Disclaimer: Les personnages sont à Himaruya-seinseï. L'histoire de Pygmalion et Galatée est quant à elle libre de droits d'auteurs et tombée dans le domaine public depuis des millénaires.

Notes: OS écrit dans le cadre d'un Secret Santa. La joueuse avait demandé un Gerita, avec comme idée de thèmes Mythes et légendes, Disney ou nature. C'est un couple sur lequel je n'ai pas l'habitude d'écrire et pour lequel j'ai eu un peu de mal à trouver l'inspiration, avant de me souvenir de cette légende qui est une de mes préférée avec celle d'Eros et Psychée. Italy, j'espère que ça te plaira!


La statue

Il était une fois, dans une contrée très très lointaine, un prince nommé Ludwig. C'était un jeune homme sérieux, à l'air parfois revêche, mais qui dirigeait son peuple avec compétence et sagesse. Sous son règne, le royaume de Germania connaissait donc une ère d'extraordinaire prospérité, un véritable âge d'or d'autant plus éclatant que nombre de pays voisins peinaient à nouer les deux bouts et ce en dépit de terres plus fertiles.

Tout en prenant les mesures nécessaires pour assurer la prospérité de son royaume, le prince veillait aussi à attirer la bonne fortune des dieux. Les autels des temples étaient donc bien garnis d'offrandes, leur personnel en nombre suffisant et bien formé que pour pouvoir assurer les rites de la façon qu'il convenait et nul édifice ne tombait en ruine.

Tous, sauf un. Car, si le prince honorait toutes les divinités –et en particulier Mars, le dieu de la guerre, auquel il faisait de belles hécatombes à ses départs et retours de campagne afin de remercier le dieu pour les nombreux succès militaires que le royaume remportait sur les pays voisins-, il y en avait une seule qu'il méprisait. Aphrodite.

A ses amis, Ludwig déclarait souvent qu'elle était la plus inutile des déesses. Que si Cérès garantissait de bonnes récoltes, Athéna accordait la victoire aux généraux compétents et qu'Hestia veillait sur le foyer et sur la nation entière, la déesse de l'amour, elle, ne servait à rien. Même des divinités mineures, des nymphes des eaux et des bois, lui étaient supérieurs.

Cependant, les dieux étaient rancuniers et punissaient toujours les mortels qui leurs manquaient de respect. Et la déesse de l'amour en particulier.

Aphrodite résolut donc de se venger, et de faire regretter amèrement à cet impudent mortel ses amères paroles. Et, rapidement, elle en trouva le moyen.

Le prince avait une activité qu'il prisait par-dessus tout. Lorsque les dossiers à traiter ne s'amoncelaient pas sur son bureau, qu'il n'avait pas de diplomates ou de riches marchands à recevoir ou de réunions avec son conseil, il aimait passer du temps dans son atelier. Ludwig pouvait véritablement passer des heures à sculpter le marbre, à le polir, à rectifier là l'angle d'un muscle, là l'arrondi d'une joue, jusqu'à estimer le résultat parfait. Il avait d'ailleurs un talent certain, puisqu'on vantait la beauté de ses œuvres bien au-delà des frontières de son royaume et que des sculpteurs émérites, qui avaient la critique facile et regardaient d'un mauvais œil ce sculpteur amateur, avaient pourtant été forcés de s'incliner et de le reconnaitre comme un artiste de très grand talent

Depuis plusieurs semaines, le prince travaillait sur la statue grandeur nature d'un jeune homme. Mince, les traits déliés, avec une grâce presque féminine, la sculpture s'annonçait déjà comme la plus parfaite de ses œuvres. Jour après jour, il passa des heures à la travailler, rectifiant les moindres défauts, et sous ses doigts habiles elle devenait de plus en plus belle, au point que personne n'aurait cru la statue faite de marbre, mais aurait pensé qu'il s'agissait d'un bel éphèbe fait de chaire et de sang figée ainsi pour l'éternité.

C'est lorsque, ne voyant plus aucune imperfection, Ludwig reposa ciseaux et herminette, qu'Aphrodite, qui attendait patiemment son heure, frappa. La déesse insuffla un tel sentiment d'amour et de désir dans son cœur que le prince tomba instantanément et irrémédiablement amoureux de sa statue.

Ludwig s'éprit ainsi passionnément de ce jeune homme né de ses doigts et dès lors, nul amoureux ne connut une peine, un désespoir aussi désespéré que le sien. Il embrassait ces lèvres pleines et délicates, désirables à souhait, mais qui ne pouvaient lui rendre son baiser. Il caressait son torse gracile, son visage et cette étrange mèche de cheveux qui sortait de ses cheveux en une arabesque élégante, mais la statue demeurait de marbre. Il l'enlaçait, elle restait froide et dure comme la pierre.

Pendant un moment, le prince tenta de feindre. Il para le jeune homme des plus belles étoffes, des plus beaux bijoux. Il la parfuma des encens les plus doux, les plus rares. Il la combla enfin de présents, des fleurs aux couleurs chatoyantes, des rubis, des saphirs, imaginant en voyant le visage souriant de la statue qu'elle était heureuse. Il alla même jusqu'à lui donner un nom. Féliciano. Parce que, même s'il ne lui répondait pas, il était heureux de l'avoir près de lui.

Mais cela ne dura qu'un temps. Jamais Féliciano ne répondrait à ses étreintes, jamais il ne lui rendrait ses baisers, ses caresses. Le désespoir finit par le submerger et il passa ses journées, apathique, délaissant les affaires du royaume pour contempler, reclus dans son atelier, l'objet inaccessible de son cœur d'un regard triste.

Plusieurs semaines s'écoulèrent, toutes plongées dans la même grisaille sombre et désespérée pour le prince. Il ne dormait quasiment plus, tourmenté par sa passion dévorante destinée à rester inassouvie, et était même poursuivi jusque dans ses rêves par le sourire tendre et le regard doux de l'être aimé.

Puis, un matin, alors qu'il dévorait la statue du regard, il entendit un chœur de jeunes filles entamer un hymne à Aphrodite dans la cour du château. En cherchant la raison, le prince se souvint vaguement qu'aujourd'hui se déroulaient des sacrifices en l'honneur d'Aphrodite, cette déesse qu'il avait méprisée, et qui l'en avait si cruellement puni.

Comme dans un état second, Ludwig sortit de son atelier et suivit la procession qui grimpait vers l'Acropole en direction du temple de la divinité. Pour tous ses sujets, ce fut un véritable choc. Car, même si des serviteurs du palais avaient colportés hors des murailles du château la rumeur de l'étrange coup de foudre de leur prince pour sa statue, comment reconnaitre devant cet homme exténué, aux traits tirés et aux yeux vides et creusés, ce fier général qui les avait menés tant de fois à la victoire sur le champ de bataille, ce souverain sévère, mais juste, qui avait améliorés la vie de l'ensemble de son peuple ?

Arrivé devant le temple, il se prosterna devant l'autel. Là, devant ses sujets médusés, qui connaissaient le dédain que manifestait leur souverain envers Aphrodite, il l'implora de tout son être. Il rénoverait entièrement son temple, il le rendrait même plus beau que jamais, ornant ses murs des plus belles fresques et des sculptures les plus exquises. Il lui offrirait de belles hécatombes, il lui sacrifierait les bêtes les plus vigoureuses de ses troupeaux. Il déposerait enfin au temple des offrandes d'or et d'argents, d'encens et de pierres précieuses, si elle acceptait d'exaucer son seul et unique vœu. Lui faire rencontrer un jeune homme pareil à sa statue.

Mais Aphrodite savait bien ce qu'il désirait réellement dans le fond de son cœur et estimant son tourment suffisant –et, quelque part, étant aussi émue par le sincère désespoir et les suppliques ardentes du jeune homme-, décida d'accéder à sa requête et, pour lui montrer son agrément, laissa par trois fois s'élever en l'air la flamme de l'autel.

Rendu songeur par ce signe, Ludwig retourna dans son atelier. La déesse avait-elle vraiment agréé à son vœu ? Ou bien n'était-ce qu'un pur hasard ou, pire, un signe contraire ? Avec les divinités rien n'était moins sur, les présages étaient bien souvent interprétés de mille et une façon par les devins et augures.

Ludwig retrouva Féliciano sur son socle, nimbé par la douce lueur du soleil, plus beau que jamais. Il s'avança et lui caressa tendrement la joue… avant de reculer aussitôt. Sous ses doigts, ses pommettes lui avaient semblées si douces, si chaudes. Il se ressaisit brusquement. Était-ce une illusion ? Ou s'agissait-il encore d'un tour cruel de la déesse ? Il appuya ensuite délicatement ses lèvres sur celles de la statue… et quelle ne fut pas sa surprise de les sentir s'animer et répondre à son baiser !

Avec fébrilité, il lui toucha le bras, les épaules. Et sous ses doigts, il sentit le marbre perdre sa dureté, devenir d'une tendresse exquise. Il regarda son visage et vit le tendre sourire de la statue s'agrandir et l'or scintiller derrière ses paupières à demi fermée. Enfin, il aperçu ses lèvres s'entrouvrir et prononcer ce qui serait pour lui le plus beau son de l'univers.

« Veeee… »

Fou de joie, il serre Féliciano contre son torse et, au comble de la joie, sentit deux bras menus se glisser autours de son torse. Et tandis qu'il embrassait passionnément ces lèvres pleines, il remercia Aphrodite avec ferveur.

Par la suite, on dit que le prince honora chacune de ses promesses envers la déesse, et bien plus. On murmure même que la déesse en personne assista à leur union et les bénit tous deux, leur octroyant une vie longue et heureuse. Et jamais plus aucun roi de Germania ne manqua de dévotion envers elle.


Joyeux Noël à tous! Passez de bonnes fêtes!