Bon, en fait je publie ce soir...vous pouvez reviewer pour les deux chapitres séparément^^
Araniel marchait sur le champ de bataille d'un pas mécanique. Où qu'elle puisse poser les yeux, ce n'était que mort et désolation. L'odeur du sang, de la mort, de la chair brûlée et des Orcs alourdissait l'air, agressant ses narines, accentuant son malaise.
Ça avait été un abominable carnage.
Partout, il n'y avait que des cadavres et des membres éparts, Hommes, Orcs, chevaux, plus ou moins réduits en pièces. Quelques rares survivants hébétés, silhouettes hagardes se découpant en ombres chinoises sur le ciel doré par le crépuscule, parcouraient comme elle le champ de bataille à la recherche d'un être cher.
Le sang collait à ses bottes, souillant l'herbe des champs du Pelennor.
Nous avons gagné. Mais à quel prix?
Il y aurait eu moins de pertes sans les Oliphants, elle en était certaine. De leurs victimes, il ne restait généralement qu'une infâme bouillie dont on avait peine à croire qu'un jour, ça avait été un Homme.
Elle s'approcha en silence du cadavre d'une des immenses bêtes grises. Ses petits yeux malveillants semblaient encore la fixer.
Celui-ci avait été tué par les Morts. Elle était forcée de le reconnaître, l'armée maudite avait été d'une efficacité redoutable. Les navires des pirates d'Umbar avaient été réduits à l'impuissance en un laps de temps terriblement court. Ils n'avaient pas eu une seule chance.
Mais quelle chance a-t-on face à un ennemi immortel que vos coups ne peuvent atteindre?
Aucune.
Les Orcs l'avaient appris à leurs dépends, et l'avaient payé chèrement.
Mais cela ne la soulageait pas de le savoir.
Elle revoyait encore les Morts, en grappes verdâtre, submerger l'Oliphant jusqu'à le faire disparaître, ne laissant qu'un cadavre en se retirant.
Toute puissance est relative. Où est la gloire lorsque le combat est gagné d'avance?
Oh, elle avait combattu. Elle avait combattu bravement, Andùril, cette merveilleuse épée, semblant une extension d'elle-même plus mortelle que toute autre. Mais malgré les Morts, malgré Andùril, malgré la bravoure de Legolas et de Gimli, il était déjà trop tard.
Theoden est mort.
Araniel enfonça ses ongles dans ses paumes jusqu'au sang. Le petit garçon blond sur lequel elle avait veillé autrefois n'était plus.
Elle n'avait pas su le protéger.
Tué par le Roi-Sorcier d'Angmar. Une mort glorieuse. Mais une mort tout de même, et bien que le cadavre du Nazgûl ait été retrouvé, éliminé on ne savait comment par on ne savait qui, la peine n'en était pas diminuée.
Pauvre Eowyn.
Venger un mort ne le ramenait pas à la vie, une difficile vérité qu'elle avait mis des dizaines d'années à accepter.
Les morts sont morts. Quoique, dans certains cas...
L'Armée des Morts au grand complet l'attendait. Elle savait ce qu'elle devait faire à présent mais elle le regrettait. Le Mordor n'était pas vaincu et elle avait désespérément besoin d'Hommes.
Mais elle avait un devoir envers eux à présent que leur serment était accompli.
Le Roi des Morts s'avança vers elle.
- Libérez-nous.
La condition qu'elle avait redouté.
- Mauvaise idée, dit Gimli. Ces types sont très efficaces, si on excepte le fait qu'ils sont morts.
Pas faux.
Les Morts s'agitèrent.
- Vous nous avez donné votre parole.
Araniel prit une grande inspiration et fit un geste d'apaisement.
- Je considère que votre serment est accompli. Partez. Soyez en paix.
C'était une décision difficile, mais elle ne regrettait pas de l'avoir prise.
Le Roi des Morts ferma les yeux. L'expression de paix et de reconnaissance sur son visage décomposé était presque douloureuse. Un soulagement incroyable après des siècles d'attente.
L'armée fantomatique s'effaça doucement, comme emportée par la brise.
Ça ne dura qu'un instant, mais Araniel sentit comme une caresse sur sa joue et un "merci" chuchoté au creux de son oreille.
Le champ de bataille lui parut soudain très vide.
Si peu ont survécu...
Au loin, la Cité Blanche semblait dans un sale état, mais elle avait tenu et c'était ce qui comptait.
Elle apercevait des silhouettes familières marcher entre les cadavres. Un vieillard et un Hobbit. Pippin, sûrement.
Erù soit loué. Ils sont vivants.
Où est Boromir?
- Non!
Eomer.
Le cri de désespoir la fit se retourner. Le prince -non, le Roi- du Rohan courait vers quelque chose qu'elle ne pouvait voir.
- Non!
Elle eut un affreux pressentiment.
- Non!
Eomer berçait contre lui un corps inerte.
Araniel aperçut une longue chevelure blonde.
Eowyn...
Elle revit l'épée sous la selle et le désespoir dans ses yeux.
Qu'ai je fait?
La plainte d'Eomer lui vrilla la tête.
Je l'ai tuée.
La nausée la submergea et elle faillit rendre le contenu de son estomac sur le sol.
Araniel se laissa tomber à genoux près d'Eomer qui continuait de se lamenter.
- Morte, morte, morte...
- Eowyn!
La jeune femme était d'une pâleur de craie, et raide comme une planche. Pourtant elle n'avait aucune blessure apparente.
Ce n'est pas possible.
Araniel approcha la lame de sa dague elfique de la bouche d'Eowyn. Un infime buée se forma sur la surface brillante.
- Elle vit.
Eomer ne semblait pas l'avoir entendue. Il continuait à se lamenter dans la langue du Rohan, se balançant d'avant en arrière.
- Eomer, Eowyn n'est pas morte.
Aucune réaction.
Araniel fit la seule chose à faire et qui avait déjà fait ses preuves. Elle le gifla de toutes ses forces. Le jeune homme la regarda enfin d'un air hébété.
- Votre soeur est vivante, Eomer. Il faut l'emmener aux Maisons de Guérison.
Le Rohirrim se releva péniblement, soulevant sa sœur inconsciente dans ses bras.
Elle n'est pas bien lourde, la pauvre.
- Gandalf! appela Araniel.
Le vieil Istar semblait épuisé, mais se dirigea néanmoins vers elle en s'appuyant sur son bâton.
- Je suis heureux de vous revoir, Araniel. Bien que les circonstances soient dramatiques.
- Où est Pippin?
- Il cherche Meriadoc. Ce crétin de Brandybuck a trouvé le moyen de se battre quand même.
Gandalf passa sa main sur le front d'Eowyn.
- Quelle folie, soupira-t-il.
- Que lui est-il arrivé?
- Vous avez dans vos bras celle qui a vaincu le Roi-Sorcier d'Angmar, et l'a chèrement payé.
Aucun Homme vivant ne peux tuer le Roi Sorcier d'Angmar. Mais Eowyn n'est pas un Homme.
- Emmenez-la aux Maisons de Guérison, Eomer.
Le Rohirrim acquiesça et chargea sa sœur sur le premier cheval qui passa à sa portée.
Gandalf contempla longuement Araniel.
- Ainsi, vous avez réussi à rallier les Morts. Je n'ai pas douté de vous un instant, mon amie.
- Votre propre mission a été également couronnée de succès.
L'expression de Gandalf s'assombrit.
- Succès, succès...Je ne sais pas si on peut appeler ce gâchis un succès, marmonna-t-il.
Une remontée acide laboura l'estomac d'Araniel.
Ce gâchis?
- Que s'est-il passé? demanda-t-elle avec difficulté, redoutant ce qu'il allait lui apprendre.
- Denethor est mort.
Araniel fut prise d'un doute subit.
- Vous n'avez quand même pas...
- Non, soupira Gandalf. Il était fou, Araniel. Il avait un Palantir, il avait vu les plans de Sauron.
Denethor.
Un Palantir.
Sauron.
- Le Palantir de Minas Tirith?
La question était stupide. Il ne pouvait s'agir que de celui-là puisque les autres étaient soit détruits, soit perdus.
- Denethor s'est suicidé après avoir tenté de tuer ses deux fils pour les soustraire à l'horreur qui les attendait si la Cité Blanche tombait.
Mais Araniel n'écoutait déjà plus.
Boromir. Il a voulu tuer Boromir.
- Ils...ils vont bien?
- Ils sont aux Maisons de Guérison. Il semblerait que le don que vous aviez fait à Boromir lui ait porté chance.
L'Evenstar.
Araniel pinça les lèvres.
Quel père est assez dénaturé pour vouloir la mort de ses propres enfants?
C'était triste à dire, mais la mort de Denethor arrangeait les affaires de beaucoup de monde. D'autant que, logiquement, c'était son fils aîné qui héritait de son rôle d'Intendant du Gondor.
- Vous devriez vous rendre aux Maisons de Guérison, conseilla Gandalf. Vous êtes épuisée, et la Dame Eowyn a besoin de vos services.
Araniel se sentait effectivement fourbue, et le bras qui maniait Andùril la lançait terriblement.
- Les mains de la Reine sont celles d'une guérisseuse.
Je connais le proverbe, Gandalf.
Les Maisons de Guérison étaient un immense bâtiment situé au cœur de la cité. Et il était bondé.
Araniel slaloma adroitement entre les litières occupées par des blessés plus ou moins graves, pour atteindre Eomer, qu'elle avait repéré à sa chevelure blonde caractéristique. Le jeune Roi du Rohan veillait sa soeur, étendue sur un matelas.
- Comment va-t-elle?
- Mal, répondit laconiquement Eomer, faisant de son mieux pour rester impassible.
Je vois ça, merci.
Le bras d'Eowyn, dénudé jusqu'à l'épaule, était couvert de zébrures noirâtres.
- Apportez-moi de l'athelas, ordonna-t-elle à la première guérisseuse qui passa à sa portée.
- Et aussi de l'eau et des linges propres, ajouta-t-elle après réflexion.
Eomer la regarda frictionner le bras d'Eowyn et baigner son front sans rien dire. Certains moments se passaient de commentaires de toute façon.
Au bout d'un moment, la peau de la jeune femme se réchauffa sensiblement, et sa respiration redevint perceptible.
- Elle vivra, murmura Araniel. Transportez la ailleurs que dans les salles communes. Elle sera mieux.
La ranger se leva. Elle se sentait fourbue et courbaturée. La douleur dans son bas ventre semblait néanmoins se tarir en même temps que le flux de sang et c'était plutôt une bonne nouvelle.
Gandalf arrivait, portant un Merry inconscient dans ses bras, suivi par un Pippin qui peinait à suivre ses grandes enjambées.
- Gandalf, savez-vous où je pourrais trouver l'Intendant Boromir? demanda-t-elle d'un ton neutre.
Je dois savoir s'il va bien. C'est la moindre des choses.
L'Istar lui jeta un regard de biais en déposant Merry sur une couchette.
- Il doit être avec son frère. Appartements privés du deuxième étage. Le jeune Faramir est dans un sale état.
Araniel remercia le mage d'un hochement de tête et se dirigea vers les escaliers.
- Araniel?
Le ton de Gandalf l'arrêta net. Elle se retourna.
- Oui?
- Ils sont tous les deux très choqués par ce qui s'est passé, surtout Faramir. Ne les brusquez pas et soyez plus diplomate que vous ne l'êtes à l'ordinaire.
Cela ressemblait presque à un ordre.
La ranger soupira, mais ne fit pas de commentaire.
Diplomate? Parce que Môssieur Boromir est diplomate avec moi, lui?
L'escalier provoquait de douloureux tiraillements dans ses cuisses. Elle dut reprendre son souffle en haut des marches.
Ensuite j'irais m'allonger.
Elle suivit le couloir jusqu'à entendre des voix. Dont une familière.
Boromir.
L'autre voix lui ressemblait un peu. En moins grave peut-être.
Donc c'est Faramir.
Araniel essaya d'imaginer à quoi il ressemblait à partir de sa voix.
Il est plus petit et plus fin que Boromir, et il doit ressembler à Finduilas encore plus que lui. Et vu ses intonations, ils ont le même nez.
La voix de Faramir était doucement moqueuse.
- Ainsi donc, mon frère, le célibataire le plus en vue de Minas Tirith, a trouvé la dame de ses pensées. Qui l'eut cru, hein?
Araniel tendit l'oreille. Elle n'aimait pas les ragots d'ordinaire, mais l'occasion était trop belle.
- Je ne l'aurais pas cru moi-même.
- Elle doit être vraiment exceptionnelle.
- Araniel est une femme extraordinaire.
C'est de moi qu'il parle, là?
La ranger se plaqua contre le mur.
- Et de sang royal, Boromir, si j'ai bien compris.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
Araniel se raidit.
- Elle prétend au trône, tu es l'Intendant...
- Elle pourrait être une fille de ferme du Rohan que ça ne changerait rien à ce que j'éprouve, le coupa Boromir.
Il fit une pause.
- Je l'aime. C'est aussi simple que ça. Même s'il m'a fallut presque mourir pour l'accepter.
Boromir...
Araniel eut envie de pleurer, même si l'aveux ne la surprenait pas vraiment.
- Comment ça, mourir?
La voix de Faramir était teintée d'inquiétude.
Il ne l'a pas mis au courant?
- J'ai vraiment cru que c'était fini. J'avais abandonné. J'avais cessé de me battre. Et puis je l'ai entendu m'appeler. Elle pleurait, Faramir.
- Soit.
Le ton du jeune Homme était sceptique.
- La question est de savoir si elle t'aime en retour.
Elle entendit Boromir soupirer et se lever.
- Je ne sais pas. Elle est si...déroutante. On croit la connaître et puis un jour on découvre un aspect d'elle qui remet en cause tous les autres.
- Elle ne t'aurait pas offert ce bijou si elle ne tenait pas à toi.
- Il y a quelqu'un d'autre, qui est comme un fantôme entre nous deux.
- Il est mort?
- Non. Parti pour les Terres Immortelles. C'était un Elfe.
- Rude concurrence, commenta nonchalamment Faramir.
Araniel se laissa glisser le long du mur sur le sol. Elle n'aurait pas dû écouter la conversation, elle le savait. Mais à présent...
- Elle l'aime encore et elle l'aimera toujours. Même si un jour elle éprouve des sentiments pour moi, il y aura toujours une partie de son cœur que je n'aurais jamais.
Pourquoi est-ce que cela fait si mal?
- Mais je peux attendre qu'elle soit prête. Pendant trente ans s'il le faut.
- Dans trente ans, tu seras un vieillard.
Les deux frères pouffèrent.
- Père ne t'aurais jamais laissé l'épouser ou même la fréquenter. Il n'avait rien dit quand tu flirtais avec les dames de la cour, mais elle, il l'aurait probablement fait éliminer. Tu le sais, n'est-ce pas?
Dans l'ombre, Araniel sourit ironiquement.
Oui. Effectivement.
- Parce que tu crois que je lui aurais demandé son avis?
Boromir avait son ton sarcastique habituel lorsqu'il parlait de son père.
- De toute façon, il n'est plus là pour me dire ce que je dois faire.
Elle entendit quelqu'un se lever et marcher dans la pièce. Faramir, à en juger par la légèreté du pas.
- Il a essayé de nous brûler vifs après t'avoir envoyé à la mort et m'avoir fait avaler une saloperie de drogue, Faramir. Tu peux le plaindre et le regretter si tu veux, mais je ne le ferais pas.
Faramir ne répondit pas.
- Il n'aimait véritablement aucun de nous deux. Toi, tu étais le souffre-douleur et moi j'étais le trophée. La seule chose qui comptait pour lui, c'était son pouvoir, cracha Boromir.
Les deux frères se turent un moment.
Araniel sentait que ses joues étaient humides.
Je ne fais que détruire ce que j'approche.
- Tu devrais lui parler, Boromir. Qu'est-ce que tu as à perdre?
- Tout.
- Deviendrais-tu sentimental, mon frère?
Araniel entendit Boromir rire et quelque chose claquer, suivit d'un cri de douleur et d'un chapelet d'insultes assez
colorées. Il venait visiblement d'envoyer une grande claque dans le dos de son frère.
- Reposes-toi, petit frère. Je pense qu'ils ont besoin de moi en bas, dit-il.
- Mouais, fit Faramir, guère convaincu. Tu veux surtout aller voir si ta ranger a survécu à la bataille.
- Silence, petit morveux. Si tu te relèves, je t'attache à ton lit.
J'aurais bien aimé avoir un petit frère, avec qui tout partager.
Elle avait eu Halbarad. Mais elle ne savait pas qui, d'elle ou de lui, avait gâché leur relation.
La menace sembla faire son effet et un matelas grinça dans la chambre.
- Je ne me bat plus seulement pour le Gondor, Faramir. Je me bat aussi pour elle.
Des pas lourds se firent entendre. Araniel s'affola. Il allait sortir. Elle se releva d'un bond et couru le plus silencieusement possible jusqu'à l'embrasure épaisse d'une porte et se plaqua derrière.
Elle entendit une porte s'ouvrir, puis se fermer et pria les Valars pour qu'il ne se dirige pas vers elle.
Prière exaucée car les pas de Boromir décrurent lentement dans la direction opposée, et elle l'entendit descendre les escaliers.
Ses jambes cédèrent sous son poids et elle s'affala par terre. Il lui fallut un certain temps pour s'apercevoir qu'elle pleurait.
Sur elle-même, sur sa faiblesse, sur sa lâcheté, sur Boromir, sur les morts, sur les vivants, sur les blessés, sur la Cité, elle ne savait pas sur quoi d'autre encore.
Je l'aime.
Estel avait aimé Elladan. Un songe. Une illusion dans laquelle elle s'était perdue.
Thorongil n'aimait personne, et Strider l'avait suivi, peut-être par lâcheté inconsciente.
Araniel, la vraie, celle qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, aimait Boromir.
C'était aussi simple que ça.
Mais elle n'avait pas su le comprendre, et elle était en train de le payer.
Je vais le perdre. Comme Halbarad, comme Elladan, comme tous les autres.
