Voilà, deuxième vrai chapitre et finalement pas d'apparition d'Eli pour l'instant ! Beaucoup de temps avant d'écrire ce chapitre, mais il me plaît un peu plus que les autres, donc tant mieux.
Merci à Duc-Lotus pour m'avoir gentiment rappelé que le réalisme c'est le bien et empêché de tomber dans les clichés. (allez lire ses trucs, elle fait du hetalia assez cool !)
Merci aussi à Little-Bloody-Thing qui a eu pitié de ma pauvre fic sans review xD Je rigole, merci à toi ! Peu de yaoi dans cette fic et beaucoup de germaniques, désolée ! (bon, par contre Prusse est toujours aussi awesome, mais ça c'est logique)
« Mon très cher Roderich, crois-moi bien quand je te dis être véritablement honoré et ravi par ta demande !»
Cet homme l'insupportait. Avec son ridicule petit bouc blond au menton, ses cheveux de diva et ses manières affectées. Et comme si cela ne suffisait pas, il avait une manière particulièrement agaçante de rire. Une sorte de « honhonhon » tapageur… Un tic déformait de temps à autre le visage de l'autrichien alors qu'il s'efforçait de rester impassible…
« Moi qui te prenais pour un petit snobinard arrogant et sans talent, tu viens de remonter grandement dans mon estime, vois-tu ! Après tout, un mentor ne peut avoir pitié de son disciple, n'est-ce pas ? Ah, mais non ! « Maître », « disciple »… je ne vois pas notre relation prendre ce tour, vraiment ! »
Snobin-… Mais qu'est-ce que ce pauvre abruti de français avait à la fin ! Il avait pourtant été clair ! Francis n'avait qu'à lui donner un seul, un misérable, petit début de réponse ! Pas l'enfoncer en racontant des stupidités ! …Malheureusement le français adorait s'écouter parler, c'était l'évidence même.
« Peut-être…Que dirais-tu de partager d'un peu plus près nos connaissances artistiques, mmmh ? Je ne suis qu'un modeste écrivain mais l'idée de te crayonner nu après une folle nuit d'amour m'insufflerait assez d'inspiration pour une vie entière ! Tu serais ma muse ! »
…Rien que de repenser à ce moment de leur conversation donnait envie à l'autrichien de rendre son petit-déjeuner. Et cette stupide inflexion de la voix sur « modeste » ! Comme si personne ne savait qu'il était connu ! Francis Bonnefoy, ce poète du dimanche, n'avait finalement été d'aucune aide. Roderich s'était levé d'un coup en entendant son écœurant discours et était sorti en trombe du café, prétextant qu'il avait oublié de nourrir son chat.
Et il n'avait même pas de chat.
« Échec » était le mot qui résumait le mieux cette petite excursion. « Échec lamentablement embarrassant » n'était pas mal non plus. L'autrichien marchait dans la rue pavée, essayant d'éviter les flaques d'eau grise. On était en automne et la pluie s'était installée à Vienne, nappant le paysage de brume glacée. Roderich avançait, toujours perdu dans ses pensées, tournant et retournant la question dans son esprit. Toujours la même interrogation, « comment accéder à elle : l'Inspiration, avec un grand I ? » Ludwig-ma-symphonie-est-géniale Weilschmidt était peut-être du genre à retravailler jusqu'à la fin de sa vie sur la même œuvre pour la rendre parfaite, mais le brun n'y croyait pas. Les véritables génies n'étaient pas de sombres bûcheurs. Non, décidément, non. Roderich croyait en l'Illumination. L'Idée tombant du ciel. Cela pouvait paraître étrange pour un homme aussi…strict, mais il s'y tenait. Et, un mot qu'avait dit le français tournoyait dans sa tête, heurtant sa conscience…
« Muse »
Son regard lointain se raffermit. Une muse… Soit. Une…une femme donc. Réelle. Avec des vrais… cheveux et un vrai, hrmmmm… corps. C'était peut-être un peu… Hm. Trop réel. Un certain médecin autrichien aurait certainement trouvé le problème d'herr Roderich Edelstein avec les femmes tout à fait fascinant. Malheureusement pour ce pionnier de la psychanalyse, (Sigmund Freud, pour ne pas le nommer) nous étions en 1872 et il avait alors tout juste dix-sept ans. Roderich échappait donc au divan.
Il marchait d'un pas mesuré, déambulant le long du Ring, ce boulevard annulaire qui encerclait le centre. Il aimait ce lieu, on ne pouvait pas s'y perdre. Tout y était récent, culturel, majestueux. Les lignes droites et la pierre blanche avaient toujours beaucoup plu à l'autrichien. Il s'arrêta devant la façade imposante du Staatsoper, l'opéra d'état de Vienne, inauguré depuis déjà trois ans. Roderich eu un léger sourire en se rappelant de l'inauguration du gigantesque bâtiment. Une fête magnifique, tout à fait en adéquation avec le lieu. On avait joué Don Giovanni de Mozart. Une pure merveille. Il y était allé, accompagné de ses parents. Le lendemain, il décidé de quitter le manoir familial pur s'installer dans le centre. Décision qui avait pris trois ans à se concrétiser, mais peu importe, le Staatsoper était le symbole du plus grand changement de sa vie. Avec toute la modestie qui le caractérisait, Roderich trouvait que l'opéra le représentait assez bien. Et il ne doutait pas un seul instant que ses œuvres y soient jouées. Un jour. Et le plus tôt possible !
Un éclat de voix le détourna de ses pensées. Agacé, il se prépara à foudroyer du regard les manants qui osaient hausser le ton de façon si vulgaire devant son opéra.
« Car je ne puis trouver parmi ces pâles roses
Une fleur qui ressemble à mon rouge idéal. »
La seule phrase qui lui vint à l'esprit devant ce spectacle affligeant était d'un poète français, quelle ironie. Un troupeau de jeunes femmes (non, vraiment, la première idée qui lui venait en tête n'était pas des plus élégantes mais au moins elle était réaliste. Un troupeau, donc) passa près de lui, riant à gorge déployé. Elles étaient… oh, physiquement parlant il n'y avait pas grand-chose à redire, mais qu'elles paraissaient pâles, ces jolies fleurs. Prêtes à se faner dès qu'on les aurait cueillies.
Ha. Quelle pensée déplorable pour un aristocrate de sa trempe ! A coup sûr, le français avait une lamentable influence sur lui. Si on pouvait influencer un noble, ce qui n'était évidemment pas le cas. Empêtré dans sa mauvais foi, l'autrichien évita de peu une flaque boueuse de façon fort peu gracieuse ce qui attira le rire de quelques greluch-…passantes.
Oh, gott. Il venait de trouver le mot parfait pour résumer cette journée : une humiliation.
Or, s'il y avait bien une chose que Roderich Edelstein ne tolérait pas c'était bien l'humiliation.
Une muse, soit ! Peu importe qui elle soit et à quoi elle ressemble. Elle ne resterait qu'une femme parmi les milliers dont comptait cette fabuleuse ville qu'était Vienne. Son éducation l'avait toujours poussé à considérer le sexe faible comme…faible, justement. Les femmes de son milieu étaient de délicieuses petites créatures qu'un rien effarouchait. Fragiles. De jolis bibelots, en somme. Il n'avait qu'à choisir parmi ces…ces potiches. Parfait. Ce ne devait pas être bien difficile. Il n'y avait qu'à voir les spécimens que ramenaient Francis. Et qui, d'ailleurs, lui avaient inspirés ses plus beaux sonnets. C'en était presque rageant. Elles étaient sûrement foule dans la capitale à être prêtes à tout abandonner pour se jeter aux pieds d'un artiste.
Chose qui lui avait toujours paru tout à fait navrant auparavant. Mais, la fin justifiait les moyens, disait-on. Et ce n'était pas comme s'il était sans talent, sans le sous ou même laid. Loin de là. Les regards que lui jetait sa logeuse étaient assez suggestifs comme ça.
Roderich releva le menton avec orgueil. L'humiliation et l'échec ? Oubliés ! Il était temps qu'il prenne sa revanche sur les fem-…la vie. Il allait rentrer calmement chez lui, attendre tout à fait paisiblement une quelconque invitation de la part de Ludwig à aller boire, et proposer à la première jolie femme de devenir sa muse. De toute façon, dans les bars qu'ils fréquentaient, toutes n'attendaient que ça. Elles battaient des cils et prenaient des poses inspirées, dans l'espoir de se faire remarquer par un minable petit gribouilleur qui ferait leur portrait ou un mielleux dans le genre de ce Bonnefoy qui leur susurrerait des vers. Charmant tableau.
C'est avec une démarche nouvellement assurée que Roderich prit le chemin du retour.
Tenta de prendre le chemin du retour.
Faillit réussir à prendre le chemin du retour.
Demanda avec une noble condescendance son chemin.
Ne le trouva toujours pas.
Et finit par prendre un fiacre pour retourner à son domicile.
Il avait toujours eu quelques légères difficultés à se repérer. Mais, qu'avait donc besoin un noble d'avoir le sens de l'orientation ? C'était pour les gens du commun, ce genre de talent. Et lui était indiscutablement au-dessus de la masse.
Néanmoins il poussa la porte de son appartement avec un subtil soupir de soulagement. Peut-être que finalement, il allait rester chez lui ce soir et savourer une bonne tasse de thé en regardant la pluie tomber, mh ? Qu'avait-il besoin de ressortir pour aller s'enivrer (et possiblement trouver la source terrestre de son inspiration) ? Évidemment, c'était sans compter sur le frère aîné de Ludwig. Gilbert. Cet individu était non seulement bruyant et albinos mais également d'une rare grossièreté. Il osait brailler sur tous les tons que l'autrichien était… « coincé ». Et puis, il y avait aussi eu une sombre histoire de balai enfoncé dans une certaine partie de son anatomie et… non, Roderich préférait ne pas s'en rappeler.
Bref, il venait à peine de finir sa première tasse de thé que Gilbert cogna à sa porte.
« Hé, Sissi ! Ouvre, Lud' m'a envoyé te chercher ! »
Sissi (1). Surnom tout à fait discutable que lui avait infligé le prussien, soi-disant parce qu'il était aussi efféminé que l'impératrice (oh, encore une chose à retenir contre lui : l'Empire Prussien avait beau avoir disparu depuis l'année dernière au profit de l'appellation « Empire Allemand », il continuait à se proclamer prussien et pas allemand. N'importe quoi). Roderich soupira longuement et entrouvrit le battant.
« Vraiment.. ? »
Il se fit bousculer et Gilbert entra avec l'air d'un conquérant dans son appartement. Il jeta un coup d'œil circulaire sur la pièce.
« Un grand piano rien que pour toi ? Ha ! On voit bien qu'tes vieux te payent ton loyer ! »
Un piano à queue. De la marque Bösendorfer. PAS un « grand piano ». Cet ignare était tout bonnement insupportable. Roderich reprit la parole en tentant de garder un minimum de bonnes manières.
«C'est cela, oui. Bien…Ludwig voulait donc que tu viennes me chercher. Pour aller quelque part, je suppose. »
Aucune interrogation dans sa voix. Un aristocrate comme lui n'allait pas s'abaisser à poser des questions à un être aussi…énervant.
« Jaaa ! Lud' voulait qu'on te sorte un peu ! Vu qu'tu passes ton temps enfermé, tu risques de moisir ! »
Et ce sinistre imbécile fit entendre son non moins imbécile rire. Pire que le français.
« Kesesesesesesese ! »
Insupportable, véritablement. Roderich ne put maîtriser l'expression d'agacement qui naissait sur ses traits. Tel qu'il connaissait Gilbert, ce parasite allait rester ici jusqu'à ce que l'autrichien accepte de le suivre. Et il n'appréciait pas vraiment de voir un tel individu s'introduire chez lui et salir son parquet. Alors, il allait suivre cet imbécile, pas parce qu'il lui obéissait ou parce qu'il en avait envie mais juste pour sauver son parquet, voilà.
Dans le prochain chapitre, ENFIN, Eli se pointe ! Et beaucoup d'autres persos, ce qui me désespère. Comment justifier le fait que toutes les nationalités du monde débarquent dans un bar ? Ach.
(1)Le surnom de Rod' a été trouvé par une géniallissime (mais si ce mot existe) joueuse de Prusse sur un forum rpg ! Bon, l'explication est de moi, mais je suppose vaguement que ça doit être pour ça...(ou rien à voir, qui sait ?)
Au fait, les vers sont de Baudelaire, le poème c'est l'Idéal. J'aime beaucoup, je vous conseille de le lire, si possible.
Et le mot de la fin, j'adore Francis. J'adore.
