Une semaine était passée depuis le drame, Olympe suite à la perte tragique de son père avait décidé de monter à la ville une fois l'inhumation de ce dernier, le seul pilier dans sa vie, faite avec l'aide des villageois. A présent seule et orpheline Paris s'imposait comme une évidence.
La jeune femme s'était préparé un baluchon remplit de nourriture, des modestes vêtements qu'elle avait et le très peu d'argent que son père lui avait laissé. Olympe avait revendu la vache maigre et un mouton - seuls biens de la famille Pujet. Sa terre fut donnée à une ferme voisine dont les membres de la famille étaient nombreux et qui en aurait plus besoin qu'elle.
C'est donc par une chaude après-midi qu'Olympe, sans se retourner, quitta son village qu'elle ne reverrait certainement plus jamais. Elle n'avait versé aucune larme, la vengeance qui l'habitait était bien plus féroce et avait séché ces derniers sentiments. Ces derniers pleurs furent pour le jour du dernier hommage rendu à son père, elle savait où qu'elle aille son esprit la protégerait.
Les jours de marches éreintantes eurent raison des derniers deniers qu'elle possédait, ses ampoules aux pieds l'avaient contraintes à donner son dernier sou à un marchand pour qu'il la conduise aux portes de la ville.
Trois jours depuis son arrivée Olympe errait dans la capitale, cherchait de quoi se nourrir dans les poubelles, dormait et avait peur pour sa vie les soirs passés sous les ponts. La faim se faisait de plus en plus présente, son ventre se tordait de douleur à chaque odeur qu'elle sentait s'échappant des auberges. Très souvent, quand la nuit tombait ses pas la guidaient au travers des arcades du palais royal, un endroit réputé par ses festivités où l'alcool coulait à flot et qui était remplit de filles de petites vertus. Et tous les soirs quand elle y traînait c'était la même rengaine, on l'accostait la pensant comme ces femmes qui vendaient leurs corps au détour d'une ruelle. A chaque fois de justesse, elle réussissait à s'extirper des mains de ses hommes au regard obscène qui la dégoûtaient. Jamais elle ne s'abaisserait à ça, c'était bien trop humiliant.
Malgré tout plus les jours avançaient, et plus ses forces s'amenuisaient au fur et à mesure que sa faim grondait dans son estomac. Olympe avait tenté vainement, et innocemment de trouver du travail. Mais parce qu'elle était une femme, paysanne et illettrée, les travaux lui étaient refusés. A la fin du jour la même idée lui revenait autant qu'elle la rebutait, le seul travail qui ne lui demandait pas de qualification à part se donner et renier son honneur.
Si elle n'avait plus d'argent, ce qui la faisait tenir jusqu'à maintenant était justement le peu de dignité qu'il lui restait. Alors autant que la faim la tenaillait, Olympe essayait de voir quelle solution de secours elle pouvait encore adopter. Hélas, rien ne lui vient, et ce soir là n'y tenant plus elle erra de nouveau aux alentours du palais royal.
En voyant toutes ses femmes joyeuses, entraînées par ses hommes et qui semblaient insouciantes et manger à leur faim, Olympe eut l'impression que cela ne semblait pas si horrible que cela. La jeune femme alors s'appuya contre un des piliers des arcades attendant avec appréhension qu'on l'approche. Personne ne vint. Elle se redressa et ses yeux se posèrent sur une de ces femmes plantureuses qui laissaient voir d'avantage ce que la bienséance exigeait. Olympe pris exemple sur elle et se posta d'une manière nonchalante contre le pilier, dénua une de ses frêles épaules, passa quelques boucles soyeuses par dessus et s'humecta les lèvres pour les rendre brillantes.
Très vite, un homme vint l'aborder. Il s'agissait d'un homme de lettres travaillant dans une prestigieuse université de la capitale, son nom était François Carnot. Face à la douceur de ces mots et la patience de ses gestes Olympe se décontracta et répondit à ces questions. Sous un climat de confiance, ils marchèrent dans les rues de Paris pour ensuite se stopper sur les bords de Seine. Assis sur un banc ils continuèrent leur conversation jusqu'au moment où l'homme, sans équivoque posa sa main sur la cuisse d'Olympe la glissant plus haut pour faire remonter son jupon. Olympe releva les yeux vers le professeur dont le regard avait changé. Son cœur s'emballa alors qu'il la rapprochait de lui accrochant un bras autour de ses épaules. Elle pouvait sentir son souffle sur son visage, aussitôt elle s'en dégagea rapidement et se leva mais le professeur Carnot en avait décidé autrement en se redressant et agrippant le bras d'Olympe avec force pour la ramener de nouveau vers lui. Sa douceur avait disparût, la jeune femme apeurée laissa échapper un petit cri et essaya de se dégager une nouvelle fois. Mais plus elle se débattait plus il resserrait son emprise jusqu'à la faire reculer et la coller violemment contre le mur. Sa tête cogna contre le crépit l'étourdissant un peu, Carnot en profita pour l'embrasser de force, Olympe reprenant ses esprits le repoussa vainement, il était trop fort et elle, épuisée, était trop faible. Il l'embrassa de nouveau, forçant le passage cette fois pour faire entrer sa langue, Olympe tentait toujours de résister malgré tout et réprimer le profond dégoût, lorsqu'elle sentit sa langue râpeuse intrusive au fond de sa bouche. Carnot bloquant Olympe de toute sa hauteur et sa force introduit une main sous le jupon de la jeune femme pour remonter ses doigts le long de sa jambe, Olympe automatiquement referma les cuisses et essayait de le retenir tant bien que mal. Son assaillant pris alors ses bras pour les bloquer avec son autre main au dessus de sa tête.
- Vierge ? C'est mon jour de chance on dirait...
Olympe écarquilla les yeux et son souffle se coupa. Cette fois elle était terrifiée. La jeune femme essaya une nouvelle tentative pour se sortir des griffes de son agresseur, mais impossible.
- Laisse-toi faire, je suis sûre que tu vas aimer ça !
Les larmes commencèrent à apparaître au coin des yeux de la jeune femme, lorsqu'elle sentit à nouveau la main rugueuse de Carnot remontait le long de sa cuisse. Humiliée, voilà comment elle se sentait, humiliée. Alors qu'il s'était à nouveau emparé sa bouche, puis il délaissa ses lèvres pour aller lécher son cou tout en collant son corps en sueur contre elle. Qui aurait crut cet homme bien pensant derrière des petites lunettes rondes, dans un costume complet et issue d'une famille aristocratique et plein de savoir vivre pouvait devenir le dernier homme de la pire espèce ? Olympe ne put retenir cette fois ses larmes. Ses pensées dérivèrent vers les rêves que toutes petites filles avaient fait un jour : tomber amoureuse d'un homme beau et jeune - pourquoi pas un soldat - ? Ils seraient amoureux et lui, il aurait demandé sa main sous un chêne centenaire après une longue promenade sous le clair de lune. Et elle, Olympe aurait gardé son honneur pour lui, afin que lui seul soit le gardien de son âme et de son corps.
Sur ses pensées, la jeune femme retrouva un semblant d'énergie, alors que le gougeât sans retenue défaisait son pantalon afin d'en finir une fois pour toute, Olympe par un coup de genou bien placé s'extirpa de l'étreinte agressive. Elle se mit à courir aussi vite que le reste de ses forces lui permirent, Carnot fou de rage, en quelques enjambées seulement la rattrapa et lui décrocha une gifle qui fit s'effondrer la jeune femme à ses pieds.
- Tu vas me donner ce que ma bourse peut t'offrir, garce !
Agrippée par les cheveux, Olympe émit un son aiguë et hurla un "aidez-moi !" interpellant un couple qui se promenait près des quais. Ils descendirent rapidement les marches et tombèrent sur Olympe à genoux, le corset à moitié défait laissant deviner sa poitrine face à cet homme qui la retenait fermement par la nuque le pantalon descendu aux genoux.
La jeune femme, une belle brune aux boucles soyeuses noyant des yeux clairs pris une pierre et frappa de toutes ses forces le derrière du crâne du malpropre pour l'assommer. Son compagnon s'avança pour constater qu'un mince filet de sang s'échappait du cuir chevelu de la brute allongé inerte au sol.
Il posa une main sur l'épaule de la jeune femme et dit d'un ton aussi amusé que terrifié :
- Fais moi penser de ne jamais t'énerver, Solène.
- Voilà ce qui t'attend si tu ne te comportes pas décemment avec la gente féminine, Georges.
Le dénommé Georges s'approcha d'Olympe qui se tenait recroquevillée sur elle-même. Ses yeux apeurés se relevèrent sur cet homme au regard aussi joviale que bienveillant, il avait posé une main sur son épaule.
- Vous ne craigniez plus rien, jolie demoiselle, dit Georges avec un sourire charmeur.
Olympe resserra ses genoux contre sa poitrine à moitié découverte et enfouie sa tête dans ses bras. Solène vint frapper la tête de son ami avant de lui faire comprendre qu'il arrête. Elle s'approcha d'Olympe pour la rassurer qui risqua une nouvelle fois un dernier regard vers cet étrange Georges. Solène constata une marque rouge dont la marque de doigts était peinte sur la joue d'Olympe, ainsi qu'une fine couche de sang sur le coin de sa lèvre fendue.
- Ne vous inquiétez pas, Georges Danton n'est pas méchant. Peut-être un peu trop sensible face aux jeunes femmes surtout si celles-ci sont en détresse. Il ne vous fera rien, rassurez-vous j'y veillerai personnellement. Venez avec nous, vous semblez épuisée et morte de faim. Je crois qu'un bon repas et une bonne nuit de sommeil s'imposent.
Olympe regarda Solène puis George qui affichait une mine contrite malgré une bonhomie qui ne semblait pas vouloir disparaître de son visage. Un peu craintive, Olympe obtempéra pourtant. Cette femme qui l'avait extirpé de son malheur semblait empreinte à la confidence et transmettait de la bienveillance à travers ses yeux aussi tendres que menaçant pour quiconque oserait la défiait. Olympe tenta de se relever mais ses jambes ne la tenaient plus, cette agression avait eut raison de ses dernières forces. Solène et Georges la soutenant de chaque côté la ramenèrent chez ce dernier.
...
Depuis trois semaines, Ronan aidé par son père avait travaillé dur pour reprendre le flambeau de lieutenant et ainsi savoir gérer la Bastille. Au début galvanisé par le poste et la responsabilité qui en incombait, il déchanta très vite quand il comprit que ses gestes et ses décisions seraient surveillés et qu'il n'aura pas la possibilité de faire ce qu'il veut. Mais au moins, il pourrait peut-être parlé et faire réagir la cour. Son père était fier de lui, il avait appris très vite, et donc pouvait se retirer des affaires en toute quiétude.
Tous les soldats ne parlaient que de ça, le poste du lieutenant de la Bastille allait être vacant, et le lieutenant Mazurier donnerait le nom de son successeur à la fin du mois en place publique, afin que cette nouvelle soit célébrée par tous.
Cela arrivant aux oreilles de Lazare de Peyrol qui se voyait déjà dirigeant de la Bastille, depuis trois semaines arborait une attitude d'un homme de haut rang, à l'allure fière et digne. En plus comble de son bonheur, il n'avait point revu ce Ronan Mazurier. Cela ne faisait aucun doute, ses bons services allaient être enfin récompensés. Le jour tant attendu arriva, et comme il avait été prévu, le lieutenant de la Bastille convoqua tous ses soldats dont le comte de Peyrol, et le frère du Roi avait fait le déplacement. Debout sur une petite estrade, le lieutenant Mazurier fit un beau et émouvant discours d'adieu, laissant ses dernières volontiers qu'il transmettait au futur lieutenant choisi.
- Celui que je choisis pour ma succession est un homme dont je connais toutes les qualités physiques et morales. Je sais que son honneur et la dignité dont il fait preuve pour l'accomplissement de ses devoirs seront un atout majeur au poste très convoité mais aussi difficile que celui de gardien de la Bastille.
Pendant ce discours, Lazare se redressa fièrement, remit bien ses manches et son col pour commencer à avancer vers l'estrade improvisée. Il épousseta l'épaulière gauche de son uniforme et attendit la tête haute que son nom soit entendu.
- Je nomme ainsi donc mon fils, Ronan de Mazurier comme lieutenant de la Bastille.
Lazare s'approcha de l'estrade, mais le nom Ronan Mazurier parvint jusqu'à ses oreilles pour atteindre ensuite son cerveau. L'officier se figea stupéfait. Il serra les poings et dans une rage silencieuse vit ce jeune arriviste de Ronan monter les quelques marches pour rejoindre son père.
- Excusez-moi, mais j'aurai une requête à vous faire part !
Tous détournèrent leurs yeux des Mazurier, alors que le lieutenant remettait à son fils les clés de l'imposante prison.
- Comte de Peyrol, pour les requêtes je vous prie qu'on en parle après la cérémonie, répondit sur un ton affable l'ancien lieutenant, et maintenant adressez-vous à mon fils.
- Je me pose des questions justement sur cette passe de pouvoir. Sir Ronan ne serait-il pas trop jeune pour un si grand poste. Les responsabilités sont lourdes, et la tâche périlleuse pour le former.
- Monsieur de Peyrol, je vous remercie pour l'inquiétude de vos propos mais Ronan est le plus à même de répondre aux exigences du poste. Il a été formé ces 3 dernières semaines et a fait preuve d'efficacité, de plus il a grandit entre ces murs... Il connait donc parfaitement les lieux.
Lazare se renfrogna, ainsi-donc voilà où Ronan s'était caché ces dernières semaines, son père l'avait formé et le voici à la tête de la plus colossale et terrifiante des prisons. Mais il ne disait pas son dernier mot, un seul faux pas de sa part, et Ronan de Mazurier n'aurait plus l'honneur de diriger la Bastille et encore moins à porter le titre de lieutenant. Ce n'est pas un petit arriviste prétentieux qui laissera le Comte de Peyrol sur le bas-côté se dit Lazare.
- Bien puisque personne ne veut rien ajouter, je vous invite donc à une petite soirée en mon humble demeure ce soir pour fêter mon retrait des affaires, et l'insertion de mon jeune fils dans le monde actif de la vie.
Sur ces paroles le groupe de soldat se dispersa. Ronan et son père entrèrent à nouveau dans le bureau de ce dernier. Alors que l'officier rassemblait quelques affaires personnelles pour laisser toute la place à celle de Ronan, celui-ci le regardait s'activer l'air songeur.
- Eh bien qu'as-tu mon fils ? Demanda son père en fermant un carton contenant des objets en bois taillés en forme d'animaux sauvages.
- Je repensais à ce qu'avait-dit ce Lazare de Peyrol.
- Ne t'occupes pas de lui, la jalousie met les hommes plus bas que terre et ce dans tous les domaines.
- Tout le monde peut penser comme lui que j'ai eu cette place parce que nous portons le même nom.
L'ancien lieutenant fit le tour du bureau et posa chacune de ses mains sur les larges épaules de Ronan.
- Fils, je t'ai choisi pour les valeurs auxquelles tu t'attaches, et que je crois. Être gardien de la Bastille ne veut pas dire être exécuteur et encore moins tyran. Et auquel cas je ne t'aurais pas choisi, ce comte de Peyrol n'aurait pas eu le poste. Il est trop imprévisible et garde en lui une violence incontrôlée et incontrôlable. Sois prudent quand tu auras à faire à lui, c'est tout ce que je te demande.
Ronan dévisagea son père, derrière ses petites lunettes rondes il avait ce regard vindicatif mais d'une infime tendresse. Il aimait les gens autant que ses propres enfants, ils avaient eut de la chance Solène et lui d'avoir été élevés par cet homme qui à la mort de sa femme ne les a pas laissé tomber comme bon nombre d'hommes auraient pu le faire pour leur carrière.
- Je ne vous décevrai pas, père.
- Je le sais Ronan.
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Et voici pour ce deuxième chapitre, qui nous l'espérons ne vous aura pas déçus.
Nous espérons que la lecture aura été bonne !
Qu'en avez-vous pensé ?
- Olympe résolue à aller au Palais Royal pour subvenir à ses derniers besoins.
- Sa mésaventure avec Carnot.
- Sa rencontre avec Solène et Danton
- Les personnages de Solène et Danton
- Ronan lieutenant de la Bastille et Lazare jaloux...
Merci d'avance pour vos retour nos chers sky-volutionaires !
