Je n'y crois pas.
J'ai fini cette histoire, commencée il y a quoi...sept mois? Parfois, je m'épate moi-même.
Merci à toutes celles et ceux qui m'ont suivi, soutenue, qui ont laissé des reviews^^
Je vous aime.
J'écrirais des annexes que je publierais en histoire séparées, parce que j'aime trop Araniel et Boromir pour en rester là.
J'ai mis une sorte de disclaimer en ligne, pour que vous puissiez souscrire si ça vous intéresse.
L'histoire s'appelle La Reine et L'Intendant: Les Annexes.
Araniel fixait l'horizon avec anxiété. Le soleil se couchait sur les montagnes, et il était rouge.
Elle n'aimait pas ça.
Legolas avait dit un jour, alors que le ciel se teintait de la même couleur si particulière, que du sang avait coulé à flot. Mais c'était l'aube. Pas le matin.
Araniel n'était pas superstitieuse, et ce que pensait Legolas Greenleaf ne l'affectait aucunement en temps normal.
Pourtant, une boule d'angoisse avait insidieusement pris place, lovée comme un chat dans ses entrailles, et, s'y sentant apparemment très bien, y traînait depuis des jours et des jours.
Plus exactement depuis que la nouvelle d'un énième soulèvement du Harad était parvenu à Minas Tirith.
En soi, ce n'était pas forcément quelque chose d'inhabituel. Après la chute de Sauron, ses alliés avaient résisté quelque temps, surtout ceux de la race des Hommes, et elle avait dû à maintes reprises mener la répression. Les Haradrims, peuple tribal par excellence, étant incapables de se fédérer, n'étaient plus considérés comme une menace sérieuse depuis longtemps.
Cette fois-ci n'était pas différente des autres.
Sauf que cette fois-ci, et pour la première fois de sa (longue) vie, Araniel n'était pas sur le champ de bataille. Mais son époux et son fils aîné, si.
Ses ongles se plantèrent dans sa paume jusqu'au sang et elle se mordit la lèvre.
Je devrais être avec eux. Ce n'est pas juste.
Elle était la reine.
Mais à cet instant, elle regrettait de ne plus être Strider la ranger. Personne n'aurait empêché Strider d'aller se battre.
Elle se sentait inutile. Impuissante.
Pour la première fois de sa vie, elle ne pouvait protèger physiquement ceux qu'elle aimait. Et cela la terrifiait.
- Tout ira bien, avait assuré Boromir au moment du départ.
Elle avait failli éclater en sanglots devant toute la cour. Mais elle était la reine. Elle devait être d'acier.
Pour la première fois, elle comprenait ces femmes qui voyaient partir leur frère, amant, mari, sans savoir si elles allaient le revoir un jour.
Ça, et le manque.
Pour la première fois depuis des années, elle s'endormait et se réveillait dans un lit vide et froid. Avant, elle aurait trouvé cela normal. Strider s'en serait définitivement accommodée.
Avant.
Elle n'était plus Strider.
Lors des autres campagnes contre les Haradrims, lorsqu'ils dormaient sous une tente de fortune, Boromir avait été là, la serrant contre lui, essayant de ne pas tomber de l'étroit lit de camp.
Mais aujourd'hui, il n'était pas là.
Le premier jour, elle avait enroulé les couvertures autour d'elle en imaginant que c'était l'étreinte des bras de Boromir.
Le deuxième jour, elle n'avait pas dormi de la nuit.
Le troisième jour, elle avait sangloté nerveusement une partie de la soirée, l'oreiller de son mari plaqué sur la figure.
Elle avait l'impression de se ramollir. Elle était reine et elle devait être forte, mais elle était aussi une femme et détestait s'en rendre compte.
Le quatrième jour, son fils cadet était venu la rejoindre dans son lit parce que son père lui manquait et elle l'avait serré contre elle toute la nuit.
Son petit Ardamir qui s'accrochait nerveusement à ses jupes à cet instant, le regard fixé sur l'Anduin qui serpentait au loin. Elle lui caressa doucement les cheveux. Il les avait ondulés, comme elle, mais il tenait leur teinte dorée de son père.
Le garçon leva vers elle de grands yeux verts innocents.
- Ils reviennent bientôt, Mère?
Araniel attira son fils contre elle sans répondre. Elle détestait ce genre de question.
Comment expliquer à un gosse de sept ans tout juste que son père ou son frère aîné pourrait ne jamais revenir?
Les nouvelles arrivaient difficilement du Harad.
Et ça la tuait de ne pas savoir.
Comme elle savait qu'en Ithilien, Eowyn devait se ronger les sangs de savoir son époux parti. Au moins, elle avait pu garder auprès d'elle son fils Elboron, trop jeune, avec ses seize ans, pour prendre part au combat. Mais son fils à elle avait vingt ans et était le prince héritier du Gondor.
Et c'était pour cette raison qu'elle se trouvait ici, à se morfondre à Minas Tirith, alors qu'il combattait à sa place.
Un froissement de soie derrière elle lui apprit que Finduilas venait de les rejoindre.
- Ta soeur n'est pas avec toi? s'enquit-elle.
Sa fille aînée fronça son petit nez délicat et émit un reniflement dédaigneux.
- Sûrement aux écuries, en train de se rouler dans le crottin avec les valets.
Araniel réprima un sourire. L'indignation de sa fille aînée était flagrante. Mais il était de notoriété publique que les deux soeurs étaient comme chien et chat, et ce, depuis qu'elles étaient en âge d marcher.
Gilraen et Finduilas étaient nées en même temps et étaient pourtant aussi dissemblables que possible.
Finduilas était blonde aux yeux verts, comme son père, délicate de traits et de manières. Aussi belle que sa mère, disait souvent Boromir, et Araniel avait beau lui dire chaque fois que non, elle n'était pas belle, elle le disait chaque fois avec de moins en moins de conviction. À la longue, elle finissait par y croire.
Gilraen, par contre, lui ressemblait plus que tous ses autres enfants. Elle était brune et était la seule à avoir hérité de ses yeux, bleus tirant sur le gris. Et de son caractère. Là où sa soeur aimait la musique, les travaux d'aiguille, les robes somptueuses et ne rêvait de rien d'autre que du prince charmant qui viendrait l'enlever sur son blanc canasson, comme disait Boromir non sans ironie, Gilraen n'aimait rien tant que courir, monter à cheval, et rosser les garçons d'écurie à coup d'épée de bois. Se montrer crottée et les vêtements déchirés ne la gênait absolument pas.
Quand au fameux prince charmant, à tout juste seize ans, Gilraen ne voulait pas en entendre parler, et Araniel était bien incapable de l'en blâmer. Après tout, elle-même avait attendu près de quatre-vingt dix ans pour trouver le sien.
- Cela doit cesser, Mère, piailla Finduilas. Elle se comporte comme la dernière des souillons! Hier, elle a même...
- Il suffit, Finduilas, l'interrompit-elle d'un ton sévère.
Sa fille se renfrogna, mais n'ajouta rien de plus.
Araniel reporta son attention sur l'horizon.
Cela faisait un mois. Elle avait compté les jours.
Elle se demanda soudain comment ses enfants réagiraient si leur père mourrait.
Mal, certainement.
Boromir avait mis un point d'honneur à ne pas reproduire le comportement de son père avec ses enfants, quitte à les gâter un peu trop. Il ne se passait pas un jour sans qu'il leur consacre du temps.
Ils partageait avec eux une complicité qu'Araniel enviait. Parfois, la reine prenait le pas sur la mère ou l'épouse, et bien qu'elle déteste cela, elle ne pouvait y changer grand chose.
Elle ressera son étreinte sur Ardamir. Jamais, jamais elle ne laisserait ses enfants seuls.
Elle avait grandi sans père et presque sans mère, et elle en avait souffert.
Elle serait toujours là pour eux. Quoi qu'il arrive.
Mais à présent, tout ce dont elle était capable de faire, c'était de regarder l'horizon, et de prier silencieusement tout les dieux qu'elle connaissait.
Dans une telle situation, Estel serait aller se réfugier dans les bras de son Ada. Mais Elrond n'était plus là, pas plus que Gandalf ou dame Galadriel. Un bateau les avait attendu aux Havres Gris, et avait largué les amarres, emportant avec eux trois Anneaux de pouvoirs et deux Hobbits. Frodo et Bilbo n'avaient jamais véritablement guéri de l'emprise de l'Unique.
Même après toutes ces années, il lui arrivait de serrer les poings en maudissant Sauron pour ces deux existences gâchées.
- Mère, qu'est-ce que c'est?
Ardamir tendait un doigt encore un peu potelé vers un point précis. Quelque chose miroitait au loin. Le reflet du soleil sur du métal. Et puis elle l'entendit, rebondissant haut et clair sur les montagnes, porté par les vents.
Le cor du Gondor.
- Ça, trésor, dit-elle, c'est ton père.
Elle respirait mieux, tout d'un coup.
Ce soir, elle dormirait à nouveau dans les bras de l'homme qu'elle aimait. E
lle ceignit en hâte sa couronne et boucla le fourreau d'Andùril autour de sa taille. Tout compte fait, l'épée se mariait très bien avec une robe. Tout dépendait de laquelle, évidemment, mais elle s'était habituée à en porter. Ce n'était pas si mal, finalement.
Elle s'observa un moment dans le miroir. Elle vieillissait. Lentement, presque imperceptiblement, mais le fait était là, et elle en avait de plus en plus conscience au fil des ans. Une unique mèche blanche qui s'élagissait d'années en années tranchait sur sa chevelure sombre qui lui tombait désormais au bas des reins. Des rides imperceptibles s'étaient creusées aux coins de ses yeux. Les maternités successives avaient épaissi sa silhouette. Elle restait svelte, mais commençait à avoir quelques rondeurs au niveau des hanches et de la poitrine dont elle ne savait pas si elle devait se réjouir ou pas. Mais Boromir semblait apprécier, allez savoir pourquoi.
Elle soupira.
Ça aurait pu être pire.
Il fallut aux cavaliers encore une heure pour atteindre la Cité Blanche. Et le soulagement d'Araniel ne fut jamais plus intense que lorsque le fracas des sabots des chevaux résonnèrent sur les pavés de la cour.
À la tête de la colonne, deux silhouettes familières.
Son coeur faillit s'arrêter de battre. Boromir avait un bras en écharpe. Le tissu blanc était tâché de sang.
Elle faillit se mettre à hurler. Ce n'était probablement rien.
N'est-ce pas?
Son fils semblait sain et sauf. C'était déjà ça. Il avait beau avoir vingt ans, elle continuait à le voir comme le petit garçon turbulent qu'il avait été il n'y avait pas si longtemps que ça.
Vingt ans. Déjà.
Il lui avait semblé juste de le nommer d'après son frère qui n'avait jamais vécu. Aragorn était aussi brun de peau et de cheveux qu'elle, mais ses traits et sa stature étaient ceux de son père qu'il dépassait même d'un pouce ou deux. Et il avait ses yeux. Des yeux verts clairs aux reflets gris selon la lumière.
Elle avait voulu qu'il ait ces yeux. Elle avait prié pour ça. Les Valars l'avaient exaucée au delà de ses espérances.
Le porter avait été de loin l'épreuve la plus difficile de sa vie (après le ragoût d'Eowyn, et encore, elle n'en était pas sûre).
Elle avait eu peur. Une peur viscérale. Ancienne.
Le sentir remuer, donner des coups à l'intérieur d'elle n'avait rien arrangé, le mettre au monde encore moins.
Elle avait entendu suffisamment de femmes prétendre que l'accouchement était la pire douleur qu'on puisse éprouver, et elle leur donnait finalement raison.
Mais ensuite...ensuite elle avait eu son fils dans ses bras, et elle ne se rappelait pas d'avoir vu quelque chose d'aussi magnifique de toute sa vie.
Sauf peut-être le jeune homme qui sautait à bas de sa monture à cet instant.
- Mère, s'inclina-t-il respectueusement.
Il avait une légère estafilade sur l'arcade sourcilière, son armure était tachée de sang et de boue, et surtout...
- Tu as de la barbe, observa-t-elle.
Il sourit et frotta sa mâchoire hérissée d'un léger chaume noir.
- Pas autant que Père, mais ça viendra.
Il ne sera plus jamais mon petit garçon.
Son coeur se serra à cette pensée.
Boromir mit pied à terre à son tour. La seul chose qu'elle voyait, pour l'instant, c'était son bras bandé, et même si ce n'était sans doute pas bien grave, elle luttait contre l'envie de la prendre à bras le corps, de le traîner aux Maisons de Guérison, de le fourrer au lit et de l'y maintenir jusqu'à cicatrisation complète.
Même s'il ne se laisserait probablement pas faire.
Il lui prit la main, lui embrassa galamment les phalanges.
- Ma Reine.
Elle l'attira contre elle, sans égard pour sa robe coûteuse frottant contre l'armure souillée de crasse et de sang.
- Tu m'as manqué, mon amour, murmura-t-elle.
- Pas autant que tu m'as manqué, toi, dit-il en déposant un baiser léger sur ses lèvres.
- Prenez une chambre, fit Aragorn, une expression dégoûtée sur le visage.
Boromir rit.
Pendant un instant, il redevint le jeune homme qu'il y avait été il y avait des années de cela.
Araniel avait peine à croire en le voyant qu'il venait de dépasser la soixantaine.
Boromir était à cet âge où l'on est plus un jeune homme et pas encore un vieillard, mais cela ne lui seyait pas mal. Des fils argentés parsemaient désormais les cheveux et la barbe autrefois couleur d'or roux, mais il était aussi musclé, svelte et droit que vingt ans plus tôt. Il s'émaçiait avec l'âge là où certains avaient tendance à s'empâter. Ses traits s'étaient acérés et un pli s'était creusé entre ses deux sourcils. Il en plaisantait souvent d'ailleurs, prétendant que cela lui donnait un air aussi vénérable que Gandalf. Le sourire était toujours le même, et la fossette au creux de sa joue s'était accentuée avec le temps.
Araniel resta à le regarder rire, entouré de ses enfants, se disant qu'elle pourrait rester comme cela jusqu'à la fin des temps, sachant pertinemment qu'il n'en serait pas toujours ainsi.
La pensée restait en permanence à l'arrière de son esprit, avec toujours la question.
Combien de temps encore?
Elle le regarda rire pendant encore de nombreuses années.
Pas assez à son goût, cependant.
Tout a une fin.
Un matin de sa cent cinquante quatrième année, Boromir ne se leva pas.
Et elle su que le moment était arrivé.
Araniel avait eu une vie entière pour s'y préparer. Mais à cet instant précis, et elle l'avait craint pendant toutes ces années, elle était incapable de le laisser partir.
Elle ne pouvait pas.
Plus.
- Alors, nous y sommes, pas vrai? murmura-t-il dans un filet de voix, sa main osseuse serrée dans la sienne.
- Non, s'étrangla-t-elle, non, non...
Ce n'était pas juste. Ça ne le serait jamais.
Boromir se redressa un peu et agrippa sa manche.
- Tu m'as déjà arraché à la mort une fois. Une deuxième fois serait une fois de trop, murmura-t-il. Laisse moi m'en aller.
- Ne me laisses pas, supplia-t-elle. Ne me laisses pas toute seule.
Il eut une ombre de sourire.
- Tu as déjà passé quatre-vingt-sept ans de ta vie sans moi. Ce ne sera pas si difficile.
Elle ne savait que répondre à cela. Elle aurait pu dire que c'était faux, qu'elle avait eu Elladan, mais Elladan n'avait jamais vraiment été là. Boromir, si.
Les yeux de son mari se fixèrent sur la fenêtre, par laquelle on apercevait une partie de la cité. Le soleil se levait à l'ouest.
- Il y a encore tant à faire, murmura-t-il. Que n'ai-je pas deux vies pour cela...
Elle lui caressa les cheveux, ses cheveux qu'elle avait lentement vus devenir d'une blancheur d'ossement. Il y avait encore du noir dans ses cheveux à elle.
- Tu savais que ce jour arriverais et je le savais aussi. Tu savais que nous ne vieillirions pas ensemble, Araniel. Malgré cela tu as accepté de passer ta vie avec moi.
Il ferma les yeux et sourit. Ce sourire qu'elle aimait tant, mais qui n'arrivais plus à la réconforter.
- Je n'en demandais pas tant.
- Prévenez mes fils, ordonna-t-elle, vaincue. Et les princesses. Dites-leur...dites-leur que leur père se meurt.
Araniel voulait empêcher sa voix de trembler mais n'y parvenait pas.
Elle se sentait aussi seule et démunie que lorsqu'elle n'était que Strider.
Boromir frissonna soudain. Elle se souvint qu'il détestait le froid et se leva pour fermer la fenêtre.
- Tu chantais, ce jour-là, dit-il soudain.
Elle le regarda dans les yeux. Les iris verts étaient perdus dans le vague.
Amon Hen. Encore.
- Une chanson triste...tu ne chantes pas souvent, Araniel.
Non, elle ne chantait pas. Elle n'aimait pas chanter. Oh, une berceuse par ci par là pour ses enfants, ça, elle l'avait fait, mais pas plus.
- Tu voudrais bien la chanter une dernière fois?
Sa gorge lui faisait mal. Elle ne voulait pas chanter, non. Elle voulait hurler. Hurler qu'elle avait mal.
Mais ça ne changera pas grand chose, n'est-ce pas?
Elle se rassit et lui caressa doucement le visage. Il lui sembla que la peau refroidissait à une vitesse désespérante sous ses doigts.
- Tu m'attendras? demanda-t-elle.
Il grimaça.
- Mandos peut bien attendre un peu. Mais ne me rejoins pas trop vite. Les enfants ont besoin de toi.
Il s'en allait. Il s'en allait là où elle ne pouvait le suivre, et elle ne pouvait le retenir.
Elle commença à chanter. Sa voix était grêle mais s'affermit au fur et à mesure que Boromir souriait, les yeux fermés.
- E môr henion i dhu:
Ely siriar, êl síla
Ai! Aníron Undómiel...
Elle le berçait comme elle avait bercé ses enfants, comme il l'avait bercée elle, sachant que plus jamais il ne la prendrait dans ses bras.
Jamais. Du moins, dans ce monde-ci.
Ça lui paraissait désormais le pire des mots.
- Tiriel arad 'ala môr
minnon i dhû-sad oltha
Ai! Aníron Edhelharn...
Les larmes se mirent à couler silencieusement sans qu'elle puisse les arrêter, et elle sentit à peine lorsqu'il les chassa d'une main faible.
Il n'aimait pas la voir pleurer, elle le savait.
Elle chantait.
- Alae! Ir êl od elín!
I 'lir uin el luitha guren.
Ai! Aníron Undómiel...
Elle ne vit pas ses enfants entrer dans la pièce. Elle ne vit pas les larmes de ses filles, les visages graves et bouleversé de ses deux fils.
Elle ne voyait plus rien.
Elle était de nouveau à Amon Hen et il y avait du sang sur ses mains et sur ses vêtements. Mais elle ne pouvait pas le sauver, cette fois.
- I lacha en naur e-chun
Síla, éria, brónia.
Ai! Aníron Edhelharn.
Elle laissa la dernière note s'éteindre doucement.
Boromir avait cessé de respirer.
Araniel resta un moment hébétée. Elle avait l'impression qu'un gouffre s'était ouvert dans sa poitrine. Elle regarda les yeux verts une dernière fois. Pour se souvenir. Puis, doucement, elle les ferma du plat de la main.
Ce fut la Reine qui se redressa et essuya rageusement ses larmes.
Elessarì.
Pas Araniel. Araniel était morte.
Minas Tirith se drapa de noir.
La Reine resta longtemps devant la tombe de Boromir, même lorsqu'elle se retrouva seule, le vent claquant dans ses voiles noirs de veuve, la glaçant jusqu'aux os.
Veuve. Quel horrible mot.
C'était une tombe de marbre blanc orné d'un gisant qu'elle n'arrivait pas à trouver ressemblant à l'original. L'original était unique.
Elle se sentait si vide...
Vide et vieille, une vieille femme dont le temps n'était pas encore venu. Une vieille femme qui désormais ne porterait plus que du noir, elle le savait.
Elle caressa la joue de pierre glacée une dernière fois, avant de quitte la crypte des rois.
- Namarië, melleth nîn, murmura-t-elle.
Au revoir, mon amour.
Sur la poitrine de pierre froide du gisant reposait l'Evenstar.
Elessarì n'espérait plus que le temps passe très vite. Elle n'avait plus qu'à attendre.
Elle ne pouvait pas le rejoindre. Pas encore.
Elle attendit plus de cinquante années.
Le temps de voir le Gondor prospérer au delà de ses espérances, de voir son fils épouser la princesse Theodwyn de Rohan, de voir ses filles se marier également, de voir ses petits enfants. De voir Aragorn devenir un roi, sage et capable, se retirant peu à peu des affaires du royaume pour lui laisser la régence.
Un soir de décembre, en se regardant dans son miroir, en voyant ses cheveux blancs, et les rides qui lui sillonnaient la figure, elle sentit enfin qu'il était temps de partir.
De la ranger de jadis ne restaient que les yeux. Mais la ranger avait désormais plus de deux siècles. Et c'était beaucoup trop.
Elle savait qu'elle avait été une bonne reine.
Il ne restait quasiment personne de ceux qui avaient été ses amis du Second Âge de la Terre du Milieu. Seuls subsistaient Haldir, Legolas et Gimli, qui prendraient bientôt le dernier navire pour les Terres Immortelles.
Faramir, Eowyn, Merry, Pippin, Sam, Eomer, Lothiriel...
Boromir.
Sa tâche était achevée.
Il était temps de les rejoindre.
Elle se coucha pour ne plus se relever.
Strider n'aurait jamais pensé mourir dans son lit entourée de ses enfants et petits enfants. Plutôt sur un champ de bataille, l'épée à la main.
Elle fit demander Andúril et referma ses doigts sur le pommeau.
Le contact froid du métal et du cuir sur sa peau la réconforta quelque peu.
Elle n'aurait jamais dû poser l'épée.
Ils pleuraient tous? Pourquoi? Ça lui semblait si absurde à présent...
Elle aurait pu vivre encore un certain temps, elle le savait, et elle savait aussi que ses enfants en avaient conscience et lui en voudrait certainement un peu. Mais elle ne tenait pas à finir totalement décrépie et à moitié folle, dans la déchéance physique et mentale la plus totale.
Elle en avait assez.
Aragorn était plus que prêt.
Elle voulait revoir Boromir.
Elle était presque heureuse de partir.
Et puis, elle était si fatiguée...
Elle fit ses adieux à ses enfants, gravant chacun de leurs visages dans son esprit. Puis elle ferma les yeux et ne les rouvrit pas.
Aragorn prit la couronne du Gondor et s'en ceignit le front.
- La Reine est morte, longue vie au Roi.
Araniel Elessarí, héritière d'Isildur, Pierre Elfique de la maison d'Elendil, Dame des Dunedaíns et Reine du Gondor s'en était allée.
Autre temps, autre lieu...
Elle est jeune à nouveau.
Elle se sent bien.
La lumière du jour n'a jamais été aussi belle.
Elle porte ses vieux vêtements de ranger.
Andúril, vieille amie si fidèle, pend à son côté.
Elle se sent libre.
Alors, c'est ça, mourir.
Intéressant.
C'est plus simple que de s'endormir.
Elle n'a même pas eu le temps d'avoir peur.
Strider.
Estel.
Elessarí.
Araniel.
Elle est chacune d'entre elles différemment, et toutes en même temps.
Mais Strider est celle qu'elle préfère.
Elle ferme les yeux.
Les rouvre.
Il est là, lui tendant la main.
Jeune, aussi, vêtu de mailles et de cuir comme le jour de leur rencontre.
C'était à Rivendell, elle se rappelle.
Il sourit.
Leurs lèvres et leurs mains se joignent.
Ils disparaissent dans la lumière.
Ensemble.
Ici finit l'histoire de la Reine et de l'Intendant.
fin.
Infos pratiques: Je sais que les enfants d'Arwen et Aragorn ne s'appelent pas comme ça. Mais Eldarion veut dire "fils des Elfes" ou quelque chose d'approchant et là il n'a pas de sang elfique donc...il s'appelle Aragorn.
Pour le physique, vous pouvez chercher ici:
- Araniel: Lena Headey (Angelika Krauss dans les Frères Grimm) ou Lara Pulver (Isabella Gisborne dans Robin Hood BBC)
- Elladan/Elrohir: Tom Hiddleston (Loki dans Thor et the Avengers) ou Benedict Cumberbatch (Sherlock)
- Halbarad: Michael Sheen (Lucian dans Underworld)
- Aragorn: Richard Madden (Robb Stark dans GoT) ou Viggo Mortensen
- Gilraen: Katie McGrath (Morgana dans Merlin)
- Finduilas: Scarlett Johansson (Mary Boleyn dans Deux soeurs pour un roi)
- Ardamir: Thomas Sangster (Romulus dans La dernière légion).
