Chapitre 18 : Where are you ?

Je ne vis pas Harry de la soirée. Cependant, je ne m'inquiétais pas. Ron m'avait brièvement raconté ce qui s'était passé, et j'avais passé une partie de l'après-midi à l'infirmerie avec Hermione. Elle n'était que légèrement blessée, mais un peu sous le choc. De ce fait, Madame Pomfresh avait tenu à ce qu'elle passe la nuit à l'infirmerie. Ron était toujours énervé contre Neville. Il avait eu très peur pour Hermione et n'arrêtait pas de dire qu'avoir perdu quelqu'un ne justifiait pas le mal qu'on pouvait faire à autrui. En début de soirée, je laissais donc les amoureux tranquilles.

Je me dirigeai vers la tour de Gryffondor, mais je ne m'attendais pas vraiment à croiser Harry. Je savais qu'il voulait voir Dumbledore. Je rentrai dans la salle commune et aperçus Neville, pâle, près de la fenêtre. Je pensai qu'il fallait parler avec lui, que sa souffrance devait être partagée. Je m'approchais donc doucement de lui, je ne souhaitais pas qu'il se braque et refuse tout dialogue.

Pour ne pas le brusquer, je décidais de simplement m'asseoir à côté de lui. Il finirait bien par parler. Je regardais donc par la fenêtre, assise à côté de lui, sans dire un mot. Quelques longues minutes s'écoulèrent. Finalement, il parla.

- J'aime à penser qu'elle est là haut. Qu'elle m'observe.

- C'est peut-être le cas, répondis-je. Mais il aurait été préférable qu'elle ne t'ait pas observé hier…

- Oui… J'ai honte de moi… Mais j'ai tellement de haine, elle ne le méritait pas. Comment est-ce qu'on peut tuer comme ça de sang froid ?

- Je comprends… Mais tu ne peux pas déverser ta colère contre n'importe qui Neville. Hermione ne demandait rien de plus que de t'aider, mais ce n'est pas un punching-ball ! Tu aurais pu la tuer.

- Je sais…

Il soupira. Il semblait vraiment regretter ce qu'il s'était passé. Mais le passé ne peut pas être changé, malheureusement. Je pense que c'était la première fois que Neville ressentait ce vide. Ses parents, bien que dans un état très grave, étaient toujours vivants. Et on ne peut pas comparer l'amour qu'on a pour ses parents à celui qu'on éprouve pour une personne. Il devait ressentir à l'instant ce vide. L'impression de n'être plus rien. Il cherchait sûrement où il était, perdu. On lui avait arraché une partie de lui, d'une façon plus que violente. Cette maudite guerre avait fait non pas une, mais deux victimes en tuant Parvati. Car Neville était mort. Son corps assurait les besoins vitaux, mais Neville n'était plus, et ne serait plus jamais. Après la perte d'un être cher, même lorsqu'on finit par se retrouver, on n'est jamais le même.

Neville continua d'observer un peu le ciel. Moi, je l'observais. Il avait les traits tirés, son teint était particulièrement pâle, et apparaissait cadavérique sous la douce lumière des torches qui éclairaient la pièce. Des cernes soulignaient ses yeux, dans lesquels on ne pouvait plus distinguer ni la flamme de la haine, ni l'étincelle de la vie. Sa bouche était tordue dans un rictus horrible. Il donnait vraiment l'impression d'être mort.

Il soupira de nouveau, puis il se tourna vers moi.

- Je veux que cette guerre se termine Ginny… Je n'en peux plus de tout ça ! Je ferai ce que je peux pour vous aider, mais le jour où aura lieu la bataille, je serai là, je combattrai à vos côtés pour faire tomber ce monstre.

J'acquiesçais. Il n'y avait rien à répondre. Nous parlâmes un peu de l'AD, et du fait qu'Harry voulait la reprendre pour former à la défense tous les élèves de l'école. Petit à petit, Neville reprenait quelques couleurs. Il eut même un sourire au cours de la discussion. C'était peut-être mieux en fait d'essayer de lui changer les idées plutôt que de lui rappeler tout le temps ce qu'il avait vécu. S'il avait envie d'en parler, il le pouvait, mais je n'allais pas aborder le sujet. Il l'avait compris et en semblait soulagé.

Le temps passait. Harry n'était toujours pas revenu, Neville était parti se coucher et je n'avais pas vu Ron. Il devait être resté auprès d'Hermione, et je supposais qu'Harry y était aussi. Je décidai d'aller me coucher. La nuit fut cependant très difficile. Je ne trouvais pas le sommeil, et lorsque je parvenais à m'endormir, c'était pour faire des cauchemars.

Je me réveillai donc tôt et je décidai de ne pas traîner dans mon lit. Je pris une douche, me préparai, puis je descendis prendre mon petit déjeuner. Il y avait peu de monde dans la Grande Salle. Les quelques Gryffondors qui y étaient déjà attablés discutaient à voix basse en jetant de rapides coups d'œil vers moi. Il ne m'était pas difficile de deviner quel était leur sujet de conversation : Neville et la rage qu'il avait exprimée la veille dans son combat singulier contre Hermione. Malgré moi, je ne pouvais m'empêcher de penser que cette attitude allait refléter celle de bon nombre de mes camarades. La rage et la haine allaient entraîner la défiance et les rumeurs parmi tous les élèves. Je leur lançai donc un regard sévère avant de me servir des œufs au bacon accompagnés d'un café. J'avais presque fini mon déjeuner quand je vis Ron entrer dans la salle commune. Son regard parcourut la salle à la recherche de quelqu'un de familier. Il finit par m'apercevoir et s'avança vers moi sans prêter attention aux murmures qui s'élevaient sur son passage, sans répondre aux questions concernant Hermione. Mon frère avait les traits tirés, de larges cernes soulignaient ses yeux brillants. Les épaules basses, les cheveux indisciplinés renforçaient l'impression de désespoir qu'il dégageait. Il s'assit à côté de moi, sans dire un mot. Il semblait perdu dans ses pensées, trop occupé à essayer de contenir ses émotions. Il finit par se servir un verre de jus de citrouille qu'il avala d'un trait, comme s'il s'était agi d'un alcool fort qu'il aurait pris pour se redonner un peu de force. Il regarda son verre un moment avant de se resservir et d'en boire une gorgée. Il tourna enfin son visage vers moi.

- Elle va mieux, dit-il.

- Elle est forte, Ron.

- Je sais, mais une attaque comme ça affaiblirait n'importe qui, rétorqua-t-il, l'amertume et la colère pointant dans sa voix.

- Je sais que c'est dur pour toi, pour Hermione. Mais Neville s'est laissé envahir par la colère. Il regrette son geste, il le regrette sincèrement.

- Je n'en doute pas, mais ce n'est pas lui qui est à l'infirmerie, c'est Hermione !

- Ron, répondis-je, le forçant à me regarder dans les yeux pour qu'il mesure l'importance des paroles que je m'apprêtais à prononcer ; Voldemort veut que nous agissions ainsi. Il souhaite que nous nous défions les uns les autres. Il veut semer la discorde entre nous. Neville nous a donné un exemple. Certes, c'est plus un contre-exemple, ce qu'il ne faut pas faire. Il ne faut pas nous laisser envahir par notre colère, sinon il est évident qu'on n'arrivera pas à faire front. Neville, aveuglé par sa douleur et sa colère a agit d'une manière déplorable. La différence avec les Mangemorts, c'est que Neville regrette son geste. Même si tu as encore de la rancune contre lui, dirige-la plutôt vers ceux qui sont responsables de tout. N'oublie pas que si Hermione est à l'infirmerie, Parvati, elle, est enterrée six pieds sous terre et que Neville doit déjà vivre avec ça.

Mon frère baissa les yeux, essayant de contenir ses larmes. Ses poings étaient si étroitement serrés que les jointures étaient devenues blanches. Il ne répondit rien, mais je savais que ce silence était une façon de marquer son accord avec mon discours malgré la souffrance qu'il avait en lui. J'éprouvais énormément de peine pour mon frère, lui qui était toujours si loyal, si droit. Evidemment, la plupart des gens le connaissait comme un rigolo, un garçon qui n'avait pas une grande puissance, ni une intelligence ultradéveloppée. Mais peu de personnes étaient capables de voir la richesse qui était en lui. Peu de gens réalisaient à quel point Ron était important pour Harry. Il trouvait toujours les mots qui allaient amener un sourire sur les lèvres de son meilleur ami, il savait toujours le détourner de ses tracas, le faire rire. Et ça, ce n'était pas seulement avec le Survivant, mais avec tout le monde. Mon frère était très courageux. Dans un élan d'affection, je posais ma main sur la sienne. Ses yeux se relevèrent et cherchèrent dans les miens le courage qui lui manquait. Il finit par secouer la tête, comme pour chasser toutes ses vilaines pensées. S'armant de tout son courage, il remplit son assiette d'œufs avec quelques saucisses avant de dire, d'un ton dégagé :

-Tu as vu Harry ce matin ?

- Non, répondis-je, je croyais qu'il était avec toi à l'infirmerie.

- Non il n'était pas avec nous, mais il est probablement dans la salle commune. Peut-être qu'il dort encore.

- Je verrai bien à midi, dis-je en regardant ma montre. Je dois aller en cours.

Je posais une main sur l'épaule de mon frère en espérant lui faire sentir toute l'affection que j'avais pour lui, pour le soutenir dans cette épreuve difficile. Comment aurait-on pu savoir que seulement quelques mois plus tard, une épreuve encore pire nous frapperait tous ?

Toute la matinée, j'écoutais distraitement les cours dispensés par le professeur Binns, puis par le professeur Chourave. Je pensais à Neville et à la peine qui le rongeait depuis la disparation de Parvati, je pensais à Ron dévoré d'inquiétude pour sa belle. Et je pensais à Harry. Aurais-je à subir cela moi aussi ? Comment réagirais-je si un jour Harry n'était plus là ? Il me paraissait à l'époque impensable que je puisse vivre sans lui. Je revivais nos souvenirs heureux : notre premier baiser, notre première nuit ensemble, nos délires. Harry était plus que tout pour moi : il n'était pas seulement mon amour, mon amant. Il était aussi mon ami, celui avec qui je pouvais tout partager. Nous avions appris, malgré notre jeune âge, à nous épauler, à nous soutenir. Et il avait besoin de soutien. Je pensais accomplir ma mission au mieux.

Midi. Les cours terminés, je me dirigeais vers la Grande Salle. J'espérais bien y retrouver mon amoureux. Après les derniers événements, j'avais un besoin évident de tendresse. Juste un regard, juste un geste réconfortant. Ma déception n'eut d'égale que ma surprise en constatant que Harry n'était pas attablé chez les Gryffondors. Je m'assis donc à la table avec résignation, loin de mes condisciples et camarades. Je n'avais pas envie d'être avec eux, ni de leur parler. Je ne voulais que lui.

Quand Neville entra dans la vaste pièce pour déjeuner, tous les regards convergèrent dans sa direction, les murmures s'intensifiant. Inutile de préciser que la plupart de ces murmures étaient désapprobateurs. D'ailleurs, certains ne prenaient même pas la peine de murmurer pour signaler que l'attitude de Neville leur avait souverainement déplu. Neville vint vers moi d'une démarche mal assurée, honteux, mais surtout très malheureux. Lorsqu'il prit place à mes côtés, je ne pus rien dire. C'était déjà la deuxième fois dans la journée qu'on venait me voir à la recherche d'un peu de réconfort, sauf que toute égoïste que j'étais, je ne voulais que mon propre réconfort, ma propre sécurité affective. Cependant, Neville me surprit lorsqu'il parla. Je ne m'attendais pas à ça.

- Tu as vu Harry aujourd'hui ? Il n'était pas en cours ce matin et j'aurais voulu lui parler.

- Non… Je ne l'ai pas vu. Tu es passé voir à l'infirmerie ?

- Oui, j'y suis allé pour m'excuser auprès d'Hermione. Mais elle m'a assuré qu'elle ne l'avait pas vu.

Je dévisageais alors mon interlocuteur, cherchant dans ses yeux une trace de malice. Il ne pouvait s'agir que d'une farce. Harry ne pouvait PAS avoir disparu ! Sans aucune considération pour mon camarade ou pour mon déjeuner, je me levais avec force et me dirigeait de façon déterminée vers le bureau de la directrice de Gryffondor. Les personnages dans les tableaux me regardaient passer avec curiosité, surpris pas la volonté que je démontrais avec le claquement régulier de mes pas sur le sol de pierre. La saccade accélérée de mes pas brisait le silence qui régnait dans le château pendant que les élèves prenaient leur repas, tous regroupés dans la Grande Salle. J'étais perdue dans mes pensées, me demandant où pouvait bien être passé Harry. Il ne pouvait quand même pas l'avoir perdu de vue eux aussi ! Sans m'en rendre compte, j'étais déjà arrivée au bureau de Minerva McGonagall. Je constatais heureusement à temps que j'y étais, ralentissant suffisamment pour éviter de rentrer dans la porte. Ce fut alors avec force et virulence que je tapais sur cette porte, décidée à n'arrêter que lorsque j'aurais obtenu satisfaction. C'est ainsi que je faillis mettre un coup de point au sévère professeur de métamorphose. Cette dernière avait l'air pressé et il était évident que cette visite impromptue la dérangeait.

- Qu'y a-t-il Miss Weasley ? Que vaut à cette porte le loisir d'être presque arrachée à ses gonds ?

- Harry a disparu.

Un air de surprise passa brièvement sur son visage. Puis elle sembla pensive alors que mon sang semblait bouillir de plus en plus rageusement dans mes veines. Harry avait disparu et la seule chose que faisait mon professeur était de réfléchir. Des mots envahirent ma tête à ce moment là pour qualifier l'absence de réaction de mon professeur, mais il m'est impossible de les transcrire ici tant ils étaient inopportuns face à la sous directrice de Poudlard. Au bout d'un temps qui me parut durer des heures, elle me pria d'entrer dans son bureau.

- Il semblerait, Miss Weasley, que M. Potter ne soit pas le seul à avoir disparu.

- Ma stupeur mis fin à toutes mes pensées. Mon sang ne circulait plus dans mes veines. Que s'était-il donc passé ?

Le professeur Dumbledore est aussi introuvable depuis hier soir, continua le professeur McGonagall, qui ne s'était pas aperçu de mon trouble. Ce qui est rassurant, c'est que nous pouvons à présent imaginer que le professeur Dumbledore et M. Potter sont tous les deux au même endroit.

Peu rassurée par ces paroles, je lui demandais si le professeur Dumbledore avait laissé des instructions ou quoi que ce soit qui puisse laisser penser qu'Harry allait bien. Cependant, la directrice répondit par la négative, ce qui me plongea dans le plus grand désarroi. Le professeur m'observa longuement, attendant probablement une réaction de ma part. Mais j'étais tellement inquiète que c'était comme si mon corps et mon cerveau bloquait toute information. Poliment mais fermement, le professeur McGonagall me fit comprendre que si je n'avais rien de plus à ajouter, je pouvais me retirer.

Je reparti donc dans les couloirs du château, cette fois beaucoup plus lentement, comme si j'avançais dans le brouillard. Je décidai de passer à l'infirmerie vérifier si Harry n'était pas revenu en mauvais état. S'il n'était pas là, cela me donnerait l'occasion de voir Hermione.

Mon cœur s'accéléra en approchant de l'infirmerie. Je poussais la porte doucement, presque en demandant au temps de ralentir mon geste pour ne pas constater qu'Harry n'était pas là. Mais une fois la porte ouverte, mon cœur manqua un battement en s'apercevant qu'effectivement, le seul lit occupé était celui de mon amie. Ron n'était pas là, probablement était-il parti manger. Je m'avançais donc vers Hermione qui, m'entendant approcher, releva la tête de son ouvrage et m'accorda un pâle sourire. Elle se redressa et se poussa légèrement pour me faire une place à côté d'elle, sur le lit. Elle avait l'air fatigué. Ces cheveux étaient encore plus en bataille que d'habitude, faisant ressortir la pâleur de son visage. Mais son regard était déterminé, on sentait dans ses yeux qu'elle n'éprouvait aucune rancune si ce n'est pour les Mangemorts qui avaient lâchement assassiné une de ses plus proches amies. Nous parlâmes de tout et de rien, essayant de nous détacher de nos tracas. Puis vint le moment fatidique où elle me demanda où était Harry. Mon silence fut interprété correctement par la perspicace jeune fille. Je me mis à trembler de tout mon corps. Je fus prise de sanglots violents, dictés par une terrible angoisse qui me contractait tous les muscles depuis que j'avais constaté sa disparition. J'étais frigorifiée et pour me réchauffer, Hermione me mit sur les épaules la couverture qui était au pied de son lit. Elle me prit dans ses bras alors que j'essayais de reprendre contenance, quelque peu honteuse de mon attitude. Hermione essaya de me calmer par de douces paroles. Puis, comprenant que je n'étais pas prête à parler, elle se tut, se contentant de me bercer tranquillement. Ce fut moi qui brisai le silence.

- J'ai tellement froid.

- Tu veux une autre couverture ?

- Non, répondis-je en hochant la tête, cela ne serait pas utile.

- Tu as peur n'est-ce pas ?

- Oui, j'ai peur. Quand il n'est pas là, je ne peux m'empêcher de trembler. J'ai tout le temps froid quand il n'est pas là…

Nous retombâmes dans le silence. Que dire de plus ? J'étais glacée dès qu'Harry n'était pas là, dès que la peur m'envahissait, le froid arrivait et ne se dissipait que lorsque la vue de celui que j'aimais réchauffait mon cœur. Au bout de longues minutes, je finis par prendre congé de mon amie. N'ayant pas le courage d'aller en cours, je pris le risque de retourner tout de suite dans notre salle commune. La Grosse Dame essaya bien sûr de me questionner sur cette « petite mine », mais elle finit par déclarer forfait et m'ouvrit la porte, non sans pester contre le manque de coopération des élèves.

Je me dirigeai vers la cheminée, espérant que le feu me réchaufferait un peu.

Je m'étais assoupie dans un des fauteuils de la salle commune, espérant que Harry arriverait le plus vite possible. Je dormais d'un sommeil léger, et je sursautai au moindre bruit. Ainsi, lorsque j'entendis la porte de la salle commune s'ouvrir, je me redressai dans le fauteuil. C'était lui. Il était pâle et tremblant. Je murmurai son nom et il me vit, il s'approcha de moi et s'assit au pied du fauteuil.

- Qu'est-ce qui se passe, demandai-je. J'étais morte d'inquiétude !

- Désolé, murmura-t-il.

Sa voix était rauque, j'avais l'impression qu'il avait du mal à parler. Son regard était plein de détresse. Je compris qu'il voulait me dire quelque chose de très important.

- Ginny, je ne peux pas… je crois que toi et moi, on devrait se séparer.

- Et pourquoi ?

Il me regarda, désespéré. Puis de la colère passa dans son regard.

- Sais-tu pourquoi je n'étais pas là ?

- Non.

- J'ai fait un rêve. Je suis allé voir Dumbledore et on s'est rendu sur place. Ils l'ont tué en face de nous putain !

Il posa sa tête dans sa main. Il était vraiment secoué.

- Qui ? demandai-je d'une petite voix.

- Cho… j'ai rêvé que Voldemort la torturait. Il voulait des informations sur moi. Quand on est arrivé sur place avec Dumbledore, je me suis retrouvé stupéfixé par Queudver. Et il l'a tuée sous mes yeux. Après l'avoir encore soumise au sortilège doloris. Dumbledore devait faire face à Voldemort pendant que Queudver la torturait sous mes yeux, jusqu'à ce qu'il lui jette le sort fatal. J'étais fou à l'idée que ça aurait pu être toi. Je veux pas te voir subir ce sortilège encore une fois, et je supporterai pas qu'ils te tuent sous mes yeux. J'en mourrai.

- Harry je…

Soudain, il se mit à pleurer violemment. Il posa sa tête sur mon ventre et il pleura. Une profonde douleur naquit en moi, mon cœur semblait se fendre. Il ne pouvait pas me quitter. Je l'aimais trop pour ça ! Je caressai doucement son visage pour essayer de le calmer. Mais il semblait tellement bouleversé. Après tout, il l'avait aimé.

Alors qu'il semblait reprendre ses esprits, il se leva brusquement et se dirigea vers la cheminée. Il s'accouda sur le rebord, la tête dans les mains et parla d'une voix froide.

- Ginny c'est fini. Je te mets trop en danger. Je ne supporterai pas ça. S'il te plait ne rend pas les choses plus difficiles. Laisse moi.

Je me levai et me dirigeai vers lui. Je le forçai à se retourner pour me voir. Je posai ma main sur son cœur et je lui dis :

- Harry, je ne partirai pas. Jamais. Je m'en fous d'être en danger…

- Moi non, me coupa-t-il.

- Je m'en fous parce que j'étais déjà en danger avant d'être avec toi. J'étais déjà en danger parce que je suis la sœur de ton meilleur ami. Alors un peu plus ou un peu moins. Et puis c'est avec toi que je me sens bien, avec toi que je me sens protégée. Je préfèrerai mourir en me disant que toi et moi nous avons vécu quelque chose ensemble, plutôt que de regretter des moments que nous aurions pu avoir et que nous n'avons jamais eu pour une raison aussi stupide que le danger ! Harry, c'est l'amour qui est en toi qui fait la différence avec Voldemort. C'est ça qui t'aidera à le détruire. Je t'aime, et je pense que cet amour qu'on partage sera celui qui permettra de le vaincre. Alors je t'en pris, ne me dis plus de choses comme ça.

Il me regarda, d'un regard flamboyant de détresse. Je ne savais pas ce qu'il pensait. Puis il m'embrassa. Furieusement, comme si j'étais une oasis au milieu du désert. Il m'embrassa avec passion comme si j'étais sa seule raison de vivre. Il m'embrassa avec toute la détresse qu'il avait en lui, il m'embrassa comme si j'étais une reine et lui un pauvre vaurien qui voulait assouvir son désir. Ce baiser était violent, désespéré, triste. Il n'avait rien de tendre, et pourtant tout notre amour se matérialisa dans ce baiser. Nous étions seuls au monde, nous pouvions perdre l'autre à n'importe quel moment. Mais là, nous étions ensemble. Peu importe le danger, on s'aimait et rien d'autre ne comptait. Pour moi, à cet instant, je compris que j'en étais dépendante. Je ne pouvais pas me résoudre à le lâcher. Il me serrait si fort que j'avais du mal à respirer, mais peu m'importait, il était mon oxygène. Je voulais rester près de lui, il était hors de question qu'on nous sépare. Pas maintenant. C'était trop tôt. Lui et moi, c'était pour l'éternité, autant que le bracelet dont il m'avait parlé. L'éternité nous entourait.

Lorsqu'il s'éloigna de moi, il me regarda, de ce même regard plein de détresse :

- Tu es sûre Gin ? Tu penses vraiment ce que tu dis ?

- Bien sûr, dis-je en posant ma tête sur sa poitrine, seul endroit que je pouvais atteindre. Je ne te mentirai jamais. !

Harry me tenait contre lui, et sa respiration semblait se calmer. Nous restâmes un moment dans cette position, le corps de l'autre étant une source de réconfort.

- J'ai besoin de toi, me dit-il dans un murmure.

- Moi aussi Harry.

- Dors avec moi ce soir, j'ai besoin de te sentir près de moi.

- Mais Harry, ça va réveiller tout le monde si tu vas chercher la carte et ta cape, commençai-je dans un souffle, espérant qu'il me contredirait. Ce qu'il fit, mais pas de la manière dont j'attendais.

- Pas besoin d'aller dans la salle sur demande, j'ai juste besoin de toi près de moi. On va dormir dans mon dortoir.

- Mais mon frère…

- Oh on s'en fout ! Pour une fois il pourrait faire l'effort de comprendre !

Harry semblait s'énerver… je crois que le fait que mon frère soit si protecteur envers moi l'énervait au plus au point, surtout que cela faisait plus d'un an qu'on était ensemble, et que là, il ne s'agissait que de dormir.

- Bien, alors on y va ?

Sans ajouter un mot, il me prit la main et me dirigea vers les escaliers du dortoir des garçons de 7ème année. J'étais mal à l'aise de monter ces escaliers, en sachant que c'était pour y dormir… J'osai à peine imaginer la tête des garçons demain quand ils allaient se réveiller.

Une fois arrivé à son lit, Harry ne prit même pas la peine de se changer, il s'allongea, m'attira contre lui, et ferma les yeux. Sa respiration se calma, et avant de sombrer dans un profond sommeil, il murmura quelque chose qui ressemblait fortement à un « Merci ». Je ne dis rien, et pour toute réponse, je posai ma tête sur son épaule, et fermait les yeux à mon tour, profitant de ce contact, que j'avais failli perdre.