Note : Merci énormément à vous tous de me suivre et de commenter. Vous êtes des amours. Je pense notamment à : Amelia, Louisalibi, Clélia, Lyra, Mégara et Marali, toujours fidèles au poste ! Et à Cupcake Nie, Eiluj Fch, Enjoyblood, Caminous et Ellio (je crois que je n'oublie personne) de me suivre depuis le chapitre précédent !

Prenons un instant également pour remercier Amelia TheFujoshi qui a réussi à me booster pour que je termine ce chapitre !

Voilà, c'est fait ! :p

Oh et un petit message pour Mégara qui n'a toujours pas de compte ffnet : Tes commentaires sont toujours un plaisir à lire car ils sont très justes. On dirait que tu remarques tous les détails. Sherlock ? C'est toi ? :p Merci aussi pour le commentaire sur fanfic-fr.


Chapitre 8


Mary s'est endormie sur le lit d'hôpital, Judith lovée contre son flanc. Lily dort, elle aussi. La chambre est paisible. Seuls les ronronnements et les pépiements des appareils médicaux viennent briser le silence.

John les observe un instant. Il a l'impression que sa vie a basculé du jour au lendemain.

Et, à bien y réfléchir, c'est le cas.

L'accident de sa fille les a plongés dans une autre dimension. Sa famille se retrouve hors du temps, hors de tout. Il a fermé son cabinet pour une durée indéterminée. Ils vivent littéralement dans cette chambre d'hôpital et surtout : des agents de Scotland Yard se relaient pour les surveiller.

John sait que Lestrade a emmené la femme qui a renversé Lily au poste. Rien que d'y penser, il sent la colère monter en lui. Il a conscience qu'elle a été menacée, qu'elle a eu peur pour ses propres enfants, mais John sait aussi que lui n'aurait jamais été aussi faible, aussi lâche. Il n'aurait jamais blessé un innocent. Quelle que soit la situation. Alors, il n'a que faire de ses excuses.

En plus de tout ça, il n'a pas de nouvelles de Sherlock. Pas depuis que Scotland Yard est arrivé. Il glisse la main dans sa poche et y touche la petite fiole qui s'y trouve. Le fait de ne pas avoir Sherlock près de lui le rend nerveux. Ces derniers jours ont été intenses. Quelque part, au fond de son esprit, il se demande si Sherlock le considère comme un boulet, un handicap, s'il a repris goût aux enquêtes en solo… ou avec Cooper, peut-être.

Non. Cooper n'est pas avec Sherlock. Il est posté devant la porte de la chambre. John l'a aperçu tout à l'heure. Cette pensée lui procure une maigre satisfaction. Si Cooper est ici, il peut le surveiller. Le surveiller ? Pour quoi faire ? Il est libre de faire ce qu'il veut. Sherlock aussi. Et pourtant, comment expliquer ce besoin incontrôlable de les éloigner l'un de l'autre ? Quand Cooper est dans la même pièce que lui, il n'a qu'une seule envie : effacer son sourire mielleux. John sait que ce n'est pas normal. Il ne devrait pas ressentir ce genre de choses. Mais il ne peut pas s'en empêcher. Il se dit qu'il se montre protecteur envers Sherlock, mais ce n'est pas que ça. Il en a conscience. En se rapprochant de Sherlock, ces derniers jours, il a réveillé des sentiments qu'il avait enfouis en lui des années auparavant. Tout simplement parce qu'ils lui faisaient peur. Il n'avait jamais ressenti ce genre de choses pour une personne du même sexe… Puis, il a fallu qu'il se protège, qu'il remonte la pente. La mort orchestrée de Sherlock l'a forcé à ranger ces sentiments à double tour dans une cellule capitonnée. Rencontrer Mary lui a permis de se remettre dans le droit chemin, comme il aime le penser. Mais pas pour très longtemps. Lorsque Sherlock est revenu, il a tout de suite mis de la distance entre eux pour ne pas retomber dans leurs anciens schémas. Alors, pourquoi, tout à coup, a-t-il ressenti le besoin de se rapprocher de lui ? Était-ce inconscient de sa part ? A-t-il vraiment envie de laisser ces émotions revenir sur le devant de la scène ? Tout en sachant que Sherlock ne retournerait jamais ses sentiments ? Il lui a dit lui-même, il y a bien longtemps, ce n'est pas son domaine.

Et puis, dans ce taxi… il a eu une révélation. La révélation que ce qu'il ressentait se traduisait également sur le plan physique. Qu'il… désirait Sherlock. Qu'il avait envie de le toucher. De passer ses mains dans ses cheveux, de…

John soupire. Réfléchir à tout ça en présence de sa femme et ses filles, même endormies, le met mal à l'aise. Il sait que ces simples pensées les trahissent. Il se passe une main sur le visage et sort de la pièce.

A l'extérieur, Cooper lui fait un signe de la tête. John le lui rend sans un mot. Cette situation est ridicule. Il en a marre d'être balloté par ses émotions. Peur. Colère. Jalousie. Il faut que ça cesse. Il vaut mieux que ça. Il achète deux cafés à la machine et revient vers la porte de la chambre. Il en tend un à Cooper. Celui-ci le regarde d'un air perplexe, comme s'il n'arrivait pas à croire ce qu'il voit. John soupire.

— Vous allez le prendre, oui ou non ? fait-il.

Il se mord l'intérieur des joues. Ça commence mal. Cooper finit par accepter le gobelet.

— Merci, dit-il.

Il observe un instant le liquide noir, au lieu de le porter à ses lèvres.

— Comment est-ce que je peux être sûr qu'il n'est pas empoisonné ? demande-t-il.

Cooper est très sérieux. John le regarde d'un air incrédule, puis éclate de rire. Il ne sait pas si c'est le résultat d'un trop plein d'émotions ou s'il trouve vraiment la situation très drôle. Dans tous les cas, il rit à gorge déployée, s'attirant les regards mécontents des infirmières alentour. Cooper, lui, ne semble pas savoir comment réagir, mais un sourire en coin se forme sur ses propres lèvres.

— J'en déduis que ce n'est pas un café piégé ?

John s'adosse contre le mur à côté du sergent pour reprendre son calme et son souffle.

— Croyez-moi, Cooper. Si je devais vous tuer, je ne le ferais pas ici. Et puis… le poison n'est pas mon arme de prédilection.

Plus ou moins satisfait de la réponse de John, Cooper porte le gobelet à ses lèvres. Il grimace. Poison ou non, le café est infecte.

— Ça aurait au moins expliqué pourquoi il est imbuvable, rétorque-t-il.

— Il faudrait demander à Sherlock. C'est lui qui a réponse à tout.

A l'instant où ces paroles franchissent ses lèvres, John a envie de se taper la tête contre le mur. Pourquoi est-ce qu'il parle de Sherlock à Cooper ? Autant lui tendre le bâton pour le battre. Cooper semble avoir remarqué sa réaction car il l'observe en silence tout en sirotant son jus de chaussettes.

John ne l'aime pas. Il est beaucoup trop propre sur lui. Arrogant. Son intimité flagrante avec Sherlock ne lui plaît pas. Ne pas savoir ce qui se trame entre eux le rend fou. Il se demande s'il peut en apprendre davantage…

— Sherlock m'a dit que vous l'assistiez de temps en temps.

A ça, Cooper hausse un sourcil. Visiblement, il ne s'attendait pas à ce que John lui fasse la conversation. Il hoche la tête.

— C'est vrai. Je suis toujours disponible quand il a besoin de moi.

Il sous-entend que John ne l'est pas.

John sert les dents. Après tout, c'est lui qui a commencé à lui parler. Il ne peut s'en vouloir qu'à lui-même. Il essaie de convaincre la partie la plus spontanée de sa personnalité. Ne pas s'énerver. Il en a déjà assez fait avec la femme qui a renversé Lily. Mary et Sherlock lui ont fait la morale, après. Enfin non : Mary lui a fait la morale. Sherlock, lui, l'a regardé par en-dessous de cet air qui veut dire qu'il l'a déçu. Ça marche à tous les coups.

Cooper semble considérer son silence comme un aveu de sa part.

— Je suis tout le temps disponible, reprend-il. Pas seulement pour les enquêtes.

Cette fois, John en a assez entendu. Ses bonnes résolutions n'auront pas tenu longtemps.

— Qu'est-ce que vous voulez insinuer, au juste ?

— Je n'insinue rien, répond Cooper tout en buvant son café. Je me contente d'exposer les faits. Vous savez…

Il marque une pause. John attend qu'il continue sa phrase.

— Je vous ai menti la première fois qu'on s'est rencontrés. Je sais parfaitement qui vous êtes... et je sais que vous n'êtes pas bon pour lui, pour Sherlock. Vous le faites souffrir. Alors, merci pour le café, mais vous feriez mieux de retourner auprès de votre famille et de le laisser tranquille une bonne fois pour toute. Laissez-moi m'occuper de lui comme il le mérite.

John serre les poings. Il n'en croit pas ses oreilles. Comment ce pauvre type ose-t-il lui dire des choses pareilles ?

— Qu'est-ce qui vous dit que je vais vous le laisser aussi facilement ? Qu'est-ce qui vous dit que vous êtes le seul à tenir à lui ? (Cooper lui adresse un regard suffisant.) Vous avez raison sur une chose : il faut que je retourne auprès de ma famille. Mais Sherlock n'a pas besoin de vous.

— Ah non ? Il a besoin de vous, peut-être ?

— Peut-être, rétorque John en ouvrant la chambre.

Il referme la porte derrière lui et s'adosse au bois frais. Il soupire. Quand il relève la tête, son regard rencontre celui de Mary. Il s'observe un instant, puis Mary lui sourit doucement, presque tristement. John ne peut rien faire d'autre qu'espérer qu'elle n'a rien entendu. Il s'approche à pas lents de ses filles qui dorment encore et les embrasse doucement sur le front.


Un coup résonne sur la porte. John relève vivement la tête. Sherlock ?

Ses espoirs sont rapidement anéantis. C'est une infirmière qui entre dans la chambre.

— Je viens changer la poche de la perfusion, dit-elle.

Aussitôt, John s'éloigne du lit de sa fille pour lui laisser la place. Mary, elle, prend Judith au bras et va la poser sur un tapis qu'ils ont installé par terre avec ses jouets. La pauvre petite commence à s'ennuyer. Alors que dire de sa sœur… ?

Pour l'instant, Lily dort paisiblement. Tant mieux. Elle a besoin de récupérer.

John observe l'infirmière décrocher la poche presque vide et la remplacer par une pleine. Elle attend quelques instants, pour vérifier que tout est dans l'ordre, et en profite pour ausculter la petite fille.

Au moment où elle s'apprête à sortir, toutefois, une chose étrange se produit. La machine qui surveille le rythme cardiaque de Lily se met à s'emballer. La petite fille fronce les sourcils. De la sueur se met à perler sur son front.

— Qu'est-ce qui se passe ? s'exclame John en accourant à son chevet.

L'infirmière se précipite vers eux et appuie sur le bouton d'appel.

— Je ne comprends pas ! répond-elle.

Mary reste immobile, les yeux arrondis comme des soucoupes. Elle a l'air pétrifié.

— La poche ! s'exclame John. Retirez la poche !

L'infirmière s'exécute le plus rapidement possible, mais il n'y a pas de changement. Dehors, on entend des pas pressés se rapprocher. Le docteur sera bientôt là. Mais il sera trop tard. John le sait. Il le sent. Tout à coup, il se rappelle ce qu'il a dans sa veste.

— Une seringue ! Il me faut une seringue ! crie-t-il.

Déstabilisée, l'infirmière ne cherche même pas à le contredire. Elle en attrape une sur l'étagère et la lui tend. John transvase le contenu de la fiole dans la seringue et se dépêche de l'administrer à sa fille. Pendant qu'il le fait, il caresse doucement le front de Lily et lui murmure des mots d'encouragements, des mots qui ne veulent probablement rien dire, mais ça n'a pas la moindre importance. Autour de lui, c'est le chaos. Il a l'impression que tout le monde crie, que le bruit des machines est assourdissant. Ses tympans sont sur le point d'exploser. Pourtant, il se force à se concentrer sur ce qui est important. L'antidote. Il prie pour que ça marche. Il prie pour que Sherlock ait eu raison. Pitié, mon Dieu. Je vous en prie.

Il retire la seringue, la pose sur le côté et ferme les yeux. Il attend. Il entend vaguement la porte s'ouvrir à la volée et des gens parler.

Puis… soudain… légèrement… doucement… Il perçoit le changement. Et le pouls de Lily se calme.

Le soulagement est tel que John ne se rend pas compte qu'il est en train de pleurer jusqu'à ce que de véritables ruisseaux s'écoulent de ses yeux. Il se tourne vers Mary. Elle a posé une de ses mains contre sa bouche, comme pour étouffer un cri silencieux. L'autre touche Judith qui s'est accrochée à sa jambe, apeurée.

Le médecin et les infirmiers poussent John de leur chemin et le bombardent de question. Il y répond du mieux qu'il le peut.

— Du venin de serpent. J'avais l'antidote. Grâce à Dieu, j'avais l'antidote !

Il a encore du mal à comprendre ce qui vient de se passer. La scène paraît irréelle. Il a encore failli perdre sa fille. Cette pensée est insupportable.

— Du venin ? Comme pour l'affaire du Petit Prince ? demande Cooper.

John remarque sa présence dans la pièce pour la première fois. Évidemment qu'il est rentré. Il fait partie de Scotland Yard. John se contente de hocher la tête.

— J'appelle Lestrade, dit-il.

John s'approche de Mary et Judith pour les prendre dans ses bras, mais en comprenant son intention, Mary recule.

— Pourquoi avais-tu l'antidote ? demande-t-elle entre deux sanglots.

— Sherlock me l'a donné. Il ne m'a pas expliqué pourquoi.

— Sherlock… Tu veux dire que ce qui vient de se passer est lié à l'enquête que tu mènes avec lui ?

Elle a l'air furieuse à présent. John baisse la tête. C'est la seule réponse dont elle a besoin.

— Va-t-en. Je ne veux plus te voir. Va-t-en ! crie-t-elle.

Elle soulève Judith et s'approche du lit de Lily. Les infirmiers effectuent toujours des examens. Une jeune femme, celle qui a changé la poche, s'approche de lui et pose une main sur son bras.

— Venez monsieur. Vous feriez peut-être mieux de sortir un instant.

Il la regarde sans vraiment la voir. Il a l'impression de flotter. De ne pas être tout à fait là. Pourquoi le sort s'acharne-t-il sur lui ? L'infirmière applique davantage de pression sur son bras. Il hoche la tête d'un air absent.

Dans le couloir, il s'assoit lourdement sur une chaise et fixe la porte de la chambre sans ciller. A côté de lui, il entend la voix de Cooper, qui parle au téléphone.


John, attends ! Il faut que je te parle. C'est important.

John daigne tourner la tête vers lui en soupirant.

Qu'est-ce qui est plus important que ma fille ?

Rien, justement, répond Sherlock.

Il lui tend une petite fiole. John l'accepte et la fait rouler entre ses doigts. Le liquide reflète la lumière du couloir.

Qu'est-ce que c'est ?

L'antidote au venin de mamba noir. J'ai réussi à m'en procurer grâce à l'ami du docteur Radwick qui travaille au zoo. Il était évident qu'un établissement abritant un serpent aussi dangereux possède l'anti venin adéquate, ça m'étonne que…

Sherlock, l'interrompt John. Pourquoi est-ce que tu me le donnes à moi ?

Tout à coup, son ami prend un air sombre.

Je sais qu'il va se passer quelque chose de grave. J'espère que je me trompe, mais ce que vient de nous avouer cette femme ne fait que renforcer mon intuition. Garde l'antidote sur toi et n'hésite pas à t'en servir. Souviens-toi : s'il n'est pas administré dans les minutes qui suivent l'exposition au venin, il ne sera plus d'aucune utilité…


John a l'impression qu'il est assis dans ce couloir depuis des mois. Des années. Mary refuse de lui parler. Elle refuse de lui laisser voir ses filles. Il sait que Lily va mieux. Il a discuté avec les médecins. Il ne sait pas quoi faire. Dans un sens, il comprend que sa femme lui en veuille. Elle a besoin d'un coupable, de reporter sa colère sur quelqu'un… Mais est-elle obligée de le punir ainsi ? Et Sherlock ? Où est-il passé ? Ça fait trop longtemps qu'il ne l'a pas vu. Il se sent abandonné.

Il se passe la main sur le visage. Il est épuisé.

— Vous devriez aller vous reposer, fait une voix qu'il reconnaît trop bien.

John relève la tête.

— Vous êtes de retour ?

— Ouais, Simmons est allé se coucher, répond Cooper. Et vous devriez l'imiter. Vous ne pouvez rien faire de plus.

Étonnamment, les mots de Cooper sont justes. Il le sait. Lui-même aurait donné ce conseil à un père dans son état. Mais l'idée de quitter l'hôpital, de laisser ses filles et Mary, même s'il reste ici, dans ce couloir, lui brise le cœur.

— Rentrez, répète Cooper. Vous avez entendu Lestrade. La surveillance a été doublée. Elles ne craignent rien.

Ça, John en doute. Le risque zéro n'existe pas. Mais, même si ça le peine de l'admettre, Cooper a raison. Ça ne sert à rien de rester ici, dans ce couloir, avec des vêtements sales et une barbe de deux jours. II va rentrer chez lui, prendre une douche et se reposer un peu. Quand il reviendra, il aura les idées claires et il discutera posément avec Mary. Elle aura eu le temps de se calmer, elle aussi.

Sans dire au-revoir à Cooper, John se lève et se dirige vers le parking de l'hôpital. Quand il démarre sa voiture, il ne se rend pas tout de suite compte de la route qu'il est en train d'emprunter. Lorsqu'il comprend où il se trouve, il est déjà arrivé au 221B Baker Street.


Malgré l'heure tardive, John réussit à trouver une place pour se garer. Il reste un instant dans la voiture, tous phares éteints. Il ne sait pas ce qu'il fait ici. Ou plutôt, il le sait trop bien. Dans sa détresse, le besoin de voir Sherlock a été tel que son esprit et son corps se sont mis sur pilote automatique. Il sait ce que ça veut dire. Il en a assez de se voiler la face, de se mentir. Il ne compte rien en faire pour l'instant, il n'a pas la tête à ça… Sa fille est toujours à l'hôpital… et il est marié… mais il faut qu'il voie Sherlock, qu'il le touche, qu'il sente sa présence. C'est viscéral.

Alors, il prend une grande inspiration et sort de la voiture. L'air est glacial, dehors. Il remonte le col de son manteau. Ça lui rappelle tellement Sherlock qu'il ne peut s'empêcher de sourire. Arrivé devant la porte, il frappe une fois, deux fois, jusqu'à entendre de petits pas précipités. Mrs Hudson entrouvre légèrement la porte pour jeter un œil à son visiteur, avant de l'ouvrir en grand.

— John ! Qu'est-ce que vous faites ici à cette heure-ci ? s'exclame-t-elle.

Elle l'observe de la tête aux pieds. John sait qu'il doit faire peur à voir.

— Est-ce que tout va bien ? Comment va Lily ? Vous venez voir Sherlock ?

Les questions de Mrs Hudson lui donnent mal à la tête, il n'a pas envie d'y répondre, mais il lui sourit tout de même.

— Oui, je viens voir Sherlock.

— J'ai bien peur qu'il ne soit pas là pour le moment.

— Oh.

John est déçu. Il n'a pas la moindre envie de retourner chez lui, dans sa maison froide et vide où tout lui rappellera la situation actuelle.

Alors qu'il est sur le point de prendre congé, Mrs Hudson le retient.

— Je peux vous ouvrir, si vous voulez. Je suis certaine que Sherlock ne m'en voudra pas.

— Mrs Hudson, vous êtes une sainte, lui répond-il.

— Attendez-moi ici, je vais chercher les clés, dit-elle avec un sourire en coin.

John observe le vestibule. Toujours le même. Il n'a pas changé. En regardant les escaliers, il se rappelle la fois où Sherlock et lui ont manqué s'y endormir, pendant sa soirée d'enterrement de vie de garçon. Et au tout début de leur relation, ils se sont appuyés contre ce mur pour reprendre leur souffle. Puis, Angelo a frappé à la porte pour lui rendre sa canne. Tant de souvenirs en aussi peu de mètres carrés…

Mrs Hudson revient et le tire de sa rêverie. Ensemble, ils montent à l'étage et elle lui ouvre la porte.

— Ne faites pas attention au bazar… Qu'est-ce que je dis ? Vous avez l'habitude ! Vous voulez que je vous monte quelque chose à manger ?

John pénètre dans la pièce et actionne l'interrupteur.

— Non, merci, Mrs Hudson. C'est très gentil de votre part, mais je n'ai pas faim.

— Alors, très bien. Je vous laisse. Bonne nuit John, fait-elle avant de refermer la porte derrière elle.

— Bonne nuit, Mrs Hudson.

Laissé seul dans l'appartement, John se sent tout d'abord intimidé. Cela fait une éternité qu'il ne s'est pas retrouvé ici sans Sherlock. Pas depuis qu'il a déménagé, en fait. Cette pensée lui ramène des souvenirs dont il ne veut pas se rappeler. Aussi, il les repousse dans un coin de son esprit. Il avance un peu plus dans la pièce, jette un coup d'œil à la cuisine. Il pourrait se faire une tasse de thé, mais il n'en a pas le courage. Non, la seule chose qu'il a envie de faire, c'est s'assoir et ne plus jamais se relever, ne plus jamais penser à rien.

Il hésite un instant, puis s'installe dans le fauteuil de Sherlock. Son ami ne le saura jamais. John se contentera de se lever quand il en entendra la clé tourner dans la serrure. C'est un plan parfait… même s'il ne sait pas vraiment pourquoi il doit se cacher de lui.

L'odeur de Sherlock l'envahit. Une odeur musquée et élégante à la fois. Une odeur qui lui convient à merveille. John a envie de se rouler dedans, de s'y perdre. Il prend une grande inspiration et se laisse bercer par le parfum familier, ce parfum qui lui a tellement manqué. Et sans s'en apercevoir, il se met à sombrer dans les bras de Morphée.


A suivre


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