Dallas, 23 Novembre 1963, ou "les anges de Kennedy";
Après notre escale sur la planète Esterteria, Rose Tyler avait décidé de retourner voir sa mère. J'avais accepté, un peu à contrecœur. Elle avait acheté un cadeau à sa mère dans ce monde si particulier. Mais si ma compagne était heureuse de retourner sur Terre, Jack et moi, nous commencions à bien nous ennuyer.
Nous partîmes donc avec le TARDIS, seuls tous les deux et nous arrivâmes à Dallas. Ce devait être les années 1960. L'époque où j'avais pour la première fois connu la Terre. Mais c'était les Etats-Unis et je connaissais encore mal ce pays. Jamais encore je n'avais été à Dallas. Jack Harkness, ancien agent temporel semblait connaître mieux que moi l'endroit où nous nous trouvions. Mais je parierais qu'il n'y avait pour autant pas plus posés les pieds que moi. Dallas était une petite ville tranquille. Qu'est-ce qui pouvait bien s'y passer? C'étaient des vacances que nous offrait le TARDIS après Metaphy XIV et ses mites spatiales.
"Regardez Docteur! Me dit Jack. C'est écrit que le président des États-Unis va venir ici. Aujourd'hui. C'est peut-être pour ça que le TARDIS nous a emmenés ici?"
Je n'y croyais pas trop. Rencontrer un président... Ce n'était pas le genre de voyages que m'offrait le TARDIS d'habitude. Il y avait des extraterrestres à arrêter la plupart du temps. Non, 1963 n'était pas une année très intéressante de toute façon, et ce Président, ce Kennedy, je ne me rappelai pas de lui, il n'avait pas dû faire de grandes choses pour son pays. Pour autant mes voyages aux Etats-Unis étaient assez rares et la dernière fois, Rose et moi n'avions pas quitté une sorte de musée de collectionneur d'objets extraterrestres.
" Rose va s'en vouloir de ne pas nous avoir accompagnés. Elle m'a dit avoir toujours voulu voir les États-Unis.
- Elle ne m'en a jamais parlé. Ce n'était pas à cause de votre déguisement?"
La tenue du Capitaine était toujours son par-dessus américain. Mais la vérité c'est que je n'appréciais pas la complicité grandissante entre le capitaine et ma compagne. C'était un meilleur compagnon de voyage qu'Adam... Mais c'était aussi Rose qui avait insisté pour qu'ils le prennent avec eux. Est-ce qu'elle n'avait pas déjà un petit-ami? Bien sûr, Rose et Jack n'étaient pas si complices que ça... Elle le voyait sûrement plus comme un ami, comme un frère... Mais j'en étais quand même jaloux. Même plus que de Rickey. Pourtant Jack ne semblait pas le remarquer et continuait de me draguer autant que Rose depuis ces derniers jours où il voyageait avec nous.
Jack et moi, nous nous sommes ensuite approchés de la grande rue où commençait à arriver le cortège présidentiel de ce Kennedy, dont je ne me souvenais toujours pas avoir déjà entendu parler. La foule des curieux était immense et les médias, la télévision principalement, était dispersée autour de nous, filmant déjà la rue vers laquelle nous nous dirigions et où le président allait arriver d'un moment à l'autre.
Les motos des policiers apparaissaient pourtant à peine à l'horizon. En approchant de ladite rue, je commençai à ressentir de l'énergie temporelle, en grande quantité. Plus encore que chez Jack qui avait pourtant longtemps voyagé avec un bracelet temporel... Mais, là, le transfert était à la fois récent et plus impactant. Mais le plus étrange résidait dans le fait que cette énergie semblait disparaitre petit à petit comme si elle était absorbée, que quelqu'un ou quelque chose s'en nourrissait.
Je scrutai la foule en me rapprochant de la source d'énergie temporelle. Parmi tous ces Américains venus apercevoir et saluer leur président, je reconnus une ancienne de mes anciennes connaissances : Grace Holloway.
Elle avait un peu vieilli mais de quelques années à peine et ses cheveux, encore blonds, étaient plus longs qu'à mon souvenir. Elle semblait perdue et regardait autour d'elle, inquiète de deviner où elle se trouvait et surtout quand elle s'y trouvait. Finalement, elle tourna son regard vers nous et commença à nous fixer - ou plutôt Jack puisqu'il portait son vieil uniforme.
Elle n'était qu'une enfant en 1963, elle avait donc dû remonter le temps et supposai que Jack l'avait également fait. Grace s'approcha ainsi de nous.
"Grace, dis-je une fois qu'elle fut à notre hauteur.
- Pardon? S'étonna la chirurgienne cardiaque et mon dernier assassin. Vous devez me confondre avec une de vos connaissances. Je ne viens pas d'ici... Mais vous non plus, vous ne venez pas d'ici, n'est-ce pas? Vos habits datent des années 30 ou des années 40...
- Oui, de la seconde guerre mondiale. Je suis le Capitaine Jack Harkness? Et vous, qui êtes-vous?
- Je suis le docteur Grace Holloway de Los Angeles. Chirurgienne cardiaque. Ravie de vous rencontrer, Capitaine."
Jack baisa la main que lui présentait Grace, ce qui me fit grommeler à Jack d'arrêter son numéro avant de demander à la jeune femme comment elle était arrivée ici et ce dont elle se souvenait en dernier de son époque.
"Pour qui il se prend, votre ami? Demanda Grace. Pour un docteur en voyages spatio-temporels?
- Eh bien, en fait, il est le Docteur. Mais je ne crois pas qu'il soit docteur en quoi que ce soit...
- Le Docteur? Répéta Grace avant de m'observer de plus près. Elle devait sûrement se rappeler que je pouvais changer de corps en mourant.
- Oui, Grace. Alors maintenant, répond-moi s'il te plait. De quoi te souviens-tu en dernier?
- Hum... Et bien j'étais venue à Dallas pour une conférence et je suis allée au parc pour déjeuner mais je me suis retrouvée ici. La dernière chose que j'ai vue, je me souviens que c'était une statue.
- Je vois, ça ne va pas vraiment nous aider. Je peux te scanner? Demandai-je en sortant mon tournevis sonique."
Grace opina et me laissa la scanner avec mon tournevis sonique. J'en appris plus sur son transfert temporel, et je découvris surtout que cette même énergie que j'avais déjà ressenti ne venait pas seulement d'elle.
Quelqu'un d'autre avait voyagé dans le temps de la même façon qu'elle. Et il se trouvait aussi dans la foule.
Jack se tenait à l'écart de notre discussion et grommelait que cette Grace était comme Rose, selon lui, elle me fixait de la même manière en oubliant complétement son existence. Cela me surprit et me soulagea en même temps. Ainsi, Rose Tyler était toujours à moi. Enfin, à son idiot de petit-ami, Mickey Smith.
Grace et moi nous suivîmes ensuite la piste de cette énergie temporelle, laissant Jack repartir vers le TARDIS pour nous assister depuis mon vaisseau.
L'autre voyageur temporel était protégé d'un filtre de perception comme celui du TARDIS, mais un voyageur temporel était capable de percer ces filtres et je repérai facilement l'individu que nous recherchions. Il n'était plus dans la foule mais sur un balcon.
Derrière nous, la voiture présidentielle faisait son entrée dans la rue. L'homme que je voyais de loin mais assez bien avec ma vue de Seigneur du Temps, commença à sortir d'un étui une arme d'une grande précision à visée thermo-temporelle. Elle devait dater au minimum du XXIIIème siècle. Et lui aussi certainement.
Contrairement à Grace, il n'avait pas l'air de se sentir perdu dans les années sixties. Il orienta le canon de son arme vers nous puis la monta afin de viser la rue. Pris d'un mauvais pressentiment, je tournai mon regard vers celle-ci et vis qui était sa cible. Logique à vrai dire : le président Kennedy.
Le tireur appuya sur la gâchette de son arme. Je reconnus alors plus précisément l'arme : elle camouflait son projectile en balle du siècle voulu. Personne ne chercherait jamais un coupable d'un autre temps. Il me fallait l'arrêter moi-même. Je retournai mon regard vers le balcon et la seconde d'après il s'était volatilisé. Le balcon était vide, à part une autre statue. Une coïncidence forcément... Une statue ça ne fait pas voyager dans le temps!
Le tireur envolé, je me retournai pour courir au chevet du président. Je n'avais pas pu arrêter son meurtrier, mais je pouvais peut-être sauver au moins sa vie. Après tout, j'avais la meilleure chirurgienne cardiaque - pour humains - avec moi. Peut-être n'était-elle pas là non plus par hasard? Peut-être avait-elle été renvoyée dans le passé pour sauver la vie de ce Kennedy?
J'arrivai presque à la rue et sortai déjà mon papier psychique, où je me présentai comme un médecin, quand je sentis un bras me retenir. Grace m'empêchait d'avancer plus loin.
"Grace! Tu dois le sauver, tu es là pour ça.
- Non, Docteur, je ne peux pas."
Grace Holloway m'expliqua que cet assassinat était un événement historique et plus encore : elle avait assisté à la scène en direct devant sa télévision et voir mourir ce grand homme, qu'elle admirait déjà, avait éveillé en elle sa vocation.
Elle ne pouvait donc pas le sauver, ça créerait un paradoxe, c'était un point fixe car si Grace n'était jamais devenue chirurgienne cardiaque, le Maitre aurait gardé le contrôle du TARDIS au nouvel an de l'an 2000. Et je ne serais sûrement pas ce Docteur. Trop de choses changeraient. Nous devions le laisser mourir. Comme Lincoln. C'était donc la deuxième fois que je voyais la mort d'un président des Etats-Unis. Un assassinat de président des Etats-Unis.
Grace m'avait convaincu et je restai immobile, à quelques mètres de la scène de crime. J'avais rangé mon papier psychique dans la poche de ma veste et regardait d'un air sombre la mort de John Fitzgerald Kennedy. L'assassinat avait été filmé en direct mais quelques minutes plus tard, toute la rue était envahie par les photographes et journalistes. Je sentis plusieurs flashs sur mon visage mais restai impassible. Mon impuissance à sauver Kennedy me ravageait. Mais je savais bien que je ne pouvais rien faire, pas plus que Grace. Je ne sais plus combien de temps je suis resté là à observer la scène mais Grace me tira vers elle, elle m'avait tenu la main tout ce temps et je ne l'avais même pas remarqué, et me demanda de la ramener chez elle. A son époque... C'était la meilleure chose à faire de toute façon. Elle n'aurait jamais dû être là. Elle n'aurait jamais dû voir ça une nouvelle fois... Mais les raisons de sa présence ici, les modalités de son voyage temporel me restaient impossibles à déterminer.
Je ramenai donc Grace devant son hopital et lui dit au revoir avec Jack avant d'enfin renvoyer le TARDIS à Londres, en 2006.
Le Royaume-Uni était plus tranquille que les Etats-Unis. L'automne avait à peine commencé à faire tomber les feuilles des arbres et Rose Tyler m'attendais déjà dans la petite ruelle proche du Powell Estate où j'avais pris l'habitude de faire matérialiser mon TARDIS.
Rose entra immédiatement dans mon vaisseau dès que j'en ouvris la porte. Jackie ne l'avait pas accompagnée. Une bonne chose. Rose se jeta dans mes bras et me remercia de lui avoir permis de passer un peu de temps avec sa mère.
Elle nous demanda ensuite où nous avions été pendant ce temps, pour savoir si elle n'avait pas raté quelque chose de passionant.
"Oh, juste un assassinat de président américain.
- Oh, tu as rencontré Kennedy... Comment il est - ou plutôt était?
- On ne l'a pas rencontré, c'est compliqué. Mais et toi, ta mère ne t'en veut pas trop de ne pas être revenue "dix secondes" plus tard comme on l'avait dit?
- Non. Elle a aimé mon cadeau, d'ailleurs, merci Jack."
Rose rayonnait et elle me parla ensuite, une fois que Jack fut descendu dans les couloirs du TARDIS, que Mickey n'avait pas été présent et qu'elle aurait voulu le revoir.
Elle lui demanda de les ramener au Royaume-Uni et elle commença à appeler son petit-ami pour lui dire qu'elle avait oublié son passeport.
L'excuse était vraiment nulle mais je n'y fis pas plus longtemps attention. Le TARDIS avait besoin de recharger ses batteries. Et j'avais l'endroit parfait pour ça, au Royaume-Uni et un endroit où il ne se passait jamais rien et où Mickey n'aimerait pas du tout aller : Cardiff.
