Araniel détestait la neige. C'était froid, lourd et humide. Et ça entravait leur progression. Si ça continuait, au rythme où ils allaient, ils mettraient un siècle à atteindre le Mordor. Et ils n'avaient pas un siècle.
La ranger jeta un regard mauvais aux pics enneigés qui la narguait. Elle avait l'impression qu'ils reculaient au fur et à mesure qu'elle avançait. Devant elle, les Hobbits peinaient, de même que le Nain, le Magicien et l'Homme. Seul l'Elfe continuait d'avancer de sa démarche gracieuse, s'enfonçant à peine dans la neige.
Soudain, Frodo trébucha, tomba et dévala la pente sur plusieurs mètres, faisant voler les particules d'eau gelée en tous sens.

- Frodo! s'exclama la ranger.
Elle se précipita à son aide et le releva, essuyant la neige de ses vêtements.
Le Hobbit porta instinctivement ses mains à son cou. L'Anneau ne s'y trouvait plus. Araniel sentit une sueur plus froide encore que la neige dans laquelle ils pataugeaient couler le long de son dos, et le regard désespéré du Semi-Homme acheva de la faire paniquer. Elle ne mit heureusement pas beaucoup de temps à repèrer l'Anneau et sa chaîne, par terre un peu plus haut, et donna une légère poussée dans le dos du Hobbit pour le faire avancer. Mais avant qu'il n'eut pu faire un geste, Boromir ramassa l'Anneau, et l'éleva devant sa figure, l'air complètement fasciné. Immédiatement, Araniel crispa ses doigts sur la garde de son épée. Gandalf se retourna, de même que les autres membres de la Communauté.

- Boromir, dit doucement Araniel.
- C'est une étrange fatalité, murmura-t-il d'un air rêveur, le regard fixé sur l'Anneau qui pendillait au bout de sa chaîne, que nous devions souffrir d'autant de peur et de doute pour une si petite chose...
Il leva une main hésitante pour la rapprocher dangereusement de l'Anneau, comme hypnotisé.
- Boromir! répéta la ranger.
Il sursauta, comme si on l'avait tiré d'un cauchemar, semblant reprendre contact avec la réalité.
- Donnez l'Anneau à Frodo.
Elle garda sa main sur l'épaule du Hobbit, le sentant trembler.
Boromir avait le regard perdu. Il descendit la pente et tendit l'Anneau à Frodo comme s'il lui brûlait les doigts. Le Hobbit le lui arracha presque des mains.
- À vos ordres. Je n'en ai cure.
Il eut un rire gêné et ébouriffa les cheveux de Frodo avant de se retourner et de reprendre son ascension.
Araniel attendit qu'il soit à une distance raisonnable avant de relâcher sa prise sur la garde de son épée. Elle se promit mentalement de garder un oeil sur le gondorien et de ne jamais le laisser seul avec Frodo.
L'attrait que l'Anneau exerçait sur Boromir était visible et potentiellement dangereux.
Le coeur des Hommes est aisément corruptible, pensa-t-elle. Nous ne pouvons avoir confiance en personne. Même pas en moi, qui suis la descendante de celui que l'Anneau a consumé.

La tempête les prit totalement par surprise. Ils se trouvaient en équilibre sur une corniche étroite quand la neige se mit à tomber par paquets, accompagnée de rafales de vent glacé. Il devint bientôt quasiment impossible d'avancer. On aurait dit que le Caradhras déchaînait toute sa fureur sur eux. Araniel n'avait encore jamais vu cela, malgré ses longues années d'existence.

Soudain, Legolas, qui marchait en avant, s'immobilisa.
- J'entends une voix sinistre dans les airs.
Araniel tendit l'oreille. Malgré son ouïe plus fine que la normale, elle n'entendait que le vent.
- C'est Saruman! hurla Gandalf.
Araniel retint une envie incongrue de s'esclaffer en voyant que des stalactites s'était formées dans la barbe du vieux mage.
On entendit soudain un craquement de mauvais augure. Araniel leva la tête pour voir des rochers leur arriver dessus depuis le sommet de la montagne, heureusement sans les atteindre.
- Il essaie de déclencher une avalanche! hurla-t-elle pour couvrir le bruit du vent. Gandalf! Il faut faire demi-tour!
Le vieil homme secoua la tête.
- Non!
Il s'avança sur le rebord de la corniche, le bâton levé.
- Ce Losto Caradhras, sedho, hodo, nuitho i 'ruith! (Dors, Caradhras, soit calme, reste tranquille, contient ta force!) incanta-t-il.
Cette fois-ci, Araniel entendit distinctement à travers la tempête la réponse de Saruman. Elle ne comprit pas les paroles, mais le sens était clair. Il les maudissait.
Et Gandalf n'était pas assez puissant pour contrer le maléfice.

Un éclair frappa le sommet de la montagne, déclenchant une avalanche. Araniel n'eut pas le temps de crier avant de se retrouver ensevelie sous la neige. Le froid s'infiltra insidieusement sous ses vêtements. Elle réfréna la panique qui montait en elle et creusa frénétiquement la neige molle au dessus de sa tête pour se dégager. Elle émergea avec soulagement, aspirant l'air à longues goulées. Legolas s'était déjà remis sur pied et aidait Gandalf à se dépètrer. La ranger aperçut un morceau de cape qui dépassait de la poudreuse et, en tirant dessus, parvint à récupérer deux Hobbits frigorifiés mais vivants.
- Nous devons quitter la montagne! Prenons la Trouée du Rohan et la route de l'Ouest vers ma cité!
C'était la voix de Boromir derrière elle. Araniel se tourna à demi. Le gondorien tenait Merry et Pippin serrés contre lui.
- La Trouée du Rohan nous rapproche trop de l'Isengard!
- Si nous ne pouvons traverser la montagne, passons par en dessous! Passons par les mines de la Moria! dit une voix étouffée.
Araniel ne parvenait pas à distinguer le Nain. Seule une partie de son casque émergeait d'un monticule de neige.
Maudits soient-ils tous les deux avec leurs idées fixes! La Moria ou l'Isengard, ils parlaient d'un choix!
Araniel rapprocha Sam et Frodo de son propre corps. Les deux Hobbits étaient congelés. Ils ne tiendraient pas longtemps, et Araniel le savait.
Gandalf sembla réfléchir un moment.

- Laissons le Porteur de l'Anneau décider, finit-il par dire.
Araniel leva les yeux au ciel. Comme si un Hobbit pouvait prendre une décision sensée avec un cerveau gelé. Déjà qu'en temps normal...
- Nous ne pouvons pas rester ici, s'écria Boromir sur un ton suppliant qu'Araniel ne lui avait encore jamais entendu. Cela serait la mort des Hobbits!
Pippin appuya la déclaration d'un reniflement pitoyable.
- Frodo?
Le Hobbit hésita un moment. Il avait l'air vraiment perdu et Araniel résista à l'envie de le prendre dans ses bras pour le réchauffer.
- Nous passerons par les Mines, bredouilla-t-il.
Oh non, pas les Mines, pensa Araniel. Gandalf, par pitié, plutôt le Rohan...
Gandalf soupira.
- Ainsi soit-il.

Hello! merci pour vos reviews les filles c'est super encourageant^^
On m'a posé une question à propos de mes rythmes de publication: je publie le chapitre quand j'ai fini de l'écrire donc il n'y a pas de rythme précis. Je sais. Je suis bordélique.