Qu'y a-t-il à dire... J'espère que ça vous plaira ? J'ai eu l'impression d'écrire au ralentit, assez dingue.
Merci à le gentille review d'Akebono mimichan (dont je surkiffe le pseudo au passage) ! C'est vrai que pour le chapitre précédent je m'étais assez torturée l'esprit pour ancrer cette fic dans un contexte un peu plus réaliste, j'espère que ça n'a embrouillé personne !
J'ai profité de ce chapitre pour placer un maximum de persos en priant pour que ça reste crédible ! On a donc une apparition en guest star de Belgique et de Seychelles. Bella étant le nom que je retrouve le plus souvent lorsqu'on parle de la belge, je l'ai donc gardé ici. Et Seychelles n'a pas de nom. Elle n'en a toujours pas dans cette fic :D
Au moment où ils pénétrèrent dans le café, Roderich regretta sa décision. Pas d'orchestre, pas de chandelles, pas de nobles et discrètes conversations sur le thème de l'art. Rien de ce qu'il aimait, en somme. A la place, une chanteuse exotique à la peau caramel chantait en français une mélodie à la mode, des étudiants en arts (les pires) s'enivraient en beuglant leurs théories sur les peintures de leurs contemporains, et ses amis étaient à une table du fond, occupés à rire, draguer ou siffler bière sur bière. L'autrichien était à deux doigts de faire demi-tour pour rentrer et se faire une tasse de thé. Malheureusement, il n'était pas certain de trouver son chemin seul et les fiacres coûtaient cher. Il traversa la salle, Gilbert l'avait abandonné pour aller saluer quelques connaissances. Féminines, évidemment. Un rictus méprisant figé sur les lèvres, Roderich alla s'asseoir sur une banquette de velours râpé, à côté de Ludwig. Ce dernier lui offrit un mince sourire, un hochement de tête et une gorgée de sa bière. Gorgée que l'autrichien refusa poliment. Il préférait le vin, plus raffiné, à la bière. Une jolie serveuse blonde passa à côté de leur table, Roderich l'arrêta pour lui demander d'apporter un thé. Elle le regarda de travers mais lui répondit avec un fort accent belge qu'elle l'amenait tout de suite.
Roderich sentit une main se poser sur son épaule, il se préparait à incendier l'imprudent qui avait osé commettre un pareil acte, quand la voix chaude d'Antonio l'interrompit.
« Alors, Rodrigue ! On ne t'avait plus vu depouis un moment ! »
Une voix chaude à l'accent typiquement ibérique, ce qui était logique puisque Antonio était espagnol. Et peintre. Roderich n'appréciait pas réellement les tableaux de ce dernier, trop de couleurs, de lumière, de mouvement pour lui, mais il ne pouvait pas nier le talent de son ami. Oui, ami. Ou du moins, ce qui s'en rapprochait le plus. L'espagnol était si chaleureux, plein d'enthousiasme et d'optimisme, qu'il était dur de se montrer distant avec lui. Même lorsque vous vous appeliez Roderich Edelstein, alias la Reine des Glaces (autre surnom que lui avait infligé Gilbert, mais celui-là beaucoup de gens l'utilisait, malheureusement).
« Hé ! Ye rêve où tu as commandé un thé ? Bella va croire qué tu te moques d'elle ! »
Antonio adressa un grand sourire à la serveuse blonde et beugla que son « amigo Rodrigue » prendrait une bière. Roderich cru se souvenir qu'entre la blonde et plantureuse belge et son ami, ça n'avait pas été qu'une relation de client et serveuse… Enfin, ce genre d'histoire ne le regardait pas, c'était indigne d'un aristocrate. Son regard s'attarda quelques secondes sur la belge. Pleine de vie, sans aucun doute tout à fait charmante, mais…il manquait quelque chose. Il ne put s'empêcher de sourire imperceptiblement en la voyant grignoter un carreau de chocolat derrière le comptoir. Ah, les courbes généreuses de la blonde trouvaient là leur cause !
« Rodrigue ? Tou regardes Bella ? »
L'autrichien se rendit compte qu'il fixait de façon un peu suspecte la jolie serveuse.
« Hrm. Non, j'étais perdu dans mes pensées. »
L'espagnol eu l'air tout à fait convaincu, du moins, il afficha un grand sourire naïf.
« Oh, ye vois ! C'est vrai ce que Francisco raconte partout ? Tou cherche comment trouver l'inspiration ? »
…Francisco ? Ah, Francis ! Roderich eu une grimace en faisant la liaison entre les deux prénoms. Décidemment, ce français adorait le ridiculiser !
« …oui, en quelque sorte. Je… »
Roderich marqua une légère pause, il avait presque honte de formuler ça.
« …on peut dire que je cherche une muse. »
Antonio éclata d'un rire franc et sonore.
« Ha ! Rodrigue, tou me feras toujours autant rire ! Ça n'a rien à voir ! Tou ne dois pas en « chercher » une ! Elle doit…ah, comment on dit…mmmh…s'imposer à toi, voilà ! »
L'autrichien ne put s'empêcher de rougir, malgré toute son éducation. Il est vrai que cela paraissait un peu…un peu vain comme recherche. Antonio continua sur sa lancée.
« Ma…si tou cherches juste une jolie femme à mettre dans ton lit, ye peux t'aider ! »
Roderich, en train de boire une minuscule gorgée de la bière que la serveuse venait d'apporter, faillit tout recracher. Ce qui aurait gravement nuit à son image.
« Non ! Je…je n'ai pas besoin de ce genre de chose ! Je cherchais une muse pas une…une prostitué ! »
Le prude autrichien rosit fortement en prononçant ce dernier mot. Il espérait que personne n'ai surpris cette partie de la conversation, c'était trop…trop embarrassant. Malheureusement pour lui, c'était une mauvaise journée. Une lourde chope de bière, à demi vide, s'abattit lourdement sur la table. Et le propriétaire de la boisson n'était évidemment personne d'autre que Gilbert Weilschmidt.
« Hein, tu cherches une pute, Roddy ? Tu veux enfin devenir un homme ? »
Le prussien était plié de rire, il tapait à grand coup sur le bois de la table pour marquer son hilarité. Roderich eut soudainement l'envie de lui écraser sa lourde chope en verre sur la joue. « Roddy » ? Cet homme avait apparemment une réserve inépuisable de surnoms stupides. Un long soupir qui réussissait à être à la fois méprisant et dégoûté fut la seule réponse audible de l'autrichien.
« Allez ! Fais pas ton coincé ! Ah, mais ouais, c'est vrai : T'ES coincé ! Non, mais sérieusement, s'tu veux je te présente des copines, hein ! J'suis sûr que Liza, si tu la paies bien, elle te fait tout c'que tu veux ! »
Rire bruyant et clin d'œil immonde. Roderich aurait adoré voir le prussien griller sur un bûcher à cet instant précis. L'espagnol intervint dans la discussion.
« Hem, Gilberto, tou devrais pas parler de Liza comme ça, elle risque de t'entendre… »
« Aaach, mais non ! De toute façon, c'est pas comme si j'avais quoi que ce soit à craindre de c'te fille ! »
Gilbert avait beau prendre un air assuré, il jeta quand même un coup d'œil derrière son épaule, pour vérifier que la « Liza » en question n'était pas dans son dos. Un léger soupir de soulagement s'échappa de sa poitrine quand il constata que la seule personne se trouvant derrière lui était Francis, en train de draguer la chanteuse. Roderich observa le prussien d'un air pincé, alors que ce dernier portait son attention près du comptoir, où quelques filles s'affairaient. L'autrichien suivit distraitement son regard.
La lumière ricochait sur la chevelure châtain d'une jeune femme, qui prenait alors une couleur de miel.
Il serait trop simple de dire qu'il ne vit qu'elle, dès le début. Qu'un rayon divin l'éclairait toute entière. Ce serait trop simple et ce serait un mensonge.
Il vit les boucles brunes. Et détourna la tête, sans plus prêter d'attention à Gilbert et toutes ses « amies ». Francis avait laissé s'échapper la malheureuse chanteuse et cette dernière avait repris sa place, près d'un piano (« bas de gamme » songea l'autrichien) et entonnait un air joyeux. Ses sourcils aristocratiques se froncèrent un peu lorsqu'il observa plus longuement la peau mate de la jeune femme et ses longs cheveux noirs et lisses. Elle avait l'air…exotique. Sa longue robe d'un bleu pâle, coupée à la dernière mode viennoise soulignait son étrangeté.
Il comprenait que Francis s'y intéresse, ce Dom Juan parisien collectionnait les conquêtes et aimait la rareté. Pour sa part, il trouvait la joliesse de la femme un peu trop… tape-à-l'œil.
Roderich détourna le regard de la scène. Sa Muse devait s'imposer à lui, pas l'inverse. Bien, il serait pat-… Non, c'était ridicule, il ne pouvait pas se permettre d'être patient, il avait cette symphonie qui l'attendait, et Ludwig qui était si proche de son but ! Sans s'en rendre compte, l'autrichien crispa le poing. Il se leva.
Il perdait son temps et son argent, rien de plus. Traîner dans des bars ne l'aiderait en rien.
Il se dirigea vers la porte après avoir vaguement salué Antonio et Ludwig, ignoré Francis et Gilbert. Roderich resserra les pans de son manteau bleu marine contre lui et sortit dans l'obscurité pluvieuse d'une nuit d'automne.
Une main aux doigts tâchés d'encre lui attrapa soudain le coude.
« Monsieur .. ! »
Il se retourna au son d'une voix féminine. Un petit bout de femme d'un mètre soixante lui souriait. Dans sa main, le mouchoir qui ne quittait habituellement pas la poche de l'autrichien. Il la détailla pendant quelques millièmes de secondes, avant de tendre les doigts pour récupérer le morceau de tissu.
« Merci bien, frau… ? »
« Erzsébet. Erzsébet Héderváry, Elizabeta pour ceux qui n'arrivent pas à prononcer !
Elle rit. Lui désigne le mouchoir.
«Vous alliez partir sans, l'autre lófasz m'a dit que c'était à vous. »
L'accent hongrois roulait dans les phrases en allemand qu'elle lui adressait. Roderich se passa nerveusement la langue sur sa lèvre inférieure. Erzsébet… Ainsi Gilbert avait une…une amie hongroise. Ce n'était pas vraiment étonnant… Depuis que l'Empire d'Autriche était devenu l'Empire d'Autriche-Hongrie, il avait remarqué de plus en plus de magyars dans les rues de sa capitale. Mais les nobles hongrois préféraient rester à Budapest plutôt que de déplacer leurs cours à Vienne, aussi Roderich n'en avait jamais réellement fréquenté.
Ils avaient une réputation de gens violents, sans aucune éducation, peu raffinés… Mais en voyant la jeune femme devant lui, il avait soudainement du mal à croire à ces bruits de salon. Dans la pénombre de cette rue mal éclairée, il ne percevait qu'un pâle petit visage, un sourire et une longue chevelure brune. Erzsébet... Elizabeta... Eliza-... Etait-ce donc là la fameuse « Liza » dont le prussien lui avait… vanté les mérites ? Roderich fit un pas en arrière, le poing crispé sur le mouchoir.
« Encore merci, frau Héderváry, je vous suis reconnaissant. Il… me faut vous laisser à présent. Bonne soirée mademoiselle. »
Il s'inclina avec raideur et partit sans se retourner, sans pouvoir échapper à l'enthousiaste «Au plaisir de vous revoir, monsieur ! » que Liza lui avait lancé.
Quelques heures plus tard, après avoir tourné en rond dans son quartier, il était enfin chez lui. Il ôta avec minutie ses vêtements, les plia avec soin. Il les déposa dans la grande armoire de bois sombre qui occupait la moitié d'un mur. Enfin, Roderich se glissa dans son lit, après avoir enlevé ses lunettes. Il fixa le plafond pendant une longue minute avant que ses yeux ne glissent sur le piano.
« ...Peut-être… »
Le sommeil le cueillit avant qu'il ne finisse sa phrase.
lófasz est une trèèèès vilaine insulte. Bref, c'est "moins que rien" en plus vulgaire.
Erzsébet est la traduction hongrois de "Elizabeta" j'ai trouvé ça plus crédible qu'elle porte la version hongroise du prénom ! J'ai appris récemment que "Elizaveta" c'est...russe. Ahem.
frau = madame, l'un des seuls mots que je connaisse en allemand. Ach.
Et désolée pour l'atroce accent d'Antonio, mais... Mais un espagnol qui parle allemand c'est trop merveilleux pour que je passe à côté. Parce que oui, ils parlent tous allemand ! On est en Autriche, après tout. Ah, sauf Francis et Roderich qui parlent français entre eux. (Francis, parce qu'il est...français. Et Rod' parce que les nobles apprenaient cette langue en priorité, ça faisait classe)
Allez, le prochain chapitre sera plus court et... un peu bizarre... ein Traum.
