L'odeur pestilentielle du bûcher leur envahit les narines avant qu'il ne puissent le voir. Araniel détestait l'odeur de la chair brûlée. Alors mêlée au fumet naturel des Orcs, n'en parlons pas.
La pile de carcasses se trouvait juste aux lisières de la forêt. Sur une pique un peu à l'écart se trouvait une tête d'Uruk-hai, le mufle tordu en une grimace figée à jamais. Araniel mit pied à terre. Se protègeant le nez, elle observa les alentours dans l'espoir de trouver la moindre trace des Hobbits, pendant que Gimli fouillait carrément dans les cadavres.
Et bien, il n'est pas dégoûté, lui.
L'Elfe s'accroupit pour examiner une trace sur le sol. Gimli se redressa, une expression consternée sur le visage. Il tenait en main une pièce de cuir carbonisée.
- C'est une de leurs ceintures.
Non.
Araniel eut soudain la vision de deux Hobbits se consumant dans les flammes. Ils tendaient la main vers elle, des larmes roulant sur leurs petits visages terrifiés et tordus de douleur. Ils l'appelaient. Mais elle arrivait trop tard.
- Hiro hyn hîdh ab 'wanath. (Puissent-ils trouver la paix après la mort, murmura Legolas derrière elle.
Ils sont morts.
Araniel donna un coup de pied furieux dans un casque qui traînait par terre et se mit à hurler de rage. Legolas et Gimli, peu habitués à une telle démonstration de désespoir de sa part, l'observèrent, la mine sombre. Elle se laissa tomber à genoux et baissa la tête. Elle se sentait si lasse.
- Nous les avons perdus, murmura le Nain.
Perdus.
Qu'un seul faillisse et ce sera la ruine de tous, avait dit Galadriel. Mais ça avait déjà commencé. La chute de la Communauté avait commencé dans la Moria. Gandalf. Boromir. Merry et Pippin. Je les ai menés à leur mort.
Toute son énergie semblait s'être envolée d'un coup. Elle promena son regard autour d'elle.
Désolation. Mort. Ruine. Voilà ce qui les attendait tous.
Son attention fut attirée par des herbes sèches bizarrement couchées. Elle les examina plus attentivement. Et si...
- Un Hobbit était allongé ici. Et l'autre était là, dit-elle, désignant un autre endroit.
- Ils étaient ligotés.
Elle se releva vivement, observant le sol. Les traces étaient bien visible. C'était aussi clair que de l'eau de roche. Elle en aurait pleuré de joie.
- Ils ont rampé.
Elle les voyait presque. Comme des fantômes devant ses yeux.
- Leurs liens ont été coupés. Araniel ramassa un morceau de corde et la passa à Legolas.
- Ils ont couru à partir de là.
De nombreuses empreintes d'Orc se mêlaient à celle de chevaux. Araniel sentit son sang se glacer.
- Ils étaient suivis.
Les empreintes d'un Orc de petite taille et probablement blessé suivaient celles des Hobbits.
- Ils se sont éloignés de la bataille.
Les empreintes s'arrêtaient brusquement à la lisière des bois.
- Dans la forêt de Fangorn.
Gimli résuma à lui seul la pensée de ses compagnons.
- La forêt de Fangorn, marmonna-t-il sur un ton dégoûté. Quelle folie les a conduit là dedans?
Araniel observa les bois avec suspicion. Elle ne s'était jamais aventurée loin dans Fangorn, restant toujours à la lisière. Mais les traces du passage des Hobbits, quoique légères, s'enfonçaient parmi les arbres.
- Suivez-moi, ordonna-t-elle avant de s'aventurer dans les sous-bois.
Elle ne sut jamais exactement combien de temps ils marchèrent dans l'ombre, oppressés par l'enchevêtrement des branches et des feuillages qui ne laissaient passer aucune lumière. Les traces des Hobbits se faisaient de moins en moins précises. Mais ce n'était pas ce qui inquiétait le plus Araniel. L'Orc à leur poursuite avait continué à les suivre dans la forêt. Elle hésitait avant chaque arbre de peur de tomber sur deux petits cadavres mutilés.
Gimli essuya une feuille d'arbre maculée d'un liquide noirâtre. Il lécha son doigt et recracha immédiatement.
- Du sang d'Orc.
Donc l'Orc est mort.
Araniel plissa les yeux en observant le sol. De nouvelles empreintes se mêlaient à celles des Hobbits. Des empreintes qu'elle n'avait jamais vues de sa vie. Elle n'aurait pas été dans une forêt, elle aurait pensé à un oliphant. Mais justement, elle était dans une forêt.
- L'air est étouffant ici, marmonna Gimli.
Le Nain était mal à l'aise et elle le comprenait.
- Cette forêt est vieille. Très vieille. Pleine de souvenirs et de colère, dit rêveusement Legolas.
Un frémissement parcourut les arbres. Gimli leva instinctivement sa hache.
- Les arbres se parlent entre eux.
Ça doit être vraiment passionnant ces conversations. Certainement à propos d'un certain Nain balançant sa hache un peu trop brutalement vers eux.
- Gimli. Baissez votre hache, l'avertit Araniel.
- Oh, marmonna le Nain.
Oui, "oh".
Ils ont des sentiments, mon ami, reprit Legolas d'un ton docte. Ça a commencé avec les Elfes. Ils ont éveillé les arbres et leur ont appris à parler.
Génial.
- Des arbres qui parlent. Qu'est-ce des arbres peuvent bien avoir à dire? Excepté de la consistance des crottes d'écureuils?
L'Elfe se figea.
- Araniel, nad no ennas! (Quelque chose approche!) chuchota-t-il.
Ses yeux étaient écarquillés et ses iris avaient disparus derrière ses pupilles.
Araniel crispa ses doigts sur la garde de son épée.
- Man cenich? (Que voyez-vous?)
- Le Sorcier Blanc approche.
Saruman.
Araniel pensa soudain à Boromir. À l'Uruk-hai gigantesque. C'était le mage qui avait créé cette abomination
- Ne le laissez pas parler ou il nous jettera un mauvais sort, murmura-t-elle.
Elle commença à dégainer lentement son épée. L'Elfe encocha une flèche.
- Nous devons faire vite.
Elle fit volte-face. Gimli lança sa hache qui fut soudain déviée de sa course. De même que la flèche de Legolas. Araniel sentit soudain sa lame lui brûler les mains. Elle la lâcha avant de se carboniser les doigts. Il y eut un éclair de lumière blanche aveuglante et elle se protégea les yeux instinctivement. À travers ses doigts, Araniel distingua une silhouette dans la lumière.
- Vous êtes sur les traces de deux jeunes Hobbits.
La voix était familière et en même temps pas.
- Où sont-ils? cria-t-elle.
- Ils sont passés par ici avant-hier et on fait une rencontre à laquelle ils ne s'attendaient pas. Cela vous rassure-t-il?
Non. Pas du tout.
- Qui êtes vous? Montrez-vous! ordonna la ranger en prenant le ton le plus assuré qu'elle pouvait.
Cesse de te planquer derrière ton stupide halo lumineux, Saruman.
La lumière diminua lentement. Araniel écarquilla les yeux.
C'est ça, montre ton visage, salopard.
Elle n'avait plus d'épée, mais elle avait encore sa dague et il lui suffisait d'un moment pour lui planter dans la poitrine. De nouveau elle pensa à Boromir. Elle frôla des doigts le manche de l'arme. Et puis elle croisa le regard du magicien.
Un regard bleu, franc et sage.
Un regard qu'elle connaissait.
Gandalf?
- Ce n'est pas possible, murmura-t-elle d'une voix blanche.
Ce n'est qu'une illusion de plus que Saruman a créé pour nous abuser.
Et puis Gandalf (ou son image) sourit et Araniel eut la certitude que ce n'était pas Saruman. Ce sourire-là était impossible à imiter.
À côté d'elle, Legolas tomba à genoux.
- Pardonnez-moi! Je vous ai pris pour Saruman...
Le sourire de Gandalf s'agrandit.
- Je suis Saruman. Ou plutôt, Saruman tel qu'il aurait du être.
- Vous êtes tombé, dit Araniel, la gorge serrée.
Personne ne survit à une telle chute. Glorfindel lui-même...
Mais c'est Gandalf.
Le regard du vieux mage se fit lointain. Très lointain. Comme s'il se repliait en lui-même pour revivre des souvenirs douloureux à évoquer. Enfin, il reprit la parole et sa voix avait des accents de vieux conteur dispensant un savoir millénaire.
- À travers le feu et l'eau. Sous les plus grandes profondeurs, sur les sommets le plus haut, je l'ai combattu, lui, le Balrog de Morgoth.
Araniel frissonna instinctivement à l'évocation de la créature.
Espérons que Sauron n'a pas de telles abominations à sa disposition. Il n'y a qu'un seul Gandalf.
- Jusqu'à ce que je jette à bas mon ennemi et qu'il se brise sur le flanc de la montagne.
Araniel avait l'impression d'être revenue à Rivendell, où Estel écoutait des grand guerriers de jadis contés par les bardes.
- Les Ténèbres m'emportèrent hors du de la pensée. Chaque jour me semblait aussi long qu'un âge terrestre. Mais ce n'était pas la fin. J'ai ressenti à nouveau la vie en moi.
Gandalf prit une grande inspiration.
- Je fus renvoyé jusqu'à ce que ma tâche soit accomplie.
Araniel observa le mage.
C'était Gandalf et en même temps pas.
Il parait moins...miteux.
- Gandalf...,hésita-t-elle.
Le mage la regarda comme s'il la voyait pour la première fois.
- Gandalf? Oui, c'est ainsi qu'on m'appelait.
Araniel acquiesça.
Il ne reviendra jamais vraiment.
- Gandalf le Gris. C'était mon nom.
Mais là, ça ne va plus être possible.
- Gandalf, dit respectueusement le Nain.
- Je suis Gandalf le Blanc, et je reviens vers vous en ces heures décisives.
Oui, et bien on peut dire que vous avez pris votre temps!
Il les entraîna au dehors de la forêt, retrouvant son chemin à une vitesse qu'Araniel aurait qualifiée d'écoeurante pour une ranger comme elle.
- Une partie de votre mission s'achève, une autre commence. La Guerre a atteint le Rohan, nous devons chevaucher jusqu'à Edoras le plus rapidement possible.
- Edoras? s'exclama le Nain. Ce n'est pas la porte à côté.
Effectivement. Ça fait une trotte. Surtout pour tes petites jambes de Nain.
- Nous avons eu vent des troubles en Rohan. Il s'affaiblit avec son roi.
Theoden.
Araniel se rappela d'un petit garçon tout blond.
- Oui, et il ne sera pas guéri facilement.
- Alors nous avons couru tout ce chemin pour rien?
Oui, j'aurais largement pu m'en passer.
- Devons-nous abandonner deux pauvres Hobbits dans cette sombre, humide forêt infestée d'arbres?
En même temps, Gimli, c'est une forêt, donc, par définition...
Il y eut comme un rugissement dans les feuillages.
Mais que quelqu'un le fasse taire, par pitié, avant qu'il ne nous tue tous.
Le Nain paniqua.
- Je veux dire charmante, très charmante forêt.
C'est ça.
- C'est plus que la chance qui a mené Merry et Pippin à Fangorn. Un grand pouvoir est endormi ici depuis de longues années, dit Gandalf en observant les troncs alentours. La venue de Merry et Pippin va être comme une chute de pierres qui déclenche une avalanche dans les montagnes.
Ah tiens. Là je reconnais le vieux. Encore une métaphore.
- Il y a bien une chose en laquelle vous n'avez pas changé, mon ami, dit-elle avec un sourire amusé.
- Hm? L'Istar avait l'air perplexe.
- Vous parlez toujours par images.
Ils rirent tous les deux. L'Elfe leur jeta un regard choqué.
- Quelque chose va arriver, qui ne s'était pas produit depuis les Jours Anciens. Les Ents vont se réveiller…et prouver leur force.
Les Ents? Ce n'est qu'une légende.
- Force?! s'exclama le Nain.
De nouveau les arbres bruissèrent.
- Oh, c'est bien.
Ça devient une habitude.
- Alors cessez de vous plaindre, Maître Nain. Merry et Pippin sont en sécurité. En fait, ils sont encore plus en sécurité qu'avec vous.
Ce n'est pas très dur. Il leur aurait suffit de rester bien sagement à Rivendell.
- Ce nouveau Gandalf est encore plus grincheux que l'ancien, marmonna Gimli.
J'espère pour toi qu'il n'est pas aussi plus susceptible.
Ils émergèrent de Fangorn et Araniel pesta lorsque la lumière du jour agressa ses pupilles sensibles. La première chose que fit Gandalf fut de se mettre à siffler.
Ça lui a porté un coup au cerveau, la mort.
Quelque part, un cheval hennit.
Ah, en fait non.
L'animal arrivait par l'Est à travers la plaine, à une vitesse incroyable, semblant voler plutôt que galoper. Araniel n'avait jamais vu un animal comme celui-là, d'un blanc immaculé aux reflets d'argent. Un cheval de roi.
- C'est un des Mearas, si mes yeux ne se trompent pas, dit Legolas, admiratif.
Gandalf flatta l'encolure de l'animal qui enfouit son nez dans son cou.
- Shadowfax. C'est le Seigneur de tous les chevaux, et il a été mon ami dans de nombreux dangers.
Araniel jeta un regard de biais à Arod et Hasufel qui broutaient non loin. À côté de Shadowfax, les superbes chevaux Rohirrims ressemblaient à de vieilles rosses.
Je ne vais pas devenir jalouse de GANDALF quand même. Ou peut-être que si.
The return of the old jerk! merci à mes revieweuses et mes followeuses, comme d'hab'! Je vais peut-être publier moins vite maintenant because je dois BOSSER (et oui, même moi...)
biz à toutes^^
Je rédige tous mes chapitres en écoutant la BO du film (Howard Shore est mon dieu!) et ça aide vachement à se mettre dans l'ambiance.
