Cette nuit-là, je rêvai de nouveau de Voldemort et de son serviteur, Severus Rogue. Mes angoisses furent décuplées par ce dialogue que j'entendis. Harry n'était plus la seule cible.

J'étais de nouveau dans une pièce sombre et humide. La voix de Voldemort s'élevait, glaciale, mais presque réjouie.

- Mon cher Rogue… vous avez avancé dans votre plan dites-vous ? Comment cela ?

Seigneur, j'ai compris qu'il fallait essayer d'atteindre la fille. Je n'ai pas encore fini de détailler le plan, mais par la fille, nous aurons le garçon.

- Cette fille pourrait nous être utile. Si vous la tuez tout de suite, je n'aurais pas ce que je cherche, cela me mettrait très en colère. Vous ne tenez pas à me voir en colère je suppose ?

- Oh non mon maître, je ne compte pas la tuer. Je pensais l'enlever pour vous l'amener. C'est la faiblesse du garçon, nous avons besoin de tout ce qu'elle pourra nous dire, enfin, c'est ce que vous avez dit, et je respecte vos ordres monseigneur.

- Eh bien continue, je ne tiens pas à perdre trop de temps. Cette année sera la dernière de l'existence d'Harry Potter. Bientôt, on me reconsidèrera comme le sorcier le plus puissant que le monde sorcier ait connu.

- Oui mon maître.

- Appelle Queudver… il m'a déçu car il ne m'a pas bien renseigné. Je crois qu'il mériterait une petite punition.

- Bien mon Seigneur, je vais le chercher.

Rogue sortit de la pièce, mais moi je restai là, à regarder les yeux de serpents de Voldemort. Il semblait vraiment réjoui. Il se leva et se promena dans la pièce. Soudain, quelque chose sembla traverser son esprit, puis il se mit à chercher en murmurant quelque chose. Il s'énervait et moi j'angoissais, prisonnière de mon rêve. J'essayai de me forcer à me réveiller, mais j'étais comme prisonnière. Soudain Voldemort se tourna dans ma direction, j'eu l'impression que mon corps se glaçait, des pieds à la tête. Je ne pouvais pas bouger. Puis je me mis à hurler. Comme si j'étais vraiment face à lui.

Je sentis une secousse. Puis plus rien, le noir. Je n'osai pas ouvrir les yeux. J'avais arrêté de hurler mais je ne savais plus rien. J'entendais une voix qui me parlait, elle semblait si loin. C'était la voix d'Hermione… Elle se voulait apaisante, mais je sentais l'angoisse qu'elle ressentait. Je me décidai à ouvrir les yeux.

Hermione était à côté de moi, et toutes les filles de mon dortoir me regardaient avec des yeux endormis, ahuris. Elle ne comprenait pas ce qu'il s'était passé, pourquoi elles avaient été réveillées et ce qu'Hermione faisait près de moi.

Je tournai la tête vers l'horloge de mon dortoir pour m'apercevoir qu'il était 4h30 du matin. Je regardai Hermione, et sans rien dire, elle me prit par le bras, puis, m'aidant à marcher, nous descendîmes dans la salle commune, qui bien sûr était vide à cette heure là. Nous nous assîmes sur deux fauteuils, près des braises dans la cheminée. Cette faible lueur donnait à la scène une impression d'irréalité. Nous visages étaient entourés par cette douce lumière, qui dansait dans nos yeux comme le feu qui me brûlait depuis mon rêve. Après un long silence durant lequel nos regards s'affrontaient dans un duel impitoyable pour savoir qui allait oser briser ce silence pesant, Hermione prit la parole.

- Alors, tu te décides à m'expliquer ?

- Ce n'est rien Hermione, j'ai juste fait un cauchemar, ça arrive à tout le monde non ? répliquai-je d'un ton sec.

- Des cauchemars où tu te mets à hurler, où tu es prise de spasmes et où il est impossible de te réveiller… non, ça n'arrive pas à tout le monde. Ne me prend pas pour une idiote.

- Je n'ai jamais prétendu le contraire Hermione.

- Tu as rêvé de lui ? De Voldemort ?

- Je…

Comment savait-elle ? Comment pouvait-elle le savoir ? Hermione m'avait toujours étonnée par son intelligence, mais là, cela m'effrayait.

Celui qui aime est une personne égoïste. Généralement, il pense à son bonheur avant tout. Je n'échappais pas à la règle. Ce n'est pas tant le fait que Hermione soit au courant de mes cauchemars, et surtout du lien qui m'unissait à Voldemort, à cause de l'enfant que je portais. Je ne voulais pas qu'elle le dise à Harry. Pour rien au monde. Je savais que sans lui je n'existerais plus. Je ne serais qu'une pâle copie de moi-même, une enveloppe de chair sans la trace d'une âme à l'intérieur. Oui, Harry était mon âme, comme cette histoire d'âme sœur que j'avais entendue une fois. Je ne pouvais supporter l'idée de le quitter. Mais en même temps, l'enfant qui grandissait à l'intérieur de moi avait pris, en si peu de temps, une place à part entière. Ce serait notre enfant, à Harry et moi, symbole de notre amour. Je ne pouvais me résoudre à l'abandonner, surtout pas en temps de guerre, car il incarnait notre espoir de survivre. Je ne pouvais faire un choix, entre Harry et l'être qui se développait dans mon ventre, répandant une douce chaleur quand j'imaginais un futur plus ou moins proche, une maison, Harry, moi et le bébé. Il ne fallait pas qu'elle lui dise. Aujourd'hui, je regrette ce choix, comme je regrette tous les choix que j'ai faits cette année là, même si je sais que je n'y étais pour rien dans ce qu'il s'est passé lors de la bataille finale.

Mon silence commençait à inquiéter Hermione. Elle me regardait en se demandant ce à quoi je pouvais bien penser. Elle ouvrit la bouche pour parler mais je fus plus rapide.

- Oui Hermione, Voldemort était dans mon rêve, mais ce n'était qu'un simple cauchemar. Tu sais, j'ai peur, j'ai tout le temps peur pour Harry et je crois que le fait d'être enceinte me fait encore plus peur. Je ne veux pas le perdre, c'est tout.

Elle me regarda, sceptique. Elle me jugea du regard, essayant de savoir si je disais vraiment la vérité. Je n'avais pas menti, juste dissimuler la vérité. Finalement, elle poussa un soupir et me dit :

- Ok Gin, je te crois. Tu te sens de retourner te coucher ou pas ?

J'avais envie de dormir, mais je ne me sentais pas de revivre ce rêve. Je dis à Hermione que maintenant que j'étais réveillée, je ne pourrai pas me rendormir. Elle hésita un moment avant de se décider à rester avec moi, pour ne pas me laisser seule. Alors, nous commençâmes à parler de Harry, de Ron, des cours, et de toutes ces choses futiles et intéressantes à la fois qui composaient la majeure partie de notre vie.

Finalement, je crois que nous nous endormîmes sur les fauteuils car lorsque Harry, qui venait de descendre, me réveilla, il était plus de 8h30.

- Hey Gin, qu'est-ce que tu fais là ?

- Me suis endormie, répondis-je la voix ensommeillée.

- Tu devrais te dépêcher, on doit être à 10h dans le bureau de McGonagall.

Cette simple phrase me réveilla d'un coup. Je me demandai ce qu'allait bien pouvoir nous dire notre professeur. J'espérais qu'elle ne lui parlerait pas de mes rêves, parce que sinon, il allait me passer un sacré savon, et ça n'arrangerait pas mon angoisse. Je ne voulais pas qu'il me quitte pour ça. Mais peut-être s'attendait-elle à ce que je lui en ai parlé ? Il fallait vraiment que j'évite cette catastrophe. J'y réfléchis pendant que je me préparais, mais aucune solution ne me vint à l'esprit. Lorsque je redescendis dans la salle commune il était temps d'y aller. Harry m'attendais, et nous nous dirigeâmes vers la sortir de la salle pour se rendre à notre rendez-vous.

Harry semblait réfléchir intensément. Je le regardai à la dérobée. De temps en temps, il ouvrait la bouche, comme s'il voulait parler, mais il la refermait aussi tôt, comme s'il cherchait une autre façon d'aborder le sujet. Au bout de 5 minutes de ce petit manège, j'intervins.

- Il y a quelque chose qui te tracasse ?

- Heu en fait, répondit-il comme prit sur le vif, oui. Si McGonagall t'a envoyé ce message hier, c'est que… heu… enfin, tu lui as dit que tu étais enceinte ?

Sa question m'avait prise au piège. Comment pouvais-je justifier être aller voir mon professeur avant même d'en parler à Harry ?

- Oui, répondis-je en essayant d'avoir un voix calme, je savais pas trop quoi faire, tu sais, je ne suis qu'en 6ème année, et je ne voulais pas t'en parler avant de savoir si je pouvais le garder ou pas, je voulais pas créer un espoir pour rien.

Il me regarda en me souriant, puis me dit qu'il avait du mal à comprendre, mais après tout, il n'avait jamais compris les femmes !

A peine étions nous arrivés devant le bureau que le professeur McGonagall nous ouvrit la porte et nous pria de nous asseoir sur les fauteuils qui faisaient face à son bureau. Je ne retranscrirais pas notre entière discussion. Juste le fait que nous avons juste parlé de l'éventualité de garder le bébé, de prévenir mes parents le plus tôt possible, mais pas par hibou, et de toutes ces autres choses qui nécessitaient d'être débattues.

Au moment où nous nous apprêtions à partir, le professeur McGonagall me demanda de rester, soit disant pour discuter d'un point particulier. Malgré la curiosité qui le démangeait, Harry accepta de retourner dans la salle commune et de m'y attendre.

Le professeur voulait me parler de mes rêves.

- Bien, Miss Weasley, vous n'avez pas fait d'autres rêves depuis le traitement que nous avons commencé ?

- Non professeur, mentis-je, je n'en fais plus.

- Pensez à le prendre, si Voldemort venait à découvrir que vous portez l'enfant de Mr Potter, il se pourrait que vous ayez de gros ennuis. Dorénavant, et jusqu'à l'accouchement, vous bénéficierez d'une surveillance permanente. Vous devrez être accompagné tout le temps. Arrangez-vous pour n'être jamais seule. Me suis-je bien fait comprendre Miss Weasley ?

- Oui professeur.

Je partis du bureau le cœur léger, Harry ne savait pas pour mes rêves, on allait avoir un bébé. Mais quelque chose au fond de moi me disait que le rêve que j'avais fait cette nuit-là n'allait pas rester sans conséquences. Et aujourd'hui, quand je repense à tout ça, je pleure, je n'aurais pas du être si égoïste. J'aurais du réfléchir à ses conséquences. Malheureusement, mon manque de réflexion me conduisit à la pire expérience que j'avais pu vivre jusqu'à lors.