Non, je ne laisserais pas cette fic mourir, nooon ! Ahem, j'ai enfin pu réaliser mon fantasme d'écrire un rêve. D'ailleurs ce chapitre ne devait être qu'un rêve mais j'ai préféré ajouter quelques explications sur Roderich... Le pauvre, je le martyrise. Le concept de la mère névrosée appartient à une joueuse d'Autriche géniale (qui ferait bien de se ramener sur ce site en vitesse avant que je fasse une crise 8D)
Que dire de plus ? Ah, si, j'ai écrit en écoutant l'album Philarmonic de Agnes Obel. Piano!love
Sa chambre était inhabituellement grande. Les murs étaient comme vaporeux, ils se troublaient par instant et laissaient voir la rue. Des inconnus y marchaient au pas, le visage fermé, ils étaient des ombres qui s'évanouissaient sitôt qu'il ne regardait plus. Et lui… lui ne pouvait pas se lever. Avec un sursaut de frayeur, il se rendit compte que son corps était emprisonné dans un fauteuil roulant. Que s'était-il passé ? Pourquoi ne pouvait-il pas marcher ? Qu'avait-on fait de ses jambes ? Qu'en avait-on fait ? Il se rejeta en arrière, blême et ne réussit qu'à faire basculer le fauteuil, et le monde bascula avec lui. Le sol heurta son visage au ralentit.
« Recommence. » Le passage était trop dur, il n'y arriverait pas. Il le savait. Ce n'était pas possible. « Recommence ! » Ses doigts lui faisaient mal, la sueur coulait dans son dos, à moins que ce ne soit ses larmes, oui, peut-être était-ce ses larmes. Il faisait toujours les mêmes erreurs, inlassablement, sans pouvoir se corriger, et Mère avait raison de dire qu'il était une honte pour eux. C'était la vérité. « RECOMMENCE ! » Ses doigts saignaient et le faisaient déraper sur le clavier, mais s'il s'arrêtait pour l'expliquer à Mère, elle le frapperait de toutes ses forces. Un gémissement terrifié résonna dans la pièce et le glaça de peur.
Jardin. Murmure de l'eau dans les fontaines, statues de marbre. Les haies impeccablement taillées tout autour de lui. Il pouvait entendre des voix d'enfants pépier près des rosiers. Les rosiers blancs. Les rouges se trouvaient de l'autre côté de la propriété. Les rouges étaient dangereux, trop d'épines. Beaucoup trop dangereux. Les enfants jouaient gentiment, des éclats de rire perçaient le calme bruissement du jardin. Il s'arrêta près d'une statue et accepta le verre d'eau qu'elle lui tendait. Il détourna le regard et but une gorgée. L'eau s'était changée en un vin au goût métallique. Il jeta un regard furieux à la statue. La chaleur du soleil se fit plus forte sur sa nuque.
Elle était là. Elle était là et chacun de ses mouvements étaient porteurs de plus de sens que le monde entier. A contre-jour devant une fenêtre, son ombre se découpait sur la lumière. Il pouvait sentir la moindre de ses inspirations, l'ondulation chaude de ses cheveux. Son poignet collé au rideau de velours. Elle se tourna à demi vers lui, son profil net et sombre, la courbe de ses lèvres et de sa mâchoire… Elle souriait et c'était le sourire sans raison des fées et des sorcières… Le sourire des ensorceleuses. Un craquement de papier sous ses pieds. Des partitions noircies. Symphonie. « Au plaisir de vous revoir, monsieur… » Il en hurla.
C'est son propre cri qui réveilla Roderich Edelstein au petit matin, dans son appartement. Rien n'était inhabituel sauf la dureté de son lit. Qui se trouvait être le sol. Bon, il avait dû tomber en se débattant dans son… rêve. Ses yeux se fixèrent machinalement sur la fenêtre qui lui faisait face. Les rideaux de velours étaient tirés, il n'y avait pas de lumière éclatante, ni de… ni de femme. Il avala sa salive avec un manque de distinction qui aurait fait se hausser les sourcils de sa mère. Sa mère. Elle était dans son songe. Il ne tenta pas de retenir les bribes de rêve, qui lui fileraient entre les doigts de toute façon. Son cœur battait à une vitesse qui l'alarma un peu, il posa sa main sur sa poitrine dans une vaine tentative de le calmer. Ce n'était qu'un rêve, après tout. Il rejeta le drap qui l'avait suivi dans sa chute et se releva pour s'asseoir sur son matelas, les pieds posés sur la descente de lit. Qui n'était qu'un tapis élimé, soit. Mais Roderich continuerait à l'appeler « descente de lit » jusqu'à son dernier souffle, s'il le fallait. Les illusions, les titres, les noms, c'était tout ce qui lui restait. Peu importe qu'il se voile la face et prétende que ses parents l'avaient laissé vivre sa vie au lieu de déclarer qu'ils l'avaient jeté à la porte. Il n'était pas plus noble que Gilbert Beilschmidt. Il n'était plus noble. Déshérité. Déchu. Et nous n'en étions encore qu'aux d. Peu importe qu'il prétende que sa symphonie était nécessaire à sa gloire, au lieu d'avouer qu'elle était le seul moyen de lui éviter l'humiliation de la pauvreté. Ses parents lui avaient donné cet appartement pour qu'il disparaisse de leur vue, mais ses propres finances ne le maintiendraient pas à flot assez longtemps… Il ne savait rien faire, n'avait jamais travaillé de sa vie. Et ce serait la honte suprême pour lui de devoir le faire. Sa vie d'aristocrate ne tenait plus que par quelques fils fanés et il angoissait de les voir céder. Assit sur le rebord de son lit, il se tenait la tête entre les mains. L'inspiration le fuyait. Sa famille le rejetait pour un seul manquement aux règles. L'argent fondait. Pour un peu, il aurait cédé aux sirènes de l'opium que lui vantait Francis et se serait laissé aller à une béatitude reposante.
Il inspira profondément, opposant son inébranlable foi en son talent aux angoisses qui le pourchassaient. Comme chaque matin. Il redoutait le jour où il n'aurait plus assez confiance en lui pour pouvoir contrer son pessimisme. Il se leva, passa une robe de chambre rapiécée aux coudes et tira les rideaux. La lumière pâle et la caresse du soleil lui rappelèrent un profil féminin et un sourire… Erszébét… Elisabeth. Liza. Il ferma les yeux et son front s'appuya contre le verre frais de la fenêtre. Elle avait quelque chose de spéciale. Peut-être lié à son statut de… Hrm. Prostituée. Elle avait l'air innocente pourtant… Enfin, Gilbert ne lui aurait pas dit ça sans raisons, n'est-ce pas ? Il soupira un peu, son souffle traça un cercle de buée sur la vitre. Il s'écarta de la fenêtre et partit en quête de sa chemise. Une nouvelle journée débutait.
Mmh. Je trouve ça court, définitivement. Mais faire un chapitre de 5 pages word sur un rêve aurait été traumatisant :D Ah, et ceux qui se sont amusé à compter les mots des "morceaux de rêves" se seront rendu compte qu'ils font tous 113. Quelqu'un a dit sociopathe ?
