Chapitre 3

Note de l'auteur :

Je reviens un peu plus tôt que prévu avec le chapitre 3. Je ne pouvais pas attendre pour le mettre en ligne… Il est un peu plus court que les précédents, mais nécessaire. Je tiens à préciser que ce passage est un peu plus orienté Mary/John.

Je tenais aussi à vous remercier de me lire et de prendre le temps de commenter. C'est toujours un plaisir de recevoir vos messages. C'est ce qui me donne envie de continuer. Alors, merci :)

Maintenant, place à l'histoire !


Assis à l'arrière du taxi, John regarde les rues de Londres défiler sans vraiment les voir. La nuit est complètement tombée à présent. Elle enveloppe la ville, la baigne dans le halo doré des lampadaires.

Les évènements de la soirée se rejouent en boucle à l'intérieur de son esprit. En sortant du cabinet, tout à l'heure, il cherchait des réponses, un confident qui saurait le pousser dans la bonne direction. Mais après avoir discuté avec Mrs Hudson et Sherlock, il a compris que personne d'autre ne pourrait prendre de décision à sa place.

Quand le taxi s'arrête devant son cabinet après ce qui semble être une éternité, mais à la fois un clin d'œil, il paie la course, se lève, droit et fier, comme le soldat qu'il restera à jamais, puis récupère le vélo qu'il a abandonné un peu plus tôt.

Toute cette situation lui parait surréaliste. Il a l'impression d'être dans un cauchemar. Le réveil va sonner et il va ouvrir les yeux, couché auprès de Mary, comme si de rien n'était. Il défait l'antivol sans réfléchir, en mode automatique. Et heureusement, car ses pensées sont ailleurs.

Le retour à la maison en bicyclette lui fait du bien. L'air est frais, revigorant contre sa peau. Il lui éclaircit l'esprit. En passant devant les petites maisons de banlieues, toutes semblables les unes aux autres, il se demande pourquoi il s'inflige une telle torture, pourquoi il se remet en doute ainsi.

Bien sûr, il comprend le conseil de Mrs Hudson. Mieux vaut ne pas laisser une plaie se gangréner. Mais avant l'amputation, il y a tout un monde. Peut-être peut-il guérir la blessure sans avoir recourt à de telles extrémités. Il est docteur après tout.

Sherlock, lui, a été plus pragmatique. Il lui a offert une solution de secours, la possibilité de s'éloigner pour réfléchir, pour être plus objectif. Il se servira de cette option en dernier. Pour l'instant, il va rentrer chez lui et retrouver sa femme et ses filles. Et puis, il rendra visite plus régulièrement à Sherlock. Parce qu'il lui a manqué. Parce que ça fait longtemps qu'il ne s'est pas senti aussi léger... et qu'il sent que son équilibre en dépend. Sa soif de danger s'est réveillée, plus forte que jamais.

Lorsque John pousse la porte de chez lui, une douce odeur de cuisine lui chatouille le nez. La maison est chaude et accueillante. Il sourit. Il retire son manteau et l'accroche au porte-manteau.

— Je suis rentré ! s'exclame-t-il.

Alors, comme par magie, deux petites furies se précipitent vers lui, l'une beaucoup plus rapide que l'autre.

— Papa !

Lily et Judith s'accrochent à ses jambes et lèvent des yeux brillant de joie vers lui. Il s'agenouille pour les prendre dans ses bras. Le nez enfoui dans leurs boucles blondes, il inhale leur odeur de bébé. Un sentiment indescriptible, presque animal l'envahit. Il aime ses filles plus que tout. Elles font partie de lui. Il sait qu'il tuerait pour les protéger, qu'il préfèrerait mourir plutôt que de leur faire le moindre mal. S'il n'en était pas infiniment persuadé jusque là, il sait à présent qu'il fera tout pour les épargner, pour prendre la meilleure décision pour elles.

Quand il relève la tête, il se rend compte que Mary les observe, appuyée contre le chambranle de la porte du salon, un sourire aux lèvres.

Non. Leur mariage n'est pas idéal. C'est vrai. Il y a beaucoup de non-dits, de choses qu'il garde pour lui. Il ne désire plus sa femme. Elle le considère comme acquis. Mais finalement… est-ce vraiment si important ? Le bonheur de leurs filles ne passent-ils pas avant tout ?

C'est à ce moment-là que John prend sa décision, une décision cohérente, adulte. Rien à voir avec son précédent coup de tête (ou de cœur d'ailleurs). Il va discuter avec Mary et ensemble, ils vont arranger les choses. C'est ce que font les couples mariés.

Malheureusement, l'occasion ne se présente jamais. Le moment n'est jamais opportun. Parfois, Mary est trop fatiguée. D'autres, John n'a tout simplement pas le courage, ni l'envie d'aborder le sujet. De temps en temps, ils sont interrompus. Souvent. Principalement par leurs filles. John en mourrait si Lily ou Judith entendait ce qu'il a à dire. Surtout Lily, la plus grande.

Mais ce soir… Ce soir… John est persuadé que tout se passera bien. Il le sent. Il va enfin pouvoir apaiser sa conscience. Il n'en peut plus de garder ça pour lui. Il a l'impression de garder un horrible secret, comme un mari infidèle.

Pourtant, il hésite. Il ne sait pas comment s'y prendre, ni par où commencer. Il doute. Et si, malgré tout, la meilleure solution était de tout garder pour lui ? De continuer comme si de rien n'était et de faire illusion ?

Non. Il n'a pas répété cette conversation dans sa tête pendant des jours pour rien. Il sait qu'il se sentira mieux après. Il ne peut plus mentir à sa femme.

—Allez, crache le morceau.

La voix de Mary le sort de sa rêverie. Ils sont assis tous les deux sur le canapé, en face de la télévision. Ils ne se touchent pas.

Effaré, John se tourne vers sa femme. Quelque part, son choix de mots ne le surprend pas. Elle a toujours été très franche, très directe, autant dans ses paroles que dans ses actes. Après tout, son passé parle pour elle. Son entrainement aussi. Elle n'aura eu aucun mal à remarquer la différence de comportement de son mari.

— Ça fait une dizaine de jours que tu me tournes autour comme un chiot qui a perdu sa maman, fait-elle d'un ton acerbe.

John se tourne vers elle et la dévisage d'un air interdit.

— Je… Pourquoi est-ce que tu n'as rien dit ? lui demande-t-il.

Elle hausse un sourcil.

— Ce n'est pas ce que je suis en train de faire ?

— Je suppose…

— Alors, tu vas me dire ce qui ne va pas ? crache-t-elle.

Sa voix s'est envenimée. John n'avait pas l'intention de rentrer dans la confrontation ainsi, la tête la première. Il avait prévu d'y aller doucement, tout en crescendo. Surtout, il ne voulait pas se disputer avec Mary. Seulement discuter. Réfléchir à ce qui ne va pas. Mais peut-être était-ce trop demander ?

John attrape la télécommande pour éteindre la télévision, puis se tourne de nouveau vers sa femme. Elle a le visage fermé, les traits durs. C'est l'expression qu'elle prend quand elle ne veut pas montrer ses sentiments, quand elle se contient. Il ne l'a pas vue très souvent, mais à chaque qu'elle lui est destinée, il sent une boule de culpabilité lui obstruer la gorge. Il s'en veut de la mettre dans des états pareils. Mary mérite mieux. Elle mérite la vérité.

— Mary…

Soudain à court de mots, il marque une pause. Il a imaginé cette scène des centaines de fois dans sa tête. Il a répété de belles paroles, des formules toutes prêtes... Dans son esprit, les choses se passaient bien. Il réussissait à faire comprendre son point de vue à Mary. Ils étaient heureux. Tout allait pour le mieux. Maintenant, devant le fait accompli, il ne sait plus trop ce qu'il doit dire. Les sensations sont plus intenses, brutales. Ce n'est plus une répétition.

— Mary, reprend-il. Ça fait quatre ans qu'on est mariés maintenant. Et je t'aime. Tu le sais…

Comment continuer ?

— Mais ? fait Mary a sa place.

Ses lèvres tremblent légèrement, comme si elle ne les contrôlait plus. Honnêteté. Franchise. C'est la base de la communication dans un mariage. John se le répète comme un mantra.

— Mais j'ai l'impression que quelque chose s'est cassé entre nous et…

— Tu t'ennuies.

Son regard s'est fait accusateur. Ses pupilles sont dilatées.

—Non. Enfin, si, un peu, mais ce n'est pas…

— Tu vas me quitter, c'est ça ? C'est ce que tu essaies de me faire comprendre ? Tu vas demander le divorce ?

Des larmes coulent de ses jolis yeux bleus. Elle le regarde avec une telle tristesse, avec un tel abattement que John sent le monde s'effondrer autour de lui. Ses larmes, c'est lui qui les a mis dans ses yeux. Cette tristesse, c'est lui qui en est l'instigateur. Il n'aurait jamais dû aborder le sujet. Il se sent mal. Alors, pour essayer de se racheter, il l'attire à lui et la serre contre son torse. Un peu trop fort. Pour lui montrer qu'il tient à elle. Qu'elle n'est pas la seule à souffrir.

— Non ! s'exclame-t-il enfin. Bien sûr que non. Je ne veux pas qu'on divorce. Je ne veux pas te quitter. C'est pour ça que je voulais en parler. Parce que je veux qu'on trouve une solution. Ensemble.

A ces mots, Mary se dégage légèrement pour relever la tête vers lui. Une lueur d'espoir perce à travers ses larmes.

— C'est vrai ? souffle-t-elle.

John lui sourit tendrement et passe son pouce sur sa joue.

— Oui. Notre famille est ce qu'il y a de plus précieux pour moi.

Tandis qu'il prononce cette phrase, John ne peut s'empêcher de sentir son cœur se serrer. Parce que quelque part, au fond de lui, il sait que ce n'est pas tout à fait vrai. Mais il refuse de se l'admettre. Il refuse que ce doute gâche ce moment qu'ils sont en train de vivre. Alors, il le repousse vivement, au plus profond de son esprit. Dans une cellule qu'il ferme à double tour. Et en jette la clé.

Quand Mary lui retourne un sourire plein de larmes, il sait qu'il a pris la bonne décision. Il l'embrasse pour lui prouver sa bonne foi. Pas avec fougue, pas avec passion, mais avec tendresse. Et il essaie de se convaincre que ça lui suffit.

Ils passent le reste de la soirée ainsi, lovés l'un contre l'autre. A avouer ce qui ne leur convient plus : le manque de communication, le manque de sexe, le manque d'action mais aussi ce qui les rend heureux : principalement leurs filles. Ils se promettent d'essayer plus fort. Ni l'un, ni l'autre n'a envie de divorcer, d'infliger une telle épreuve à leur famille.

Quand fatigués, ils finissent par somnoler devant la télévision, John reçoit un SMS. En le lisant, un frisson d'excitation le parcourt. Il se tourne vers Mary, une question sur les lèvres et les yeux pétillant de joie. Elle lui sourit, mais son regard se fait las, résigné. Plus tard, John se souviendra de ce moment et comprendra ce qu'il signifiait, mais pour le moment, il est trop pris par les évènements pour s'en soucier.

— Allez, va jouer avec ton copain ! lui dit-elle.

Le sourire jusqu'aux oreilles, John embrasse sa femme avec plus d'enthousiasme qu'il n'en a montré depuis des mois et se précipite pour attraper son manteau.

Mort suspecte dans le London Eye.

En chemin.

Toi ?

SH.


Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Qu'est-ce que vous en avez pensé ? N'hésitez pas à me laisser un mot, même si c'est pour me dire que vous avez détesté…