Araniel examina la trace légère d'un petit pied sur le sol. Il lui avait été facile de repérer des empreintes de Hobbits. Ranger oblige. L'Elfe et le Nain étaient partis de leur côté, de même que les trois Semi-Hommes restants.
- Je sais que vous êtes là, Frodo, soupira-t-elle. Vous pouvez vous montrer.
Pas de réponse.
Merde.
Si j'attrape Boromir, je le tue.
Araniel contourna les ruines avec précaution. Frodo était là. Elle le savait. On ne trompait pas ses sens de ranger.
Un craquement soudain la fit se retourner, pour voir le Hobbit apparaître soudainement.
Il a utilisé l'Anneau... Pour la discrétion, c'est râté.
Le Semi-Homme était pâle et tremblant. On aurait dit qu'il avait vieilli de dix ans.
Elle fit un pas vers lui.
- Frodo?
Le Hobbit avait le regard perdu. Elle fit un autre pas. Doucement. Il ne fallait pas l'effrayer.
- Il s'est emparé de Boromir.
Je le savais. Par Erù. Je le savais.
Un autre pas.
- Où est l'Anneau?
Frodo recula précipitamment, une expression terrorisée sur le visage. Prêt à s'enfuir.
- Frodo!
Elle s'agenouilla lentement face à lui.
- J'ai juré de vous protèger, murmura-t-elle, le regard planté dans le sien.
Le Hobbit eut un rictus amer.
- Mais pouvez-vous me protéger de vous même?
Araniel ne sut que répondre. Frodo ouvrit sa main à plat. L'Anneau était niché au creux de sa paume.
- Le détruiriez-vous?
Elle regarda l'Anneau. C'était vraiment un bel objet. Presque trop beau pour être détruit.
Je ne suis pas Isildur.
Elle tendit la main vers l'Anneau presque malgré elle. Le bijou scintillait doucement sous le soleil. Un travail d'orfèvre parfait. Sans aucune imperfection.
Je ne suis pas Isildur.
Était-ce le fruit de son imagination ou l'Anneau murmurait?
- Araniel…Araniel…Elessari…
C'était un chuintement. Produit par une voix ne provenait pas du monde des Hommes.
Je ne suis pas Isildur...Alors qui suis-je?
Araniel sourit tristement.
Je suis Araniel fille d'Arathorn.
Elle referma les doigts de Frodo sur l'Anneau.
- Je vous aurais suivi jusqu'à la fin. Jusque dans les flammes du Mordor.
Le Semi-Homme était au bord des larmes.
- Je sais.
Araniel avait comprit ce qu'il allait faire. Le temps de la Communauté était révolu et elle n'allait pas tenter de l'empêcher.
- Prenez soin des autres. Surtout de Sam. Il ne comprendrais pas.
La ranger acquiesça. Ses yeux la brûlaient.
Et puis elle vit la lame de l'épé Sting briller d'une lumière bleutée.
Non. Manquait plus que ça.
Des Orcs.
- Partez, Frodo, ordonna-t-elle.
Elle sortit son épée. La lame émit un tintement sinistre.
- Courez.
Elle percevait nettement à présent le piétinement sourd de nombreux pieds chaussés de fer. Le Hobbit ne bougea pas, hésitant.
- Courez! cria-t-elle.
Le Hobbit fit volte face et s'enfuit aussi vite que ses courtes jambes le permettait.
- Bonne chance, Frodo, pensa la ranger. Vous allez en avoir besoin.
Araniel se plaqua contre la colonne de pierre derrière elle. Ils approchaient et lui arrivaient droit dessus. Elle prit une grande inspiration et sortit de sa cachette. Elle était calme. Une rage froide l'envahit.
Un instant, elle jaugea la troupe des Orcs du regard.
Par Erù. Des Uruk-hai. Couverts de peintures de guerre blanchâtres représentant à peu près la forme d'une main si on n'était pas trop regardant.
Araniel eut un demi-sourire ironique. Elle ne tiendrait pas face à une troupe d'une centaine d'Uruk dont un seul devait faire deux fois son poids, elle le savait. Mais elle devait donner assez de temps à Frodo. Quitte à s'enfuir ensuite en hurlant quand elle estimerait avoir fait diversion assez longtemps.
Elle leva son épée devant son visage et s'avança lentement vers les Orcs. Certains étaient déjà en train de rire en la voyant arriver. Et quelque part, elle était d'accord avec eux. Une femelle Humaine seule face à une compagnie d'Uruk-hai. Non mais vraiment.
Ils lui foncèrent dessus en hurlant, comptant sans doute sur la peur qu'ils provoquaient en temps normal. Malheureusement pour eux, Araniel n'était pas aussi impressionnable qu'ils l'avaient escompté.
La ranger trancha au hasard dans la masse des Orcs, ayant la satisfaction de sentir de la chair et des os cèder sous le choc. En combat, elle marchait à l'instinct. Elle ne réfléchissait pas, elle agissait.
Elle dut néanmoins reculer sous le nombre, et fut obligée de reculer jusqu'à l'escalier de pierre. Elle grimpa les marches à reculons, frappant d'estoc et de taille pour repousser ses adversaires. Une dizaine déjà étaient tombés, et il lui semblait qu'il ne cessait d'en arriver de nouveau.
C'est alors qu'elle le vit.
Il était immense et répugnant, avec une peau grisâtre, ce qui ressemblait à des dreadlocks crasseux sur la tête et le symbole de la Main Blanche grossièrement peint sur la figure. Son armure était souillée de sang et de poussière.
C'était de loin l'Uruk-hai le plus monstrueux qu'elle avait jamais vu. Et elle en avait vu. Et puis la créature parla et Araniel sentit une sueur glacée couler le long de son dos.
- Trouvez les Semi-Hommes! Trouvez les Semi-Hommes!
Sam. Merry. Pippin.
Oh par Erù.
Frodo.
Elle sauta du haut des ruines, atterrissant directement sur les Orcs.
- Elendil! hurla-t-elle.
Une hache et des flèches passèrent soudain de chaque côté d'elle, abattant les monstres se trouvant sur leur trajectoire. Legolas et Gimli surgirent soudain de derrière les ruines.
Et c'est seulement maintenant que vous arrivez?
- Partez, Araniel, cria l'Elfe.
La ranger transperça un Orc dans le dos. Elle fit volte face pour en voir un se jeter sur elle, l'épée levée. Il était trop tard pour parer le coup. Mais l'Orc s'effondra au sol à ses pieds, une flèche plantée dans la colonne vertébrale. Et puis un son familier retentit par trois fois dans la forêt, et Araniel se figea.
- Le Cor du Gondor! hurla Legolas.
- Boromir.
Je l'avais oublié, celui-là.
Araniel se tailla un chemin à travers les Orcs et se mit à courir en direction du Cor.
Si le Cor cesse de retentir, c'est qu'il est mort. C'est lui-même qui l'a dit.
Araniel courait comme elle n'avait jamais couru de sa vie. Elle avait échoué à préserver la Communauté une fois. Elle ne perdrait pas un autre de ses membres. Eut-elle cent fois souhaité être débarrassée de Boromir.
Merde.
Elle savait avec précision où il était. Ses sens de ranger ne la trompaient jamais sur la provenance d'un son.
Araniel avait l'impression d'avoir du plomb dans les jambes. Qu'elle ne courrait jamais assez vite. Elle y était presque. Elle arriverait à temps. Elle...
Non.
Trop tard.
Boromir était à genoux. Elle ne voyait pas son expression, masquée par ses cheveux emmêlés. Elle ne voyait que les flèches plantées dans son torse. Et le Cor du Gondor fendu en deux. Et l'Orc, à dix pas de lui. Et la flèche dirigée droit vers sa tête. Et le sourire obscène de l'Uruk-hai. Le grand chef qu'elle avait vu quelques instants auparavant.
Non.
Elle continuait à courir et elle avait l'impression que la distance entre eux et elle s'allongeait. Le temps lui paraissait sans fin. Il allait tirer. La corde était déjà tendue à se rompre. Et l'Orc continuait de sourire. De ce sourire affreux et pervers. Et Boromir releva la tête et Araniel vit ses yeux et elle ne supporta pas ce qu'elle y lisait.
Souffrance.
Désespoir.
Résignation.
Non. Non. Non.
Quelque chose se débloqua dans ses poumons et elle se mit à hurler. Araniel percuta l'Orc sur le côté avec toute la force dont elle était capable. Ils roulèrent tous deux sur le sol. Du coin de l'oeil, la ranger vit la flèche partir dans les airs. Elle se releva aussitôt et constata avec satisfaction que l'horrible sourire avait disparu. La lame de l'Uruk heurta la sienne dans un fracas qui se répercuta douloureusement dans ses bras.
Non.
D'un coup d'une force terrible, l'Orc lui arracha son épée des mains. Araniel se retrouva à plat ventre sur le sol, sonnée. Elle se releva, les oreilles boudonnantes. Un goût métallique lui emplit la bouche.
Il y eut un sifflement aigu et quelque chose la frappa au cou, la clouant contre un arbre.
Ça y est. Je suis morte.
L'Uruk lui avait projeté son bouclié dessus. Elle tira sur le métal enfoncé dans le bois pour se dégager. Il leva son épée.
Non.
Araniel glissa entre l'écorce et le métal et roula sur le sol. La lame heurta le bois à quelques centimètres au dessus de sa tête, projetant des éclats dans tous les sens. Elle sortit sa dague et la planta de toutes ses forces dans la jambe de l'Orc. Il poussa un rugissement et elle sentit son pied botté de fer heurter ses côtes dans un craquement sonore. La ranger se recroquevilla sur le sol.
Non.
Elle releva la tête. L'Uruk avait retiré la dague de sa jambe et lèchait son propre sang dessus de façon obscène. L'horrible sourire était revenu.
Araniel rampa jusqu'à son épée. Au moment où elle réussissait à l'atteindre, l'Orc lança la dague. Elle se releva sur un genoux et la dévia de sa lame.
Non. Tu ne me tueras pas, monstre. Tu n'était même pas né que j'étais déjà vieille.
Araniel se releva, prit son élan et chargea.
Crève, saleté.
Sa lame trancha le bras de l'Orc. La créature regarda son membre mutilé d'un air d'incompréhension. Elle lui enfonça l'arme dans la poitrine. Mais l'Orc refusait toujours de mourir. Il glissa le long de la lame, l'enfonçant au fur et à mesure dans son torse, jusqu'à ce que son visage soit à quelques centimètres de celui d'Araniel, lui soufflant son haleine pourrie en plein visage.
Il ne sent pas la douleur.
La ranger grimaça et tira la lame à elle, avant de faire voler la tête de l'Orc dans les airs. Le cadavre sans tête resta debout quelques instants avant de s'effondrer au sol comme un pantin dont on aurait coupé les fils.
La brume meurtrière se dissipa lentement de l'esprit d'Araniel. Son corps la fit soudain horriblement souffrir. Et puis...
Boromir. Où est-il?
Le gondorien était allongé sur le dos, la tête contre un arbre. Il ne bougeait plus.
Non.
- Non!
Le mot ne se contentait plus de résonner dans sa tête. Elle l'avait hurlé cette fois-ci.
Elle courut vers lui et c'était comme si ses membres étaient devenus de plomb. Elle saignait, d'une entaille à un bras, mais elle ressentait pas la souffrance. Son esprit se concentrait ailleurs.
Elle se jeta à genoux. Boromir respirait avec difficulté et avait le teint terreux des mourants.
- Ils ont pris les petits...
Merry. Pippin.
- Restez calme, murmura-t-elle, des sanglots dans la voix.
Il ne peut pas mourir maintenant. Ce n'est pas possible...
- Frodo. Où est Frodo?
- Je l'ai laissé partir.
Mais Gandalf aussi ne pouvait pas mourir et Gandalf est mort.
- Alors vous avez fait ce que je n'ai su faire. L'Anneau...j'ai essayé de le lui prendre...
- Sachez que l'Anneau est désormais hors de notre portée.
Boromir leva une main avec difficulté et la glissa derrière la nuque d'Araniel.
Ses doigts sont si froids...
- Pardonnez-moi.
Les larmes dans ses yeux étaient visibles. Larmes de rage. De désespoir. De souffrance.
- J'ai failli. Je vous ai trahis.
Oui. Et non.
- Non, Boromir. Vous avez combattu bravement. Vous avez gardé votre honneur.
Ses paroles lui semblaient terriblement futiles et creuses. Elle tendit la main vers une des flèches mais Boromir agrippa son poignet et l'éloigna.
- Laissez ça. C'est fini, murmura-t-il d'une voix étranglée. Le monde des Hommes va tomber dans les ténèbres et ma cité sera détruite.
Non.
Araniel avait à peine conscience que Legolas et Gimli étaient là, à quelques pas.
Je ne veux pas qu'il meure. Oh par Erù, je ne veux pas.
Boromir tenta un bref sourire. La main qu'il maintenait sur la nuque de la ranger retomba, laissa une traînée rouge sur sa joue. Ses yeux se fermèrent.
Non.
reviews? Question pour le suite: je tue Haldir ou pas?
