Il y avait un espace, en contrebas de Meduseld, où s'élevaient des tertres recouverts de verdure et de fleurs semblables à des étoiles blanches. C'était là que reposaient tous les rois du Rohan depuis des temps immémoriaux, et c'est là qu'ils enterrèrent Theodred. Dans la tombe construite à l'origine pour son père. En voyant le visage figé et froid du mort, Araniel s'était sentie vidée. Révoltée devant un tel gâchis.
C'était un gamin. Avec un visage rond d'adolescent et pas encore de barbe. Comme l'était Theoden au même âge.
Les jeunes meurent et les vieux restent. Le monde tourne à l'envers.
Le corps du prince fut transporté dans sa dernière demeure sur les épaules des soldats Rohirrims. Araniel, Legolas, Gimli et Gandalf suivaient la procession derrière le roi Theoden avec le reste des habitants d'Edoras.
La ranger chercha Eowyn du regard. Cette petite était dévastée par la mort de son cousin. Araniel n'avait pu que lui dire que son frère Eomer, car c'était lui, à n'en pas douter, qui leur avait confié Arod et Hasufel, était en vie. C'était peu de chose, mais Eowyn avait esquissé un maigre sourire à travers ses larmes.
Araniel la repéra près de la tombe ouverte, debout avec les autres femmes. Elle était entièrement vêtue de noir, ce qui faisait ressortir son teint livide, mais elle ne pleurait plus. Lorsque le corps de Theodred passa devant elle, la jeune femme chanta. Un chant venu de temps immémoriaux, dans une langue archaïque, mais si plein de souffrance et de désespoir qu'il se passait de traduction.
- Bealocwealm hafað fréone
frecan forth onsended
giedd sculon singan gléomenn
sorgiende on Meduselde
þæt he ma no wære
his dryhtne dyrest
and mæga deorost.
Bealo…
Sa voix s'éteignit lorsque la dalle du tombeau se ferma avec un claquement lugubre. La jeune femme se courba et se mit à trembler.
Araniel se dirigea vers elle et lui passa un bras autour des épaules.
Pauvre petite qui devrait ignorer ce qu'est le chagrin.
- Venez, murmura-t-elle. Elle soutint la jeune Rohirrim pendant qu'elle remontait les marches de Meduseld.
Les larmes s'étaient remises à couler silencieusement sur ses joues pâles. La ranger ne savait que dire pour apaiser sa peine. Elle ne pouvait rien dire.
Que ressentirais-je si Halbarad mourait? Certainement rien. Je ne l'ai pas vu depuis si longtemps que je ne suis pas sûre de savoir encore à quoi il ressemble.
- Merci, dit soudain Eowyn.
Araniel l'interrogea du regard.
- Il n'était rien pour vous mais vous êtes quand même là. Merci.
- C'était une belle cérémonie, dit maladroitement la ranger.
Eowyn rit à travers ses larmes.
- Mon cousin aimait les belles cérémonies.
Sa voix était étranglée mais se raffermissait déjà. Eowyn essuya rapidement ses yeux et se tapota les joues pour y faire revenir un peu de couleur. Son visage ne montrait plus aucune émotion.
Araniel ne s'y trompait pas. Sous cette frêle apparence se cachait une âme d'acier.
Encore une qui serait tellement plus reine que moi...
Araniel repensa à une conversation qu'elle avait eu avec Gandalf, alors qu'ils étaient encore dans Fangorn.
- L'ombre qui veille à l'Est s'avance. Sauron ne souffrira aucun rival. Du sommet de Barad-dûr, son Oeil observe sans cesse. Mais il n'est plus aussi puissant dpeuis qu'il connait la peur.
Sauron? Peur?
- Le doute le ronge à présent. La rumeur l'a atteint. L'héritière de Númenor est en vie.
Araniel avait soupiré sans répondre.
- Sauron a peur de vous, Araniel. Il a peur de ce que vous pouvez devenir.
Plutôt de ce que je ne deviendrais jamais.
- Il frappera vite et il frappera fort le monde des Hommes. Il utilisera son pantin, Saruman, pour détruire le Rohan. La Guerre vient. Le Rohan doit se défendre, et il est faible et prêt à tomber. L'esprit du roi est enchaîné, c'est un vieux tour de Saruman. Son emprise sur Theoden est très forte. Sauron et Saruman touchent au but. Mais nous avons un avantage sur eux.
Ah oui? Lequel?
- L'Anneau reste caché. Et que notre but soit de le détruire n'a pas atteint ses sombres rêves. Ainsi, l'arme de l'ennemi se rapproche du Mordor dans les mains d'un Hobbit. Frodo.
Je n'aurais jamais dû le laisser y aller seul.
Chaque jour le rapproche des feux de Mount Doom. Nous devons avoir confiance en Frodo. Tout dépend de la rapidité et de la discrétion de sa quête.
Le vieux mage avait souri à la ranger, comme s'il avait perçu la teneur de ses pensées.
- Ne regrettez pas votre décision de le laisser partir. Frodo doit accomplir sa tâche seul.
- Il n'est pas seul, avait-elle glissé. Sam est avec lui.
Gandalf l'avait regardée d'un air agréablement surpris.
- Vraiment? Bien. Très bien.
Un Hobbit et son jardinier. Ils ne réussiront jamais. Boromir avait raison. Il n'y a plus d'espoir.
- Dame Araniel? Eowyn la regardait d'un air inquisiteur.
- Je...
- Eowyn!
Le roi se tenait sous le porche en compagnie de Gandalf. Il portait un jeune garçon épuisé dans ses bras et le mage tenait une petite fille par la main.
Oulà. Le cliché du vieux grand-père.
Eowyn se leva précipitamment et prit en charge les enfants. Araniel alluma sa pipe et rejoignit Gimli et Legolas qui mangeaient à une table à l'écart. Theoden se laissa lourdement tomber sur son trône. Il paraissait vieux et las.
Nous le sommes tous.
Eowyn servit des bols de soupe chaude aux deux jeunes rescapés. Après s'être assurée qu'ils ne manquaient de rien, elle se releva et se dirigea vers son oncle.
- Ils étaient désarmés et ils ont été pris par surprise. Des Hommes Sauvages traversent l'Ouestfolde, brûlant tout sur leur passage.
Des Hommes. Pas des Orcs. De mauvais Hommes, mais des Hommes tout de même.
La petit fille renifla pitoyablement.
- Où est maman?
- Shh, murmura Eowyn en lui posant une couverture sur les épaules.
Que voulez-vous répondre à ça?
- Ceci n'est qu'un avant-goût de la terreur que Saruman peut répandre, déclara Gandalf en désignant les enfants. Il peut faire encore pire depuis qu'il a peur de Sauron. Chevauchez à sa rencontre. Éloignez-le de vos femmes et de vos enfants. Vous devez combattre.
- Vous avez deux milliers d'Hommes chevauchant vers le Nord pendant que nous parlons, fit remarquer Araniel. Eomer vous est loyal. Ses Hommes reviendrons et combattrons pour leur Roi.
Theoden se leva de son trône.
J'ai dit une bêtise?
- Ils doivent êtres à plus de trois mille lieues d'ici. Eomer ne peut nous aider, cracha-t-il. Je sais que c'est ce que vous voulez de moi mais je n'amènerais pas mon peuple à la mort. Je ne risquerais pas une guerre ouverte.
Pauvre fou.
- La guerre ouverte est déjà sur vous, rétorqua-t-elle, que vous le vouliez ou non.
- Aux dernières nouvelles, dit-il en la toisant, Theoden, et non Araniel, était le roi du Rohan.
Sous entendu, restez à votre place, femme.
Gandalf soupira.
- Alors quelle est la décision du roi?
Theoden ferma les yeux un instant, puis les rouvrit.
- Nous partons pour le gouffre de Helm.
Quelques minutes plus tard, Araniel suivit un Gandalf furieux dans les écuries.
- Le gouffre de Helm! maugréa l'Istar. Il s'enfuient dans les montagnes alors qu'ils devraient rester et se battre! Qui va les défendre si leur roi ne le fait pas?
Il exagère un peu, là.
Araniel prit la défense de Theoden.
- Il fait seulement ce qu'il pense être bon pour son peuple.
N'est-ce pas ce que sont censés faire les rois?
- Le gouffre de Helm les as sauvé par le passé.
- Il n'y a aucun moyen de sortir de ce ravin, soupira Gandalf. Theoden fonce droit dans un piège. Il pense qu'il les emmène en sécurité mais ça va être un massacre.
Ils arrivèrent devant la stalle de Shadowfax. Le cheval blanc piaffait déjà d'impatience et hennit joyeusement à l'approche du vieux mage.
- Theoden a une volonté de fer mais j'ai peur pour lui. J'ai peur pour la survie du Rohan.
Gandalf entra dans le box et caressa songeusement le cou de Shadowfax.
Puis il se tourna vers la ranger et la regarda dans les yeux.
- Il aura besoin de vous avant la fin, Araniel. Le peuple du Rohan aura besoin de vous.
Comme si le peuple du Gondor ne suffisait pas.
- Leur défenses doivent tenir.
Ça ressemble plus à un ordre implicite qu'à un constat.
Araniel hocha la tête.
- Elles tiendront.
Gandalf enfourcha Shadowfax. Araniel remarqua qu'il montait sans selle, ce qui pour elle relevait de l'exploit.
- Le Gris Pélerin, c'est comme ça qu'ils m'appellent. Depuis trois cent vies d'Homme je parcoure la Terre du Milieu et à présent me manque. Avec de la chance, ma quête ne sera pas vaine. Attendez ma venue à la première lueur du cinquième jour. À l'aube, regardez à l'Est.
Araniel ouvrit la porte de la stalle.
- Allez-y.
Shadowfax se cabra et partit au triple galop, forçant Legolas et Gimli, qui venaient d'entrer, à s'écarter promptement.
Pourquoi ces deux-là arrivent-ils toujours après la bataille?
Araniel saisit une selle posée sur une barrière et se mit en quête d'un monture, Arod ayant été rendu à la famille de son propriétaire décédé. Un hennissement désespéré attira son attention. Deux Hommes essayaient de maintenir un magnifique étalon brun. Le cheval piaffait et se cabrait, tirant sur sa longe.
Araniel posa sa selle et se dirigea vers le cheval devenu sauvage.
- Ce cheval est à moitié fou, ma Dame, protesta un des palefreniers. Il n'y a rien que vous puissiez faire. Laissez-le. Araniel se rapprocha. Elle aimait les chevaux depuis qu'elle avait appris à monter. C'était sur des chevaux elfiques, évidemment, mais ceux du Rohan les valaient bien.
- Fæste, stille nú, fæste, stille nú. Lac is drefed, gefrægon (Reste calme maintenant. Une bataille s'est terminée.), murmura-t-elle.
Elle s'avança lentement vers le cheval jusqu'à pouvoir le toucher. L'étalon se calma peu à peu jusqu'à montrer le blanc de ses yeux. Araniel le caressa doucement entre les naseau et s'empara de la longe.
- Hwæt nemnað ðe? Hm? Hwæt nemnað ðe?" ( Quel est ton nom?)
- Il s'appelle Brego. C'était le cheval de mon cousin.
La ranger se retourna. Eowyn se tenait derrière elle, portant une lourde selle de cuir.
Elle comprends l'elfique?
- Brego? Ðin nama is cynglic. (Brego?Tu as un beau nom.)
Le cheval était tout à fait calme à présent. Eowyn posa sa selle sur une barrière, continuant de les observer.
- Man le trasta, Brego? Man cenich? (Qu'est-ce qui te trouble, Brego? Qu'a tu vu?)
- J'ai entendu parler de la magie des Elfes, mais je ne m'attendais pas à en trouver chez une Ranger du Nord, dit Eowyn. Vous parlez comme l'un des leurs.
- J'ai séjourné à Rivendell...un moment, soupira Araniel.
Pourquoi est-ce toujours si difficile d'en parler?
Elle flatta Brego une dernière fois et tendit la longe au palefrenier.
- Laissez le libre. Il a vu trop de guerre.
Araniel récupéra sa selle et quitta les écuries, sentant le regard d'Eowyn peser sur ses épaules. En sortant, elle croisa le roi Theoden qui la salua d'un signe de tête.
- Vous savez vous y prendre avec les chevaux.
Serait-ce du respect que je vois dans votre regard, Seigneur du Cheval?
Le roi l'observa attentivement.
- Ne nous serions nous pas déjà rencontré par le passé? Votre visage m'est familier.
Grillée.
- J'ai servi sous les ordres de votre père Thengel, soupira-t-elle. Sous une autre identité.
Le visage de Theoden s'éclaira.
- Évidemment. Thorongil...un des Dunedains.
Mon travestissement devait être VRAIMENT mauvais si tout le monde est au courant.
Araniel passa le restant de la journée à se promener dans Edoras, aidant les villageois à se préparer au départ.
Le soir, lorsqu'elle revint à Meduseld, elle tomba sur Eowyn en train de faire des figures avec une épée dans le hall.
Elle est douée.
Araniel sortit sa dague et se glissa derrière elle pour bloquer la lame lorsque la jeune Rohirrim se retourna. Les aciers se heurtèrent dans un claquement sec.
- Vous avez du talent avec une épée, commenta-t-elle.
Eowyn fit tourner sa lame sans prévenir, déviant celle d'Araniel. La ranger se retrouva avec une épée pointée sous la gorge.
- Les femmes de ce pays sont à l'aise avec une lame. Celles qui n'ont pas d'épées meurent par elles.
Comme chez les Dunedains, en somme.
Eowyn remit sa lame au fourreau avec un claquement sec.
- Je ne crains ni la douleur ni la mort.
- Alors que craignez-vous, ma Dame?
- Une cage. Rester derrière des barreaux jusqu'à ce que l'usure et l'âge les acceptent. Et que toutes les chances de prouver sa valeur se soient envolées.
Tout ce que j'ai crains moi-même il y a longtemps.
Araniel secoua la tête.
- Vous êtes fille de Rois. Demoiselle protectrice du Rohan. Je ne crois pas que ce soit votre destin.
Et il viendras plus tôt que tu ne l'imagines.
Eowyn hocha la tête.
Peut-être me suis-je fait une amie.
J'avance super vite^^
vous devez penser que je ne fais que ça de mes journées...
