Le cadeau

Le jeune brun se tendit en sentant subitement des bras l'enlacer alors qu'il venait tout juste de rentrer dans sa chambre mais se relaxa rapidement, sachant qu'une seule personne pouvait faire cela. Il se contenta alors de continuer à se sécher, la peau et les cheveux encore un peu humides de sa douche. Rapidement Lucas sentit son compagnon se coller contre son corps, son visage se nichant dans son cou alors que les mèches claires lui chatouillaient un peu la joue.

«Ca ne va pas?» demanda gentiment le bucois alors que ses mains avaient finalement laissé tomber la serviette de bain afin de pouvoir caresser les bras qui le tenaient.

L'autre ne répondit pas, le serrant un peu plus fermement alors que de petits baisers légers se faisaient sentir. Lucas frissonna sous ces attentions mais n'insista pas, après tout ce câlin était plus que le bienvenu puisque son Vivi devait repartir dans quelques heures. Ils n'allaient pas se revoir avant encore un moment... Buc songea alors que l'attente serait moins pénible si ils avaient au moins la chance d'avoir des horaires réguliers ou quelque chose du genre pour se repérer dans le temps ce qui était loin d'être le cas. Il profita donc de cette chaleureuse étreinte de longues minutes puis essaya de s'écarter, sans succès.

«Vivi, s'il te plaît, j'ai un truc important à faire.
- Non, je veux te garder ~
- J'en ai pas pour longtemps.
- Nope ~»

L'adolescent soupira doucement malgré le léger sourire marquant ses traits, parfois son amant était vraiment plus têtu qu'il n'en avait l'air. Le bucois gigota un peu, sachant bien que de ce fait il se frotterait contre le blond qui fini par relâcher sa prise tout en laissant entendre un drôle de son.

«Tu me lâches oui ou non?
- Tu veux vraiment partir..?
- Hm, ça dépend de ce que tu proposes. On a encore du temps.»

Le sourire éblouissant qu'il reçu lorsqu'il se retourna lui réchauffa le cœur. Qu'est-ce qu'il ne ferait pas juste pour le plaisir de voir ce joli sourire... Lucas accepta de bonne grâce d'être poussé sur le lit et s'y installa confortablement avant d'ouvrir les bras, Villeurbanne venant s'y installer avec un air satisfait. L'air typique du chat ayant bouffé le canari comme se plaisait à le penser la petite ville.

«Tu sais Amour, si tu voulais juste un câlin suffisait de le dire.
- Moui. En fait, je veux profiter de toi jusqu'au bout ~
- Faudra quand même que tu me laisses partir un peu avant. J'ai vraiment quelque chose à faire.
- Mais pas maintenant?
- Non, pas maintenant.
- Tant mieux ~ »

Le plus jeune sourit, attendri de voir ce grand garçon se lover contre lui comme si c'était la chose la plus merveilleuse qu'on pouvait lui accorder. Cet air béat le rendait heureux lui aussi mais après tout, c'était sûrement normal puisque nous sommes censés être contents quand l'être aimé ressent de la joie grâce à nous. Du moins, c'était sa vision des choses. Et pour le peu qu'il savait des relations humaines ou amoureuses... Les deux heures suivantes ne furent consacrées qu'aux câlins et aux baisers, les caresses restant chastes et tendres alors que le couple s'échangeait des mots doux et des promesses d'avenir quand bien même rien n'était gagné d'avance. Ils avaient bien le droit de rêver après tout.

Lorsqu'il fut presque l'heure de partir, tout deux descendirent au salon retrouver le père du brun sans pour autant se détacher l'un de l'autre. Lucas avait fini par s'habituer à l'affection clairement affichée que lui témoignait le villeurbannais, y comprit sous les yeux de son paternel. Parfois il s'en sentait encore un peu embarrassé mais dans l'ensemble ça allait. Sauf les effusions en public, fallait pas trop lui en demander non plus...

«Papa?
- Oui mon loupiot?
- Tu peux emmener Vivi à la gare dès maintenant? Je vous rejoindrais après.
- Oh? Eh bien, si tu veux ça ne me dérange pas.
- Mais Lulu... Tu n'auras pas le temps de venir avant que le train ne parte...
- Je serais là, je te le promets.»

Et pour couper court à d'éventuelles protestations, il donna à son blondinet préféré un baiser à couper le souffle, leur laissant ensuite les joues roses et les yeux brillants. Buc réitéra sa promesse au creux de l'oreille de l'autre et s'en fut, sachant que sinon, il ne résisterait pas à sa mine de chien battu.

Villeurbanne n'eut donc d'autre choix que de suivre Guyancourt jusque dans l'une des grandes gares parisiennes, attendant patiemment sur le quai qu'il soit l'heure de monter dans le train qui le ramènerai chez lui. Le moins qu'on puisse dire ce qu'il n'était pas près d'oublier le petit voyage dans la voiture du guyancourtois, non pas que celui-ci conduisait mal au contraire c'était plus l'ambiance qui l'avait marqué. Après tout, tout le monde n'appréciait pas forcément d'entendre des chants celtiques et gaéliques à fond dans les oreilles pendant plus d'une heure alors que le conducteur chantait à tue-tête, ce qui était en soit une chose à laquelle il n'était pas vraiment habitué. Et qu'il n'était pas certain de s'y habituer un jour. Le plus jeune des deux chassa ces pensées puis jeta un nouveau coup d'œil à la grosse horloge, se mordillant nerveusement la lèvre en voyant que l'heure fatidique approchait. Il avait vraiment envie de revoir son petit brun avant de partir.

«Ne t'en fais pas, il a promis alors il viendra.
- Mais il est presque l'heure déjà...
- Fait lui confiance. Il sera là.»

Il acquiesça mais n'était pas plus convaincu que ça. Il ne le serait que lorsque Lucas sera réellement devant lui si tant est qu'il puisse arriver à temps bien sûr. Le blond étranger à la région sursauta lorsqu'il entendit l'annonce venant des haut-parleurs demandant aux voyageurs de bien vouloir prendre place dans les rames et aux accompagnateurs de reculer derrière la ligne de sécurité. C'est la mort dans l'âme que le villeurbannais monta dans le train, esquissant un pauvre sourire à l'adresse de Guy qui pourtant, lui en fit un joyeux en réponse. Effectivement à peine quelques secondes après ils entendirent un «Vivi!» résonner fortement, exprimé par une voix qu'ils connaissaient bien. Le bucois avait les joues rouges et le souffle erratique mais ne perdit pas de temps à tenter de le reprendre, jetant presque dans les bras de son compagnon l'objet qu'il était parti chercher.

«Ouvre le chez toi!» lança Lucas, sa voix se trouvant quasiment instantanément couverte par le son strident annonçant la fermeture automatique des portes.

Le blondinet posa sa main sur la vitre desdites portes, son autre bras serrant contre son cœur le cylindre en carton que lui avait donné sa douce moitié. Il articula un «Je t'aime» qui fit rougir le jeune artiste puis le train se mit en branle, commençant lentement sa longue route. Buc le suivit le long du quai, comme dans les foutus films à l'eau de rose que regardait Jouy-en-Josas où les amoureux courraient après les trains dans un élan d'affection et de romantisme absolument inutile, mais s'en ficha complètement. Son cœur se serrait déjà...

Villeurbanne avait regardé ce drôle d'objet pendant un moment, son nom y étant clairement indiqué d'une écriture ronde et appliquée qu'il supposa être celle de son partenaire sans pour autant comprendre ce que ça pouvait bien être. Enfin, son Lulu lui avait dit de l'ouvrir qu'une fois chez lui alors autant prendre son mal en patience. Manque de chance, il ne pu trouver le temps d'ouvrir son cadeau que tard dans la soirée. Déjà plusieurs choses l'intriguait, la forme étrange et le poids léger de l'objet principalement. Localisant enfin le couvercle il le dévissa et retourna le cylindre, un rouleau de bonne taille lui tombant dans la main. Bon, finalement il allait faire un peu plus de place sur sa table. Une fois cela fait, il posa dessus ledit rouleau, long mais pas très épais et chercha à savoir s'il y avait une lettre ou autre chose dans le rangement mais rien. Le blond posa alors l'étui en carton vide sur un coté puis déroula ce qui semblait être une toile avec d'infinies précautions.

Se dévoila alors lentement sous son regard ébahi et les battements accélérés de son cœur un magnifique panorama de sa ville, une peinture à n'en pas douter mais d'une précision quasi photographique. Combien d'heures, de jours ou même de semaines son amant avait-il passé à créer tout ça...? Un grand nombre c'était certain. Surtout s'il s'était lancé dans ce projet en plus de son travail habituel. Il resta planté là bouche bée, ses doigts redessinant les contours de ce paysage qu'il connaissait bien évidemment comme sa poche. Ce qui était absolument ahurissant était sans doute le fait que Lucas avait pu faire un tel boulot sans être sur place. Et puis, ça n'avait rien de la beauté froide d'une simple photo ou d'une quelconque nature morte. Il y avait de l'amour dans cette peinture, des tonnes d'amour en fait et qui en plus, lui étaient totalement destinées. Pensée qui fut confirmée quand le blondinet lu la petite calligraphie dans un coin, soigneusement dissimulée pour ne pas gâcher l'harmonie de l'ensemble «Pour Jules, avec tout mon amour. L.» reconnaissant sans peine la même écriture arrondie et soignée déjà présente sur l'étui.

«Va falloir que je trouve un cadre. Un très beau cadre ~ Et que je le mette à un endroit où je puisse le voir souvent surtout ~» conclut l'heureux destinataire de ce cadeau inattendu d'une voix douce d'où perçait pourtant une forte émotion et de la joie.


Et voilà, c'est la fin des aventures de Vivi et Lulu, du moins pour le moment ^^

J'espère que c'était une agréable lecture pour vous ~