Avant dernier chapitre de cette fic...


Alors que la prise de conscience de leur sentiments respectifs auraient dû les rapprocher, au contraire, John et Elizabeth avaient mis un point d'honneur à établir une certaine distance. Ils ne se voyaient et ne se parlaient que pour leur fils, l'unique lien qui les unissait encore, selon eux. Bien sûr, ils restaient courtois et respectueux, mais au delà de ça, rien. N'importe quel observateur averti aurait affirmé que ces deux là étaient en froid, que les non dits et les faux fuyants avaient pris le pas sur leur relation qui, pour le moment, restait indéterminée. Ni amants, ni amis, ni collègues. En réalité c'était un mélange de ces trois titres avec seulement les inconvénients.

Cette situation, bien qu'en apparence claire pour les protagonistes, leur pesait.

John se demandait de plus en plus quelle était sa place ici. En dépit de la reprise de ses missions, il n'avait toujours pas retrouvé cette soif de découverte lorsqu'il traversait la porte des étoiles. Ce sentiment grisant et exaltant de découvrir une nouvelle planète et civilisation n'était plus le moteur de ses départs en mission. C'était devenu une routine; une simple routine comme le fait de se lever le matin et de se coucher le soir. Même le pilotage d'un jumper ne parvenait pas à lui faire quitter ce masque austère que John refusait désormais de ôter en dehors de la présence de son fils. Que faire? Deux solutions s'offraient à lui, deux solutions malheureusement inconciliables. De deux choses l'une, soit il restait sur Atlantis pour son fils, prenant sur lui pour ne pas envenimer une situation déjà assez bancale. Soit, il partait pour de nouveau pouvoir respirer sans avoir la sensation que quelqu'un ou quelque chose lui opprime la poitrine, mais cela signifiait également abandonner son fils. Ce que John n'était pas prêt à faire, car même si ce bonhomme ne faisait partie de sa vie que depuis deux mois, Johnatan était de sa chair, de son sang. On abandonne jamais l'un des notre... et encore moins son propre fils.

Quant à Elizabeth, son esprit était tout aussi peuplé de questions, mais d'un autre genre. Elle et John s'étaient rapprochés durant un temps, revenant presque comme des amis, rectification, devenant presque des amis. La jeune femme avait apprécié ce répit, savourant d'être en sa présence sans qu'elle ne se pose la question : quand va t-on s'engueuler? C'était un peu comme apprendre à connaître cet homme qui avait – comme elle – changé à bien des égards en deux ans. Apprendre à anticiper ses réactions, savoir à quoi il pense... Mais ce répit n'était que temporaire. Depuis qu'il lui avait parlé de son séjour sur terre, rien n'allait plus. Disputes à répétition, froid entre eux étaient devenus leur lot du quotidien. Le pire, c'est que Elizabeth ne saurait expliquer ce changement, ni pourquoi il était intervenu. Cependant, elle n'était pas non plus toute blanche, elle aussi avait ses torts, mâchant moins ses mots, se retenant nettement moins au point que ses paroles dépassaient souvent sa pensée. Pourquoi? Une manière à elle de le punir?

Du passé nous tirons nos erreurs, des enseignements afin que pour l'avenir, nous ne les reproduisions pas. L'erreur est humaine, elle est salutaire car même si elle déstabilise, au moins, elle permet d'avancer. Dès lors, si un sentiment de déjà vu s'empare de vous, cette impression d'avoir déjà vécu une situation, cela devrait vous mettre la puce à l'oreille. Car qu'en serait-il si ces sentiments étaient des avertissements du passé ou des indices sur votre avenir?

Comme maintenant...

Rodney avait lancé un dernier regard à John avant que ce dernier ne suive Elizabeth dans son bureau. Un regard de pitié comme si son ami se rendait à sa propre exécution, ce qui était dans un sens vrai au vu de la colère que la jeune femme avait bien du mal à contenir. Si elle tenait à faire un dé-briefing seule avec John avant d'en faire un autre avec toute l'équipe c'était certainement pour lui remonter les bretelles.

- « Tu penses sérieusement que ça va mal se passer? » demanda Teyla.

Depuis la salle d'embarcation, Rodney les suivait du regard, et lorsque Elizabeth ferma la porte de son bureau; le canadien hocha la tête en signe d'agrément puis répondit sur un ton mi hargneux mi sarcastique .

- « Non sérieusement, tu penses que ça pourrait être autrement entre eux? C'est vrai quoi! Sheppard était obligé de jouer les héros encore une fois »

Teyla ne dit rien, résolue au fait qu'on ne peut pas changer un homme pour qui le devoir passe avant tout, y compris avant sa propre vie.

- « Il a un fils mais non!!! On dirait vraiment qu'il veut que Jo se retrouve sans père! » pesta Rodney.

- « Laissons les, allons plutôt voir comment se porte Ronon. »

- « Un gaillard comme lui va survivre, ce n'est qu'une flèche dans les fesses. Je suis déjà passé par là »

La jeune femme ferma les yeux, se sermonnant pour ne rien dire, surtout ne rien dire.

Non loin de là, dans le bureau de Elizabeth, la tension électrique se propageait dans l'air, comme un orage sur le point d'éclater. La question étant : quelle en sera son ampleur et ses conséquences ? Car ni l'un ni l'autre ne voulait prendre la responsabilité de commencer à parler.

Pour John, il n'y avait rien à dire, il n'avait fait que son devoir bien que l'ordre direct était de ne pas fournir des armes à une peuplade en guerre, et ce, même si cette dernière subissait l'oppression d'une autre tribut et qu'ils n'avaient pas recherché le conflit. John avait bien sûr essayer la technique de Elizabeth: négocier la paix; mais n'étant pas doué avec les mots, et surtout car l'ennemi se contre-fichait complètement de ce qu'il pouvait raconter, il avait bien vite abandonner la méthode douce pour la sienne. Fournir des armes n'était certes pas très sensé, surtout qu'en faisant ça les deux tributs seraient parties pour une guerre sans fin, beaucoup de personnes auraient perdu encore la vie, si ce n'est que la crainte peut parfois être la pire des armes. Entrevoyant les nouvelles forces de l'autre camp, une négociation avait été proposée afin que chaque peuple se partage le territoire. Une fin heureuse, bien que la manière d'y arrivait ne soit pas très orthodoxe. Peu importe. La fin justifie parfois les moyens.

- « John? »

Il sourit d'une manière énigmatique et arqua un sourcil donnant ainsi l'impression de ne pas savoir ce que Elizabeth attendait de lui.

Elizabeth ignorait si elle devait se formaliser de son attitude, ou au contraire, lui faire ravaler ce petit sourire par une réplique cinglante comme il était de coutume entre eux depuis quelques temps.

- « Tu n'aurais pas des explications à me donner?! » le somma t-elle, debout, les deux mains posées sur son bureau, espérant que cette posture l'intime.

Lorsque le changement dans le comportement de John arriva, ce fut comme si quelqu'un avait actionné un interrupteur. Le militaire passa d'un comportement désinvolte à une colère semblable à une bombe sur le point d'exploser. Il décroisa ses jambes et pencha son buste en avant.

- « C'est toujours aussi facile pour toi. Tu es là sagement installée derrière ton bureau ignorant ce qu'il se passe sur le terrain. »

- « Je sais parfaitement ce qu'il se passe en dehors de ce bureau. Le problème n'est pas là! Le problème est que tu ne sais pas ce que veut dire le mot ordre, pour un militaire ça craint surtout pour un officier... parfois tu n'as vraiment pas l'étoffe de ... »

- « De quoi? »

Elizabeth soupira d'agacement.

- « Fini ta phrase! Je n'ai pas l'étoffe d'un militaire?... d'un père.... »

- « Ne mélange pas tout veux-tu. »

- « Tu sais que j'ai bien agis. »

Elizabeth soutint le regard du militaire pendant quelques instants, reconnaissant le fait qu'il ait raison. Satisfait, John se leva et s'apprêta à quitter la pièce quand une voix ferme l'enjoignit de rester.

- « Soit. Le résultat est là. Ces deux peuples ont négocié et ratifié un protocole de paix. Mais tu n'avais pas à contre-carrer ma décision. Vous avez failli vous faire tuer... Ronon a reçu une flèche et... »

- « Oh je vois! » s'exclama John théâtrale. « En réalité tu te faisais du mouron pour ton amant. » ajouta t-il, sa voix n'étant qu'un venin glacial.

- « Mon amant » fit-elle, ce commentaire provoquant un choc électrique en elle, littéralement abasourdie par cette pique habilement bien visée. « Tu me racontes quoi là?! »

John ne lui répondit pas, certainement car il savait qu'elle avait raison sur toute la ligne; car il savait aussi que ses paroles étaient encore une fois une démonstration magistrale de son impulsivité. Une impulsivité qui n'était plus à prouver ni à démontrer.

- « Il n'y a qu'avec toi que j'ai ce genre de problème d'autorité. » dit-elle, puis elle s'arrêta brièvement, son regard s'intensifiant, chaque intonation soigneusement choisie. « Tu es sensé montré l'exemple à tes hommes...à Jo. Comment veux tu qu'il nous obéisse plus tard? »

- « Nous? »

- « Oui, nous. On est ses parents, les décisions se prennent à deux. »

- « C'est vrai... »

Sa voix était devenue plus tendre avant de reprendre un ton incisif.

- « ... mais ne me dis pas que tu tiendras compte de mon point de vue! »

- « Non mais j'y crois pas. John, il n'a même pas deux ans on a encore le temps de voir venir. Alors au lieu de tourner autour du pot, dis moi plutôt le fond du problème. »

- « Le problème est que tes décisions sont toujours sans appel. Voilà pourquoi je ne t'ai pas demandé la permission de fournir des armes à ce peuple. »

- « C'est faux, et tu le sais très bien »

Lui seul avait ce don de pouvoir la faire changer d'avis, c'était vrai dans le passé et encore aujourd'hui. Ayant conscience de son talent de persuasion sur elle, John en avait toujours usé et abusé, sachant expertisement comment la rallier à sa cause.

- « Dis moi pourquoi tu t'es éloigné de moi? »

Pendant un court moment, elle vit la peine, qu'elle-même ressentait, se refléter dans les yeux de John, son visage s'adoucissant pour laisser transparaître l'émotion, puis disparaître aussi soudainement qu'elle était apparue. Il serra les dents et le masque s'installa à nouveau. Elle le surveilla encore quelques instants, le changement avait été si éphémère qu'elle aurait presque pu l'imaginer.

- « As tu réellement oublié ce qu'il s'est passé il y a deux ans » rétorqua t-il, sachant toutefois sa réponse hors de propos.

Touché en plein coeur, Elizabeth ne trouva rien à redire. Elle ne lui répéta pas une nouvelle fois à quel point elle était désolée ni ô combien elle regrettait. A quoi bon. Sa trahison ne cesserait de lui revenir en pleine figure comme un retour de manivelle. N'importe quand. Sans raison. Juste histoire qu'elle n'oublie pas ce qui fut sa plus grosse erreur de sa vie, comme si elle en avait pas suffisamment conscience comme cela.

- « Tu ne retrouves rien à redire. »

- « Non, effectivement. Je t'ai déjà dis que je regretterai toute ma vie cette nuit là, tu le sais, pourquoi te le dire encore une fois? Pour te conforter dans la colère que tu éprouves contre moi?! »

- « Je ne suis pas en colère contre toi! » pesta t-il, frappant durement d'un poing sur la table.

- « Pas contre moi? » demanda t-elle incrédule.

L'incompréhension sur le visage de Elizabeth déclencha des souvenirs et, piégé à mi-chemin entre le passé et le présent, deux mots inattendus franchirent la barrière de ses lèvres.

- « Quoi? »

- « Pardonne moi. » répéta t-il.

Il respira profondément, s'imposant un calme qu'il ne ressentait pas. Il lui faudrait bien ça pour fournir les explications que Elizabeth attendait désormais de lui. John secoua légèrement la tête et déglutit. Il pouvait sentir les larmes commencer à couler de ses yeux, il les ravala.

- « Je... » commença-t-il d'une voix hésitante, une grande partie de lui voulait tout dévoiler. « Pardonne moi ce que je t'ai dis ce soir là. »

- « Ce que tu m'as dis? » demanda t-elle, ne comprenant pas où il voulait en venir.

- « Tu ne te souviens donc pas... »

Une constatation plus qu'une question.

Cette fois-ci, Elizabeth ne répondit pas, se contentant de le fixer, luttant pour comprendre ce qui lui échappait. Il devait y avoir une explication, une quelconque raison pour laquelle John se sente dans une certaine mesure autant coupable qu'elle... Alors que son esprit tentait de se remémorer la scène, John la devança.

- « Je t'ai fais passé pour une traînée... »

Il avait l'impression d'être au bord d'une falaise alors qu'elle s'effondrait sous ses pieds, mais il refoula vite cette sensation.

- « .. pour une femme qui n'a aucune dignité et qui s'offre au premier venu... et en quelque sorte je t'avais fais l'honneur de te choisir.. »

- « Une femme comme celle avec qui tu as couché sur terre »

John accepta la pique, il la méritait amplement.

- « Tu n'as fais que me prendre au mot. »

- « En couchant avec Ronon »

Il lui fallait reformuler ce que John lui disait pour que sa pensée enregistre ça, pour remettre les pièces ensemble comme un puzzle géant. Trahie par John, son inconscient n'avait que reproduit l'image qu'il avait véhiculé d'elle. Elle n'avait jamais repensé à cette dispute, aux mots violents que chacun s'était lancés à la figure, car pour elle c'était clair, la faute reposait sur elle et sur son incapacité à repousser Ronon.

- « Et tu sais quoi? Le pire... c'est que je n'ai réalisé la portée de mes paroles qu'il y a peu de temps. »

- « Quand? »

Sa voix n'était qu'un murmure. Sauf que sa capacité à se concentrer était diminuée par le choc émotionnel, par la culpabilité et par la colère; la frustration et le chagrin; par les regrets et par l'épuisement. Mais aussi par la myriade de réponses qu'elle désirait, et dont elle avait besoin pour surmonter le châtiment émotionnel qui s'acharnait sur elle.

- « Quand j'ai parlé avec Kate. »

- « Mais ça remonte à plus d'un mois! »

- « Je n'arrivais pas gérer ça et encore moins à en parler avec toi... »

John venait de parler d'un ton neutre, son visage déchiré par la souffrance en dépit de cette incarnation en apparence calme et tranquille.

- « Il est de toute façon trop tard » souffla Elizabeth en lui tournant le dos, ne voulant pas que John s'aperçoive des larmes qui montaient dans ses yeux. « Peu importe ce que tu m'as dit, que tu m'as blessé... je n'avais pas à faire ce que j'ai fais surtout... surtout que je portais déjà ton enfant »

- « Comme j'aimerai revenir en arrière... remonter le temps jusqu'à cette nuit là »

- « C'est malheureusement impossible. »

Ils se regardèrent totalement ouverts l'un à l'autre, sans masque, sans chercher à cacher leurs émotions. Sans crainte ni fierté. Chacun pouvait lire dans les prunelles de l'autre, ces regrets ineffables, ces regrets que même les mots n'avaient pas su exprimer aussi clairement et sincèrement que leurs yeux en ce moment même. Les regrets d'avoir gâché leurs vies, de n'avoir pas saisi le bonheur qui se présentait à cette époque derrière leur porte. Qui sait s'il reviendra ou même s'ils auront l'opportunité de pouvoir le re-saisir?

- « Il est trop tard pour changer quoi que ce soit » ajouta Elizabeth, se tordant les doigts de crispation.

- « Vraiment » acquiesça John d'un ton peu sûr.

- « Mais je ne veux pas que ce soit trop tard » chuchota t-elle.

La prière inattendue, ou les mots presque étrangers qui forçaient sa bouche, la décida. Elizabeth avança d'un pas vers John, et d'un élan totalement spontanée, elle noua ses bras autour de son cou. Elle abandonna les armes pour pleurer comme jamais elle n'avait pleuré depuis le jour où elle avait appris sa mort. C'était un chagrin qui mesurait l'ampleur de la perte, le vide que John avait laissé depuis qu'il était parti. Un vide qui n'avait fait que croître depuis qu'il était revenu. Paradoxalement, sa présence l'avait détruite, la torturant chaque jour car, consciente de son erreur, elle rêvait éveillée de la vie qu'elle aurait pu avoir, de la vie qu'elle aurait dû avoir. Mais qui hélas, n'était qu'une image, une chimère créée par son âme sombre et salie d'être humain imparfait.

Pour John cette étreinte...c'était comme un autre coup de poing dans l'estomac qui enflammait à nouveau de vieilles douleurs. Pourtant, le barrage céda, des larmes se formèrent dans ses yeux alors qu'il enroulait ses bras autour de la taille de la jeune femme, la serrant si fort qu'elle aurait dû protester, mais elle n'en fit rien.

- « Moi non plus, je ne le veux pas... » murmura t-il, sa bouche contre son oreille.

Elizabeth n'eut pas besoin de plus de précisions. Elle se dégagea légèrement et fit remonter ses mains sur les joues râpeuses de John dont le regard jade prenait une lueur tout à fait étrange. Un regard qu'elle n'avait pas vu depuis fort longtemps et qui lui donna la force nécessaire pour faire ce dont elle n'espérait pas refaire un jour. Elle déposa un baiser sur les lèvres de John qui semblait n'attendre que ça. Juste un baiser furtif, chaste si les sentiments qu'ils ressentaient n'étaient pas de l'amour aussi pur que l'éclat d'un diamant ciselé.

Le processus nécessaire pour faire fonctionner sa voix semblait dépasser John, alors, à défaut de pouvoir parler et dire des choses qu'il n'aurait de toute façon pas su formuler; il lui sourit. Un sourire franc, en rien le sourire charmeur qu'il abordait avant à tout va, mais un sourire de repos. De rédemption.

John soupira alors que ses yeux dérivèrent sur une mèche rebelle de la jeune femme, et tout naturellement, il enroula un doigt autour avant de la remettre en place derrière son oreille. Elizabeth sourit aussi, comme à chaque fois qu'il avait eu ce genre de geste affectueux à son égard. Automatiquement, ses yeux se fermèrent, savourant le contact de sa peau contre la sienne. Une douce caresse qui lui procura la chair de poule depuis le creux de ses reins jusqu'aux extrémités, une sensation qui ne fit que se décupler, surtout lorsqu'il lui caressa la joue.... à la manière d'un amant. Avant de, lui aussi, capturer les lèvres si tentatrices que lui offraient Elizabeth.

Ils étaient conscients de tout, conscients d'être collés l'un contre de l'autre s'embrassant avec une ferveur qui tranchaient avec la colère qui se dégageaient d'eux il y a peu; conscient des picotements qui ondulaient le long de leurs peaux, de la douleur, tranchante et irritante qui irradiait dans leurs poitrine, une douleur néanmoins salutaire puisqu'elle provenait de leurs coeurs battant la chamade. Signe qu'ils étaient en vie, bien en vie et qu'il fallait donc bénir cette seconde chance inespérée. Ils étaient cependant aussi conscients de cette voix dans leurs têtes qui murmurait à torts ou à raison de ne pas oublier, de ne surtout pas oublier leurs erreurs du passé afin de mieux appréhender un avenir qui ne dépendait que d'eux. Car l'insouciance, l'oubli, l'abandon, tout ce qu'un couple doit normalement ressentir lors de leur premier baiser; John comme Elizabeth en étaient privés.

- « Où est ce que ça va nous mener... » fini par demander Elizabeth sans oser le toiser du regard.

- « Je ne sais pas. » lui répondit John.

Ils savaient que rien n'était gagner par avance, alors même que l'amour entre eux n'était pas mort; alors même qu'il n'y avait plus de colère, de regrets ou de non dits. Il ne suffisait pas de dire 'je t'aime', pour que d'un claquement de doigt tout redevienne comme avant. Le passé ne s'oublie pas, il est formateur et donneur de leçon, certes, mais il hante le présent malgré toute la bonne volonté du monde. Il n'était plus question de pardon entre eux, ni de savoir à qui imputer la faute. Le plus dur restait d'aller de l'avant avec tout ce bagage. Ce bagage lourd et la crainte que finalement leur couple ne puisse pas renaître une seconde fois. Ils avaient changés, évolués dans un un contexte différent qui implique donc que cette nouvelle histoire ne sera en rien comparable avec celle qu'ils avaient eu auparavant. Tout était différent.

- « Je... Le temps nous le dira »

Elle aurait voulu lui répondre le 'je t'aime' qu'elle lisait en ce moment même dans les yeux de John, mais son hésitation étant partagée, ou du moins contagieuse, elle préféra ne pas le dire. Encore trop tôt. Elle le savait, c'est tout ce qui comptait pour le moment. Ça et le fait se sentir si libre, une sensation qu'elle ne connaissait plus.

- « Et on a besoin de temps pour nous reconstruire » fit remarquer John.

Ils ignoraient encore comment et si ce processus aboutirait, mais tout va à point à qui sait attendre. Ils prendraient leur temps, apprenant à se connaître, à s'accepter, à s'adapter aux changements.

C'est donc dans un sourire, un regard complice que John et Elizabeth conclurent cet accord, incertain sur leur avenir mais qui finalement, ne serait pas aussi noir qu'ils le pensaient il y a quelques temps.

Derrière la baie vitrée du bureau de Elizabeth, tous les techniciens faisaient semblants de travailler- comment ne pas être interloqués par les cris s'échappant non loin d'eux? Alors même si Chuck aurait dû entrer prévenir Elizabeth pour l'informer d'un contact important et urgent avec la terre, il préféra mentir en la prétendant occupée lorsqu'il vit ce qu'il se passait dans son bureau. Oui, elle était occupée en un sens. Occupée à renouer avec son passé. Le sgc pourra bien attendre un peu.