Note : ça y est l'intrigue avance enfin. Je m'excuse à l'avance pour toute erreur dans la continuité. J'avance vraiment au jour le jour. Je vais évidemment tâcher de ne pas en faire, mais on n'est jamais à l'abri… merci de votre compréhension. Et n'oubliez pas : l'essentiel est invisible pour les yeux !

Merci encore à tout le monde pour vos commentaires et vos favoris.


CHAPITRE 6


Lorsque John frappe au 221B Baker Street à 15h30 précises, Sherlock ouvre aussitôt la porte à la volée. Il noue son écharpe autour de son cou et sort dans la rue pour héler un taxi.

— Nouvelles données, je t'explique en chemin.

John se contente de hocher la tête et de monter dans la voiture qui vient d'apparaître comme par magie au bord du trottoir. Il sent l'adrénaline affluer dans ses veines, le rendre vivant, réduire à néant le tremblement de ses mains.

Assis à côté de lui, Sherlock a du mal à contenir son excitation. Ses doigts pianotent sur ses jambes comme s'il avait trop d'énergie, comme s'il ne savait pas quoi en faire. John se demande s'il s'est collé des patchs sur les bras. Et si oui, combien.

— Molly a fait le rapport entre cette affaire et une autre, encore non élucidée. Le procédé est le même : un enfant malade déguisé, du poison, un message poétique. Lestrade ne s'est pas chargé de l'enquête. C'est pour ça qu'il n'a pas fait le rapprochement. Il vient juste de récupérer le dossier.

Sherlock parle à une telle vitesse que John a du mal à le suivre. Il marque une pause, une lueur toute enfantine dans les yeux.

— Tu sais ce que ça signifie, John ? demande-t-il.

— Qu'on a intérêt à trouver ce type avant qu'il tue d'autres gosses ?

— Qu'on a affaire à un serial killer, John ! Le jeu peut commencer !

A cet instant, Sherlock a l'air tellement content, tellement passionné que John ne peut détourner le regard. Il se rend compte que voir son ami ainsi lui avait manqué. Son quotidien manque de folie, manque d'humour noir et de réparties acides.

— Ah oui, ça aussi, répond-il.

Etonnamment, Sherlock interprète sa réponse de travers. Au temps pour le grand détective. Mais, finalement, comment pourrait-il deviner ce qui se passe dans la tête de John. Ce n'est pas son domaine, après tout.

— Excuse-moi. Je sais que le fait que les enfants soient des victimes te touche particulièrement, fait-il en se calmant et en détournant les yeux.

—Non, non, ne t'en fais pas ! s'empresse-t-il de lui répondre. Où est-ce qu'on va, au juste ?

— Au musée d'histoire naturelle. Le poison est celui d'un serpent. J'ai besoin de l'avis d'un expert.

John hoche la tête. Le fait que Sherlock demande de l'aide le surprendra toujours. Malgré ses airs hautains et contrairement à ce que beaucoup de monde pense, Sherlock connait ses limites. C'est ce qui le rend aussi efficace, quelque part.

— Que disait le premier mot ?

— « Ils peuvent venir, les tigres avec leurs griffes. » Ce petit garçon-là souffrait de mucoviscidose. Il a été retrouvé au milieu des roses, à Regent's Park. Le poison était le même.

— Attends une minute… Des roses, un serpent… Je savais bien que l'accoutrement du petit garçon me disait quelque chose ! Tu n'as jamais lu le Petit Prince ? s'exclame John, envahi par l'excitation.

— Peut-être. Dans tous les cas, j'ai dû l'effacer pour faire de la place.

John le regarde d'un air incrédule, comme s'il n'arrivait pas à croire qu'il ait pu faire une chose pareille.

— Je savais que lire toujours les mêmes histoires à mes filles finirait par me servir, plaisante John. Mais pourquoi un assassin se servirait d'un tel livre pour tuer des enfants ?

— J'ai plusieurs hypothèses. Cinq pour être exact. Mais je préfère réduire les possibilités avant d'en parler.

Le taxi arrive devant le musée. Après avoir payé, ils sortent tous les deux en poursuivant leur conversation.

— Matt a demandé au spécialiste des reptiles de nous recevoir.

John se sent faire la grimace. Il ne peut pas s'en empêcher. C'est plus fort que lui.

— Matt ?

— Oui, Cooper. Si tu n'avais pas fait ta tête de mule hier soir, je t'aurais expliqué que ce n'est pas n'importe qui. Son père a beaucoup d'influence à Londres. Il va de soi que je préfère lui demander service à lui plutôt qu'à Mycroft.

John ne sait pas comment réagir. Dans un sens, il est rassuré. Sherlock se sert de ce Cooper, comme il a pu se servir de Janine. Il l'utilise pour ne rien devoir à Mycroft… Mais d'un autre côté, la situation les rapproche considérablement. C'est pour ça que Cooper possède son numéro de téléphone et qu'ils discutent en dehors des enquêtes. Sherlock n'est pas redevable de Mycroft mais il l'est de Cooper… Et qui sait ce qu'il lui demande en retour ?

Sherlock s'est arrêté de marcher et l'observe d'un air pensif. Une légère brise soulève ses cheveux bouclés. Il est tellement beau que John en a le souffle coupé. Il a toujours trouvé son ami séduisant. D'une beauté froide, inaccessible. Quand il a rencontré Mary, il a tout simplement repoussé cette attirance dans un coin de son esprit et il n'y a plus jamais repensé.

Jusqu'à aujourd'hui.

Peut-être parce que Cooper le drague ouvertement... peut-être parce que quelqu'un d'autre le désir et que ça a déclenché une sonnette d'alarme à l'intérieur de lui.

— John ?

La voix de Sherlock le tire de sa rêverie.

Lui ? Attiré par Sherlock ? Il secoue la tête.

John est marié. Il aime les femmes. Sa femme.

Et pourtant, tout à coup, il voit les choses plus clairement que jamais. Il y a dans cette constatation une logique implacable. Une évidence. Il ne comprend pas comment il a pu se voiler la face si longtemps.

John aurait cru qu'une telle révélation lui ferait l'effet d'une bombe, d'un feu d'artifice du Nouvel An, pourtant, il se sent étonnamment calme, comme si un poids venait de disparaître de ses épaules.

— Pardon, dit-il. J'étais perdu dans mes pensées.

Quoi qu'il en soit, il ne compte pas en parler. Pas maintenant. Peut-être jamais. John relève les yeux.

Le musée est un bâtiment imposant, encore plus à cause de son style gothique. Il n'y avait jamais mis les pieds auparavant.

En suivant Sherlock à l'intérieur, il observe les détails, les moulures, les boiseries… tout pour penser à autre chose.

Après quelques mots échangés avec la personne de l'accueil et un petit tour dans des couloirs anciens, ils se retrouvent devant une lourde porte en bois. « Professeur Radwick » est écrit sur une plaque en étain.

Sherlock frappe à la porte.

— Entrez ! s'écrie une voix grave et autoritaire.

Ils entrent tous les deux dans la pièce. Deux hommes se tournent aussitôt vers eux. L'un est plutôt âgé, les cheveux blancs, une barbe, des lunettes. Il lit un document, assis à son bureau. L'autre, beaucoup plus jeune, porte une blouse et est en train de nettoyer le squelette d'un animal. John ignore de quoi il s'agit. Tout ce qu'il sait, c'est que leur présence ne semble pas enchanter le jeune homme.

— Professeur Radwick ! Je suis Sherlock Holmes et voici John Watson. Vous avez accepté de me recevoir…

Le vieil homme retire ses lunettes et se lève. Il sourit.

— Monsieur Holmes ! Bonjour. Oui, le député Cooper m'a parlé de vous. Comment allez-vous ?

Sherlock lui sert la main. John répète le mot « député », incrédule. Le professeur se tourne vers lui, sans relever.

— Monsieur Watson.

— Enchanté, dit John en lui serrant la main à son tour.

— Markus, va nous préparer une tasse de thé !

Quand le jeune homme sort de la pièce, il reprend la parole :

— C'est mon assistant. Il est un peu taciturne, mais il est très doué. Surtout pour les serpents.

Sherlock hausse un sourcil, mais ne dit rien. Il observe la pièce autour de lui. John fait de même. Deux bureaux, l'un en face de l'autre, du désordre partout : des livres, des dossiers, des ordinateurs, des ossements, des animaux empaillés… Il ne sait pas où donner de la tête. Alors il abandonne.

— Asseyez-vous, je vous en prie. Que puis-je faire pour vous ?

John et Sherlock acceptent une chaise de l'autre côté de son bureau. Sherlock prend la parole.

— J'aimerais vous poser des questions sur le mamba noir, fait-il au même moment où Markus revient avec le thé.

Il adresse un regard noir au détective, pose les tasses sur le bureau de son professeur, puis retourne au sien. Les yeux de John se posent sur son pot à crayon uniquement rempli de stylos quatre couleurs identiques. Une obsession ?

— Merci Markus, dit le professeur. Vous parliez donc du mamba noir ? Que voulez-vous savoir au juste ?

John reporte son attention sur lui.

— Existe-t-il des spécimens à Londres ? Ou du moins, des échantillons de son venin ?

— Nous n'en avons pas ici, mais il y a un spécimen au zoo. Je peux vous mettre en contact avec le directeur, si vous voulez. C'est un ami. Quant au venin, nous n'avons aucun intérêt à en conserver.

— Qu'en est-il du marché noir ? intervient John.

— Je ne suis pas très à même de vous parler de ce genre de choses. Demandez plutôt à Markus, il sera plus à la page qu'un vieil homme comme moi.

Sherlock se retourne vers l'intéressé.

— Markus ?

Le jeune homme ne relève pas la tête du squelette. Il continue de travailler dessus avec un petit pinceau.

— Ce genre de serpents est vraiment difficile à trouver en Angleterre, même au marché noir. Les risques sont trop grands pour le transporteur et pour l'animal. A moins bien sûr de pouvoir débourser beaucoup d'argent…

Comme il ne peut pas se procurer d'échantillon, Sherlock pose d'autres questions sur le poison en lui-même. Ses effets. Sa composition.

Etant docteur, John comprend tous les termes scientifiques, mais il se demande l'intérêt de cette conversation, ce que ça apporte à l'enquête. Il a l'impression que Sherlock ne lui a pas tout dit. Qu'il a quelque chose derrière la tête.

Le trajet de retour se fait en silence. Sherlock écrit un message sur son portable. À Lestrade ou à Cooper, il n'en a pas la moindre idée. Il lui lance des regards en coin. Sa révélation n'arrête pas de lui revenir en mémoire. Il a l'impression de remarquer les moindres détails, à présent : la façon dont ses yeux brillent, l'éclat de ses cheveux, ses doigts longs et fins… il se trouve ridicule. Il se demande s'il a le même air hébété que Molly lorsqu'elle l'observe de la même manière. Il n'ose pas s'appesantir sur cette comparaison. Il se demande si, finalement, il ne l'a pas toujours regardé ainsi, lui aussi.

Lorsqu'ils entrent au 221B Baker Street, Mrs Hudson les accueillent avec un sourire vacillant. Elle désigne un paquet encombrant posé à côté de la porte.

— Je ne sais pas ce que vous avez encore commandé, Sherlock, mais ce colis pèse un âne mort. Et il en a l'odeur aussi, fait-elle d'un air dégoûté.

Sherlock fronce les sourcils, mais ne dit rien. Il échange un regard de connivence avec John. Sauf que John, ne comprend pas où il veut en venir. Comme d'habitude.

— Merci, Mrs Hudson. Je vais le monter.

Pendant qu'il peine à le soulever et à le monter à l'étage, Mrs hudson prend John à l'écart.

— Comment allez-vous, John ? Vous avez trouvé la réponse à vos questions ?

— Pas encore, répond-il en observant son ami. Mais je crois que je suis sur la bonne voie.

En suivant son regard, Mrs Hudson sourit.

— Quand vous aurez terminé là-haut, venez boire une tasse de thé avec une vieille dame.

— Avec plaisir. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, dit-il avant de monter les marches à son tour.

Quand il referme la porte derrière lui, Sherlock lui tourne le dos. Le paquet est ouvert à ses pieds.

— Alors, cet âne mort ?

— Renard.

— Hein ? fait-il en s'approchant.

— Ce n'est pas un âne mort, c'est un renard.

Incrédule, John baisse les yeux vers le colis. Un renard replié sur lui-même y repose. Un post-it a été collé à sa fourrure. Il le ramasse pour le lire.

— « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »

Quand il relève la tête, il croise le regard de Sherlock pour la première fois depuis qu'il est entré dans la pièce. Il est étonné de voir un sourire étirer ses lèvres. Puis, soudain, Sherlock éclate d'un rire joyeux.

— Le meurtrier veut jouer ! s'exclame-t-il.

— Sherlock ! le réprimande-t-il. Il y a un renard mort dans ton salon. Ce n'est pas risible !

Mais il sait bien que c'est peine perdue. Sherlock est irrécupérable… alors pourquoi est-ce qu'un sourire empli de tendresse étire ses lèvres ? Il préfère ne pas y penser.

Soudain, son portable sonne dans sa poche. Il le sort. C'est Mary. Son sourire s'efface, comme s'il avait été pris en flagrant délit. En flagrant délit de quoi, il ne sait pas, mais il se sent quand même coupable.

Il fait signe à Sherlock d'être silencieux.

— Allô ?

En voyant son ami pâlir à vue d'œil, Sherlock comprend que quelque chose ne va pas. Il l'entend peiner à trouver ses mots.

— D'accord. J'arrive tout de suite, réussit-il à dire avant de raccrocher.

— Qu'est-ce qui ne va pas ? demande Sherlock.

Oublié, le renard git entre eux.

— C'était Mary, répond John dans un souffle. Lily est à l'hôpital. Elle a été renversée par une voiture.


A suivre