Exceptionnellement je publie maintenant parce que je ne sais pas si je pourrais terminer cette fic comme je le voulait pour les vacances à cause du Bac. J'ai écrit deux autres chapitres d'avance qui arriveront normalement ce weekend.
Disclaimer: tout est à Tolkien et Jackson (gloire à eux), Sean Bean est ma propriété exclusive.

Araniel sellait Brego à la lumière des torches. Ses yeux étaient fixés sur la route de Dimholt qui semblait encore plus sombre que la nuit qui l'entourait.
- Pourquoi faites vous cela?
Elle se retourna. Eowyn la regardait tristement.

Depuis quand est-elle là?

- La guerre est dans l'Est. Vous ne pouvez partir avant la bataille.
La voix de la jeune femme se fit désespérée.
- Vous ne pouvez abandonner les Hommes.
Araniel soupira et lui fit face. Elle n'avait pas le temps pour une dispute.
- Eowyn…
- Nous avons besoin de vous ici.

Elle ne devrait pas être là.

Eowyn la regardait avec une expression étrange.
Mélange de peur, de fascination et de désespoir. Une expression qu'elle avait déjà vue.
Elladan avait la même lorsqu'il s'étaient séparés. Et Boromir aussi lorsqu'il l'avait embrassée.

Sûrement pas...Oh non. Par Erù, non.

- Pourquoi êtes vous venue, Eowyn? demanda-t-elle tristement.
- Ne le savez vous pas?
La jeune femme était au bord des larmes. Elle tremblait.
Araniel ne savait plus quoi dire. Elle savait qu'une femme pouvait tomber amoureuse d'une autre femme. C'était d'ailleurs assez courant chez les Elfes. Mais elle n'était pas une adepte de ces pratiques et elle n'aurait jamais pensé que ça puisse lui arriver, à elle.
Et Eowyn...presque une enfant encore. Enfermée toute sa vie, condamnée à s'occuper d'un vieillard, courtisée par un sous-fifre répugnant, bloquée dans son rôle de femme, privée trop tôt d'une figure maternelle...

Que connait-elle de l'amour?
Rien.

- Ce n'est qu'une ombre et une illusion que vous aimez. Je ne puis vous donner ce que vous cherchez.
Eowyn fit un pas en arrière. Son visage exprimait un désespoir abyssal.

Je viens de lui briser le coeur.

Elle lui caressa la joue avec hésitation.
- J'ai voulu votre bonheur dès que je vous ai vue.
Araniel se sentait affreusement mal. Et ce qu'elle disait lui vide de sens.
Elle essuya une larme sur la joue d'Eowyn.
- Je sais que vous avez perdu votre mère très jeune. Je sais que c'est difficile. Je sais qu'il y a certains sentiments qui sont difficiles à comprendre. Je vous aime beaucoup, Eowyn.
Elle l'embrassa sur le front.
- Mais pas de cette façon là.

Elle fit tourner bride à Brego et s'éloigna sans se retourner, poursuivie par les sanglots étouffés d'Eowyn.

C'est pour son bien. C'est pour son bien. C'est pour son bien...

Elle entraîna le cheval vers la porte de Dimholt. Brego était réticent, elle le sentait.
Elle aussi, quelque part.
Un toussotement discret la fit se retourner.
- Où croyez-vous que vous allez comme ça?
Gimli le Nain la fixait, poings sur les hanches.

Grillée.

Elle soupira.
- Pas cette fois. Cette fois-ci vous devez rester, Gimli.
- N'avez vous jamais entendu parler de l'entêtement des Nains?

Manquait plus que lui.

Legolas arrivait, amenant Hasufel, harnaché et sellé.
- Vous devriez vous y faire. Nous venons avec vous, jeune fille, dit le Nain d'un ton catégorique.
Araniel sourit.

Évidemment.

Elle ne voulait pas être seule. Plus jamais.
Elle enfourcha Brego et le fit se mettre en marche vers les portes d'un vigoureux coup de talon.
Les Rohirrims murmuraient derrière eux. Ils ne comprenaient pas. Mais elle n'avait pas besoin de leur compréhension. Pas encore du moins.

Elle s'enfonça dans les ténèbres sans jeter de regard en arrière. Il lui sembla qu'elle s'enfonçait dans un long tunnel, oppressant et sans fin, où n'existait plus que les ténèbres, les claquements des sabots des chevaux et le bruit de son propre coeur cognant dans ses oreilles.
Et le lever d'un jour pâle et gris au terme d'une chevauchée qui lui parut interminable ne changea pas cette impression. Le paysage n'était que roches grises déchiquetées et pentes poussiéreuses escarpées. Sans âme qui vive. Pas même un oiseau.
- Quelle genre d'armée voudrait s'enterrer dans un tel endroit? maugréa Gimli.
- Une armée maudite, répondit Legolas en observant les alentours avec méfiance. Il y a longtemps, les Hommes des Montagnes ont prêté serment aux dernier Roi du Gondor, de venir à son aide, de combattre pour lui. Mais quand le temps est venu, quand le Gondor a eu besoin d'eux, ils ont fui, disparaissant dans les ténèbres de la montagne. Alors Isildur les a maudits, les condamnant à ne jamais trouver le repos jusqu'à ce qu'ils aient accompli leur serment.

Et ils l'ont bien mérité, si tu veux mon avis.

L'Elfe baissa la voix. Il y avait de l'écho, et cela augmentait l'impression générale de malaise.
- Qui les rappellera du grand crépuscule? Le peuple oublié. L'héritière de celui à qui ils ont prêté serment.

Autrement dit, moi. Je commence à avoir beaucoup trop de responsabilités.

- Elle viendra du Nord. Le besoin l'amènera. Elle passera la Porte du Chemin des Morts.

Ils s'engagèrent dans une gorge encore plus sombre que le reste du canyon, si c'était possible. L'air sembla se rafraîchir soudainement.
- Toute la chaleur de mon sang semble s'être enfuie, marmonna Gimli.
Araniel plissa les yeux pour percer les ténèbres. Il y avait une porte. Carrée et grossièrement taillée. Un grand trou noir creusé dans la roche. Des dessins grossiers, presques primitifs, étaient gravés sur le bloc de pierre servant de linteau.
- La voie est close, déchiffra lentement Legolas. Elle a été faite par ceux qui sont morts. Et les morts la gardent. La voie est close.

Charmant.

La ranger mit pied à terre, imitée par l'Elfe et le Nain. Elle dégaina Andùril. La lame tinta dans le silence avec un petit bruit glaçant. Le fourreau était encore attaché à la selle de Brego, mais il risquait de la gêner si elle le gardait avec elle. Le cheval renâcla et tira sur ses rênes. Araniel l'entraîna vers la porte. Legolas avait le même problème avec Hasufel qui ruait nerveusement.

Il y eut un souffle d'air froid qui s'exhala de l'ouverture, s'infiltrant sous les vêtements, les glaçant jusqu'aux os.
Brego se cabra, lui arrachant les rênes des mains, et s'enfuit au grand galop le long de la gorge, suivit par son congénère.
- Brego! appela-t-elle en vain.

Crétin de canasson.

Elle se retourna vers la porte, sondant les ténèbres du regard. La peur avait pris place au niveau de son estomac, lovée dans son ventre comme un serpent glacé.
- Je ne crains pas la mort! cracha-t-elle.
Sa voix sonnait faux à ses oreilles, mais cela importait peu. Elle s'élança dans les ténèbres, brandissant Andùril. Ses compagnons hésitèrent un moment avant de la suivre.

La première chose qui la frappa fut le froid. Ensuite vint l'odeur de pourriture et de renfermé. Et les ténèbres. Elle ne voyait rien et avançait totalement à l'aveugle.
Son pied buta contre un objet métallique. Araniel se baissa et tâta le sol. Ses doigts se refermèrent sur un objet longiligne. Elle mit un certain temps à comprendre ce dont il s'agissait.

Une torche.

Coïncidence ou pur hasard? Elle n'aurait su le dire.
Elle chercha frénétiquement son briquet à amadou dans une de ses poches. La lumière qu'elle réussit à obtenir ne parvint pas à la réchauffer. Et le décor ainsi révélé était apocalyptique.
Des os. Des os partout où elle posait les yeux. Par terre, sur les murs, jusque sur le plafond, incrustés dans la pierre. Des crânes empilés dans les niches sur les murs.

Ils étaient des milliers.

La voix de Gimli résonna sourdement derrière elle alors qu'elle avançait dans le couloir.
- Qu'est-ce que c'est? Que voyez-vous?
- Je vois des ombres d'Hommes.
- Où? paniqua le Nain.
Araniel ne voyait que les ténèbres et les ossements.
- De pâles bannières comme des rubans de brume. Des lances se lèvent comme des branches couverte des givre à travers le brouillard.

Comme c'est poétique. D'où sort-il donc tout ça?

- Les Morts nous suivent. Ils ont été appelés.
- Les Morts? Appelés?
La voix du Nain se fit plus aigue.
- Je le savais. Bien. Très bien. Legolaaaaaas!
Un bruit de pas précipité derrière elle indiqua à Araniel que Gimli s'était mis à courir.

La lampe ne servait plus à grand chose dans ces ténèbres si épaisses que l'air semblait se solidifier. Les brumes, par contre, semblaient se multiplier, les encerclant peu à peu.
Araniel réprima une forte envie de s'enfuir en hurlant. Le brouillard prenait parfois la forme de mains squelettiques qui traînaient sur eux, les travesaient parfois avant de s'évaporer.
Gimli se mit à souffler dessus pour les faire disparaître, et Araniel eut grand peine à ne pas éclater d'un rire hystérique.
Quelque chose craqua sous ses semelles. Un craquement sec qui lui retourna l'estomac.

Oh non. Ce n'est pas ça.

- Ne regardez pas en bas, gémit-elle.
Ce que s'empressa de faire Gimli.

Est-ce que les Morts apprécient qu'on leur marche sur la figure? Pas sûr.

Le couloir s'élargissait sensiblement pour déboucher sur une salle immense. Un palais d'os et de pierre sous la montagne. Une nécropole.
- Qui pénètre dans mon domaine?
Une silhouette solitaire, verdâtre et evanescente les attendait.
La...forme portait une couronne encore visible malgré son état de décomposition avancé.
- Quelqu'un à qui vous devez allégeance, répondit-elle en essayant de ne pas laisser transparaître la peur qui lui broyait les entrailles.
- Les Morts ne tolèrent pas que les vivants viennent ici.

Il est assez borné, ce fantôme, en fait.

- Vous me tolérerez, moi, cracha-t-elle.
Le Roi des Morts ne réagit d'abord pas. Puis il rejeta sa tête en arrière et éclata d'un rire froid et rauque.

C'est parce que je suis une femme qu'il se gondole, le macchabée?

Ensuite apparurent les autres. Les milliers de soldats qu'Isildur avait condamnés à l'errance éternelle.
Un par un, verts et décomposés, jusqu'à les encercler totalement.
La voix de leur Roi résonna sinistrement sous les voûtes de pierre, comme une incantation.
- La voie est close. Elle a été faite par ceux qui sont morts. Et les Morts la gardent. La voie est close, psalmodia-t-il. À présent vous devez mourir.

Legolas réagit avec sa célérité habituelle et lâcha une flèche sur lui, qui lui passa au travers et alla se perdre quelque part au milieu des Morts.

Idiot.

Araniel prit une grande inspiration. Elle devait être convaincante. Il le fallait.
- Je vous ai appelés pour que vous accomplissiez votre serment.
- Nul autre que le Roi du Gondor ne peut me commander.
Araniel brandit Andùril. Et le Roi des Morts lui sauta littéralement dessus, l'épée haute.

Je ne sais pas pourquoi, mais je m'y attendait un peu.

Elle intercepta la lame fantômatique dans un grand fracas de métal, la faisant dévier, puis referma sa main sur la gorge du spectre.
C'était comme toucher de la glace. Légèrement gluante.
Elle frissonna de dégoût. Indubitablement, elle sentait de la chair et des os sous ses doigts.

Tu fait moins le malin maintenant.

- La lignée a été brisée, gargouilla l'esprit.
- Elle a été reforgée, dit-elle froidement.
Elle relâcha sa prise sur la gorge du Roi, le repoussant en arrière, résistant à l'envie d'essuyer sa main sur son pantalon.
C'était maintenant que tout se jouait.
- Combattez pour nous et retrouvez votre honneur.
Elle marcha à travers la foule de fantôme, réprimant la nausée qui lui montait à la gorge.
- Que dites-vous?
Les Morts ne disaient rien, mais une sorte de murmure inquiétant montait.
- Que dites-vous? répéta-t-elle plus fort.
- Vous perdez, votre temps, Araniel! siffla Gimli. Ils n'avaient pas d'honneur dans la vie, ils n'en auront pas dans la mort.
- Je suis l'héritière d'Isildur! cria-t-elle. Combattez pour moi, et je considèrerais votre serment comme accompli!
Les Morts se contentèrent de la regarder sans réagir de leurs yeux vides.

Pas étonnant qu'ils aient fui lorsqu'on a eu besoin d'eux.

- Que dites-vous?
Elle essaya de s'inspirer de Theoden pour donner à sa voix les intonations du commandement.
- Vous avez ma parole! Combattez, et je vous libèrerait de votre non-mort!

Les Morts commençaient à s'effacer lentement, un par un, leur Roi en dernier.
- Que dites-vous? cria-t-elle une dernière fois.
- Restez ici bande de traîtres! éructa Gimli.

Ils étaient de nouveau seuls.

Lâches.

Ce fut d'abord une infime vibration. Puis le sol se mit à trembler. Une fissure profonde traversa le plafond d'où s'échappaient des nuages de poussière.
Un crâne grimaçant roula aux pieds d'Araniel, la fixant de ses orbites vides. Puis un autre.

Qu'est-ce que c'est que cette diablerie, encore?

Et puis ce furent soudain des milliers des crânes qui déferlèrent sur eux, manquant de les submerger, alors que le plafond de la salle commençait de s'effondrer.
- On sort! cria Araniel, tentant de se frayer un chemin dans les crânes qui continuaient de s'écouler sans fin des trous des murs.
- Legolas! Courez!

Elle courut dans le noir, droit devant elle, jusqu'au petit carré de lumière qui grandissait au loin. Il lui semblait qu'elle ne l'atteindrait jamais.
Derrière elle, la caverne s'effondra dans un grand fracas de tonnerre et de poussière quand elle jaillit hors de la porte dans la lumière.
Pour voir de grands vaisseaux noirs menaçants remonter lentement la rivière.

J'ai échoué.

Ses genoux ployèrent et elle s'effondra sur le sol, les yeux fixés sur la rivière.

J'ai échoué.

Ses yeux se brouillèrent. La terre était rugueuse et sèche sous ses doigts. Les cailloux se plantaient douloureusement dans ses paumes.

J'ai échoué.

Legolas passa un bras consolateur autour de son épaule. À travers ses yeux noyés des larmes qu'elle s'efforçait de retenir, les navires avançaient de plus en plus vite. Les rives étaient déjà en feu.

J'ai échoué.

Un bourdonnement métallique emplit soudain ses oreilles. Elle se retourna.
Le Roi des Morts traversait le mur de la Montagne.
À la lumière du jour, il semblait encore plus répugnant.
Elle se releva, honteuse de cet instant de faiblesse, et le toisa. Un sourire apparut sur la face du fantôme, étirant sa peau sur son crâne décharné.
- On se battra.

reviews is life.
merci à mes revieweuses, followeuses et favoriteuses (je sais, c'est un barbarisme) comme d'hab'.