Salut à toutes et tous !
Eh oui, je sais que ça fait une éternité depuis la partie II de cette fiction. Je pourrais vous donner mille-et-une explications, mais pour l'heure, on s'en fout.
Je tenais cela dit à vous avertir avant votre lecture: si vous pensiez que la première et/ou la deuxième partie avaient un petit quelque chose de lourd, et bien cette partie-ci est vraiment pire, selon moi. C'est pourquoi je voudrais vous faire un petit topo avant votre lecture. Aussi, depuis le temps, vous le méritez.
Vous avez dû remarquer que la première partie était centrée sur l'évolution personnelle de Naruto et la seconde, sur celle de Sasuke ? Je vous annonce tout de suite - et vous le remarquerez bien assez tôt - qu'il ne s'agit pas d'une alternance de PDV entre deux personnages. L'idée c'est de voir le PDV de chaque personnage important/influant dans l'histoire. Donc forcément, puisque le personnage mystère au centre de cette partie-ci a d'autant plus de ténèbres en lui que Naruto ou Sasuke, ou du moins un accès moins à portée de main de la so-called « rédemption » que nos deux protagonistes préférés, ce que vous vous apprêtez à lire n'est pas très joyeux. Mais c'est un passage obligé; je ne pouvais pas passer à côté de cette noirceur... Et vous non plus, si vous aimez vraiment l'aspect introspectif, complexe et difficile (pour les personnages) de ma fiction.
Par ailleurs, peut-être allez-vous aussi remarquer que le rythme commence à changer, et aussi, qui sait, l'intrigue se clarifier... Bon ! Je n'en dis pas plus !
J'espère que vous aimerez cette troisième partie et que vous y trouverez toute la pertinence que moi je lui ai trouvée.
Bonne lecture !
Hily-chan
Le rocher - Partie III
Itachi rentrait distraitement les données de la compagnie pour laquelle il travaillait dans un ordinateur. Chaque jour cette même routine, ce même immeuble, ces mêmes gens: il finissait même par avoir l'impression que c'étaient les mêmes chiffres qu'il enregistrait dans le disque dur de la machine, fidèle à elle-même, loyale au décor taciturne dans lequel Itachi vivait. Un monde gris, une entreprise grise, des rapports gris; costard, cravate, pantalons, souliers, caleçons, gris, gris, gris, gris, gris...
« Uchiwa, qu'est-ce que tu fous ? »
L'interpellé leva les yeux vers la source de la voix. Qui l'appelait ? Ah oui, c'était Tsunade-sama. Sa patronne. Probablement la seule personne dans tout le bâtiment avec un semblant de personnalité.
« Hein ?
- Me dis pas '' hein '', regarde plutôt ce que tu écris, bon sang ! »
Itachi tourna la tête vers l'écran et lit ce qu'il avait inscrit dans les cases de son fichier exel.
« Gris, gris, gris, gris... lut-il à voix basse.
- Allez, te laisse pas déconcentrer, l'encouragea-t-elle à sa manière, soit avec une forte tape dans le dos et toujours avec son ton autoritaire.
- Oui madame », répondit-il après avoir toussoté sous la force physique de sa supérieure.
Sans rechigner, il effaça tout et se remit à la tâche.
XXX
Kakashi entra dans la grande bâtisse où trônait sur la façade les mots « Godaime et co. ». Ça devait faire quatre ans qu'il n'avait pas fait son rapport d'impôts, se disant qu'il n'allait jamais se résoudre à payer quelqu'un pour le faire à sa place et que c'était une perte d'argent stupide. Sauf qu'au final, sa paresse l'avait conduit à la procrastination et enfin, après quatre ans, le temps était venu. Et puis, il allait sans doute avoir un retour d'impôts assez intéressant, qui plus est.
Sur ce, il se dirigea vers le comptoir d'accueil où une jeune femme aux cheveux bruns entrait des données dans son ordinateur. En voyant l'homme arriver, elle leva les yeux.
« Bonjour, je peux vous aider ? demanda-t-elle.
- Oui, j'ai appelé plus tôt pour rencontrer un de vos comptables.
- Votre nom ? dit-elle en s'apprêtant à fouiller dans sa machine.
- Hatake Kakashi.
- Un petit instant... Ah ! Voilà. Je vais l'appeler pour qu'il vous rencontre à l'entrée des bureaux. C'est au deuxième étage, vous pouvez monter tout de suite.
- Merci beaucoup.
- De rien, passez une bonne journée !
- Vous de même. »
Il se dirigea vers l'ascenseur et appuya sur la flèche. Rapidement, les portes s'ouvrirent pour le laisser entrer et il se retrouva au deuxième étage en un rien de temps. Il se dirigea ensuite vers l'entrée des bureaux et attendit que quelqu'un vint à sa rencontre. « J'aurais dû demander d'avoir le nom du comptable », pensa-t-il, se trouvant ridicule d'attendre une personne dont il ignorait même jusqu'à son prénom.
« Monsieur Hatake ? »
Kakashi se retourna pour tomber sur un jeune homme, probablement dans la mi-vingtaine, aux cheveux noirs mats et aux yeux de la même couleur.
- Je m'appelle Itachi, enchanté », continua-t-il en tendant sa main à Kakashi tout en se rapprochant de ce dernier.
Le professeur sourit vaguement, incapable de se soustraire à l'immense beauté de l'homme face à lui. Soudain, il sentait que son sens de la conversation et de la répartie le quittait; il n'était plus qu'une boule flasque de béguin de collégienne tenant miraculeusement sur deux jambes à l'équilibre bancal.
« Suivez moi, mon bureau est de ce côté, ajouta le brun en lâchant la main de Kakashi.
- Oui, certainement », réussit finalement à articuler le professeur.
Tous deux se dirigèrent donc vers un couloir où une dizaine de cubicules de travail assez chics étaient alignés. Il entrèrent dans l'un d'eux et Itachi présenta une chaise à son client avant de s'asseoir à son tour.
« Alors, vous avez dit à Shizune que ça faisait quatre ans que vous n'aviez pas fait vos retours d'impôts ? commença le brun, un grand sourire accueillant sur le visage.
- Exactement, répondit Kakashi, retrouvant peu à peu l'usage de sa langue et comprenant vaguement que Shizune devait être la réceptionniste.
- Pourquoi maintenant plutôt qu'il y a un an ou l'an prochain, par exemple ? Je suis curieux.
- Et bien, vous savez ce qu'on dit: dans la vie, il y a deux choses auxquelles on ne peut échapper; la mort, et les impôts. J'imagine que je ne voyais plus l'intérêt de remettre ma destinée au lendemain », ironisa-t-il, arrachant un rire au comptable.
« Impossible qu'il me trouve drôle, c'est la pire blague que j'ai faite de ma vie... » se dit-il intérieurement, honteux.
- Très bien, passons aux choses sérieuses », lança le brun en coupant court aux sottises de Kakashi.
« Quand tu veux », répondit le professeur dans sa tête, surpris par sa propre hardiesse.
Sans plus tarder, ils commencèrent à décrypter les documents de l'aîné des deux et à entamer un lourd travail de paperasse qui s'annonçait interminable.
Et pour une fois, Kakashi remercia intérieurement son éternelle paresse de lui permettre de passer autant de temps avec cette pure beauté.
xxx
Naruto regardait son appartement vide, un café la main. Il n'allait pas tarder à devoir quitter pour se rendre en classe, où allait l'attendre son cours de philosophie. Il fixait son canapé vide, se souvenant, avec une exactitude déconcertante, de la position de Sasuke lorsqu'il l'avait emprunté deux jours plus tôt le soir de la fête.
Il se remémora son corps courbé, face à la pièce, caché sous une épaisse couverture - qui pourtant laissait facilement entrevoir sa position; ses cheveux éparses sur l'oreiller; son visage paisiblement endormi; sa respiration régulière et enfin, son bras, si blanc dans la nuit profonde qu'il semblait illuminer la pièce et qui pendait nonchalamment à l'extérieur de son cocon tranquille.
Le blond sourit. Cette image était si bien ancrée dans sa mémoire qu'il peinait à croire qu'un jour il aurait pu l'oublier. Comme il n'allait pouvoir oublier cette soirée étrange qu'ils avaient passé ensemble, cette nuit-là.
Il se souvint à quel point il appréhendait la fête, le fait de voir autant de monde, et ce d'autant plus en étant près de Sasuke, comme s'il avait dû lui prouver quelque chose. Lui démontrer qu'il était fort, confiant, qu'il n'avait pas peur des gens; comme si cette soirée était son opportunité de mettre à l'épreuve ses nouvelles résolutions. Et il avait passé ce test haut la main.
Naruto avait par ailleurs été surpris de découvrir un côté inusité chez son ami: ses faiblesse. Ses peurs face à lui-même, ses attentes, bref, ce qui le rendait vulnérable et inexorablement humain. Il réalisa que jusqu'à cette constatation, il n'avait jamais considéré Sasuke comme étant quelqu'un de potentiellement faible. Il était en quelque sorte son but à atteindre, cette personne qu'il voulait devenir.
Or ce soir-là, il avait compris une chose qui avait radicalement changé sa perception de leur relation: le brun était comme lui. Il avait des démons profondément ancrés dans sa chair, et comme Naruto, même s'il craignait encore de les combattre, il allait devoir le faire. Et de voir l'Uchiwa sous ce jour le fit l'aimer plus encore; Naruto savait au plus profond de lui-même qu'il pouvait lui être utile. Et c'était ce dont il rêvait le plus.
Soudain, le blond se rappela qu'il devait partir: il délaissa donc sa contemplation du canapé et par le fait-même ses réflexions pour prendre ces choses et quitter son appartement. L'air était froid et Naruto appréciait le son de ses pieds couinant sur la neige. Le soleil était bon et lui, de bonne humeur. Il décida donc de marcher, désormais en mesure de le faire vu la proximité de son appartement à l'école.
Il arriva donc une trentaine de minutes plus tard et se rendit directement en classe, un bon cinq minutes de retard. Mr. Jiraya n'allait pas lui en tenir rigueur, se dit-il. Et à juste cause: dès qu'il eut pénétré l'enceinte de la salle de classe, il ne reçut aucune réprimande.
Ceci dit, avant de s'asseoir il jeta un coups d'oeil vers Sasuke et, voyant que ce dernier le regardait, il lui sourit furtivement. Le brun baissa les yeux et fit mine d'écrire quelque chose. De dos à son ami, Naruto sourit franchement: quelque chose avait changé dans l'attitude de Sasuke. Quelques semaines plus tôt, il lui aurait rendu un sourire moqueur.
Et même si leur ancienne dynamique plaisait au blond, la perspective de changement dans leurs contextes respectifs était synonyme de « progrès ». C'était tout ce qu'il demandait: avancer.
xxx
L'aîné Uchiwa entra dans l'appartement familial - famille se résumant à son frère et lui-même. Sa journée de travail était enfin terminée.
Soudain, il ricana dans sa (non-)barbe, ironique.
« Comme si j'avais quelque chose de mieux à faire ici. »
Il pensa à ce qu'il préparerait pour le repas, en supposant que son frère allait rentrer pour manger, et aux quelques tâches ménagères qu'il y avait à faire. Il entreprit finalement de nettoyer le reste de vaisselle sale et commença ensuite à concocter un dîner quelconque. Il écouterait un film avant d'aller dormir un peu plus tard.
Quel jour était-ce ?
Itachi s'interrompit pour essayer de se souvenir. C'était un mardi ou un mercredi ? Non, un jeudi, peut-être ?
Tous les jours étaient les mêmes, et ce fut cette conclusion qui convainc le brun de se remettre à la tâche pour oublier la question. Peu importait quel jour c'était, le lendemain, la veille et le jour-même étaient identiques les uns aux autres. C'était comme ça depuis deux ans.
Deux ans depuis la mort de ses parents; deux ans depuis que l'homme dont il était tombé éperdument amoureux s'était barré pour ne plus jamais donner de nouvelles. Deux ans que Sasuke ne lui parlait plus; deux ans qu'il travaillait dans cette boîte médiocre; enfin, deux ans qu'il se faisait chier à la tâche en espérant peut-être crever, mais pas trop fort non plus parce qu'il aimait son frère et qu'il ne voulait pas le blesser plus qu'il ne l'était déjà.
Aussi, ainsi empli d'un sentiment de profonde mièvrerie, Itachi laissait souvent son esprit divaguer sur quelque songe de mort: il trouvait à cette dernière un certain charme. Mais pas un charme qui rappelait la beauté ou une chose qu'on désire, plutôt un charme noir qui engendrait une curiosité malsaine, une envie déplacée. Un genre de perversion. Il s'en méfiait donc et la craignait, car toute chose insaisissable lui faisait peur, malgré tout. Ironie du sort: la chose dont il était tombé amoureux était l'incarnation-même de tout ce qu'il n'arrivait pas à comprendre.
Soudain, il repensa à ce qu'Orochimaru lui avait demandé. L'Uchiwa avait réussi à ignorer son frère pendant les deux derniers jours, incapable de se résoudre à la tâche ingrate que le serpent lui avait demandé d'exécuter, soit de dissuader Sasuke d'être heureux avec un certain Naruto, et ce par pure convoitise.
Dire que lui, pauvre idiot d'Itachi qu'il était, n'avait su dire non. Il n'avait pu résister à l'idée que peut-être qu'en remplissant cette demande humiliante, l'homme qu'il aimait - il avait dû arrêter de le nier - allait lui revenir d'une quelconque manière. Mais qu'espérer d'autre d'Itachi, lui qui se languissait depuis deux longues années sans un signe de vie venant de cet homme qui l'avait complètement envoûté?
En fait, qu'espérer de plus de quelqu'un qui détestait sa vie et qui ne voulait rien d'autre que de trouver une nouvelle raison de se lever chaque matin ? Oui, il aimait son frère. Mais sa fibre fraternelle ne lui suffisait plus. Il n'avait plus aucune passion ni un quelconque désir. Et maintenant qu'Orochimaru était revenu dans sa vie, il se sentait renaître. Quelle ironie, non ? Ce serpent qui se servait de lui, qui ne lui démontrait pas une miette d'amour et qui prétendait avoir de l'affection pour Itachi uniquement pour atteindre ses fins était le seul vecteur d'espoir dans la vie du brun.
« Je suis complètement détraqué. » se dit-il.
Et le pire, c'était que dans l'idée de manipuler son propre frère dans les intérêts de quelqu'un d'exécrable - car il l'était objectivement, malgré tout l'amour qu'Itachi lui portait -, ce qui lui faisait le plus peur n'était pas de nuire à Sasuke, mais bien d'échouer dans sa tâche. De perdre sa porte de sortie, sa seule attache à Orochimaru.
Itachi se dirigea vers le téléphone et regarda distraitement ses appels manqués. Soudain, il vit apparaître le nom d'Obito Uchiwa, son oncle et celui de son frère. La dernière fois qu'ils s'étaient parlé, c'était aux funérailles de ses parents. Il prit le téléphone et rappela, sachant pertinemment que de ramener les histoires de familles sur la table était le seul moyen de détourner Sasuke de quelque béguin qu'il fut. Il avait trouvé son arme.
Tandis que le combiné sonnait dans son oreille, le brun passa durement sa main sur son visage. Au final, il se trouvait tout aussi dégoûtant qu'Orochimaru.
XXX
Jiraya était un grand amateur de femmes. Blanches, brunes, noires, asiatiques, androgynes, robustes, toutes en courbes, maigres, grasses, belles à en pleurer, quelconques, grandes, petites, bavardes ou muettes; toutes les femmes lui plaisaient. Elles étaient pour lui la plus grande grâce que ce monde ait pu lui offrir, son remède à l'amertume - et oui, encore plus que le saké -, enfin, sa fontaine de jouvence. C'est pourquoi quand Kakashi lui avait révélé qu'il était attiré par les hommes, il n'avait rien compris. Pas qu'il était fermé d'esprit - au contraire !; il ne comprenait simplement pas comment il était possible de ne pas aimer les femmes de toute son âme. En ce sens, il ne comprenait pas pourquoi les femmes n'étaient pas toutes lesbiennes. Mais lorsqu'il se posait de telles questions, il imaginait deux magnifiques femmes de tripoter et s'amouracher avant qu'il ne s'interrompit finalement, sur le point de se noyer dans sa propre salive.
« Kakashi, n'essaie même pas de me faire comprendre. Pour moi les hommes sont aussi sexuellement attirants que des tables, lança-t-il en tirant sur sa cigarette, fatigué d'entendre son vieil ami lui décrire la plus belle chose qu'il ait vu de sa vie.
- Je sais, mais je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi beau.
- Ouais, enfin, toujours heureux que tu aies trois-mille tonnes de paperasse à lui faire lire. Comme ça tu auras le temps de baver autant que tu veux, ou plutôt jusqu'à ce que tu te tannes et que tu arrêtes de me casser les oreilles avec ça ! se moqua-t-il.
- Comme si toi tu ne me cassais jamais les oreilles avec tes idées perverses.
- Ce n'est pas pareil. Moi, c'est de l'art.
- Tu verrais son visage et là tu verrais c'est quoi, de l'Art, rétorqua-t-il.
- Essaie toujours ! S'il n'a pas de courbes délicieuses, une peau mate et douce, une longue chevelure dorée, des mains fines et un visage divin, je ne suis pas intéressé.
- Facile de parler d'art quand tu décris la Vénus de Botticelli. C'est de la compétition déloyale, rit-il.
- Mais la Vénus est une femme ! Et comme moi, le peintre qui l'a mit au monde connaissais tout de la beauté et de l'Art. Tu vois, lui et moi, nous sommes de la même veine.
- Non, toi tu n'es qu'un obsédé sexuel », le nargua Kakashi avant de tirer à son tour de le filtre de sa cigarette.
Un court silence s'installa. Kakashi replongea dans ces souvenirs tapissés d'un sublime visage à la peau d'albâtre et aux yeux noirs de jais, tandis que Jiraya, contrairement aux croyances populaires, ne pensais pas à ses Vénus mais plutôt à Naruto, au papier qu'il lui avait rendu le matin-même. Il sourit en coin, heureux de constater à quel point le blond avait changé en si peu de temps. Et quelque part en lui, il ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu responsable pour ça et de récolter un brin de fierté dans l'évolution de son étudiant préféré.
« Tu as lu la dissertation de Naruto ? Demanda-t-il soudain, sortant Kakashi de ses pensées.
- Non, je te rappelle que mon combat c'est Sasuke, je te laisse le blond, répondit-il, un pied dans la réalité et l'autre dans sa rêverie.
- Et bien, je pense que ça pourrait t'intéresser par rapport à Sasuke, justement. »
Kakashi leva les yeux vers son ami, curieux.
« Pourquoi donc ?
- Parce que visiblement Sasuke a tout à voir avec le cheminement de Naruto. Je pense bien qu'il est amoureux de ce gars-là. Tu vois, Sasuke, lui, est magnifique. Ce doit être le seul gars qui est objectivement d'une beauté à couper le souffle, même pour moi, dit-il, narguant Kakashi.
- C'est vrai qu'il est superbe. Mais un peu jeune tout de même », répondit-il.
Soudain, Kakashi revit le visage de Sasuke, côte à côte à celui d'Itachi. Une cloche tinta dans sa tête.
« Les deux se ressemblent énormément, fit-il, certain qu'il mettait le doigt sur quelque chose.
- Naruto et Sasuke ? Pas trop d'accord là-dessus.
- Non, Itachi et Sasuke. Ils se ressemblent beaucoup trop, c'en est presque épeurant. »
Pour une raison obscure à Kakashi, il se mit à cogiter sur ce fait. Deux personnes pouvaient-elles réellement autant se ressembler ? Ça ne pouvait pas être qu'un hasard.
« Si ça se trouve c'est son cousin ou quelque chose du genre. Quoique, j'ai entendu dire qu'il avait un frère, je ne sais pas s'il s'est déjà pointé au collège par contre... Commença Jiraya.
- Un frère ? Oui, il a un frère. Bon sang, je pense qu'il habite avec son frère depuis la mort de ses parents ! Mais pourquoi est-ce que je ne lui ai pas demandé son nom de famille... pesta Kakashi.
- Quel genre de comptable ne donne pas son nom de famille ?
- J'en sais rien, il s'est juste présenté comme étant ''Itachi''. Rien d'autre.
- Étrange. »
Kakashi tira à nouveau sur le filtre de sa cigarette, pensif. En effet, qui ne se présentait pas avec son nom complet dans un contexte professionnel ? Quelqu'un qui ne veut pas qu'on le reconnaisse ? Qui donc ?
« Ouais, c'est un peu étrange, » ajouta-t-il à voix basse.
XX
Itachi entendit vaguement la porte d'entrée s'ouvrir et se fermer tandis qu'il mélangeait nonchalamment des pâtes à l'eau bouillant dans une casserole. Soudain, son sang se glaça quand la voix de son frère s'éleva avec paresse pour former les simples mots: « je suis rentré. »
« Alors, ta journée ? » Demanda l'aîné quand Sasuke se dirigeait vers sa chambre. Itachi devait dire quelque chose, pendant qu'il avait encore le courage de faire ce qu'il lui avait été dicté de faire. S'il continuait de l'ignorer, il allait finir par se dégonfler et il le savait.
Sasuke s'arrêta donc, surpris par la question d'Itachi.
« Normale... Et toi ? Répondit-il maladroitement en se retournant vers son aîné.
- Comme d'habitude: la vie de comptable n'a rien de palpitant. Comment vont tes cours ? Dit-il en délaissant ses pâtes pour s'asseoir au comptoir de cuisine, face à son frère.
- Je viens de remettre une dissertation de philo, répondit-il en s'approchant du comptoir de cuisine, à mi-chemin entre la joie insensée que son frère s'intéressât à lui et le scepticisme que sa raison lui dictait.
- À quel sujet ?
- En gros j'essayais de trouver ce qui rend l'Homme libre.
- Intéressant, tu as lu le mythe de Sysiphe, de Camus ? »
Sasuke rit faiblement. Combien de temps déjà depuis la dernière fois où il avait rit devant son frère ? Et même si son rire était faible, c'était plus qu'il n'avait fait pendant deux longues années.
« Oui, c'est ce qui m'a inspiré à choisir ce sujet.
- C'est un excellent livre, très inspirant en effet, » sourit légèrement Itachi.
Un court silence s'installa, silence au cours duquel l'aîné était intérieurement tiraillé entre le travail qu'il devait accomplir et le plaisir que lui procurait cette si simple conversation avec son frère.
« J'ai eu des nouvelles d'Obito », lança l'aîné presque impulsivement.
Un silence pesant s'installa et Sasuke pâlit: c'était à cause d'Obito que son frère et lui étaient réduis à vivre dans un petit appartement et qu'Itachi devait travailler. L'oncle avait trouvé un moyen de saisir la majorité de l'héritage Uchiwa d'une simple façon: il était devenu l'associé du couple un peu avant leur mort. Aussi, il avait récolté la fortune de l'entreprise et n'avait laissé que quelques miettes aux enfants, mince héritage rapidement épuisé par la nécessité de survivre. L'argent qu'ils avaient reçu leur avait permit de tenir pendant moins d'un an, en somme.
« Qu'est-ce qu'il voulait ? demanda-t-il, cachant difficilement la hargne dans sa voix.
- Nous voir. Il nous a invité à une soirée de famille.
- Quoi ? Mais qu'est-ce qu'il s'imagine ! Il nous a tout pris sans le moindre scrupule et nous a laissé pour compte pendant deux ans ! C'est encore drôle qu'il nous considère comme de la famille ! répondit-il, cédant à sa colère.
- Tu ne veux pas y aller ?
- Évidemment ! Quoi, tu comptes y aller ? s'outrageait-il.
- Oui. »
Si Itachi savait maintenir un visage placide comme personne au monde, en lui bouillonnait une rage immense vis-à-vis de lui-même. Il était tout bonnement en train de manipuler son frère et de jouer avec sa peine. Il n'aurait jamais dû rappeler Obito. Il n'aurait jamais dû être capable de penser à un moyen d'éloigner Sasuke du bonheur. Il regrettait déjà ce qu'il faisait, mais ne pouvait plus faire marche arrière. Le pouvait-il ? L'aurait-il fait ? Le visage de l'aîné restait insondable, et ses pensées commençaient à le devenir aussi.
« Pourquoi ? » Demanda Sasuke.
Itachi passa une main sur son visage pour gagner du temps. Devait-il se rétracter et dire que c'était une mauvaise idée et que Sasuke avait raison ? Il connaissait son frère. Il avait piqué sa curiosité, il était déjà trop tard. Itachi avait ouvert une boîte de Pandore. Il s'était tiré dans le pied.
« Parce que si tu penses que la mort de nos parents était un coup monté, le meilleur endroit où tu peux trouver des pistes est auprès d'Obito. Si ça se trouve, c'est lui qui est derrière tout ça. »
Sasuke écarquilla les yeux. Itachi pu presque entendre les pensées de son frère se succéder à toute allure. Il avait réussi son coup. Bon sang, il avait ouvert la voie vers l'auto-destruction de Sasuke, sa seule famille. Celui qu'il devait protéger et aimer. À ce moment précis, l'aîné était convaincu qu'il n'existait pas assez de mots pour décrire l'étendue et la profondeur de son sentiment de culpabilité.
Un autre silence persista tandis que Sasuke se laissait progressivement envahir à nouveau par son obsession. Son visage changeait de secondes en secondes à mesure que son plan se dessinait dans son crâne, et Itachi réalisa que le Sasuke qu'il avait accueilli quelques minutes plus tôt n'était plus. Il avait tout bousillé, vraiment.
« Tu as raison, dit le plus jeune, résolu. On va se rendre à cette soirée, on va faire comme si on allait bien - mais pas trop non plus. Obito ne doit rien suspecter. Personne ne doit suspecter quoi que ce soit. Pour ce qu'ils en savent, on a passé deux ans à vivre notre deuil. Je vais me rapprocher d'Obito, lui parler affaires, compagnie, profit. Ce connard est tellement obnubilé par l'argent que ça pourrait suffire à l'aveugler sur mes intentions. Et après je vais pouvoir me rapprocher de lui et trouver des preuves, chez lui, à son bureau, trouver les bonnes personnes à interroger. Ça pourrait marcher, Itachi; ça pourrait marcher ! »
Ce dernier observa son frère et ses yeux teintés de folie. Quelque chose se brisa en Itachi. Il avait réussit. Il était presque impossible que l'intérêt de Sasuke pour ce Naruto soit assez fort pour détourner son attention de ce plan. Sauf que Naruto était probablement la seule chose qui aurait pu pousser son frère à passer à autre chose dans sa vie, à aller de l'avant. Itachi réalisa qu'il venait de faire plonger Sasuke deux ans en arrière, dans la douleur et la rancune.
Il avait peut-être tué Sasuke, en fin de compte. Du moins, il avait trouvé précisément ce qu'il fallait pour l'empêcher de vivre. Et à ce moment précis, Itachi se haïssait de toutes ses forces.
XX
« T'as faim ? Je vais aller me chercher quelque chose à manger, demanda Hinata à Naruto, qui entrait des prix dans l'ordinateur de la librairie.
- Ouais, je mangerais bien un ramen au Kimchi. Attend, je vais te donner de l'argent, dit-il, faisant mine de fouiller dans sa poche de jean.
- Pas la peine, je te l'offre, répondit la jeune femme.
- T'es sûre ?
- Ouais, ça me fait plaisir.
- Merci, je te revaudrai ça », sourit-il.
Hinata sourit à son tour avant de sortir sur un son de clochette.
Naruto se concentra à nouveau sur l'ordinateur dans le silence complet, la librairie étant vide à cette heure tardive de la journée. Soudain, la clochette tinta à nouveau.
« Déjà ? Dit-il sans lever les yeux de la machine.
- Déjà quoi ? Répondit une voix masculine que Naruto reconnût immédiatement.
- Sasuke, que me vaut l'honneur de ta présence ? Sourit-il, taquin.
- Pas grand chose, je passais dans le coin. Tu as remis ta dissertation de philo ?
- Ouais, toi ?
- Oui. C'était quoi ton sujet ? »
Naruto délaissa le comptoir et s'approcha de Sasuke, qui se tenait encore tout près de la porte d'entrée.
« C'est un secret, sourit-il.
- Quoi, c'est sur moi ? Se moqua Sasuke.
- Presque, répondit le blond entre la blague et la vérité, déstabilisant le brun.
- D'accord...
- Et toi ?
- La liberté de l'Homme. »
Naruto sourit en repensant à leurs discussions pendant la soirée de la fête. Peut-être que leurs échanges avaient fait leur chemin dans le crâne de Sasuke, après tout.
« Tu termines à quelle heure ? demanda soudain Sasuke.
- Dans une heure environ, pourquoi ?
- Tu veux qu'on aille marcher ? »
Le blond regarda Sasuke d'un autre œil; il n'avait pas vraiment remarqué au moment où le brun était entré dans la librairie, mais à bien l'observer, il vit que son ami avait l'air préoccupé.
« Tu as quelque chose à me dire ? demanda Naruto sans détour.
- Si on veut. Je t'en parlerai si tu viens marcher avec moi après ton quart de travail.
- Ouais, bien sûr.
- Parfait. J'y vais alors, à dans une heure, dit-il en reculant vers la sortie.
- Ok », répondit le blond alors qu'il voyait son ami sortir du magasin.
Quelque chose sonnait définitivement faux, et ce n'était pas cette satané clochette qui résonnait encore dans le silence maintenant pesant de la librairie.
xx
Naruto finissait de passer le balai quand il entendit trois coups dans la vitre de la librairie. Il sursauta légèrement et leva les yeux vers la source du son pour constater que c'était Sasuke qui était arrivé. Pile à l'heure, comme d'habitude. Le blond fit signe à son ami qu'il arrivait dans une seconde, termina rapidement sa tâche, ferma les lumières et sortit du magasin. Il salua Sasuke avant de verrouiller la porte et de commencer à marcher vers son appartement, le brun à ses côtés.
« Tu veux venir parler chez moi ? proposa le blond.
- Non, j'ai vraiment envie de marcher. Ça te va ?
- Ouais, pas de problème. »
Il y avait une tension entre eux, c'était évident. Était-ce à cause de ce qui s'était passé le samedi précédent ? Naruto avait-il fait quelque chose de mal ? Avait-il trop insisté ?
Le blond avait certes beaucoup de qualités, mais la patience n'était pas l'une d'elles. Aussi, il commençait à être vraiment nerveux, d'autant plus que Sasuke, bien qu'il fut aussi froid que la glace, gardait son expression nonchalante habituelle.
« Qu'est-ce qu'il y a alors ? Demanda Naruto, ne tenant plus.
- C'est un peu long à expliquer, ou compliqué. Je ne sais pas trop par où commencer.
- Commence n'importe où, peu importe, mais commence ! J'ai horreur de ce genre d'attente... Ça me stresse, avoua le blond en riant nerveusement.
- Ok, je vais essayer. »
Naruto osa un regard vers le brun. Soudain, il eut l'impression de revoir le Sasuke qu'il avait rencontré au tout début, celui qui semblait être si fort et si sûr de lui. Pourtant, en apprenant à le connaître, le blond avait comprit que cette force apparente n'était en fait qu'une façade pour cacher toutes ses faiblesses; aussi, il se demanda si son ami ne s'était pas simplement renfermé d'avantage sur lui-même depuis les derniers jours. Cette pensée rendit le blond d'autant plus anxieux.
« Est-ce que je t'ai déjà raconté que mes parents sont décédés il y a un peu plus de deux ans ? » lança le brun.
Le blond fut prit de cours. De toutes les choses auxquelles il avait pu s'attendre, celle-là était bien la dernière.
« Euh... Non, fut tout ce qu'il trouva à répondre.
- Le contraire m'aurait étonné, je ne parle pas beaucoup de ces choses-là. Tu as dû remarquer que je suis plutôt secret dans mon genre.
- Ouais, répondit vaguement Naruto.
- Enfin, maintenant je te le dis. Je suis orphelin, moi aussi. »
Aussi ironique que cela pouvait être, le blond ne trouva aucun mot pour réconforter ou simplement pour compatir avec son ami. Et d'un autre côté, il savait pertinemment que parfois il n'y avait juste rien à dire pour améliorer les choses; des fois, le silence était simplement plus approprié. Naruto avait l'habitude des orphelins - en ayant toujours été un, et s'il était une chose qu'il savait, c'était qu'entre eux, à l'orphelinat, ils faisaient comme si de rien n'était. Le sujet « parents » avait toujours été une sorte de tabou entre lui et les autres enfants qui l'entouraient, comme s'ils ne voulaient pas se rappeler qu'ils étaient seuls au monde, sans famille, sans attaches.
« Mais je ne suis pas seul. J'ai un frère. Ça non plus je ne te l'avais pas dit, ajouta-t-il, comme pour faire écho aux pensées de son ami.
- Ça fait toute la différence, tu sais. »
Sasuke n'ajouta rien. Voulait-il laisser parler Naruto, son seul ami, ignorant du fossé immense qui le séparait de son frère ? Le brun s'était juré de ne pas devenir sentimental - il avait quelque peu développé cette habitude, avec le blond. Mais peut-être qu'en laissant le blond expliquer en quoi le fait avoir un frère était une chance pouvait l'aider à s'imaginer que sa vie n'était pas si triste. Cela devait-il être considéré comme de la sentimentalité ? Il n'eut pas le temps d'avantage se le demander.
« Le pire quand on est orphelin, c'est le sentiment qu'on appartient à rien. C'est con, mais de savoir que quelqu'un près de toi partage ton sang, c'est comme de confirmer le fait qu'on vient de quelque part et que forcément, il y a quelque part où on doit aller. Ça ajoute une valeur concrète à l'espace qui nous entoure, au monde, au simple fait d'exister. » débita le blond, plongé à son tour dans ses propres souvenirs.
Le brun laissa passer un temps avant de répondre.
« Tu as surement raison. J'ignore ce que ça fait d'être entièrement seul. »
Un autre silence. Rapidement, Sasuke le brisa.
« Mes parents sont morts dans un accident de voiture. On dit qu'un chauffard leur aurait foncé dedans à toute vitesse. Sauf qu'on n'a jamais retrouvé ce gars, alors on ne peut pas réellement savoir.
- Tu crois que ça pourrait être autre chose ? » demanda le blond, un peu surpris par ce que son ami pouvait insinuer.
Sasuke rit faiblement, d'un rire plat et vide.
« Je suis persuadé que c'est un coup monté.
- Un coup mon-... Mais pourquoi quelqu'un essaierait d'assassiner tes parents ? Ils était dans la mafia ou quoi ? s'étonna Naruto, d'un ton empreint de scepticisme.
- Non, bien sûr que non. Ils étaient patrons d'une grande compagnie d'importation. Tu sais, j'ai vécu dans un manoir pendant la majeure partie de ma vie. » sourit-il, hautain, sans relever le ton de son ami.
Naruto s'arrêta, abasourdi.
« Attends, tu veux dire que t'es riche ? s'exclama-t-il sans le moindre tact.
- Non, justement. Parce que je suis presque certain que quelqu'un voulait s'emparer de la fortune de la compagnie, d'où le coup monté. Et d'où le fait que mon frère et moi vivons dans un petit appartement presque miteux et qu'il doit travailler comme un forcené pour que je puisse poursuivre mes études.
- Oh... désolé, se calma-t-il.
- Ça va. Enfin, si je voulais te parler particulièrement, ce n'est pas pour te raconter mon historique familial. C'était juste un mal nécessaire à ce qui va suivre. »
Tout à coup, l'anxiété du blond refit surface.
« Je vais abandonner mes études en arts pour aller en finances et en politique dans un collège spécialisé. J'ai décidé de résoudre ce mystère que les autorités ont laissé pour compte, probablement après s'être fait passé de grasses enveloppes brunes. C'est typique de ma famille, ce genre de moyens.
- Attends, wow. D'abord, pourquoi irais-tu en finances ? Et ensuite, tes sûrs que t'es parents ne faisaient pas affaires avec la pègre ? Les enveloppes brunes c'est pas tout à fait légal je te signale...
- J'ai dit qu'ils n'étaient pas dans la mafia, nuance. Et mes parents n'étaient pas vraiment croches, sauf que traditionnellement, ma famille l'est. Enfin, ce n'est pas très important. Si je veux aller en finances c'est pour prendre ma place dans l'entreprise de mes parents et trouver qui les a tués.
- Euh, écoute, je ne veux pas te décourager - et tu sais que je vais te soutenir quoi qu'il arrive -, mais tu ne vois pas un peu gros, là ? Je comprends très bien que tu sois peiné par la mort de tes parents, mais je ne pense pas que tu aies les qualifications pour résoudre un crime, pour autant que s'en soit un. D'ailleurs, imagine que tu te trompes et que tes parents soient réellement morts dans un tragique accident ? Tu auras gaspillé ta vie sur une voie que tu n'aimes pas dans un but inutile... Tu ne crois pas que tu devrais simplement aller de l'avant avec ta vie et laisser ça en arrière ? »
Sasuke ne répondit pas de suite. Certes, les mots de Naruto avaient du sens, sauf qu'il ne pouvait pas comprendre. Il n'avait pas perdu ses parents; il n'en avait simplement jamais eu. Et aussi dure cette pensée fut-elle, elle n'en restait pas moins vraie aux yeux du brun. Qui pouvait se mettre à sa place, sinon son frère ?
Ceci dit, il n'avait pas dans ses plans d'argumenter à ce sujet avec le blond. S'il lui avait demandé de marcher avec lui, c'était dans un seul et unique but, et il ne comptait pas s'en éloigner.
« Samedi tu as parlé d'un poids qui pesait sur mes épaules, n'est-ce pas ? demanda soudain le brun.
- Oui, répondit simplement Naruto.
- Et bien c'est ça, mon poids. C'est la mort de mes parents et le mystère qui l'entoure. Je n'arriverai pas à aller de l'avant si je ne peux pas résoudre ce mystère. »
Naruto ne dit rien, prenant le temps d'accepter tranquillement ce fait qui, il le savait, était trop profondément ancré en son ami pour qu'il ait pu le déloger. Du moins, pour le moment.
« Ok, je comprends. Je te soutiendrai quoi qu'il arrive, c'est ce que font les amis, pas vrai ? sourit-il, un peu penaud.
- Sauf que c'est ça le problème. Être ton ami, ça me déconcentre. »
Le sang du blond se glaça. « Est-ce qu'il s'apprête vraiment à me dire ce que je crois qu'il s'apprête à me dire ? » pensa le blond de manière plus ou moins cohérente.
« Qu'est-ce que tu insinues... ? s'aventura Naruto, conscient qu'il s'engageait sur une pente glissante.
- Ce que je veux dire, c'est que depuis qu'on est amis, je n'arrive plus à penser à mes parents. Je deviens sensible et j'oublie ma haine.
- Mais n'est-ce pas une bonne chose, au contraire ? s'indignait-il, non sans ressentir une pointe d'émoi quelque part au fond de lui.
- Ma haine est mon moteur, sans lui je n'avance pas. J'ai besoin de ma haine pour réfléchir correctement, pour prendre les bonnes décisions. Et la bonne décision c'est celle que j'ai prise à la mort de mes parents, celle de devoir faire payer celui qui a fait ça. Tu l'as dit toi-même, sans attaches on est rien.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit que c'est l'impression que ça donnait. Et tu as ton frère, tu m'as moi. Ce n'est pas suffisant pour rebâtir ta vie ?
- Tu ne remplaces pas ma famille, Naruto. Puis notre lien est confus et malsain, au final. »
Voilà, il l'avait dit. La porte qu'il lui restait pour faire taire Naruto.
« '' Confus et malsain '' ? Plus malsain tu veux dire que de courir après un chauffard inconnu qui aurait échafaudé un plan machiavélique pour tuer tes parents ? Laisses-moi rire ! S'emporta le blond.
- Pas le chauffard, lui n'était qu'un pion. L'instigateur du meurtre est bien à l'abri dans un penthouse et récolte l'argent de mes parents sous par sous, confortablement assis dans la chaise de mon père.
- Non mais écoutes-toi parler ! '' Pion '', '' instigateur du meurtre ''... On est pas dans Sherlock Holmes ! Et dis-moi, comment tu vas faire payer cet homme, s'il existe, hein ? Tu comptes le tuer, peut-être ? Parce que de le livrer à la police, ça serait beaucoup trop risqué ! Une enveloppe brune est si vite passée sous une porte ! »
Et le voilà qui se fâchait. Vraiment, un Naruto en colère n'avait rien de glorieux. Ceci dit, ses mots suffirent à tranquillement éprouver la patience de Sasuke.
« Regarde, je m'écoute parler et j'ai envie de rire ! Réalises-tu seulement à quel point c'est ridicule ? Bon sang, Sasuke ! Comment est-ce qu'une telle quête insensée peut-elle te sembler plus utile à ta vie que notre relation ? Je sais qu'elle peut être un peu confuse, je te l'accorde. Mais si c'est ça le problème, je peux te promettre de ne plus jamais t'embrasser ou de te poser des questions sur tes états d'âme. Je suis capable de le faire ! »
Sasuke n'en put plus: il explosa. Le pire, c'était qu'il savait que Naruto avait raison, ou à tout le moins autant raison que lui- ce qui ne faisait qu'aggraver la colère du brun, bien qu'il ne l'eut jamais admis. Depuis qu'il l'avait rencontré, le brun ressentait de moins en moins le vide relié à sa famille; il faisait tranquillement son deuil. Mais si le deuil était une étape normale et saine suite à la perte d'être chers, Sasuke ne voulait pas le faire. Il voulait se venger.
« Le problème, c'est que j'ai une famille, et pas toi. La mienne est démembrée et je la hais, certes, mais j'en ai une. Je n'en ai pas besoin d'une autre. Ce que tu recherches en moi, c'est cette famille que tu n'as jamais eu, et ça, ce n'est pas mon problème. Vois les choses en face Naruto, et arrête de t'accrocher à moi comme à une putain de bouée de sauvetage ! » cracha-t-il, aussi méprisant qu'il le put et en mettant l'accent sur chaque mot destiné à faire souffrir le blond.
Naruto s'arrêta net, signe que Sasuke avait réussit à le piquer à vif.
« Tu sais, parfois tu peux être le pire trou du cul que la terre ait jamais porté », commença le blond, le ton empli d'une colère palpable.
Sasuke se sentait coupable d'avoir retourné le couteau dans la plaie de cette façon; si quelqu'un lui avait parlé de ses parents comme il venait de le faire à Naruto, probablement qu'il l'aurait tué. Mais aux grands maux les grands moyens, disait-on.
« ...Mais je n'abandonnerai pas, continua-t-il. Sache que je me suis fait battre pendant des années parce qu'on m'accusait d'avoir tué mes parents, alors tes conneries sentimentales me passent dix pieds par-dessus la tête ! »
Le brun fut surpris par la soudaine détermination féroce qu'il lisait dans les pupilles de Naruto. Qui donc dans ce bas monde prenait la pire des insultes, destinée à faire pleurer, pour la tourner à son avantage et trouver le bien en elle ? Visiblement, si Naruto pouvait être le plus proche ami du brun, il n'en restait pas moins son Némésis.
« Peu importe à quel point notre relation est confuse, tu es le meilleur ami que je n'ai jamais eu. Et va te faire voir avec tes histoires de familles ! Je ne recherche certainement pas mon père en toi - ou alors j'ai un sérieux complexe qui tend vers l'inceste. Je ne suis pas con, Sasuke. Je sais comment ça marche un cœur torturé. Et je ne vais certainement pas te laisser te faire dominer par ta douleur et par tes peurs. »
Il s'avança vers le brun, encore plus déterminé qu'il ne l'était déjà - si cela était possible.
« Tu ne m'effraies pas avec tes beaux discours froids sur ta haine et ta personne Ô combien rationnelle qui doit réfléchir d'abord et avant tout. À d'autres ! T'es un humain toi aussi que je sache, t'as des putains de sentiments que tu le veuilles ou non. Et sache que si j'ai été capable de me sortir de mon trou grâce à ça, ce n'est pas d'accepter que tu ressens des choses qui t'empêchera de le faire, toi aussi. Et s'il le faut, je suis prêt à enfoncer mon bras au complet dans la merde si c'est pour t'en sortir ! »
Sasuke déglutit. Le visage de Naruto était à présent beaucoup trop près du sien, et bien qu'il se maudit pour avoir une telle pensée, il se dit que jamais dans sa vie quelqu'un n'avait fait preuve d'autant d'audace et de loyauté envers lui. Et, quelque part dans sa tête, une petite voix lui disait qu'il était en train d'œuvrer dans le but d'abandonner cette personne qui, il le réalisait, était bel et bien son seul ami. Et probablement l'homme dont il était, malgré lui, en train de tomber amoureux. Était-ce pour ça qu'il se forçait à le fuir comme la peste ?
Et Naruto ne cillait toujours pas, son expression résolue imperturbable accélérant lentement mais surement le rythme cardiaque du brun. Quelque chose en Sasuke se mourrait de faire un pas de plus vers le blond et d'embrasser tous les merveilleux mots - certes durs, mais tout de même merveilleux - qu'il venait de prononcer. Pourquoi tout cela devait-il être si difficile et incompréhensible?
À cet instant, il s'imagina vivre une autre vie, où il aurait simplement eu un rencart bien ordinaire avec Naruto après être allé le chercher à son travail pour ensuite aller manger un ramen. Par la suite, ils se seraient argumentés à savoir pourquoi ils devaient toujours aller manger des ramens et jamais de la vraie nourriture, et Naruto lui aurait rétorqué que les ramens étaient la seule vraie nourriture, ce à quoi Sasuke aurait répondu en le traitant tout bonnement d'idiot sans goûts culinaires. Ils auraient rit, auraient fait semblant de s'en vouloir, et le blond aurait « rattrapé » le coup en l'emmenant chez lui pour écouter - surprise ! - le film préféré du brun - que Naruto ne comprenait jamais, probablement parce que c'était un film polonais sous-titré en anglais. Dans une autre vie, ils auraient fait l'amour et auraient passé une belle soirée ensemble, se promettant de se refaire ça la semaine suivante - en sachant que ça se reproduirait très certainement le lendemain, comme a chaque fois. Puis ce serait devenu une blague récurrente qu'ils se seraient amusés à faire et qu'ils auraient été seuls à comprendre. Dans une autre vie, peut-être.
« Je ne suis pas ce gars-là Naruto, celui pour qui ça vaut la peine de se battre. Je suis comme Orochimaru, je ne me bats que pour moi-même. Tu ne me connais juste pas assez pour le réaliser. » dit-il, autant pour effacer son songe que pour convaincre le blond de reculer.
Or puisque Naruto ne bougeait pas, ce fut Sasuke qui rétablit la distance entre eux.
« Ne perds pas ton temps avec moi. On ne vit pas dans le même monde; toi, tu vois devant, tu veux devenir quelqu'un de bien. En ça nous sommes fondamentalement différents. Moi, je ne vois que ce qu'il y a derrière, parce que ce sont les énigmes de mon passé qui me retiennent. Si je ne les résout pas, il n'y a aucun moyen pour qu'un jour je vois le monde tel que tu le vois. C'est mon épreuve obligée, et tu ne peux pas me l'enlever. »
Le blond ne dit rien, comme s'il attendait que Sasuke rajoutât quelque chose, en vain. Le brun n'avait plus rien à dire.
« Très bien alors, commença le blond. Ça me semble être un bon défi à relever. Bonne nuit Sasuke. »
Sur ce, il tourna les talons et disparut dans la nuit. Enfin seul, le brun se permit de reprendre son souffle. Il n'était pas certain de s'être débarrassé du blond - pour ne pas dire qu'il était certain de ne pas s'en être débarrassé. Pourtant, ce ne fut pas son sens pragmatique sur-développé qui le convainc qu'il devait s'assurer par tous les moyens de ne plus avoir Naruto dans les pattes, mais le sentiment démesuré de plénitude qui l'habitait à l'idée que ce dernier avait refusé de l'abandonner.
Parce qu'au final, ce n'était pas le blond qui ferait entrave aux plans de Sasuke; c'était son propre amour pour lui. Et c'était seulement là qu'il réalisait à quel point Naruto s'était ancré dans sa vie à un point qu'il n'aurait jamais pu soupçonner.
xxx
« Mais qu'est-ce qu'on s'emmerde », pensa le grand brun longiligne alors qu'il faisait frénétiquement aller ses doigts sur le comptoir du bar.
Cette nuit-là, pour une raison obscure, tout le monde avait sagement décidé de rester chez soi pour dormir ou faire Dieu savait quoi. Aussi, Orochimaru n'avait strictement rien à faire, si ce n'était d'un peu plus constater à chaque instant à quel point il n'avait rien à faire.
« Même le vieux Léonard s'est trouvé une vie ! J'y crois pas, vraiment », pesta-t-il intérieurement.
Il se retourna donc et décida de passer le temps en nettoyant ce qu'il n'avait pas déjà nettoyé, soit les vitres dans lesquelles étaient conservées les quarts de lime et les quelques fruits destinés à orner les cocktails - que personne ne commandait de toute façon. Peut-être qu'après il allait faire des présentations artistiques avec les fruits du présentoir ?
Soudain, la porte d'entrée claqua. Avec espoir, Orochimaru délaissa ses vitres et se rendit au comptoir pour accueillir son premier divertissement depuis la dernière heure. Et quelle ne fut sa surprise quand il vit le jeune Uchiwa avancer vers lui, confiant et respirant le mystère, comme à son habitude. Enfin, il était aussi vrai que l'aîné était depuis longtemps immunisé contre tout subterfuge Uchiwesque.
« Ça alors, si ce n'est pas notre junior Uchiwa préféré, sourit-il.
- Et bien, bravo pour la créativité. Mais j'ai un vrai nom, vous savez, rétorqua-t-il tandis qu'il s'asseyait sur un des tabourets, surplombé des yeux inquisiteurs du serpent.
- Bien sûr que je sais, comment est-ce que je pourrais possiblement oublier ton nom ? Le nargua l'homme.
- Si vous le dites. »
Orochimaru, sans délaisser son sourire mesquin, se retourna et servit un verre de saké à son client.
« Cadeau, il est presque aussi bon que la bière que tu as prise la dernière fois, dit-il en servant Sasuke, non sans lui lancer un clin d'oeil complice que Sasuke n'était pas certain de vouloir comprendre.
- Merci, répondit l'Uchiwa avant de boire une grande gorgée du vin.
- Alors, que me vaut l'immense honneur de ta charmante présence, Sa-chan ? »
Connaissant les Uchiwa - plus particulièrement les deux jeunes frères, Orochimaru vit tout de suite que Sasuke était troublé par quelque chose. Ses traits ne brillaient pas, fut-ce sous l'éclat de la tromperie anticipée ou sous celui de la moquerie, et sa posture, subtilement affaissée, trahissait son esprit las. Sans parler de son regard absent, chose particulièrement rare chez un Uchiwa.
« Je suis venu vous apporter la bonne nouvelle », dit-il simplement.
L'aîné tiqua; il ne s'attendait pas à avoir quelque bonne nouvelle que ce fut, du moins pas avant longtemps. Ceci dit, il ne laissa rien paraître de son trouble.
« Ah bon ? Et quelle est-elle ? » demanda-t-il.
Sasuke leva les yeux et sourit faiblement. Décidément, le jeune Uchiwa n'avait pas choisi sa journée pour essayer de cacher ses émotions à la mauvaise personne.
« Naruto est à toi. J'ai coupé les ponts avec lui.
- Quoi ? » s'étonna-t-il, sans manquer de dénoter que Sasuke l'avait tutoyé. Ce dernier perdait vraiment tous ses moyens.
- Tu m'as bien compris, commença-t-il avant de boire une autre gorgée de son breuvage. J'ai coupé les ponts avec ton ''beau blond national''. Satisfait ? »
Le brun cala d'une traite son saké avec un tel flegme qu'il réussit à arracher un millième de seconde de culpabilité au serpent. Mais ça ne dura pas une miette de plus.
« Évidemment que je suis satisfait. Mais toi, en contrepartie..., commença-t-il, remplissant le verre vide du brun, tu m'as l'air assez abattu. »
Sasuke ne remercia pas son hôte et s'empressa de continuer à boire.
« Et - pas que j'aie l'intention de te faire changer d'avis - pourquoi as-tu fait une telle chose ? Car visiblement, ça ne fait pas ton bonheur, Sa-chan, ajouta l'aîné.
- Parce que j'ai fait un choix, et Naruto contrevenait à ce choix. »
Orochimaru répondit par un « hm! », avant de reprendre la parole.
« Et quel est ce choix ? »
Peut-être que Sasuke allait assez mal pour ne pas que le serpent se donnât la peine de passer par quatre chemins. Ceci dit, Sasuke prit quelques secondes pour réfléchir avant de répondre:
« La justice, cracha-t-il avant de boire une autre gorgée de saké.
- Tu parles de tes parents ? »
Le brun leva les yeux vers Orochimaru et but de re-chef, le geste sec, presque irrité.
« Bingo, dit-il, en cognant son verre contre le comptoir.
- Yahtzee ! », rétorqua le serpent avant de servir Sasuke à nouveau.
Le brun ignora la blague du serpent et but encore avant de plonger dans un silence que son aîné respecta (enfin, il le respecta surtout parce qu'en se faisant, il laissait libre cours aux pensées du brun et qu'ainsi il y avait plus de chances que l'Uchiwa boive et se délie la langue par lui-même). Aussi, comme Orochimaru l'avait prévu, son cadet finit par parler.
« Tu sais, toi et moi on se ressemble beaucoup », lança-t-il.
Le serpent remarqua que les yeux du brun étaient plus rouges qu'à son arrivée, signe que l'alcool commençait à faire son chemin. Et il était aussi de notoriété publique que tout bon Uchiwa ne tenait pas l'alcool. Après tout, c'était bien comme ça qu'il avait eut Itachi, au tout début.
« Tous les deux, on ne fait les choses que dans notre bien. On ne pense pas aux autres, poursuivit-il.
- C'est vrai, acquiesça Orochimaru.
- Et puis au final, on réussit à avoir ce qu'on veut, pas vrai ? »
Le serpent prit un temps, si bien que Sasuke leva les yeux vers lui, comme pour souligner qu'il attendait une réponse.
« Pas forcément, finit-il par avouer.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda le brun - étonnamment - avec honnêteté.
- Et bien, toi, par exemple, tu voudrais venger tes parents, exact ?
- Et je vais le faire.
- Peut-être, mais... commença-t-il, tu voudrais aussi Naruto, je me trompe, Sa-chan ? » finit-il, narquois.
Le brun but une autre gorgée de saké.
« Tout ce que je veux c'est venger mes parents. »
Orochimaru rit franchement.
« Petit menteur, va ! Regarde ta mine, tu es en train de te confier à moi, tu es ivre et tout ça parce que tu viens de larguer Naruto. Dis ce que tu veux, Sa-chan, moi je sais que tu mens, tu ne l'avoueras simplement jamais. »
Le brun ne dit rien quand Orochimaru se pencha vers lui.
« Mais c'est bien, si tu continues de nier tes faiblesses tu finiras par croire toi-même à ton mensonge, n'est-ce pas ? » murmura-t-il.
Sasuke souffla un rire jaune et prit une autre gorgée.
« Et je ne suis pas d'accord avec toi. On se ressemble pas beaucoup, toi et moi. » ajouta l'aîné.
Le brun leva les yeux vers le serpent, interrogatif. Et ce dernier répondit à la question silencieuse:
« Je ne regrette jamais mes choix. »
XXI
« Changé de collège ?! s'exclama Kakashi.
- Moi aussi ça m'a fait un choc. Je ne comprends rien. Je sais que Sasuke était ton dossier, mais je me suis permis de faire des petites recherches dans ses dossiers scolaires pour essayer de démêler tout ça et franchement, ça m'a encore plus mélangé. Il adorait ses cours d'art, même que Mlle. Anko lui avait déjà proposé quelques facultés d'arts plastique très prisées. Ils avaient parlé ensemble de bourses d'études !
- Et tu sais à quel collège il est maintenant ?
- Pas spécifiquement, mais on m'a dit qu'il avait fait sa demande pour aller en finances et en sciences politiques. Ça n'a aucun sens. »
Jiraya tira nerveusement sur sa cigarette tandis que son ami tentait de trouver une signification à tout ce cirque. Pourquoi Sasuke aurait-il changé d'école comme ça, sur un coup de tête ? Surtout qu'il ne l'avait pas fait pour accéder à un meilleur programme d'arts - d'autant plus que celui de leur collège était un des meilleurs du pays. Finances ? Politique ? Que diable pouvait-il être passé par la tête du brun ?
« Tu as parlé à Naruto ? demanda Kakashi.
- Tu parles ! Il n'a rien voulu me dire, mais je crois qu'il sait quelque chose. En fait, le contraire serait étonnant. Mais il avait l'air tendu en classe ses derniers jours. Et voilà qu'on tombe en vacances en plus. On aura aucune occasion de se tenir au courant pendant trois bonnes semaines... »
Les pensées de Kakashi s'entrechoquaient, se criaient les unes sur les autres et s'emmêlaient. Trois semaines sans nouvelles, et hop ! Plus de Sasuke en classe jusqu'à nouvel ordre. il avait lamentablement échoué à sa tâche de pédagogue, vraiment. Parce que si Naruto et Sasuke ne se parlaient plus - ce qui était vraisemblable dans les circonstances -, ça voulait très certainement dire que le nouveau choix de carrière du brun n'était pas survenu dans une perspective de joie et d'allégresse.
« Il faut faire quelque chose, Jiraya. On a choisi d'être profs pour une seule raison, et c'est celle d'aider nos étudiants à s'épanouir.
- Tu sais, c'est peut-être ce qu'il fait. On ne peut par remettre en question ses choix selon nos propres critères... Il aimait les arts, d'accord. Mais peut-être qu'il était aussi très féru de finances et qu'il voulait essayer quelque chose de nouveau ?
- Arrête, Jiraya. Tu vois comme moi que ça n'a aucun sens. On ne planifie pas des demandes de bourses d'études dans un programme quand on n'est pas certain que c'est ce qui nous intéresse vraiment. Et Sasuke n'a jamais été impulsif. Il se dit lui-même très calculateur - pour ne pas dire qu'il en est particulièrement fier -, alors pourquoi aurait-il simplement décidé sur un coup de tête d'abandonner ses projets ?
- Je sais tout ça, je propose juste des hypothèses.
- Et si jamais c'était le cas, poursuivit-il sans tenir compte du commentaire de son ami, Naruto ne ferait pas comme s'il ne savait rien. Ça cache quelque chose, c'est évident. »
Les deux hommes plongèrent à nouveau dans leurs pensées, tirant chacun leur tour sur le filtre de leur cigarette respectives. Tout à coup, Jiraya eut une idée.
« Je vois deux possibles solutions. Enfin, pas pour ramener Sasuke ici, mais à tout le moins pour comprendre ce qui se passe. »
Kakashi se retourna vers son ami, toute ouïe.
« D'abord, on convainc Naruto de nous expliquer l'histoire. S'il le faut, je suis prêt à briser le secret professionnel et lui montrer les dissertations de Sasuke pour le convaincre qu'il y a bel et bien un problème et que lui a toutes les raisons du monde d'essayer de le régler.
- D'accord, ensuite ?
- Ensuite, ce serait à toi de jouer. Sais-tu finalement si Itachi est le frère de Sasuke ?
- J'ai fouillé dans son dossier. Il a un frère qui s'appelle Itachi; ça pourrait ne pas être lui, mais les chances pour que l'Itachi presque identique à Sasuke que je connais ne soit pas son frère sont très minces. Mais que comptes-tu que je fasse ? Je ne peux pas poser des questions personnelles sur son petit-frère comme ça. On se connaît à peine...
- Et bien, tu vas devoir remédier à ça. J'imagine que ça ne va pas de déplaire, dans tous les cas.
- C'est certain que je veux le connaître, mais de là à l'utiliser pour en savoir d'avantage sur son frère...
- C'est tout ce qu'on a, Kakashi. Tu peux refuser, je comprendrais. Mais ça reste quand même la seule personne qui ne suspectera rien venant de toi et qui est proche de Sasuke. Ils vivent ensemble.
- Je sais. C'est bon, je vais trouver un moyen.
- Bien. Mais d'abord, la première étape: Nous devons rencontrer Naruto seuls à seuls. »
Les deux professeurs finirent leur cigarette en vitesse, les jetèrent en entrèrent dans l'édifice. Les vacances étaient commencées: comment allaient-ils contacter Naruto ?
xxx
« Alors comme ça toi et Shikamaru êtes proches ? demanda Naruto à son amie et collègue, tandis qu'ils se dirigeaient vers le bloc appartement du blond.
- Ouais, mais c'est surtout à cause de Kiba. On se fréquente en ce moment et vu qu'il est tout le temps chez Shika, forcément j'ai finit par y être moi aussi.
- Toi et Kiba, vraiment ? Je n'en savais rien.
- Et bien, tu me connais. Je ne suis pas du genre très, disons...
- ... démonstrative ? rit Naruto.
- Ouais », répondit-elle sur le même ton que son ami.
Ils arrivèrent rapidement au bloc et entrèrent aussitôt. Hinata s'arrêta devant la porte de Shikamaru et se retourna vers Naruto qui s'apprêtait à monter à l'étage vers son propre appartement.
« Kiba est là aussi, si tu veux venir », proposa-t-elle, sachant que lui et Naruto étaient pas mal amis.
Hinata avait remarqué que son ami n'avait pas l'air dans son assiette ce jour-là, aussi, elle voulait lui remonter le moral comme elle en savait Kiba capable.
« Merci Hina, mais je suis un peu fatigué. Je vais aller prendre un bain et me coucher, répondit-il poliment, intérieurement touché par la gentillesse de son amie.
- Ok, en tout cas si jamais tu changes d'avis, tu peux passer quand tu veux.
- Merci, amusez-vous bien surtout ! »
Elle lui sourit en retour, et quand Naruto se retourna pour continuer son ascension, elle ouvrit la porte et entra dans l'appartement. Ceci dit, avant que cette dernière ne se refermât, le blond put entendre des exclamations joyeuse provenant de Kiba et d'une autre fille qu'il ne reconnaissait pas, puis il put deviner son voisin saluer nonchalamment Hinata comme lui seul savait si bien le faire. Au moins eux allaient passer un bon moment, ce soir-là.
Sur ce, il entra dans son propre logis, enleva ses bottes et son manteau puis se dirigea vers sa chambre en ignorant volontairement le sofa. Il ne devait pas penser à Sasuke, du moins pas tout de suite. Sauf qu'en se rappelant qu'il ne devait pas penser à lui, il ne put s'empêcher de le faire. Et tranquillement, tandis qu'il s'asseyait à la table de cuisine, quelques souvenirs, bons, mauvais, paroles et regards échangés dans le passé se transformèrent en réflexions aussi déprimantes qu'elles apparurent fondamentales au blond.
Puis, en mordillant inconsciemment l'intérieur de ses joues, Naruto repensa à leur dernière discussion - dispute serait plus juste, à ce qu'il avait dit à son « ami ». Qu'il n'abandonnerait pas, qu'il tiendrait bon et qu'en somme il n'avait pas dit son dernier mot. Certes il aimait Sasuke de tout son cœur. Et le fait qu'il ne pouvait pas regarder son canapé sans ressentir une énorme tristesse et un immense vide était témoin de cet amour. Mais malgré tout, l'esprit du blond était en conflit avec ses émotions, simplement parce qu'il avait reproché certaines choses au brun que, il le réalisait maintenant, lui-même s'apprêtait à faire.
N'avait-il pas dit à Sasuke de ne pas vivre dans le passé, qu'il se devait d'avancer pour être heureux ? Or en restant accroché au brun, c'était ce que Naruto faisait: vivre dans la passé. Son ex-ami avait fait un choix. Il était vrai que le blond n'était pas en accord avec ce choix, mais les adieux ont rarement été le fruit d'un accord tacite: quelqu'un devait toujours souffrir dans ces histoires, disait-on. Alors pourquoi rester accroché, si ce n'était parce que le blond souffrait d'une lourde peine qu'il se refusait à affronter ?
Le blond, accoudé à la table, laissa tomber son visage dans ses paumes avec lassitude et exaspération.
Il n'était pas dupe. Personne n'échappait à ses démons, et Naruto était bien placé pour le savoir. Alors cette peine, il allait devoir lui faire face tôt ou tard, eut-elle à ce moment-là le nom de Sasuke ou celui de quelqu'un d'autre.
Alors que devait-il faire ?
Il pensa au moment présent, à l'appartement de dessous où ses amis s'amusaient, libres d'aimer ou d'être seuls; libres de choisir ce qu'ils désiraient faire, être, devenir; libres de décider de ce qui devait être fait pour leur bien; enfin, libres. Point.
Et lui, que faisait-il ? Le blond se demanda sérieusement ce qu'il était en train de faire, chercha un quelconque sens à toute chose qu'il n'était pas en train d'entreprendre, tout livre qu'il n'était pas en train de lire, et finalement, il comprit. Il comprit à quel point ce qu'il faisait était crucial; à quel point il s'aventurait sur la bonne piste. Il réalisa qu'il approchait de la question qu'il devait se poser et qui allait déterminer ses choix.
Le blond, certain qu'il avait touché quelque chose, releva la tête et accota son menton sur ses mains fermées en poings, le regard concentré et perdu quelque part sur le mur en face de lui.
Il avait beau retourner le problème dans tous les sens, en examiner toutes les coutures, penser à l'avenir, au passé et aux possibles, il n'y avait réellement que le présent qui comptait, à ce moment-là. Si bien qu'au final la question, la bonne question, se formula dans sa tête avec une simplicité déconcertante qui pourtant recelait une signification indicible:
Devait-il descendre rejoindre ses amis, ou rester dans son appartement à broyer du noir ?
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« Et bien, j'admets que ton frère a prit au moins deux ans de moins que toi pour trouver où je travaille, Itachi, se moqua Orochimaru en voyant l'aîné Uchiwa avancer vers le bar derrière lequel le serpent se tenait.
- Fais-moi plaisir, Orochimaru. Ne parles pas de mon frère, rétorqua Itachi en s'asseyant sur un des bancs.
- Oh, mais mon seul objectif est de te faire plaisir, Ita-chan, fit-il, un sourire langoureux trahi par son regard moqueur.
- Comme tu veux. Enfin, je suis venu te voir pour te dire que Sasuke n'allait plus être dans les pattes de ton beau Naruto. Satisfait ?
- Assez oui. Comment tu t'y es pris?
- J'ai ramené les histoires de familles sur la table. Maintenant je ne veux plus en parler. »
Orochimaru approcha son visage d'Itachi et lui susurra comme il l'observait:
« Toi et ton frère êtes vraiment les mêmes... »
Le brun leva les yeux vers son aîné, curieux et irrité.
« De quoi tu parles ?
- Et bien, saches que ton frangin est venu me voir il y a quelques jours de cela, juste après avoir ''coupé les ponts'' avec Naruto.
- En quoi sommes-nous pareils ? répondit Itachi, suspicieux.
- Vos yeux pleins de regrets... Ah ! À le voir, mon coeur s'est presque fendu. Mais bon, tu me connais, je ne fais pas dans la culpabilité... »
Itachi passa durement sa main sur son visage, incapable de savoir s'il allait être capable de se retenir de pleurer. Orochimaru savait-il à quel point il le faisait souffrir ? À quel point il avait créé une situation qui les ferait périr, son frère et lui ?
« Qu'est-ce que tu veux au juste, sale manipulateur ? Dit-il, la voix grave baignée de mépris dont les derniers mots semblaient suinter de rage.
- Ce que je veux ? répondit l'aîné, quelque peu surpris par le ton de l'Uchiwa.
- Oui, ce que tu veux. C'est quoi ton plan dégueulasse, hein ? Tu me fais faire une atrocité, tu t'arranges pour rendre mon frère malheureux, et puis après tu t'amuses à rire de notre souffrance ? Tu joues sur notre culpabilité? » commença-t-il alors qu'il levait lentement mais surement le ton.
« Tu cherches quoi, continua-t-il avant de claquer ses paumes contre le comptoir du bar, un divertissement ? Tu t'emmerdes à ce point ? Putain ! Réalises-tu à quel point je suis un être ignoble, après ce que j'ai fais ? Comment peux-tu t'en amuser, sale monstre ! »
Orochimaru faillit perdre le peu de contenance qu'il avait en voyant les yeux de cet homme qu'il avait aimé se brouiller de larmes. Ceci dit, il ne flancha pas et revêtit plutôt son habituel masque de moquerie.
« Depuis quand est-ce que je te dis ce que je veux ? lança-t-il.
- Qu... Putain de salaud ! » cracha-t-il, avant d'enfoncer son visage dans ses paumes, incapable d'assumer ses larmes qu'il tentait de tarir.
En regardant Itachi pleurer, Orochimaru se rappela combien il avait souffert en voyant son ex-amant pleurer à la mort de ses parents. Il se sentit revenir deux ans dans le passé, quand il n'arrivait plus à soutenir Itachi dans sa peine; quand il n'arrivait plus à supporter sa propre tristesse et la preuve qu'il n'était pas aussi détaché qu'il l'aurait voulu à l'époque. Il se souvint pourquoi il avait fuit. Mais plus encore, il se souvint de la seule décision dans sa vie qu'il avait jamais regrettée; le seul mensonge qu'il s'obstinait encore à répéter à travers sa rhétorique de demi-vérités.
« Itachi, pauvre Itachi... C'est vrai, tu as commis quelque chose d'horrible. Tu as raison...
- Pourquoi me dis-tu ça, connard ? Tu veux que je me décide enfin à te donner la sale raclée que tu mérites ? répondit l'Uchiwa, sans déterrer son visage de ses mains.
- Laisses-moi finir. Si tu regrettes autant ce que tu as fais, répare ton erreur. »
Itachi releva lentement la tête, bouillonnant de rage.
« Tu m'as fait faire ça. Je l'ai fait pour toi. Comment peux-tu me dire que ça ne t'importe pas ? J'ai brisé mon frère pour rien, c'est ce que t'en en train de me dire ?
- Allons, Itachi. Ce n'est pas ton genre de mettre tes erreurs sur le dos des autres, ne commence pas ça.
- Tout ce que je voulais c'était que tu me reviennes... Mais quel con j'ai été..., rumina Itachi avant de donner un coup de poings sur le bar.
- Et ce qui compte maintenant c'est que tu ne sois plus con. Tu as réalisé que ton frère t'importait plus que moi, n'est-ce pas un progrès dans ta vie ? »
l'Uchiwa passa une main dans ses cheveux avec vigueur avant d'ancrer son regard dans celui de son aîné.
« Pourquoi me dis-tu ça maintenant ? Depuis quand mes intérêts sont-ils importants pour toi ? Depuis quand te soucies-tu du progrès que je fais dans ma vie ? »
Orochimaru rit de bon coeur, peut-être pour enterrer ce dernier qui vacillait au même rythme que la voix tremblante de l'Uchiwa.
« Ne te fais pas d'illusion, Ita-chan. Je te fais simplement une fleur pour le service que tu m'as rendu ! Mais souviens-toi de ceci: dès que tu quitteras mon bar et que tu iras tenter tant bien que mal de sauver la mise avec ton frère, toi et moi ne serons plus du même côté dans cette bataille. Et en effet, si tu avais une petite chance de me ravoir en étant de mon côté, tu l'auras entièrement perdue. »
Le serpent s'approcha de son interlocuteur et lui susurra:
« Mais encore une fois, tu as compris que j'étais moins important pour toi que ton frère, alors comment pourrais-tu te tromper ? »
Itachi souffla un rire méprisant et se leva:
« Aucune chance. Les connards dans ton genre n'ont plus rien à m'apporter.
- Oh, allons ! Es-tu en train de me dire que tu ne m'aimes plus ? »
Alors que l'Uchiwa faisait mine de se tourner, il jeta un dernier coup d'oeil à son aîné:
« Malheureusement, tu restes mon plus grand défaut. »
Sur ce, il quitta ce lieu maudit, si vite qu'il ne put lire l'imperceptible amertume peinte sur le visage de cet homme qu'il aimait et haïssait tout à la fois.
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Naruto se tenait devant la porte de son appartement. « Ouvre cette satané porte ! » se répétait-il, ne pouvant se résoudre à sortir de chez lui, comme il ne pouvait rester une seconde de plus dans sa prison. « Ouvre la porte et vas-t'en prendre l'air, va cogner chez Shika, peu importe; mais sort d'ici ! »
Dès qu'il approchait sa main de la poignée il sentait qu'il s'apprêtait à prendre une décision mille fois plus importante que le simple fait de sortir de chez lui. C'était comme ça depuis que Sasuke lui avait dit qu'il voulait couper les ponts avec lui. Depuis qu'il n'avait pas eu le courage de descendre voir ses amis chez Shikamaru. Depuis que, chaque jour où Hinata l'invitait à prendre du bon temps entre amis et que Naruto refusait toujours poliment, il accumulait le regret. Il ne voulait plus s'isoler dans sa solitude et sa tristesse. Mais il n'avait pas la force d'abandonner Sasuke.
Comment aurait-il pu oublier cet homme ? Il en était tombé amoureux dès l'instant où il avait senti sa main se déposer sur son épaule pour clamer son accès de rage; il était devenu ce qu'il était à présent grâce à Sasuke. Il lui devait tout, et si seulement le brun le laissait entrer à nouveau dans sa vie, il lui aurait rendu au centuple tout ce que son ami lui avait donné. Mais Sasuke n'avait pas bougé le petit doigt pour le revoir ou même lui parler depuis ce jour fatidique.
Le brun lui avait reproché de chercher en lui cette famille qu'il n'avait jamais eut. Il était vrai que Naruto n'avait jamais perdu sa famille, mais il sentait depuis quelques jours qu'il avait perdu bien plus que ça. Il avait peur de s'être perdu lui-même. Quels jours l'attendaient, maintenant ? Il s'était donné pour quête de libérer Sasuke de lui-même, ou du moins de l'aider à le faire. Alors quoi, à présent ? Il passerait ses vacances à la librairie et chez Shikamaru, et quand toutes le boutiques allaient être fermées et ses amis, partis rejoindre leurs familles, il serait à nouveau seul au monde. Alors à qui allait-il penser ? À cet homme qu'il aura abandonné à sa propre perte.
Il recula sans quitter des yeux la poignée de sa porte d'entrée. Que devait-il faire ? Peut-être qu'il allait guérir lentement mais surement de cette blessure; peut-être allait-il aussi passer des années à regretter cette personne qu'il aurait aidé à tout prix. Peut-être allait-il finir pas aimer à nouveau, mais qui savait s'il n'allait pas toujours conserver une plaie pour cet ami qu'il aura laissé derrière lui? Parce que Sasuke était d'abord et avant tout ce meilleur ami qu'il n'avait jamais eu. Son coeur se serra à cette pensée.
« Bon sang, reste ou sort, mais fais quelque chose ! » s'ordonna-t-il intérieurement, emplit de cette désagréable sensation d'impuissance.
Il en avait marre de se retrouver devant cette impasse. Pourquoi est-ce que ça devait être si difficile de choisir entre mener sa vie ou se battre pour Sasuke ? Comme la peur pouvait être un handicap !
Soudain, on cogna à la porte. Pendant un cours instant, Naruto resta sur ses gardes, ressentant au fond de lui l'espoir que ce fut Sasuke qui se tenait de l'autre côté de la porte, mais la crainte que cet espoir ne fut rien d'autre que ça; de l'espoir. On cogna de nouveau.
Naruto décida finalement d'ouvrir, et qu'elle ne fut sa surprise lorsqu'il vit son professeur de philosophie se tenir devant lui, un sourire embarrassé au visage.
« Euh, Jiraya-Sensei ? demanda Naruto, surprit.
- Naruto, quel plaisir de te voir !
- Ouais, euh... Qu'est-ce que vous faites ici ? Et comment êtes-vous entré?
- C'était déverrouillé en bas. Je ne te dérange pas j'espère ?
- Non, je... »
Naruto prit une seconde avant de terminer sa phrase.
« J'allais sortir. Vous vouliez me voir, j'imagine ?
- En effet. J'aimerais discuter avec toi, mais d'abord: as-tu faim ?
- Ouais, j'imagine que je mangerais bien un ramen.
- Parfait, je t'invite.
- Ok... Merci.
- Ça fait plaisir. Allez, met ton manteau, je t'attends en bas.
- D'accord... »
Jiraya s'exécuta tandis que le blond enfilait son manteau. Il n'avait jamais vécu une situation aussi absurde de toute sa vie.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous deux dans un petit restaurant à ramen et attendaient leurs commandes.
« Alors, Jiraya-sensei-
- Tu peux m'appeler Jiraya, sourit le vieil homme.
- Ok; alors, Jiraya, pourquoi voulais-tu me parler au juste ? »
L'homme perdit quelque peu son sourire pour revêtir une expression certes sérieuse, mais toujours affable.
« J'aimerais discuter avec toi de Sasuke. »
Naruto fut prit de cours. Pourquoi son professeur était-il venu le chercher chez lui pour parler de Sasuke ? D'autant plus qu'il ne savait pas s'il était prêt à réellement parler de lui avec quelqu'un qu'il connaissait à peine, du moins, pas personnellement. Il n'en avait même pas discuté avec Hinata !
« Pourquoi ? fut tout ce qu'il trouva à répondre.
- En effet, pourquoi ? Tu dois trouver ça horriblement étrange que ton professeur de philo vienne chez toi et t'invite à dîner pour te parler de ton ami.
- Plutôt, oui.
- Je vais t'expliquer les choses autrement: avant de commencer par ''pourquoi je suis ici en ce moment avec toi'', je vais commencer par ''pourquoi Sasuke m'intéresse-t-il au point où je doive être avec toi ici en ce moment'', débita-t-il, un sourire chaleureux sur le visage. Je dirais ceci: je suis professeur pour une seule raison, et c'est celle d'aider mes étudiants quand ils ont vraiment besoin d'aide. Étant professeur de philosophie, j'ai un lien particulier avec mes étudiants, et surtout avec ceux qui souffrent: ceux-ci ont beaucoup plus tendance à parler de sujets qui les touchent directement et à s'ouvrir à travers leurs dissertations... Un peu comme toi, en fait. »
Naruto rit dans sa barbe, d'un rire dénué de toute malice. Il voyait exactement ce que son professeur voulait dire: le blond était passé par là. Son professeur poursuivit son explication:
« Et comme tu dois t'en douter, Sasuke fait partie de ce genre d'étudiants. Enfin, surtout depuis quelques temps; depuis qu'il t'a rencontré. Je n'insinue pas que tu l'as rendu malheureux, évidemment, même bien au contraire. Mais depuis que vous êtes amis, il s'ouvre quand il écrit. Et sa dernière dissertation... Et bien, elle était pleine d'espoir, j'oserais dire. Surtout comparé à sa précédente, qui statuait en résumé l'opposé total de l'espoir. »
Naruto attendit quelques instants, assimilant ce que son professeur venait de lui dire. Rapidement, il fit les liens dans sa tête.
« Vous trouvez que son nouveau choix quant à ses études est inusité. Vous pensez qu'il s'est passé quelque chose entre nous qui l'a fait fuir, n'est-ce pas ? Vous êtes déjà venu me voir pour me demander ce qui se passait avec lui et je vous ai répondu.
- L'as-tu vraiment fait ? Tu es quelqu'un d'intelligent; si je suis ici, c'est certainement parce que je n'ai pas eu de réponses... Et surtout parce que je veux vous aider.
- Nous aider ? Il n'y a plus de ''nous'', professeur. Il n'y en a jamais eu, apparemment.
- Naruto, je veux t'aider. Ta dernière dissertation... Elle était magnifique. J'ai cru que tu avais réussis à te libérer, et je crois toujours que c'est le cas. Je crois aussi que si tu veux aider Sasuke, tu auras besoin d'un coup de main.
- Qu'est-ce qui vous fait dire que je veux l'aider ? »
Jiraya sourit gentiment.
« Je crois que tu n'est pas du genre à abandonner facilement. »
Naruto inspira un bon coup et passa sa main dans ses cheveux sous une impulsion nerveuse. Jiraya voulait l'aider, mais comment pouvait-il le faire ? Lui-même ne savait pas ce qu'il voulait; lui-même cogitait sur cette question depuis maintenant plus d'une semaine. Et tranquillement, il avait finit par se convaincre qu'il devait faire face à sa satané peine une bonne fois pour toute. Mais ce doute, cet insupportable doute, l'empêchait de choisir qu'elle était la bonne décision à prendre.
« Vous voulez me donner un coup de main ? Alors répondez à ma question: si toute ma vie j'ai ressassé mes démons en les utilisant comme arme contre le monde et contre ma solitude, comment être certain que de courir après Sasuke ne reviendrait pas à refaire la même chose ? Je ne prêche plus que par ''ne laisse pas ton passé t'empêcher d'avancer'', et j'aimerais être capable d'appliquer ma propre médecine. Alors quel est le bon choix, professeur ? Oui, je suis triste d'avoir perdu Sasuke. Toute ma vie j'ai été triste et enragé de n'avoir rien, d'avoir perdu ma famille et aujourd'hui j'ai fait la paix avec ça. Ne serait-il pas conséquent de ma part de faire de même par rapport à Sasuke ? »
Jiraya accota ses coudes sur la table et son menton sur ses poings fermés. Naruto avait bien changé depuis qu'il l'avait rencontré, mais il restait toujours le même. il réfléchit un instant avant de répondre.
« Tu sais Naruto, selon moi la plus grande caractéristique propre à l'être humain est sa capacité de raisonner. Cette capacité peut être le plus grand atout, mais aussi le pire des défauts. Je crois que ton raisonnement est excellent, car en effet, tu pourrais travailler à passer à travers ta peine et t'en libérer, avec le temps. Et il est vrai que le passé nous empêche bien souvent d'avancer. Mais tu gardes une vieille habitude, Naruto: tu oublies encore un facteur dans ton calcul.
- Lequel ? » demanda le blond, une pointe d'impatience perçant sa voix.
Jiraya rit légèrement, comme si ce qu'il s'apprêtait à dire était à la fois évident et candide.
« Ton coeur, Naruto. Tes sentiments. Ton instinct, peut-être.
- Mon coeur, sourit le blond, sceptique, en regardant ses mains enlacées sur la table.
- Précisément. Tu me parles de ce que tu pense qui serait bon, tu tires des conclusions de ce que ta raison te dicte; mais que te dis ton coeur, lui ?
- Je n'en sais rien. Mon coeur est allé se couché pour les dix prochaines années. »
Naruto avait répondit sans réfléchir, et à l'instant où il avait dit ces mots, il prit conscience de l'ampleur de cette simple phrase qui s'était voulue cynique. Et quand il leva les yeux vers son professeur, ce dernier souriait avec sérénité.
« Maintenant, comment penses-tu que tu devrais appliquer ta propre médecine; en fuyant tes sentiments comme tu l'as fait pendant des années, ou en les affrontant ? »
Naruto sourit avec faiblesse, mais son sourire mourut rapidement. Il plongeait dans ses pensées. Son professeur avait marqué un point; en fait, il avait visé dans le mile. Même lui n'avait pas vu les choses sous cet angle; il n'avait pas pensé au fait que son amour était un démon auquel il devait faire face, et non pas qu'il devait tenter d'oublier.
Soudain, les ramens furent placés devant eux. Il n'avait plus vraiment faim; il n'avait pas faim de nourriture, mais de Sasuke. Il laissa cet amour qu'il avait essayé d'enterrer en lui se libérer dans ses veines, dans sa chair, dans sa bouche, ses doigts et, jusqu'à la pointe de ses cheveux, il accepta la grandeur de tout ce qu'il ressentait pour le brun. Il eut envie de pleurer. Était-ce ça, la certitude inéluctable d'avoir saisi la vérité ?
« Allez, Naruto, mange ! Tu as besoin de forces maintenant. »
Jiraya était de merveilleuse humeur, et en voyant son large sourire gras, Naruto eut un regain de courage. Oui, il allait avoir besoin de forces.
XXII
Sasuke fouillait dans sa penderie à la recherche de vêtements appropriés pour le dîner de noël qui aurait lieu le surlendemain. Il venait de recevoir une lettre signée personnellement du directeur de l'école de finances lui disant que l'institution serait honorée d'avoir un Uchiwa comme étudiant. Sasuke s'était douté que son nom allait l'aider à être accepté, même s'il avait largement dépassé la date limite d'inscription pour la session d'hiver, mais jamais il n'avait cru que les choses allaient se passer si vite - en même temps, que la patronne d'Itachi fut l'ancienne directrice de l'école avait fort probablement quelque chose à voir avec la rapidité de son admission. Cependant, sa volonté était inébranlable, aussi, il enterra rapidement son pincement au coeur; il devait faire la paix avec son changement de vie. L'art n'avait rien à lui apporter, et quand bien-même il pouvait se tromper là-dessus, ce domaine n'allait certainement pas lui donner sa vengeance.
Sur ces pensées, il trouva enfin son vieux complet noir; celui qu'il avait porté à l'enterrement de ses parents. Quelle ironie. Il essaya néanmoins l'habit et fut ravi de constater qu'il lui allait toujours aussi bien, sinon mieux: il avait pris de la carrure, remplissant encore mieux son veston - qui auparavant avait tendance à tomber un tantinet trop bas sur ses épaules. Désormais, la coupe était parfaite sur lui. Le brun dénicha par la suite une chemise noire et une cravate de même couleur. Peut-être allait-il avoir une allure d'enterrement, mais il n'en avait cure. Si certaines mauvaises langues venaient à critiquer son choix vestimentaire, il en ferait une marque de commerce. Le noir était une couleur sobre; le noir cachait toutes les couleurs, comme son personnage allait devoir masquer ses intentions. Le noir était, en vérité, déjà sa marque de commerce. Sasuke sourit légèrement devant son reflet, entrant lentement mais surement dans son personnage.
« Sasuke ! »
Le cadet sortit de ses pensées en entendant la voix de son frère. Son coeur bondit dans sa poitrine; malgré le caractère glauque de la situation, le brun était heureux, en quelque sorte, que son désir de vengeance l'eut rapproché de son frère.
« J'arrive, » répondit-il, en allant rejoindre son aîné dans la cuisine.
Itachi servait deux assiettes de riz frit aux légumes quand son cadet le rejoignit. Il leva les yeux vers ce dernier et reconnut immédiatement son accoutrement. Il ne put s'empêcher d'observer son frère de haut en bas.
« Je sais, dit ce dernier. Je n'avais rien d'autre, et ce complet me va mieux qu'avant de toute façon. »
Itachi sourit. Quelque part en lui, il fut soulagé que Sasuke n'eut pas choisit ces habits par cynisme.
« C'est vrai, répondit-il. Mais le jour J n'a lieu que dans deux semaines, tu ne devrais pas le salir d'ici-là, sourit-il.
- Je sais, je vais aller me changer. »
Le cadet quitta la cuisine, laissant Itachi seul face à ses réflexions. Comment allait-il réparer son erreur ? « Non, pas trop vite, » se dit-il. Il allait d'abord essayer de lui parler, de tâter le terrain. Après, il allait devoir élaborer un plan.
Rapidement, Sasuke reparu dans la cuisine, vêtu d'un coton-ouaté bleu marin et d'une paire de jeans. L'aîné déposa les assiettes sur la table et ils se mirent à manger.
« Alors, c'est quoi ton plan ? Pour le dîner d'après-demain, je veux dire, demanda Itachi pour entamer la conversation.
- Et bien, je pensais d'abord rencontrer tous les membres de la famille pour rétablir un lien, me réintégrer, faire courir le fait que je vais en finances et en politique. »
Itachi écoutait attentivement, à l'affût de toute perche qu'il aurait pu saisir.
« Toi, continua le cadet, pendant ce temps, tu feras de même mais principalement avec Obito.
- Pourquoi donc ?
- Il s'attend très certainement à voir l'ancien héritier de la compagnie - toi - revenir un jour ou l'autre pour revendiquer son droit sur la compagnie. Ce que tu devras faire, c'est l'approcher pour qu'il ait l'impression que c'est ton plan, ou plutôt que tu essaies de lui cacher ce plan qu'il pensera avoir vu venir. Tu lui racontes la place que tu occupes dans la firme où tu travailles, l'expérience dont tu disposes, vous discutez politique; enfin, tu dois lui donner l'impression qu'il tâte le terrain sans que tu ne le saches. Et après, il fera lui-même le reste du calcul dans sa tête, à savoir que tu es un danger potentiel pour sa position à cause de ton droit de sang sur l'entreprise.
- Tu sais que je n'ai plus aucun droit légal sur Uchiwa Corp., Sasuke.
- Droit Légal, en effet. Mais tous les Uchiwa qui contribuent au prestige de la compagnie, eux, ont toujours été fidèles à nos parents. Obito sais que si tu veux reprendre Uchiwa Corp., tu n'aurais qu'à te faire des alliés importants dans la compagnie qui n'auront qu'à exercer la pression nécessaire sur Obito pour qu'il te cède petit à petit l'entreprise familiale. Et à ce moment-là, si Obito se bat seul avec la loi contre la famille, celle-ci verra le pot-aux-roses quant à son désir de conserver le pouvoir, et il déclarerait une guerre perdue d'avance au pilier-même de l'entreprise. Notre oncle est intelligent, il saura reconnaître le danger que tu représentes pour lui. »
Itachi réfléchit un instant, à la fois surpris de l'intelligence du plan de son frère et inquiet de le voir si enthousiaste à ce sujet.
« Et toi, quel est ton rôle là-dedans ?
- Bien, je ferai exactement ce qu'il s'attend que tu fasses, mais il croira que tu es le danger, pas moi. Et pendant ce temps, je me présenterai à lui comme étant son jeune neveux ambitieux d'apprendre de son expérience et je lui tendrai des perches ici et là pour lui offrir la contre-attaque parfaite.
- Laquelle ? demanda l'aîné, sa nature calculatrice devançant sa raison qui, rapidement, lui cria qu'il devait éloigner son frère de ce plan et non l'y encourager.
- Il sait que tu n'envisagerais jamais d'entrer en guerre contre ton propre frère, celui que tu as protégé et élevé depuis trois ans. Celui que tu as consolé à la mort tragique de ses parents, enfin, ce frère pour qui tu as abandonné tes propres ambitions. Je lui ferai comprendre que son seul moyen de t'empêcher, toi, l'héritier légitime de la compagnie, de lui voler sa place, c'est de me donner l'opportunité d'être à ses côtés dans la compagnie. S'il est brillant, il me nommera son associé - enfin, en devenir, probablement sous condition que j'obtienne mon diplôme - et me montera contre toi. Il me fera croire que ma meilleure chance de réussite est à ses côtés.
- Et s'il n'est pas aussi brillant que tu le prétends ?
- Il l'est. Il ne prendrait pas la chance de tout perdre dans une guerre qu'il ne peut gagner. »
Itachi pensa à toutes les failles possible du plan de son jeune frère; au fait qu'Obito possédait à présent assez de capital politique et financier pour congédier tous les membres de la famille s'il le fallait et embaucher d'autres personnes; à la possibilité que, contrairement aux suppositions de Sasuke, la famille ne comptât aucun allié potentiel à leur cause, et finalement, aux probabilités qu'Obito ne morde tout simplement pas à l'hameçon. Mais si Itachi divulguait ses doutes, son frère ne ferait que s'embourber d'avantage dans son plan. Aussi, il garda le silence à ce sujet.
« Alors, qu'en penses-tu ? demanda Sasuke, brûlant d'impatience.
- Je pense que ça pourrait marcher, répondit l'aîné d'un sourire en coin.
- Moi aussi. Alors prépares-toi, notre oncle ne devra se douter de rien, jubilait le cadet.
- Très bien; maintenant mange avant que ça ne refroidisse, » rétorqua Itachi, taquin.
Cette dernière réplique arracha un faible rire à Sasuke et il mangea, sous les yeux attendris et inquiets de l'aîné.
À cet instant, Itachi réalisa combien son frère était déterminé. Aussi, il vint à une conclusion qui ne lui plut guère: non seulement il allait devoir jouer le jeu, mais en plus, il allait devoir le jouer avec une tierce personne. Car décidément, il était temps de rencontrer le seul allié qui avait une chance de se joindre à sa cause, une cause peut-être même plus perdue que celle dans laquelle son frère allait s'embarquer - celle de sauver Sasuke de lui-même. Et la seule personne qui s'était engagé sur cette voie avec une chance de réussite était la seule personne qui, à présent, était susceptible d'aider Itachi.
C'était donc décidé: le lendemain, il allait trouver ce mystérieux Naruto.
xxx
Naruto tenait dans sa main la dissertation de Sasuke. Enfin, une photocopie, pour être plus précis. Jiraya lui avait bien fait comprendre qu'il allait devoir garder le secret jusque dans sa tombe et même détruire la copie quand le blond allait avoir finit de la lire. Naruto pensa qu'il exagérait, mais après tout, il comprenait les craintes de son professeur: ce qu'il avait fait était complètement anti-professionnel, pour ne pas dire illégal. Il avait donc juré à son aîné de ne jamais révéler avoir eu cette dissertation entre les mains.
Mais voilà; ça faisait maintenant presque une heure qu'il était seul chez lui, assis sur son lit, la feuille toujours pliée entre ses doigts, résolument incapable de la lire. Cependant, il savait qu'il devait le faire. En vérité, il se mourrait de le faire, sauf que quelque chose en lui se sentait presque voyeur à cette idée. s'immiscer dans l'intimité de Sasuke ? C'était si excitant et angoissant à la fois, un peu comme la sensation qu'on éprouve quand on découvre un secret qu'on aurait préféré ne pas connaître. « Tu dois la lire, lui avait dit son professeur. Tu dois voir en ce texte ce que j'ai pu y déceler, et plus important encore, ce que je n'étais pas à même de déceler; tu es le seul qui le connais assez bien pour lire entre les lignes. »
« Facile à dire, » maugréa le blond.
Comment savoir ce que ce texte engendrerait en Naruto; qui pouvait bien prédire quel tumulte émotionnel cette simple lecture pouvait provoquer ?
Le blond passa une main sur son visage, se trouvant pathétique. « Lis-là, bon sang ! » se répétait-il, frustré par sa propre crainte.
Soudain, sous un éclair de courage, Naruto déplia la feuille et lut la première ligne.
« Qu'est-ce qui fait qu'un être humain est libre ?
Certains diront que la Liberté dépend essentiellement des libertés de mouvement, d'expression, d'écriture et de pensée. Autrement dit, qu'un homme libre n'a pas de restrictions sur ces différents plans. D'autres verrons une importance capitale à l'aspect juridique quand il sera question de liberté. Bien que logiques, ces deux thèses ne sont pas celles qui me semblent les plus vraies: en mon sens, la liberté n'existe pas; il faut se l'inventer. En d'autres termes, la liberté d'un homme ne dépend que d'une chose: sa capacité à ressentir qu'il est libre même en sachant qu'il ne l'est pas. »
Naruto sourit malgré lui: c'était exactement la thèse d'Albert Camus dans le Mythe de Sysiphe. Aussi, le blond reconnut invariablement son influence sur le brun, et déjà, il remercia intérieurement son professeur de lui avoir donné ce papier. Il continua de lire, dévorant les mots avec passion et plus vite qu'il ne le désirât, il atteignit les dernières lignes.
« (...) Prenons l'amour, par exemple. L'amour est un sentiment lourd à porter et dont la masse change au gré des jours. Mais si on prend peur de l'amour, ce dernier devient une prison qui nous prive de notre « liberté »; on se dira que parce qu'on aime, nous n'avons plus de contrôle sur nos émotions, que nous sommes dépendants d'une personne et que si demain cette personne mourrait, on se retrouverait privé de tout ce qui peut nous rendre heureux. On se dit que l'amour nous rendra invariablement misérables, et c'est cette crainte qui fait de ce sentiment un poids insupportable sur nos épaules.
Or si on voit l'amour non pas comme un fardeau mais comme un soutien; pas comme une béquille, mais plutôt comme une main qui nous guide dans la pénombre, une main qui, certes, nous tient, mais surtout, qui nous encourage à toujours avancer; si on voit l'amour comme un allié ou un ami, cela ne nous rend-il pas un peu plus libres ?
Vous voyez donc ici que j'ai pris un sentiment puissant que tous et chacun connait, et en l'observant selon deux perspectives opposées, j'ai démontré qu'une facette de ce qui nous rend libre ou non - notre perception de l'amour, dans le cas présent - ne se situe qu'en un seul et même endroit: notre tête.
Aussi, si on est convaincu jusqu'au plus profond de notre être que d'aimer nous rend un peu plus libre, alors nous le sommes. Peu importe les statistiques ou ce que les théories déterministes nous dictent; selon moi, la liberté est une question de sentiment. Si on se sent libre même en étant conscients de notre sort; même si nous savons qu'un jour cet amour qu'on chérit tant nous rendra malheureux et qu'on l'embrasse quand même sans hésitation; si, et seulement si, nous embrassons nos chaînes, à mon avis, nous sommes libres. Car les chaînes ont mille visages, et elles existeront toujours: il s'agit simplement de choisir la couleur qu'elles arboreront et le nom qu'elle porteront. Et si on décide de tirer le meilleur de ce que nos chaînes ont a nous offrir et de vivre pleinement malgré elles, alors on est libres. »
Naruto relut ce dernier passage plusieurs fois, jusqu'à-même le connaitre par coeur. Jamais il n'aurait cru que Sasuke eut pu écrire quelque chose d'aussi chaleureux, lui, de nature si froide. Tout à coup, il eut envie de pleureur. D'une certaine façon, il était ému par ce qu'il venait de lire; touché par ces mots qui, en quelque sorte, parlait de l'amour que Sasuke devait porter pour Naruto. Il en était presque certain: Sasuke l'aimait. Ou l'avait aimé. Et après avoir entendu le brun lui raconter son passé, ce poids qui pesait sur ses épaules, il cru voir plus clair en cet homme qu'il chérissait: il avait été cette main pour Sasuke, celle qui l'avait lentement guidé à travers la noirceur de son passé. Et à présent, il voyait combien le brun avait besoin de lui, plus que jamais. Parce qu'il était retombé dans les limbes sombres desquelles il avait peu à peu commencé à se libérer.
« Pardonnes-moi, Sasuke, se disait-il en serra la feuille contre lui comme s'il s'était agi du brun. Pardonnes-moi, je ne t'abandonnerai plus jamais. Pardonnes-moi, Sasuke... Si tu savais comme je t'aime ! »
Une main qui nous guide à travers la pénombre, avait écrit le brun. Soudain, Naruto revit cette haine qui l'aveuglait et le rongeait, ce jour-là, en classe; il revit la main blanche et légère de Sasuke se déposer sur son épaule comme pour le tirer des eaux tumultueuses dans lesquelles le blond se noyait. Oui, le brun avait été sa main rédemptrice, son guide personnel à travers la pénombre.
Jiraya avait raison; ce texte était plein d'espoir. Mais pas pour Sasuke seulement, pour Naruto aussi. Car grâce à cet espoir, il s'était rendu compte du seul et unique choix qui avait jamais compté dans sa vie:
Celui de porter son rocher, et ce même à bout de forces, s'il le fallait.
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Jiraya contemplait son téléphone depuis maintenant dix minutes. Il savait ce qu'il avait à faire, mais bon sang, après autant d'années sans entretenir la moindre discussion avec cette femme, il avait de quoi stresser.
« Allez, s'intima-t-il. Tu le fais pour Naruto. »
Sur ce, il prit son courage à deux mains et composa le numéro de téléphone qu'il connaissait toujours par coeur - ce qui le surprit lui-même. Quelques secondes plus tard, une voix féminine s'éleva à l'autre bout de la ligne.
« Oui allô ?
- Tsunade, comme ça fait longtemps ! »
Un silence inquiétant s'étira, au cours du quel Jiraya cru sentir sa sueur perler à la surface de ses tempes.
« Jiraya ? demanda la femme, le ton révélant sa suspicion.
- Le seul et l'unique ! Comment vas-tu ?
- J'allais bien, maintenant j'suis plus trop sûre, répondit-elle d'une voix égale.
- Ah ah ah, toujours aussi drôle à ce que je vois, rétorqua l'homme, masquant piètrement sa nervosité.
- Je peux savoir pourquoi tu m'appelles ? »
Jiraya inspira, puisant son courage dans la seule idée qu'il y avait espoir; après tout, elle n'avait pas raccroché.
« J'ai besoin que tu me rendes un service.
- Moi ? Elle est bonne. Passes une bonne journée Jiraya.
- Tsunade, s'il te plaît ! Est-ce qu'on ne pourrait pas au moins se rencontrer pour discuter ? Ce n'est pas à propos de... De nous. Je te le promets. Et c'est vraiment important. »
L'homme sentit un pincement au coeur en repensant à eux pendant quelques brèves secondes. Ceci dit, il ne devait pas se laisser déconcentrer par ses mauvais souvenirs.
« Passes à mon bureau dans vingt minutes. Je t'en laisserai cinq pour m'expliquer le problème.
- Merci beaucoup, j'arrive.
- Bien. À plus tard. »
Jiraya n'eut pas le temps de répondre que Tsunade avait déjà raccroché. Il sourit pour lui-même; peu importe la raison pour laquelle il allait la voir, une part de lui était comblé à l'idée de pouvoir enfin lui parler, et ce même si ce n'était que pour cinq minutes.
Il se prépara donc rapidement et partit dès qu'il fut prêt pour le bureau de son ex-femme. Eh oui, Jiraya, le professeur de philosophie coureur de jupons, avait jadis été marié. Et pas avec n'importe qui; avec la femme la plus intelligente, la plus forte de caractère et la plus indomptable qu'il ait eu la chance de rencontrer dans sa vie. Puis même si c'était lui qui l'avait quittée, il n'avait jamais douté un seul instant depuis que ça avait été la décision la plus stupide qu'il avait pris de sa vie. Mais bon, il avait été jeune et con, comme tout le monde.
Sur ce, il entra dans sa voiture et prit la route vers Godaime et Co., une des institutions financières les plus fructueuses du pays - après Uchiwa Corp., bien sûr. Après quelques minutes, il se stationna près de l'immeuble. Soudain, le stress le rattrapa.
« Pour Naruto et Sasuke, pour Naruto et Sasuke, pour Naruto et Sasuke... » se répétait-il tout bas tandis qu'il entrait dans la bâtisse et en se rendant au bureau de la patronne.
Il s'arrêta tout à coup devant une porte cintrée d'une plaquette de métal sur laquelle il était inscrit « Tsunade Senju. » Il cogna de suite, ne voulant pas perdre son courage. La porte s'ouvrit sur une belle jeune femme aux cheveux bruns, et en voyant Tsunade le regardant derrière son bureau, Jiraya s'empêcha de reluquer la brunette; il avait beau commencer à être vieux, il voulait encore vivre quelques années. Il entra dans la pièce.
« Tsunade, quel plaisir-
- Tu as cinq minutes, dit-elle en regardant sa montre. Merci Shizune, on se revoit plus tard, » finit-elle à l'endroit de la brunette, d'un doux sourire.
Lorsque l'ex couple fut enfin seul, Jiraya commença son récit, qu'il termina par sa requête:
« J'aurais besoin que tu trouves un moyen pour que mon élève puisse entrer à cette soirée de noël qu'organise l'école. Tu étais directrice avant, tu dois bien connaître un moyen, demanda-t-il.
- Je ne peux pas juste demander de faire entrer quelqu'un comme ça, c'est insensé. Et puis je n'ai pas envie de me casser la tête avec une de tes stupides quêtes pédagogiques ou je ne sais trop; tu fais vraiment encore ça ?, répondit-elle, finissant sur le ton de la moquerie.
- Évidemment que je fais encore ça, tu me connais. Comme si j'allais être prof pour enseigner !
- Jiraya, c'est ça la vocation d'un professeur.
- Peut-être bien, mais là on s'éloigne du sujet. Il n'y aurais pas un moyen quelconque ? Je ne sais pas moi, portier ? Concierge ? »
Tsunade, refrénant son agacement, réfléchit quelques secondes. Elle avant certes de la rancune envers Jiraya, mais elle avait toujours été sensible aux bonnes causes - et ce même si elle se moquait de son ex-mari pour en faire de même. Tout à coup, elle eut une idée.
« Laisses-moi faire un appel, j'ai peut-être quelque chose pour lui - Naruto, c'est ça ?
- Exactement. Merci mille fois, tu es une vraie déesse ! s'enthousiasma Jiraya.
- Dis-moi ça une autre fois et je te jure que je raccroche ce foutu téléphone.
- Oui, pardon madame.
- C'est mieux. »
Quelques secondes plus tard, Tsunade discutait avec quelqu'un de sa voix la plus sympathique - si bien que Jiraya en fut d'abord surprit. Puis, alors que les minutes s'étiraient, l'homme détacha son attention de la conversation téléphonique dont il n'entendait que quelques bribes pour se promener dans la pièce, jetant un oeil par-ci, par-là, sur les tableaux, les diplômes et les quelques éléments de décorations enjolivant les murs. Soudain, le femme raccrocha.
« Bon, j'espère que ce Naruto sait bricoler des cocktails parce qu'il est maintenant chef barman à la soirée de noël dans une semaine. »
Tsunade dut se retenir de rire tout son soul en voyant les yeux de Jiraya s'illuminer de mille feux et son sourire ridé s'étirer comme celui d'un enfant.
« Merci ! Merci mille fois encore ! Tu es une dé-euh... une excellente... patronne. »
Cette fois, la blonde ne put s'empêcher de rire.
« C'est bon, vas-t'en maintenant, à la prochaine.
- À la prochaine ? Tu ne me fais pas sortir de ton bureau sous peine de me tuer à mains nues ? s'étonna l'enseignant.
- Jiraya, ça fait des années qu'on ne s'est pas vus. Et je vais commencer à rider si je continue à te haïr activement, sourit-elle maladroitement.
- Très bien alors, à la prochaine. Et peut-être qu'à ce moment-là, on pourra avoir une vraie conversation ? tenta-t-il.
- Peut-être. Allez ouste, maintenant. J'ai du travail. »
Jiraya lui offrit son plus sincère sourire et quitta la pièce.
C'est fou comme elle lui avait manqué.
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« Chef barman ?! C'est à peine si je peux verser une bière dans un verre !
- Ne t'inquiètes pas, c'est dans une semaine, ça me laisse le temps de te montrer quelques trucs, » sourit Jiraya pour rassurer le blond.
Les deux hommes étaient assis à la table de cuisine de Naruto, devant un café. Après avoir quitté le bureau de Tsunade, Jiraya avait cru bon de donner une « formation » rapide au blond aussitôt que possible.
« Toi, tu vas me donner des trucs ? T'es quoi, prof de philo, agent matrimonial et barman à temps partiel ? » rétorqua Naruto, cynique et sceptique.
Jiraya rit de bon coeur.
« Je suis surtout une vieil homme possédant un bagage d'expériences impressionnant.
- Ok, si tu le dis... Bon, on commence par quoi ? »
Alors que Jiraya s'apprêtait à parler, on cogna à la porte.
« Encore ? s'insurgea presque Naruto. Il va vraiment falloir que je dise à Shikamaru de verrouiller la porte d'entrée... Je reviens. » maugréa-t-il en allant ouvrir.
Et quelle ne fut sa surprise quand il vit le sosie parfait de Sasuke, en plus vieux et en plus grand.
« Bonsoir Naruto, je m'appelle Itachi Uchiwa. Je suis le frère de Sasuke.
- Euh, enchanté... »
Naruto avait peine à croire que quelqu'un ressemblant tant à Sasuke se tenait là, devant lui, car si ce n'était de la grandeur, des cernes plus prononcées, du teint légèrement plus foncé et des cheveux plus mats, il aurait pu être Sasuke lui-même. Le coeur du blond se mit à battre plus fort, comme si ce dernier répondait à cette part irrationnelle de son cerveau qui se réjouissait du simple fait d'être face à une autre version de Sasuke.
« Je ne te dérange pas j'espère ? Je suis désolé d'ailleurs de passer à l'improviste comme ça, dit le brun, sortant Naruto de ses réflexions.
- Non ça va, j'étais juste en train de... discuter avec... mon... prof de philo. »
Devant le sourcil levé d'Itachi - habitude visiblement commune aux Uchiwa -, Naruto se gratta nerveusement l'arrière du crâne. Qui diable prenait un café chez soi avec son professeur ?
« Je peux passer un autre jour si tu préfères... proposa Itachi, sans cacher son scepticisme.
- Non, ça va, je m'en allais de toute façon, répondit Jiraya qui était arrivé sans que Naruto ne s'en aperçut. Passez une bonne soirée, on se reparle demain, Naruto, » sourit-il en quittant les lieux.
Itachi se décala pour laisser partir l'enseignant et entra finalement lorsque que Naruto l'y invita.
« Alors... Est-ce que je peux te servir quelque chose à boire ? J'ai de l'eau, du café ou du thé, demanda Naruto, légèrement mal à l'aise.
- Non merci, répondit poliment Itachi. »
Les deux hommes s'assirent à la table de cuisine du blond, l'un en face de l'autre. Le blond ne savait pas quoi dire ou faire, alors il attendit nerveusement que son invité ne prit la parole.
« Tu dois te demander ce que je fais ici, sourit Itachi; du même sourire léger et presque espiègle que Sasuke.
- En effet, répondit le blond avec un peu plus d'assurance, comme s'il avait été conditionné à user de répartie devant une de ces mimiques qu'il pouvait désormais qualifier de « uchiwesques. »
- Bien, je dois t'avouer que je ne sais par où commencer. Tout ce que je sais, c'est que mon frère est en train de s'embourber dans sa propre perte à cause de moi.
- De toi ? fit Naruto, surprit, avant de le réaliser.
- C'est... c'est une longue histoire, puis la honte et la peine qu'elle m'inflige me retiennent encore de te la raconter. Mais peut-être plus tard. »
Naruto fut d'abord étonné et ensuite accablé par la tristesse qu'il lisait sur le beau visage d'Itachi. C'était étrange de ressentir autant de compassion pour quelqu'un qu'il ne connaissait pas; mais encore une fois, il voyait Sasuke en lui. Peut-être que pour ça, après tout, il ne se sentait pas si étranger à cet homme.
« D'accord, mais... pourquoi est-ce tu es venu me voir ? Qu'est-ce que toi, son propre frère, n'est pas dans la mesure de faire pour l'aider ? Je lui ai déjà proposé de simplement le soutenir et il m'a royalement envoyer pâtir, » répondit le blond sans la moindre impatience. Itachi semblait si désespéré que Naruto eut presque envie de le prendre dans ses bras.
Le brun rit sans joie avant de continuer.
« Honnêtement, je n'en ai aucune idée. Tu sais, Sasuke et moi avons passé deux ans sans presque s'adresser la parole. Nous étions tous les deux si tristes de la mort de nos parents, et moi... J'ai été incapable d'être là pour lui. J'ai été le pire frère que la Terre n'ait jamais porté, et je m'en rends compte aujourd'hui; je ne sais pas comment aider Sasuke. Je ne sais plus si je le connais. »
Le blond fut stupéfait de voir Itachi, qui ne le connaissait aucunement, s'ouvrir de la sorte. Et si, comme Sasuke le lui avait déjà dit, les Uchiwa étaient tous de fins manipulateurs qui ne dévoilaient jamais leur jeu, alors Itachi devait être complètement dépassé pas la situation pour se confesser ainsi. Et s'il voulait d'abord aider Sasuke, Naruto se sentit d'un coup empli du désir d'également porter main forte à son frère.
Soudain, il eut une idée. Ce n'était pas grand chose, mais c'était le moins qu'il pouvait faire.
« Je ne peux pas t'aider pour ton lien avec ton frère, du moins pas pour l'instant. Mais si je pouvais entrer en contact avec lui assez longtemps, peut-être que je serais en mesure faire quelque chose. Tu vois, moi aussi de mon côté j'ai fais du travail pour revoir Sasuke; en gros, j'ai réussi à me trouver un emploi au bar pour la soirée de noël que tiendra l'école de Sasuke dans une semaine. Le hic, c'est que je ne peux pas être certain qu'il sera là, et le connaissant, ce n'est vraiment pas son style.
- Tu voudrais que je m'assure qu'il ira à cette soirée ?
- Précisément. Et peut-être... peut-être que si tu m'expliques ce qui s'est passé pour qu'il décide soudainement de venger vos parents je pourrais mieux savoir comment agir avec ça. Tu sais, avoir une idée du portrait global plutôt que quelques bribes ? tenta le blond, sachant néanmoins que c'était un sujet sensible pour Itachi.
Ce dernier passa d'ailleurs sa main sur son visage et dans ses cheveux en regardant le plafond, comme s'il était tiraillé intérieurement entre sa culpabilité et la logique dans ce que Naruto venait de dire.
Il savait que le blond avait raison, qu'il devait tout expliquer, mais il avait si honte. Il se sentait comme le dernier des salopards, et pour ça, il aurait préféré s'enterrer vivant plutôt que de voir le dégoût dépeint sur le magnifique visage de Naruto. Il savait que ce qu'il devait dire allait blesser le blond parce que, forcément, si Sasuke avait décidé de mettre un terme à leur relation, c'était à cause de ce qu'il avait fait par pur égoïsme. Et pour qui, en plus ! Qu'il se haïssait. Dieu qu'il se méprisait. Mais il devait le faire; il devait tout dire. Et si ce n'était sa punition, ça allait être sa rédemption.
« Il y a deux ans, à la mort de nos parents, l'homme que j'aime m'a quitté du jour au lendemain. Il a simplement disparu, comme ça, sans un au revoir ni la moindre explication. J'étais en deuil de mes parents et de mon amour. Depuis, je ne vis qu'à moitié, et on frère aussi, malgré moi. Enfin, c'était vrai, jusqu'à ce que cet homme ne débarque chez moi il y a quelques semaines. »
Il prit une pause. Comment allait-il dire à Naruto la suite des choses ? Il réalisait à peine qu'en ayant exécuté cette stupide tâche pour Orochimaru, il avait contribué à ruiner aussi la vie du blond. Qui savait combien de fois depuis que son frère et Naruto ne se voyait plus le vieux serpent s'était appliqué à harceler ce dernier ?
« Et puis ? encouragea doucement Naruto.
- Et puis... Je... Je ne sais pas comment te dire ça. Je n'ai même pas le droit de te demander pardon, bon sang. Je suis désolé.
- Mais de quoi ? appréhendait le blond.
- Cet homme... c'est Orochimaru.
- Qu... Quoi ? »
Le blond était abasourdi. L'homme dont Itachi avait été amoureux pendant des années, celui qui avait rendu ce dernier malheureux et par le fait-même Sasuke; celui-là même qui, semblait-il, avait quelque chose avoir avec le présent malheur de Sasuke, cet homme-là, c'était Orochimaru ?
« C'est de ma faute si Sasuke a décidé de changer de vie pour le pire, et si je l'ai fait faire une telle chose, c'était par égoïsme, parce que je voulais qu'Orochimaru me revienne. Et pour se faire, je voulais lui faire plaisir, lui être utile. C'était stupide, je sais. L'amour ne marche pas comme ça. Mais j'étais tellement misérable, enfin, je le pensais. Maintenant je sais ce que c'est d'être misérable. Avant, j'étais juste un imbécile qui n'arrivait pas à voir que ce qui m'était le plus précieux vivait sous mon toit et que peut-être... Peut-être qu'il attendait simplement que je lui tende la main. »
Itachi inspira profondément, comme s'il s'empêchait de verser une larme.
« Mais... pourquoi diable Orochimaru voudrait que Sasuke veuille venger ses parents ? »
Le blond était complètement perdu et interloqué par cette histoire invraisemblable où, visiblement, son cercle de connaissances avait quelque chose d'irrémédiablement incestueux.
Soudain, un rire jaune le sortit de ses pensées.
« Tu vois, ça c'était mon idée. Tu n'as pas encore entendu le pire.
- Merde, Itachi, dis-le qu'on en finisse ! s'impatientait le blond.
- Tu sais pourquoi Orochimaru m'a demandé de l'aide ? Je vais te le dire. Il voulait éloigner Sasuke de toi pour pouvoir te récupérer. Ouais; si Sasuke en ce moment se dirige vers un futur qui le détruira, si tu es séparé de mon frère et si je suis aujourd'hui aussi dégueulasse que ce satané serpent, c'est simplement parce qu'il voulait pouvoir continuer à s'envoyer en l'air avec toi. Et moi, moi, j'ai été assez con pour bousiller le deuil de mon frère, et ce pour peut-être avoir une chance de revoir - revoir ! - ce sale connard ! » débita Itachi, en proie à sa tristesse et sa rage grandissante à chaque mot qu'il crachait.
Tout à coup, l'Uciwa s'effondra sur ses bras croisés sur la table, désormais incapable se retenir ses larmes. Il avait trahi son frère à un point inimaginable, et si jamais Itachi avait une chance de prévenir le désastre, jamais il ne mériterait le pardon de Sasuke. Jamais il n'arriverait seulement à se pardonner lui-même.
« Ce... Ça n'a aucun sens, murmura Naruto, incapable de savoir comment il devait réagir.
- Je sais, c'est horrible, comment peut-on faire ça à son propre frère ? Et à toi, même si je ne te connais pas... C'est tout simplement abject... débita le brun, enfoui dans ses propres bras.
- Non, je veux dire, ça n'a aucun sens ! commença le blond, reprenant peu à peu ses esprits. Si Orochimaru sait que Sasuke et moi ne nous voyons plus depuis des semaines, pourquoi ne m'a-t-il pas donné le moindre signe de vie ? Ce salopard n'aurait pas attendu inutilement, crois-moi, je sais de quoi je parle, finit-il, tandis qu'Itachi se redressait lentement sous la surprise, assimilant tranquillement ce que Naruto disait.
- Attends, tu veux dire qu'il ne t'a pas seulement même parlé ?
- Rien, je te dis. J'avais presque oublié qu'il existe, » certifia le blond.
Lentement mais surement, une rage sans nom s'empara d'Itachi. Avait-il fait tout ça pour rien ? Orochimaru se moquait-il réellement de lui à ce point ?
« Je vais le tuer, dit-il d'une voix grave et profonde.
- Itachi, merde, ressaisis-toi un peu ! Tu commences à parler comme Sasuke, et Dieu sait que ce n'est pas un compliment présentement. »
Le brun fut d'abord choqué par la manière dont Naruto venait de s'adresser à lui, mais rapidement il reprit ses esprits. Le blond avait raison; il fallait rester calme. Et pas juste par rapport à Orochimaru: pleurer n'allait rien changer. Il s'était déjà trop laissé aller.
« T'as raison, désolé.
- Bien. Je ne sais pas ce qu'Orochimaru mijote et je ne sais honnêtement pas comment réagir à tout ce que tu viens de me dire. Ceci dit, de penser à ça ne réglera pas notre problème; avant tout, qu'est-ce que tu as dis à Sasuke pour qu'il décide de venger vos parents ? »
Itachi lui raconta tout, la conversation qu'il avait eu avec Obito, le plan de Sasuke et tous les détails qu'il pouvait se remémorer par rapport à ce sujet. Tout au long de son discours il resta aussi en contrôle de ses émotions qu'il le put, ce qui, étrangement, le fit se sentir un peu mieux. Et après quelques minutes, Itachi se tut. Il avait terminé.
« Bon, commença Naruto. On a du pain sur la planche; d'abord, arranges-toi pour que Sasuke vienne à cette foutue fête. Ensuite, on verra ce qu'on peut faire. »
L'aîné acquiesça, soudain plus confiant. Décidément, d'aller voir Naruto avait été une bonne idée. Il ne savait pas si lui ou Sasuke allaient un jour le pardonner d'avoir été un tel enfoiré, mais pour l'instant, il ne pouvait que donner tout ce qu'il avait pour aider son frère.
Et pour ça, ils avaient du pain sur la planche. Cela dit, avant de s'y mettre, il allait passer voir Orochimaru pour lui deux-trois mots de ce qu'il pense de ce parfait salaud.
XXIII
Orochimaru, debout dans l'entrée de son appartement, contemplait les deux dernières années de sa vie. Deux années à travailler dans un bar dont l'adjectif « barbant » semblait relever de l'euphémisme; deux ans à batifoler à droite et à gauche; deux années à travers lesquelles il avait rencontré Naruto, embrassé la haine profonde de ce dernier pour finalement les perdre tous les deux - car non seulement avait-il perdu Naruto, mais ce dernier avait, disait-on, perdu sa propre rage-; rencontré officiellement Sasuke Uchiwa et finalement, revu ce damné d'Itachi, la seule et unique personne existant sur cette Terre capable de chambouler tout ce qui faisait d'Orochimaru le serpent qu'il était. Deux ans s'étalaient devant lui en un bazar sans nom qu'il avait dû nommé son « chez lui. »
Il était donc là, debout dans l'entrée, l'air blasé en contemplant le fouillis, comme si son journal intime avait été éparpillé sur toutes les surfaces horizontales de l'endroit. En bref, deux ans à marcher dans ses erreurs, ses coups d'une nuit, sa cocaïne, ses déchets étalés à la grandeur de l'appartement comme autant de regrets et démons; deux ans de bordel incommensurable qu'il allait devoir empaqueter. Allait-il seulement avoir assez de boîtes ?
Il prendrait le temps et le matériel dont il aurait besoin. Et en temps voulu - bientôt, peut-être ? -, il allait devoir partir.
De toute façon, c'était son plan depuis le début.
Il prit une grande inspiration et commença à ramasser les détritus sur le sol. Une étape à la fois, un mauvais souvenir à la fois. Tout devait être propre à son départ, lui avait-on dit. Son esprit, comme son coeur, comme son appartement. Et après peut-être allait-il pouvoir dormir la conscience tranquille.
Mais chaque chose en son temps; d'abord, la poubelle. Et toute poubelle concernant Orochimaru débordait déjà.
XXIV
Itachi entra dans le bar où travaillait Orochimaru en faisant claquer la porte contre le mur contreplaqué de bois usé. Le serpent se retourna, surpris par le fracas. Et quand il vit son ex amant marcher vers lui d'un pieds ferme et le visage bouillonnant de rage, il se dit qu'il allait enfin avoir ce qu'il méritait.
« Dehors, maintenant, lui ordonna l'Uchiwa sans prendre le temps de le saluer.
- Itachi, je termine mon quart de travail dans quinze minutes.
- Rien à foutre, dehors, tout de suite ! »
Devant la violence d'Itachi, Orochimaru comprit qu'il n'y avait aucune place pour la négociation. Il regarda autour de lui; le bar était vide. Il se pencha donc pour prendre la clé de l'établissement qu'il cachait sous le bar, contourna ce dernier et se dirigea lentement vers la sortie, l'Uchiwa à sa suite. Le serpent avait beau savoir qu'il s'apprêtait à manger une tempête, il n'allait pas laisser paraître la moindre appréhension.
Une fois dehors, il tenta de refréner des frissons engendrés par le froid, verrouilla la porte et mit la clé dans sa poche.
« Dans la ruelle, ordonna Itachi.
- Tiens ? On n'avait pas encore essayé ça, comme c'est excitant !
- La ferme, siffla le cadet.
- Si on ne peut plus s'amuser... » rétorqua Orochimaru, mesquin.
Itachi ne répondit rien, ne voulant pas entrer dans son jeu. Ils arrivèrent finalement dans la ruelle, où Orochimaru s'adossa nonchalamment sur le mur de brique glacé. Il n'eut cependant pas le temps d'en apprécier le « confort »; avant qu'il n'eut pu le réaliser, deux poings fermes l'avaient jeté sur le sol avec violence.
« Pourquoi tu m'as fait faire ça, enfoiré !
- Je te l'ai déjà dit tout ça, Itachi ! Je ne peux pas me passer de Naruto ! Tu sais que personne ne baise comme lui, tenta-t-il, utilisant ses bassesses habituelles pour camoufler la peur qui s'insinuait en lui.
- T'as pas fini de me mentir sale connard ! » cria Itachi en empoignant le collet de son aîné pour le frapper au visage avec force.
Orochimaru prit sur lui et cracha un peu de sang sur le sol enneigé. Si Itachi voulait le battre à mort, il voulait être certain qu'il le fit à bout de haine. Qu'il n'allait pas le regretter.
« Pourquoi te mentirais-je, Itachi ? Je t'aime tellement... » se moqua-t-il.
L'aîné vit le visage de l'Uchiwa passer de la surprise à la tristesse et finalement à la colère. Itachi frappa à nouveau le serpent avec encore plus de puissance. Orochimaru ressentit une douleur fulgurante dans sa bouche, mais c'est en toussant une petite masse solide sur la neige qu'il comprit qu'il avait perdu une dent. Il cracha de nouveau et le goût du sang lui donna la nausée.
« Je ne te savais pas si brutal, si j'avais su je serais resté plus longtemps avec toi pour expérimenter un peu, » sourit-il, narquois.
Comme quoi même quand il était ensanglanté et sur le point de vomir, il ne perdait pas son sixième sens pour trouver comment blesser ceux qu'il aimait. Et en voyant toute la hargne dépeinte sur le visage de son ange noir, il eut envie de lui crier qu'il l'aimait, combien il l'aimait. Il voulait toucher son visage avec tendresse, retracer ses lèvres du bout des doigts; il voulait le serrer contre lui et le bercer.
« Pourquoi tu n'es pas allé le voir ! Pourquoi tu ne lui as pas parlé ! Pourquoi tu ne t'envoies pas en l'air avec lui en ce moment-même ! Pourquoi tu m'as menti ? Qu'est-ce que tu veux, merde ! » hurla Itachi, ses traits désemparés en ses yeux baignés de larmes trahissant la rage dans sa voix.
Orochimaru observa Itachi, détaillant son expression avec la lucidité qui l'avait toujours immunisé contre les masques de l'Uchiwa. Il vit inscrit sur sa face tout l'amour du monde, toute la rancune qu'il lui portait; il y lit l'attente, la longue attente insoutenable qu'il lui avait infligé, tout le malheur qu'il lui avait causé. Le serpent sourit subtilement; oui, il était heureux. Enfin, il avait ce qu'il méritait. Enfin, l'homme qu'il aimait allait peut-être se libérer de lui. Il voulait cette haine, celle qu'il avait tant recherché chez Naruto pour se punir lui-même; Enfin ! l'homme qu'il aimait lui accordait son supplice.
« Tu n'as aucune idée d'à quel point je peux m'ennuyer, Ita-chan, » articula lentement Orochimaru.
Les yeux d'Itachi s'écarquillèrent et, sous un nouvel accès de colère, il plaqua le serpent contre le sol gelé avant de le frapper à nouveau.
« Putain ! Mais qu'est-ce que je t'ai fait ! Tout ce que j'ai toujours fait c'est t'aimer ! Pourquoi me faire vivre un tel enfer ! Merde...» hurla Itachi en fracassant le visage d'Orochimaru.
À bout de forces, Itachi se mit à pleurer à chaudes larmes. Il se redressa, mordant son poings dans une tentative désespérée de taire sa voix brisée par les larmes; en vain. Il piocha dans le mur et dans la poubelle à moitié vide qui se tenait près de l'entrée de la ruelle. L'Uchiwa bouillonnait de rage et de tristesse, en proie au pire sentiment d'impuissance qu'il l'eut jamais habité. Et ses pleurs résonnaient dans la nuit noire, mais personne n'était là pour l'entendre; le vent se levait.
Orochimaru se sentait étourdi par le nombre de coups qu'il avait reçus, mais était toujours bien en vie. Il regardait Itachi frapper tout ce qu'il trouvais autour de lui - hormis lui-même, ce qui surprit quelque peu le serpent. Il observait cet homme et sa tourmente, celle qu'il lui avait infligé comme celle qu'il s'était infligé lui-même.
« C'est dûr de regretter, n'est-ce pas, Ita-chan, dit-il avant de cracher un peu de sang sur le sol blanc, rose et rouge.
- Tais-toi, putain, tais-toi ou je te jure que j'te tue, pleura l'Uchiwa, la voix aussi brisée qu'elle était rageuse.
- Ce sentiment s'infiltre dans nos veines, comme une drogue, sourit le serpent, mesquin, entre deux toux saturées de sang.
Tout à coups, l'Uchiwa renoua avec la réalité. Il vit soudain la figure d'Orochimaru, pleine d'ecchymoses et de sang; il vit son sourire narquois, impossible à effacer de son visage. Le bâtard aurait pu être au bord de l'agonie qu'il aurait conservé ce maudit sourire. À le regarder, Itachi se sentit presque malade.
Il observa son aîné, qui tentait tranquillement de se redresser, et, dans un ultime adieu, il cracha avec mépris:
« Qu'est-ce que tu connais aux regrets ? »
Le sourire d'Orochimaru s'étira tandis qu'Itachi tournait les talons. Et, non sans essuyer un coulis de sang sur le bord de ses lèvres, il dit d'une voix forte et inébranlable:
« Je sais qu'on finit pas les aimer, Ita-chan ! Comme nos propres enfants ! »
Ce à quoi ce dernier répondit, sans pourtant prendre la peine de se retourner:
« Ne t'approches plus jamais de moi ou de mon frère. »
Puis, après une minutes qui sembla durer un éternité, Orochimaru fut à nouveau seul, assis dans la neige et dans son propre sang. Il leva les yeux vers le ciel, y cherchant peut-être quelque chose ? Les étoiles ? La lune ? La neige ?
Il n'y trouva rien, mais n'en ressentit pourtant aucune amertume: il était déjà habitué à ce sentiment.
À suivre...
J'aimerais vraiment avoir vos commentaires les plus honnêtes. J'ai eu beaucoup de difficulté à écrire cette partie-ci, peut-être parce que le personnage d'Itachi est vraiment loin de qui je suis, contrairement à Sasuke ou Naruto? Je ne saurais dire (et vous non plus d'ailleurs puisque vous ne me connaissez pas personnellement, mais bon !), mais ce que VOUS sauriez me dire, c'est si cette difficulté s'est faite ressentir.
Et qu'avez-vous pensé du rythme ? J'ai la nette impression que tout commence à aller plus vite - c'est un peu voulu mais en même-temps ça c'est fait par la force des choses -, et personnellement j'aime ce changement. Mais vous, lectrices, lecteurs: qu'en pensez-vous?
Orochimaru, je sais que PERSONNE (ou presque) parmi vous ne l'aimiez; est-ce toujours le cas ? Commencez-vous à cerner un peu plus le personnage?
Enfin; qu'en avez-vous pensé ?
Encore une fois, merci, cher-ère-s lecteurs et lectrices de suivre ma fiction et de répondre à mes questions. Sachez que je travaille en ce moment-même sur la partie IV !
Éternellement vôtres,
Hily-chan
