Une semaine s'était écoulée depuis cette nuit où Olympe avait été recueillie par Solène et son complice Georges Danton. Celle-ci eut la chance qu'ils la trouvent sur son chemin, et en digne gentleman Danton avait décidé que la jeune femme reste autant de temps qu'elle souhaitait dans sa demeure trop grande pour un homme qui y vivait seul. Au départ réticente, Olympe ne se sentait pas foncièrement à l'aise avec cet homme qui se vantait de sa réputation de "Don Juan" - mais le fait est que Solène ne le laissait que très peu de temps seule avec lui la rassurait.

Le premier jour elle n'avait fait que dormir, et s'était repue de la bonne cuisine des domestiques. Elle avait repris contenance et une mine de meilleure santé. Elle ne pourrait jamais assez les remercier de ce qu'ils avaient fait tous les deux pour elle. A présent en meilleure forme, la jeune femme en compensation du gîte et du couvert que Danton lui offrait, elle aidait aux tâches ménagères. Ce qui faisait grogner à chaque fois son hôte quand il la surprenait avec un tablier de cuisine ou lorsqu'elle époussetait les bibelots de sa bibliothèque.

- Vous êtes mon invitée, ma chère. Reposez donc ce plumeau et profitez donc de ce joli soleil de mars pour vous promener dans le jardin.

- Messire Danton.

- Je vous l'ai déjà dit, Olympe, appelez-moi Georges.

- Messire Georges... Hum Georges, se reprit elle sous le regard inquisiteur de ce dernier, c'est le moindre mal que je puisse faire pour vous remercier. Je ne sais même pas encore pourquoi vous faîtes cela pour moi. Je ne suis qu'une pauvre paysanne sans bien, ni famille...

- Mais parce que c'est le destin qui nous a mis sur notre route. Et il y a bien une raison de notre rencontre que Dieu voudrait nous... Qu'il y a t-il ?

Olympe avait détourné le regard.

- Dieu... je me demande comment il peut exister, si ce n'est peut-être une invention des hommes pour se défaire de toute culpabilité et se victimiser des épreuves qu'il leur donne.

- Que cela soit du bon vouloir de Dieu ou non Olympe, je suis heureux que nos chemins se soient croisés.

Georges sachant la jeune femme sur la réserve avec les hommes et surtout depuis cette terrible aventure garda une distance convenable, et posa une main rapide et amicale sur son épaule. Il l'informa qu'il se rendait à une réunion des jeunes médecins et ne rentrerait que tard ce soir. Il demandera à Solène de venir la voir pour lui tenir compagnie ne l'aimant pas savoir trop seule pour broyer ses idées noires. Olympe le remercia de sa gratitude, et continua sa tâche d'essuyer les cadres de plusieurs diplômes accrochés au mur de la bibliothèque.

Solène arriva au courant de la soirée, toutes deux avaient dîné ensemble. Et Solène lui racontait les 400 coups que son frère et elle faisaient étant plus jeunes, afin d'amuser sa nouvelle amie.

- Ronan doit avoir ton âge, il est plus calme et réservé que moi alors j'aimais le faire enrager pour le faire sortir de sa tanière. Il râlait et papa s'en prenait alors à lui... Le pauvre je lui ai mené la vie dure adolescente...

- Vous êtes encore proches ?

- Nous vivons sous le même toit, difficile de ne pas être plus proches, mais il me tarde enfin de me marier et prendre mon indépendance. Papa désespère de me voir repousser les prétendants qu'il me présente. Une fille de mon âge, bientôt 25 ans, sans époux fait très mal vue dans la société. Mais papa accepte tout de même mes arguments et fort heureusement. Je mourrai si je devais épouser un homme dont je n'éprouverai aucun soupir.

Olympe ne pouvait qu'approuver ses dires. Elle passait un agréable moment en sa compagnie, Solène était aussi drôle qu'attachante, d'ailleurs une question lui revenait sans cesse, et elle avait eut du temps à la ruminer qu'elle ne put s'empêcher de lui poser ce qui lui brûlait les lèvres.

- J'ai remarqué que Georges et vous aviez une très bonne entente ?

- Que veux-tu insinuer Olympe... ? Et je te l'ai déjà dit plus de vouvoiement entre nous.

- Eh bien Georges ne serait il pas le parti idéal pour...

- Georges et moi ! Nous marier... ?

Olympe se sentit aussitôt stupide face au rire de Solène, elle se gifla mentalement de son manque de tact et la grossièreté de ses propos.

- Solène, je vous... je te prie de m'excuser... Je ne voulais pas...

- Non... Olympe je ne t'en veux pas. Et il est que ce cher Danton et moi même sommes très bon amis, mais il ne suffit pas pour se marier. D'ailleurs Olympe, si un jour il venait trop à t'embarrasser avec ses yeux enjoliver, et les charmes de son sourire, parle lui mariage et il ne fera plus cas de toi.

- Oh je vois...

- C'est un homme qui aime les femmes, il ne pourrait pas s'en contenter d'une seule.

Solène avait dit cela avec une once de regret dans la voix, mais encore une fois Olympe ne releva pas, sa réaction précédente avait confirmé les sentiments de la jeune femme face à cet incroyable Georges. Ne voulant pas se rendre à nouveau ridicule, Olympe esquissa un simple sourire à sa nouvelle amie.

...

Le mois de mars s'écoulait et s'éventait sous les giboulées et le froid de fin d'hiver qui traînait encore les jours de pluies - nombreux -. Olympe s'était bien acclimatée, elle y avait pris des habitudes, le mercredi était le jour du marché, les samedis et dimanche elle se promenait sur les canaux. Solène et elle étaient devenues inséparables. Danton toujours de grande courtoisie gardait un œil bienveillant sur sa nouvelle protégée. Et malgré ce qu'en avait pu dire Solène à ce dîner, Olympe avait bien remarqué les regards de la jeune femme qui lui étaient adressés. Plus longs, plus empreint à une certaine admiration, le sourire au coin des lèvres quand il apparaissait dans son champ de vision. Et même si Olympe n'y connaissait rien à l'amour ce qu'elle voyait dans les expressions de Solène, cela y ressemblait.

Alors que les deux jeunes femmes profitaient d'un des rares après-midi ensoleillé sur le canal St-Martin, une émeute éclata. Des hommes s'insurgeaient contre des officiers de la garde royale.

- C'est déjà la deuxième boulangerie en pénurie ! Que fait l'état ?

- Messieurs, l'état s'occupe de cela, retournez à vos affaires !

- Nos affaires ! Mais ce sont nos affaires quand il y a des magasins qui sont assujettis aux dettes de l'autrichienne ! Cela a assez duré ! Nous ne bougerons pas tant que vous aurez, Messieurs, fait votre travail ! Nous devons nourrir nos familles, nous n'avons pas à être tributaire de la non-gérance du Roi !

Solène agrippa le bras d'Olympe qui avait reconnu, elle aussi, la voix de Danton. Sans un regard, elles s'avancèrent d'un pas vif vers le groupe d'insurgés. Parmi les paysans, le médecin républicain se tenait en front de ligne parlant pour eux et se faisant l'avocat pour obtenir gain de cause.

- Si Danton se fait prendre, je crains que cela mette en péril nos actions républicaines. Souffla Solène à Olympe alors qu'elles s'approchèrent doucement.

Solène et Danton avaient fait part à Olympe de leurs idées révolutionnaires quand celle-ci par mégarde avait renversé du thé sur un pamphlet écrit de la main de Desmoulins. Ne sachant pas lire, elle n'avait pas compris en quoi l'incident fut si dramatique. Leur point de vue avait ramené Olympe à réfléchir puis à soutenir leur cause, elle même avait subit le joug de la monarchie et les conséquences en avaient été mortelles. Depuis elle les aidait aux tâches primaires, et avec l'aide de Solène, Olympe apprenait à lire.

Alors que les soldats du roi perdaient patience devant cette énième émeute, Lazare de Peyrol se matérialisa aux côtés de leur ami. Le reconnaissant, le sang d'Olympe se glaça, l'homme qui avait abattu son père se trouvait là de nouveau face à elle. Le sentiment de colère et de vengeance coulèrent dans ses veines une fois de plus. Serrant les poings elle le vit ordonner d'envoyer ces hommes à la Bastille. Ne se laissant pas faire, une bagarre éclata. Olympe profita du tumulte pour s'introduire dans le groupe, Solène la suivit aussitôt.

Danton aux prises entre deux soldats se faisait corriger sous les coups de matraque, alors qu'il pensait sa cause perdue, il sentit qu'on lui ôtait de son dos l'homme qui essayait de le faire plier à genou. Le second fut assommé à ses pieds.

- Solène... Olympe mais qu'est ce que...

- Partez ! Maintenant ! Ordonna Olympe.

Solène pris la main de Danton et s'enfuit avec lui. C'est alors qu'Olympe sentit qu'on lui prit les mains, les plaçant derrière son dos et entendit le cliquetis de menottes lui indiquant qu'elle était faite prisonnière. Son regard se porta à l'horizon là où Danton et Solène s'étaient enfuis.

- Où est Danton ? Rugit Lazare.

- Je ne sais pas comte... Il a dût s'enfuir. Ils sont tenaces pour des crèves la faim !

- Bande d'idiots ! Allez, emmenez-moi les... A la Bastille !

Lazare porta son regard sur la seule femme du groupe, il aurait juré l'avoir déjà vu mais sa mémoire devait lui jouer des tours alors sans attacher plus d'importance à la seule femme du groupe il prit la tête du convoi des prisonniers.

...

- Lieutenant Mazurier !

Ronan releva la tête des décrets tout aussi farfelus qu'insipides et soporifiques à l'entente de son nom et ouvrit la porte de son bureau sur un Comte de Peyrol au visage toujours aussi fermé et sévère.

- Que se passe t-il ?

Ronan vit par-dessus l'épaule de l'officier qu'on emmenait un groupe d'homme, des paysans pour la plupart d'entre-eux voir même des miséreux selon leurs haillons qu'il portait. Puis ses yeux se posèrent furtivement sur la seule femme des nouveaux pensionnaires de la prison. Il reconnut aussitôt Olympe, la jeune paysanne qui s'était insurgée face à la horde de soldat et perdant son père sous la mitraille.

- Il y a eu une émeute, nous les avons tous arrêtés et sans exception !

- Sans exception ?

- Il y avait ce fourbe de Danton mais il nous a échappé. Répondit Lazare avec une pointe d'amertume dans la voix.

- Danton ? Il était présent ? Peyrol j'exige un compte-rendu détaillé de cette émeute.

Et sans plus d'explication Ronan laissa l'officier seul dans son bureau. Il arpenta les couloirs et se dirigea aussitôt dans les cellules réservées aux nouveaux prisonniers en attendant leur jugement et où ils se retrouveront selon leurs délits.

Plusieurs gardes déjà s'occupaient des hommes afin de leur donner la correction qui leur était due pour s'être insurgés contre l'ordre. Ronan s'alarma de ne pas y trouver la jeune femme, et son intuition le guida au fond de la galerie où se tramait son mauvais pressentiment.

La jeune femme sous les railleries de deux soldats se faisait chahuter par les mains baladeuses de ces gardes qui s'amusaient de leur prisonnière farouche.

- Allons ma jolie tu ne crains rien avec nous.

- Auguste a raison, nous ne voulons que ton bien !

- Mais ne crains pas ta sentence pour ton impudence... On ne te fera...

- Aucun mal...

Alors qu'ils tentaient de lui défaire les premiers boutons de son chemisier, Ronan d'une voix tonitruante ordonna à ses deux sous-fifres de le laisser seule avec la jeune femme.

- C'est toujours les même qui ont le droit de s'amuser !

- Ramard ! Rappelez votre chien de garde ! maugréa Ronan alors que Loisel, son acolyte regardait toujours d'un air libidineux la pauvre Olympe qui par pudeur tentait maladroitement de se recouvrir.

Assuré que les deux gardes étaient sortis et hors de portée pour entendre, Ronan s'approcha d'Olympe encore menottée. Il la libéra de ses fers et posa une couverture sur ses épaules. Car quand bien même le printemps arrivait, il n'en restait pas moins que les nuits étaient froides surtout entre ces murs épais isolant la chaleur du soleil à l'extérieur.

- Ne craignez rien, je ne vous veux aucun mal !

- C'est ce que disaient vos hommes... murmura Olympe se reculant aussitôt dans un coin de la cellule et reboutonnant sa chemise.

- Ramard et Loisel ne sont pas sous mes ordres malheureusement, seulement lorsque nous sommes à la Bastille.

- Alors je dois encore plus craindre d'être face au maître de ces lieux, dit Olympe toujours d'une voix sourde.

- Justement, de moi vous n'avez rien à craindre, Olympe.

Ronan avait prononcé son prénom dans un imperceptible murmure. La jeune femme pour la première fois pris le temps de le dévisager. Cette homme, ce lieutenant de prison avait le même regard que ce jeune soldat le jour de l'arrestation et mort de son père : ténébreux mystérieux et empreint de tendresse. C'est alors qu'elle fit le rapprochement et que la réalité la frappa.

- Vous ? souffla t-elle.

Ronan l'aida à se relever.

- Je m'occuperai personnellement de vous. Il est rare, pour ne pas dire jamais, de voir une femme en prison... Cela pourrait éveiller un peu trop les hormones mâles des pensionnaires et de leur gardiens.

- Et vous pensez que cela me rassure d'être simplement à la merci d'un seul homme ?

- Je vous traiterai en tout bien tout honneur.

Olympe ne s'expliqua pas comment, mais ce jeune lieutenant lui semblait sincère par le regard qui lui portait. Il n'y avait aucune once d'agressivité dans ses gestes, et ses paroles. Ronan aurait voulut rester plus longtemps mais son devoir de lieutenant ne pouvait pas lui laisser le choix. Il laissa alors Olympe dans sa cellule, lui promettant de revenir à l'heure du repas.

- Attendez ! Je veux savoir votre nom.

- Pour vous, ce sera Ronan.

Et le jeune homme quitta sa jeune détenue qui ne quitta pas la position prostrée au fond de la cellule emmitouflée dans le lainage que lui avait laissé Ronan.

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Voilà pour ce troisième chapitre, en espérant qu'il vous a plu. Qu'en avez-vous pensé ?

- La relation amicale entre Olympe et Solène

- Le fait que Solène soit amoureuse de Danton et que cela n'est pas échappé à Olympe - même si Solène le nie

- Olympe prenant la place de Danton pour la Bastille

- La confrontation Olympe/ Ronan.

D'après vous que va t-il se passer dans le prochain chapitre.

A vos avis, Chers Sky-volutionaires !

#LilyChan #Laëti