Note : Cette semaine, le chapitre est un peu plus court que d'habitude. J'ai été très occupée, ces derniers temps. J'espère pouvoir écrire davantage dans les jours qui viennent, mais en attendant, je tenais à publier un petit quelque chose. Le rythme est un peu différent, vous verrez.
Comme d'habitude, je tiens à vous remercier pour me suivre et pour vos commentaires qui déchirent. Je pense en particulier à Marali, Clélia, Amelia, Lousalibi, Chizuru300, Namae-chan et Lafinada. (Désolée si j'ai écorché un pseudo…) Merci MERci MERCI !
Oh et, Mégara, si tu passes par là, c'est bien dommage que tu n'aies pas de compte sur ffnet. J'aurais bien échangé avec toi !
Chapitre 5
Dans le taxi en direction de St Bart, Sherlock est silencieux. Il observe le paysage défiler sans vraiment le voir. Il repense à tout ce qui s'est passé ce soir, aux indices, aux détails.
John, lui, l'observe en coin. Il a l'habitude de ce silence. Quand ils habitaient ensemble, Sherlock pouvait passer des heures, des jours sans dire un mot. Pourtant, à ce moment précis, il a du mal à le supporter. Il a des tas de questions à lui poser, mais il ne sait pas par où commencer.
Sherlock est son meilleur ami, mais il a souvent du mal à aborder des sujets personnels avec lui. Les mots ne sont pas leur fort. Leur relation est plutôt basée sur le ressenti, sur la confiance mutuelle… sur une certaine osmose qu'il n'a jamais ressentie avec personne d'autre. Pas même avec Mary. Et ce n'est pas peu dire.
Egoïstement, il a toujours cru que Sherlock ressentait la même chose, qu'il ne pourrait trouver ce genre de lien nulle part ailleurs. Du coup, quand il le voit se rapprocher d'une autre personne, il a toujours un pincement au cœur. Après tout, contrairement à Sherlock, il n'est rien de spécial. Juste un ancien militaire blessé. Cassé émotionnellement et physiquement. Pas étonnant que sa relation avec Mary batte de l'aile.
Il n'est pas unique. Il a peur d'être remplacé. Pour ne pas arranger les choses, il n'a pas été un très bon ami récemment. Il n'a pas été présent… Mais ça ne sert à rien de se morfondre. Alors, il décide de prendre son courage à deux mains et de revenir dans la bataille.
— Alors comme ça, tu connais Cooper ? lance-t-il sur un ton qui se veut nonchalant.
— Hmm ?
Il sait que Sherlock ne l'écoute pas. Il est toujours tourné vers la vitre, les yeux vides.
— Cooper, insiste-t-il. Le sergent qui remplace Donovan.
Cette fois, son ami se tourne vers lui d'un air interrogateur.
— Tu tiens vraiment à parler de ça maintenant ?
John hausse un sourcil.
— Pourquoi pas ? Le moment n'est pas plus mal choisi qu'un autre.
— Qu'est-ce que tu veux savoir, au juste ?
— Je ne sais pas. Vous aviez l'air plutôt… intimes tout à l'heure.
Sherlock lui adresse un regard incrédule. On dirait qu'il a du mal à saisir l'intérêt de cette conversation. John commence à se demander s'il n'aurait pas mieux fait de se taire. Après tout, les relations de Sherlock ne le concernent pas. Du moins, il essaie de s'en convaincre. Il ne comprend toujours pas pourquoi ce Cooper lui donne des envies de meurtre.
— Matt…, fait-il. (Et John est persuadé qu'il utilise son prénom pour l'énerver.) Accepte de m'assister quand tu n'es pas là. Il est plutôt compétent.
Parmi toutes les réponses que John avait imaginées, aucune ne ressemblait à celle-ci. Il serre les poings.
— Alors quoi ? Tu vas lui proposer le poste de blogueur, aussi ?
Son ton est plus mordant qu'il ne l'aurait voulu. Il ne contrôle pas vraiment sa réaction. Le soldat qui est en lieu a envie de monter au front. Ce qui est ridicule, puisqu'il ne s'agit pas d'une guerre. Et que sa femme et ses enfants ne sont pas en danger.
Les yeux bleus de Sherlock sont plissés. On dirait qu'il est en train de déchiffrer un code particulièrement compliqué.
— Ne sois pas ridicule, John.
— Oh, c'est moi qui suis ridicule ?
— On est arrivés.
Sherlock sort du taxi sans demander son reste.
— Oh, ne t'en fais pas, je vais payer, raille John.
Il se dépêche de rejoindre Sherlock qui avance déjà dans les couloirs de l'hôpital comme s'il avait fait ça toute sa vie. Les femmes, comme les hommes, se retournent sur son passage.
— Sherlock ! Je t'ai posé une question.
Sherlock s'arrête net dans le couloir, si brutalement que John manque lui rentrer dedans. Il se retourne vivement.
— Puisque tu insistes pour me tendre le bâton pour te battre, très bien, dit-il.
Son expression est courroucée, mais John le connait bien. Il voit bien la tristesse qui se cache derrière ces orbites bleues.
— Oui, tu es ridicule. Tu es ridicule parce que tu oses me faire une crise de jalousie alors que tu es marié. (Il marque une pause.) Bonsoir Molly.
Estomaqué, John jette un coup d'œil sur le côté. Effectivement, Molly vient de les rejoindre. Elle se mordille la lèvre inférieure, un dossier plaqué contre sa poitrine.
— Excusez-moi, je ne voulais pas vous interrompre. Je vais…
— Non, Molly ! Ce n'est pas grave, l'interrompt Sherlock avec un sourire forcé.
— Bonsoir John, lui dit la jeune femme.
A l'intérieur, John fulmine. Comment Sherlock ose-t-il retourner la situation contre lui ?
En voyant Molly baisser les yeux, il se rend compte qu'il ne lui a pas répondu. Il se reprend et retrouve ses bonnes manières.
— Bonsoir Molly, dit-il en souriant. Ta nouvelle coupe te va très bien.
La jeune femme s'est coupé les cheveux depuis la dernière fois qu'ils se sont vus. Elle les porte à présent au-dessus des épaules.
Elle sourit. Elle semble rassurée. John se demande si elle s'est enfin trouvé quelqu'un. Un petit ami qui ne ressemble pas à Sherlock. Il l'espère. Elle le mérite. Mais quand il voit les regards en coin qu'elle lui lance, il se dit que ce n'est pas gagné. Et quelque part, il la comprend. Quand on aime Sherlock, quand on a vécu à ses côtés, il est difficile de passer à autre chose.
Ensemble, ils se dirigent vers la morgue. Molly et Sherlock discutent d'une affaire précédente que John n'a pas suivie. Il les écoute parler d'une oreille distraite. Les mots de Sherlock l'ont blessé. Plus qu'ils ne l'auraient dû. Il y avait derrière eux un venin auquel il ne s'était pas attendu. John ne comprend pas ce que Sherlock lui reproche. De s'être marié ? De ne pas être plus présent ? De s'immiscer dans sa vie privée ?
—Le corps vient d'arriver, entend-il dire Molly. On peut procéder à l'autopsie ensemble, si tu veux, mais ça va prendre un long moment.
— J'ai tout mon temps, répond Sherlock. John, tu veux bien nous assister ?
Il relève la tête, heureux que Sherlock ne lui en veuille pas, et accepte.
Une sonnerie de portable retentit.
— John, mon portable ! s'exclame Sherlock en relevant des gants couverts de sang.
Habitué aux ordres de son ami, John ne s'offusque pas. Au contraire, c'est un retour à la normalité plutôt bienvenu. Il fouille les poches de la veste de Sherlock jusqu'à trouver le dit téléphone. Le nom de Lestrade s'est affiché sur l'écran.
— C'est Greg, dit-il.
— Réponds, je suis occupé.
John s'empresse de répondre avant que le répondeur se déclenche.
— Allô ? Oui, c'est John. Non, il est occupé. A la morgue. Oh. C'est génial. Je vais le lui dire. Merci. A plus tard.
Sherlock, qui a écouté toute la conversation, du moins du côté de John, le regarde d'un air impatient.
— Alors, il a trouvé l'identité de l'enfant ?
John ne prend pas la peine de lui demander comment il a deviné. Il se contente de répondre.
— Oui. Il s'appelait Justin Jacobs. Ses parents viendront l'identifier dans la journée. Apparemment, il était interné dans un hôpital pour un cancer du foie. Personne n'a sonné l'alerte pour sa disparition. Ils ont sans doute eu peur des conséquences. En attendant, ils risquent leurs jobs, maintenant…
— Le foie, fait Sherlock à l'attention de Molly, sans prêter attention à la suite.
Plusieurs heures plus tard, John rentre dans la morgue avec deux cafés. Molly est partie donner des prélèvements à d'autres services pour les analyser. Sherlock a insisté pour le faire lui-même, mais elle a refusé.
John tend un café à Sherlock.
— Merci, fait-il.
Il touille doucement le liquide brûlant.
— Écoute…, reprend Sherlock de cette voix mal assurée qu'il prend quand il veut s'excuser mais ne sait pas comment faire. Pour tout à l'heure…
— Ne t'en fais pas. Tu avais raison. C'était ridicule de ma part. Ce que tu fais avec Cooper ne me regarde pas.
— Ce que je fais avec…
John lève la main.
— Ça ne me regarde pas.
Le regard que lui adresse Sherlock le pétrifie. Sa façade habituelle s'est effondrée. Il a la bouche entrouverte, comme s'il ne savait pas quoi dire. Mais par-dessus tout, il a l'air triste.
— Ils s'y mettent tout de suite ! s'exclame Molly en rentrant dans la pièce.
Lorsqu'elle les voit, l'un en face de l'autre, elle s'arrête net. Elle sent que quelque chose ne va pas. John se contente de se racler la gorge et de poser son café.
— Je ferais mieux de rentrer sinon je vais dormir toute la journée, au cabinet, demain.
Et sur ces mots, il ne s'enfuit pas, non. Il s'en va, tout simplement. Car pourquoi s'enfuirait-il ? Il ne s'est rien passé. Absolument rien.
Alors pourquoi est-ce que son cœur s'est emballé à l'intérieur de sa poitrine ?
Lorsqu'il rentre chez lui, John monte directement dans la chambre de ses filles. Il pousse doucement la porte, pour ne pas les réveiller et s'approche de leurs petits lits. Il sourit en les voyant endormies. Leurs respirations alourdies par le sommeil résonnent dans la pièce. Il reste plusieurs minutes ainsi, à profiter, à se rassurer, avant de ressortir.
Il prend une douche rapide, puis se glisse dans le lit conjugal. Après avoir embrassé Mary, profondément endormie, sur le front, il se tourne de son côté.
— Tu es rentré tard hier soir. Je ne t'ai pas entendu.
John et Mary sont en train de déjeuner. Ils profitent de quelques instants de calme avant le réveil de leurs filles. John croque dans sa tartine.
— Ça se voit tant que ça ? Il faut que je fasse attention : je risque de ne plus plaire aux clientes, plaisante-t-il.
Mary sourit, mais il voit bien que sa blague, aussi innocente soit-elle, est tombée à plat. Il se demande si la conversation de la veille a servi à quelque chose. Soudain, sous la coupe de la fatigue, il se demande à quoi servent ses efforts si sa femme, elle-même, n'en fait pas.
Il prend une dernière gorgée de thé au lait avant de se lever.
— Je vais réveiller les filles.
John est en train de garer son vélo devant le cabinet lorsqu'il sent son portable vibrer dans sa poche. Il retire ses gants et le sort de son pantalon. C'est un message de Sherlock.
Après ce qui s'est passé hier soir et ce matin au petit déjeuner, il n'a qu'une envie : discuter de tout et de rien avec ses patients et surtout, surtout, ne plus réfléchir au chaos qu'est devenue sa vie.
Il réfléchit un instant à la possibilité d'ignorer le message, de prétexter une journée chargée, mais la curiosité est plus forte.
Tu avais raison, c'est bien un empoisonnement.
A quelle heure peux-tu me rejoindre ?
SH
Les mots de Sherlock, aussi simples soient-ils, lui mettent du baume au cœur. Le détective s'intéresse peut-être à Cooper, mais c'est à lui qu'il fait confiance. C'est à lui qu'il envoie ce genre de messages. Fort de ce savoir, John lui envoie un message de son cru.
Je peux me libérer à 15h.
JW
A suivre
Le format ffnet n'est pas génial pour ce genre de scénettes... j'espère que ça n'a pas gêné votre lecture. N'oubliez pas de me laisser un message pour me dire ce que vous en avez pensé :) A très vite !
