Rating :...K :D (c'est fou comme ça change selon les chapitres)

Note : C'est là que ça commence vraiment ! J'aime assez écrire du point de vue de l'autrichien, ach. Mmh, il y a 2/3 termes de musiques classiques un peu... complexes mais j'expliquerai ça à la fin. En espérant que ça plaira-ha-ha-ha ! (faites pas attention, je déraille aujourd'hui)


Roderich Edelstein avait toujours su qu'il était un génie. De la musique, bien entendu. Il n'était pas suffisamment stupidement prétentieux pour oser prétendre être une sorte de demi-dieu. Tout de même. Un peu de mesure.

Car oui mesuré, il l'était. C'était même la principale de ses caractéristiques, sa plus grande qualité (selon lui) et son pire défaut (selon le reste du monde). Seulement, il devait bien l'admettre, son éducation de jeune noble autrichien en cette fin de 19ème siècle n'était pas vraiment un avantage lorsqu'on se destinait à la création artistique. Il avait pourtant l'impression d'avoir fait tout ce qu'il fallait dès qu'il avait pu… Après avoir annoncé à ses très dignes parents qu'il ne comptait pas reprendre le titre et les nombreuses obligations familiales (qui consistaient pour la plupart à se rendre à des bals et autres fêtes) qu'impliquait le très aristocratique nom d'Edelstein, il avait pris un « petit » appartement dans un quartier fréquenté par les artistes en vogue de l'époque. Payé par papa et maman Edelstein, évidemment. Ces deux derniers ne l'avaient d'ailleurs pas empêché d'agir comme il l'entendait, son père pensant que le petit Roderich, élevé dans trois couches de soie et deux de velours ne mettrait pas trois mois avant de rentrer à la maison et, honteux, se consacrerait à son devoir de noble sa mère trouvant que c'était « très romantique » d'avoir un « pianiste de génie, un véritable Mozart ! » dans la famille. Un électron libre, une sorte de rebelle, un petit grain de folie en quelque sorte. Ça fait toujours bien de l'annoncer au milieu d'une réception mondaine.

Le problème étant que quiconque aurait approché herr Roderich ne l'aurait sûrement pas décrit comme étant « un grain de folie ». Strict, académique, classique, amateur de calme et de thé, (oserai-je dire coincé ?) Oui. « Électron libre » ? Non. Le petit pianiste prodige des Edelstein était loin d'avoir cette passion, cette excentricité qui caractérise la plupart des Grands. Ces Maîtres qui s'étaient forgés une réputation à travers le Temps. Etait-ce leur personnalité si… fantasque qui leur avait inspiré leurs chefs-œuvres ? Toutes les frasques de Mozart ou de Liszt avaient-elles une part de responsabilité dans leurs travaux ? Leurs expériences de la vie ? Chez lui, entouré des domestiques qui s'interrompaient pour l'écouter plaquer trois accords, il était persuadé que oui.

Mais depuis qu'il avait quitté ce cocon familial, Roderich Edelstein n'était plus sûr de rien. Il avait trainé dans les bars à la mode, plissé du nez à de nombreuses reprises devant la bruyante attitude de ceux qui s'autoproclamaient « les nouveaux romantiques » ou pire encore. Il ne savait pas s'il préférait en rire ou bien en pleurer. Comme ce n'était pas dans son style de faire l'un ou l'autre, (un noble ne se laissait jamais aller de la sorte, voyons) il se contentait de pousser de légers soupirs méprisant en buvant un thé. Un thé anglais aujourd'hui. Au bout de quelques heures, il en conclut que ce n'était décidément pas dans ce genre d'endroit que l'Inspiration allait lui tomber du ciel. Il s'apprêtait à payer ses consommations et à quitter à jamais ce café, quand il aperçut un homme à une table, une chope de bière dans une main, une plume dans l'autre, fronçant les sourcils d'un air appliqué. L'homme était blond, massif, les épaules si carrées qu'on l'aurait cru taillé dans un bloc de marbre. Herr Edelstein s'approcha avec toute la nonchalante élégance dont il était capable et s'assit en face de l'homme avec un air pincé. On pouvait lui reprocher tout sauf d'être timide. Un aristocrate de sa trempe n'avait pas à être intimidé par qui que ce soit ! L'homme leva un œil bleu et interrogateur par-dessus ses partitions griffonnées.

« Hrm…Hallo ? »

Roderich lui fit un léger sourire, dans le plus pur style aristocratique et donc, légèrement condescendant.

« Puis-je ? » demanda-t-il en prenant les partitions déjà noircies sans attendre de réponse.

Le blond cligna des paupières, un peu décontenancé par ce comportement, mais il n'osa rien dire. L'Edelstein jeta distraitement un œil sur les lignes noires, avant de s'interrompre brutalement et de recommencer à lire.

Gott. C'était bon. Non, c'était plus que ça. C'était meilleur que lui !

Il releva ses yeux violets sur l'homme. Et lui tendit la main.

« Je suis Roderich Edelstein, enchanté. Votre travail m'a…fortement impressionné. Je suis moi-même compositeur, voyez-vous. Et je sais reconnaître un… »…il grinça intérieurement des dents de jalousie. Mais très légèrement, les bonnes manières avant tout. « Un chef d'œuvre quand j'en vois un. Mes félicitations. »

Son interlocuteur cligna à nouveau des yeux, se demandant si l'homme en face de lui avait autant d'assurance dans tout ce qu'il faisait. Et la réponse était oui. Il prit la parole avec un très net accent allemand qui tranchait sur celui, beaucoup plus traînant, de l'autrichien.

«…Je m'appelle Ludwig Weilschmidt, enchanté de même herr Edelstein. Merci pour vos compliments, ils récompensent mon travail. »

Et l'allemand eut une ombre de sourire, chose suffisamment rare pour être mentionnée.


Cela faisait presque deux mois maintenant que Roderich Edelstein et Ludwig Weilschmidt avaient fait connaissance, le blond germanique lui ayant présenté ses amis, la plupart étant en vérité des amis de son frère, et lui avait fait connaître les joies de la beuverie. Joie que le noble autrichien avait très modérément apprécié. Mais, il avait beau être toujours aussi raide et engoncé dans sa conception des bonnes manières, Roderich commençait à apprécier cette vie. Enfin, il l'aurait apprécié s'il n'y avait pas eu ce léger problème.

Il n'avait aucune inspiration.

Depuis qu'il avait vu la symphonie (1) qu'était en train d'écrire Ludwig, il n'arrivait plus à rien. Sa propre symphonie restait au point mort. Et cela le mettait dans tous ses états. Qu'avait donc besoin l'autre allemand d'écrire également une symphonie, d'abord ? Un lied (2) c'était très bien aussi ! Et ça correspondait parfaitement à l'austère allemand, en plus. S'il voulait faire dans l'ambitieux, qu'il fasse un concerto (3) ! Comme ça il pourrait se mettre en avant lui, et sa virtuosité au violon. Mais qu'il lui laisse la symphonie ! Et Roderich de se répéter ça à longueur de journée en faisant les cent pas dans son appartement, regardant ses propres partitions avec écœurement.

Il était en train de perdre son sang-froid. Et ça, c'était encore plus inacceptable que d'avoir le syndrome de la page blanche. Il ne pouvait absolument pas en parler avec Ludwig, et rester seul à ruminer dans sa chambre n'allait sûrement pas arranger les choses. Il attrapa son long manteau bleu marine et sortit. Malgré le fait que le café où il comptait se rendre n'était qu'à une dizaine de mètres, il faillit se perdre quinze fois. Mettons ça sur le compte de l'émotion. Il finit par (miraculeusement) y atterrir, bien décidé à demander conseil à la première connaissance qui se trouverait ici. Et, comble de malchance pour lui, ce ne fut pas l'espagnol avec qui il s'entendait relativement bien mais le français. (Vienne était une ville suffisamment cosmopolite pour que chacun de ses amis soient d'une nationalité différente, si c'était pas beau !)

Ach.


(1) symphonie : ...c'est long. Plusieurs mouvements "joints et disjoints" (merci Wikipédia, je comprends tout à fait ce que tu racontes) et un gros orchestre (dit "orchestre symphonique", que c'est logique). Seul instrument soliste (quand il y en a) : l'orgue. Quand tu veux montrer que tu n'as pas peur de la difficulté, tu fais une symphonie. (quand tu veux frimer aussi)

(2) lied : poème germanique chanté par une voix, accompagnée par un piano ou un ensemble instrumental (Rod pense à ce moment là au fait que le lied peut être un truc plutôt sérieux et complexe, et très allemand)

(3) concerto : forme musicale composée de 3 mouvements, avec un (ou plusieurs) soliste(s) qui dialogue avec un orchestre (ici, c'est Lulu au violon, du moins dans l'imagination de Roddy)

Sinooon, chapitre plutôt court, c'est le découpage qui veut ça ! Et n'hésitez pas à laisser une review au fait :D j'aime la critique quand elle est constructive par contre 3 Et je saiiis que Eli n'est pas encore intervenue dans l'histoire, malgré le fait qu'elle soit un des persos principauuuux. Mais c'est la vie !/évite habilement la poêle qui allait s'abattre sur elle/ Elle arrive dans le prochain chapitre !