « Dave est au téléphone, on va l'attendre dans le salon si vous le voulez bien »
John acquiesça de la tête. Lorsqu'il entra dans le salon, il balaya la pièce du regard, cherchant à savoir ce qui avait changé depuis sa dernière visite. Tout était comme dans ses souvenirs, les meubles et leurs emplacements, les photos de famille... John eut soudain la sensation de prendre dix ans lorsqu'une photo en particulier attira son attention, celle de son neveu.
- « C'est Alexander? » demanda John.
- « Oui, c'est lui. »
- « Quel âge a t-il maintenant? 14 ans? »
- « 15. Le temps passe si vite. »
En effet. Alexander ne devait pas avoir plus de cinq ans la dernière fois qu'il l'avait vu... et maintenant c'était un adolescent.
- « Où est-il? »
- « Il est dans un pensionna, je sais à quoi tu penses, John. Alex s'y plait énormément. »
- « Tant mieux pour lui. » maugréa John en prenant place sur le canapé en cuir noir.
Ce qui était vrai pour son neveu ne l'était pas pour lui. John avait détesté le pensionna, estimant que ce n'était qu'un moyen pour son père de se débarrasser de lui. Alors quoi de plus étonnant que son frère fasse la même chose avec son propre fils, il ne faisait que suivre les pas de son père qui avait toujours argué que le pensionna forgeait le caractère.
- « Bonsoir, John » fit une voix masculine derrière lui.
Le militaire fit volte face. Son frère, stoïque, le fixait intensément de ses yeux verts.
- « Dave » répondit-il sur le même ton froid.
John se leva et alla à la rencontre de son frère, lui tendant la main que Dave accepta. Un silence s'installa entre eux, un silence pesant où chacun ne savait pas quoi dire. Devaient-ils parler de banalités ou aborder le vif du sujet? Ils avaient tant de choses à se dire, à mettre au clair après tout ce temps. Finalement, ce fut l'aîné qui prit l'initiative, lui demandant banalement :
- « Comment vas-tu? »
- « Pour quelqu'un supposé être mort, plutôt pas mal. » répondit John sur un ton ironique afin de détendre l'atmosphère.
Le visage de Dave se ferma, n'appréciant que très modérément la tentative d'humour de son frère.
- « Je vois que tu n'as pas changé, tu prends toujours tout à la légère »
- « Tu te trompes, j'ai changé, Dave. »
- « Et si on allait discuter dans mon bureau » proposa Dava en enfournant ses mains dans les poches. « Rodney, ça me fait plaisir de vous revoir. » ajouta t-il avant de tourner les talons. « John tu te souviens du chemin? »
Une fois que les deux hommes eurent quitté la pièce, Rodney s'effondra sur le canapé pour reprendre sa respiration. Entre ces deux là la tension était si palpable que le canadien avait – sans s'en rendre compte – retenu sa respiration.
- « Tout va bien Rodney, vous êtes tout pale. Vous voulez un café? » proposa la femme de Dave.
- « Ça ne sera pas de refus, merci! »
- « Ne vous êtes pas, je connais mon mari tout se passera bien »
- « Je ne parierai pas trop dessus » chuchota le canadien.
- « Vous avez dit? »
- « Non rien. Si on allait le prendre ce café. »
OoO
- « Tu veux un cognac? » proposa Dave en montrant une carafe en cristal contenant le liquide ambré hors de prix.
- « Laisse moi deviner, c'est au moins un douze ans d'âge » fit John, connaissant parfaitement les goûts de son frère qui étaient, en définitif, les mêmes que ceux de leur père.
- « Non, il a vingt ans celui-ci » lui répondit Dave, un sourire au coin, avec le même sarcasme que son frère. « La boisson des rois, tu te souviens? »
John accepta le verre et but une gorgée qui lui brûla la trachée mais la douleur s'évapora presque aussitôt.
- « Je me souviens parfaitement: les plus grands méritent de boire ce que Louis XIV lui même buvait!! » fit John en rapportant mot pour mot ce que Nathan leur disait depuis l'enfance. « Mais papa se croyait le soleil, tout ne tournait pas autour de sa petite personne! »
- « Même mort, tu lui en veux toujours! »
John n'essaya même pas d'infirmer ou de confirmer ses dires, à quoi bon! La vérité était qu'il ne savait pas lui même ce qu'il ressentait envers son père. Bien sûr il s'était recueilli devant sa tombe pendant plus d'une heure, c'était tout de même son père, mais pas un seul mot n'avait franchi la barrière de ses lèvres. Parfois la souffrance est trop grande pour que l'on puisse pardonner, la mort n'y changeant rien. Le lien du sang ne justifie, n'excuse pas tout.
- « Si tu savais à quel point il a souffert en apprenant ta mort.. »
- « Je le sais, on me l'a dit. »
- « Ah et on t'as vraiment tout dit? »
- « C'est lui qui m'a chassé de sa vie, c'est lui qui m'a dit de partir pour ne plus revenir... alors je l'ai écouté pour une fois. Je n'avais que 18 ans bordel ! » fit John, aigri.
- « A t'entendre on a l'impression qu'il t'a renié. »
- « C'est exactement ça. Je n'étais pas comme toi. Je n'écoutai pas ses ordres. Je voulais juste mener ma vie comme je l'entendais ce que les gens font en général non? »
Dave soupira, qu'il le veuille ou non, son frère ressemblait beaucoup plus à leur père qu'il ne le pensait. Borné, fier, incapable de reconnaître ses torts.
- « Et toi tu m'en voulais pourquoi au juste? Uniquement car ça me plaisait de suivre les pas de papa. Je pourrai aussi t'en vouloir de m'avoir chassé de ta vie. Tu te rends compte qu'on ne s'est pas vu depuis dix ans! »
- « Tu sais pourquoi »
- « Ah oui, car tu ne voulais pas croiser sa route c'est un comportement d'adulte responsable ça! »
John en avait assez entendu, penser que ce voyage sur terre pourrait l'aider était vraiment stupide. A quoi bon remuer la merde!
- « Tu n'aimes pas entendre ce que je te dis alors tu t'en vas! C'est toi tout craché. Tu fuis comme tu l'as toujours fait. »
- « C'est faux! » aboya John en lançant son verre contre le mur.
- « J'essayais de te ressembler, mais quoi que je fasse je n'arrivais pas à ta cheville. C'est toi que papa préférait, je ne divague pas. A ton avis pourquoi voulait-il que tu lui succèdes? Il offrait son empire à toi, moi je n'étais que le second choix. »
- « Qu'est ce que tu racontes Dave » fit John sur un ton plus calme. « Je n'étais pas son préféré »
- « Oh que si... et tu sais pourquoi, car tu ressembles énormément à maman »
John resta cloué sur place, fixant son frère sans vraiment le voir.
- « Finalement tu ne le connaissais pas aussi bien que ça. Vous êtes pareil tous les deux, aussi borné! Il était en colère, il n'en pensait pas un fichtre mot, mais non toi, tu as tout pris au pied de la lettre. Regarde le résultat des courses. Vous vous êtes pourri la vie pendant presque vingt ans... »
La tête lui tournait, les paroles de son frère faisaient échos dans sa tête, lui rappelant étrangement une autre situation. Finalement, le dicton par lequel on dit que les enfants reproduisent les erreurs de leurs parents n'est pas dénué de sens, c'est exactement ce que John avait fait avec Elizabeth.
- « Imagine ce qu'il a ressenti, met toi à sa place ne serait ce qu'une seconde, le jour où un officier de l'armée est venu sonné à son porte pour lui annoncer ton décès. C'était la fin du monde... En plus, il n'a même pas pu te revoir une dernière fois vu que ton cercueil était vide. »
Dave s'arrêta de parler pour laisser le temps à John d'assimiler tout ça.
- « Il a survécu tant bien que mal... grace à ta femme qui attendait ton enfant. »
John sourcilla en entendant le mot femme, ne sachant pas s'il devait l'interpréter au sens stricte ou par analogie.
- « Ta mort l'a anéanti mais il a tenu bon jusqu'à ce que ton fils naisse, une fois qu'il l'a vu, il est parti te rejoindre. »
- « Je sais qu'il était malade du coeur... »
- « C'est la version officielle du moins. »
- « Quoi? »
- « Tu ne comprends pas. Il s'est suicidé, John. »
