Note : Comme d'habitude, merci à vous tous pour vos commentaires, vos favs, vos follows. C'est un vrai plaisir :)

Je tiens à remercier tout particulièrement Amelia pour son aide sur ce chapitre ! (Attention, ça va devenir une habitude)

Sinon, étant donné que je fais le Nanowrimo cette année, il est fort possible que la parution des chapitres soit plus espacée pendant le mois de novembre. Vous êtes prévenus ;)


Chapitre 9


John sent quelqu'un poser une main sur son épaule et le secouer doucement. Un grognement lui échappe. Il n'a pas envie de se réveiller. Pas tout de suite. Encore une minute. Il dort trop bien. Malheureusement, la main se fait insistante.

— John, réveille-toi.

En entendant cette voix grave, John se rappelle soudain où il est. Toute une foule d'émotions déferle en lui. Il les repousse à l'orée de sa conscience. Il n'a ni le temps ni l'envie d'y faire face. Pas pour le moment. Quand il ouvre les yeux, c'est pour les plonger dans ceux de Sherlock. Le détective le regarde d'un air inquiet et tendre à la fois. Cette expression lui va bien. Il devrait la porter plus souvent. Tout comme cette chemise bordeaux et cette coupe de cheveux délicieusement décoiffée…

— Tu ne devrais pas dormir ici, tu vas avoir des courbatures demain, dit Sherlock.

John voudrait lui répondre, lui poser des centaines de questions, mais il n'en a pas la force. Il a accumulé trop de fatigue. Ses paupières se ferment toutes seules. Quand Sherlock le tire par le bras, il voudrait protester, mais il s'en trouve incapable.

— Viens, dit la voix grave et familière.

Alors, il se laisse guider. Sans réfléchir. Sans poser de questions. C'est Sherlock. Il le suivrait au bout du monde.

Lorsqu'il rouvre les yeux, John aperçoit le tableau des éléments de Sherlock. Quelque chose lui dit qu'il devrait être surpris ou gêné de se trouver dans sa chambre, mais il ne l'est pas. Son cerveau s'est mis en mode automatique. Tout ce qu'il veut, c'est dormir. Dormir des heures et des heures. Sherlock lui ouvre les couvertures et le pousse sur son lit. Puis, il se met à genoux devant lui pour lui retirer ses chaussures. John glousse doucement. Heureusement que personne n'est là pour voir ça, ça pourrait faire jaser. Il tire les couvertures à lui et soupire d'aise. Ce lit est divin.

Soudain, alors que Sherlock le borde, une question s'insinue dans son esprit embrumé.

— Mais, et toi ? fait-il d'une voix groggy.

Les mouvements de son ami s'arrêtent un instant. John se tourne vers lui. Le léger sourire qu'il lui adresse lui coupe le souffle.

— Ne t'inquiète pas pour moi.

— Mais… tu ne veux pas savoir ce que je fais ici ?

— On en parlera demain. Dors.

John ne se fait pas prier. Il ferme les yeux et laisse le sommeil l'envahir. Quelque part, à la surface de sa conscience, il sent une main fraiche lui caresser la joue et il sait que tout ira bien.


Le lendemain matin, John ouvre les yeux dans une chambre qui n'est pas la sienne. Il lui faut un moment pour se rappeler ce qui s'est passé, comment il a fini dans le lit de Sherlock. Les draps sont agréablement chauds autour de lui et les coussins moelleux sous sa tête. Le parfum et les sons familiers lui gonflent le cœur. Il ne s'est pas senti aussi reposé depuis des jours, voire des semaines. Pourtant, il ne peut pas s'empêcher de ressentir une certaine culpabilité. Mary l'a mis dehors, l'a chassé de l'hôpital. Il ne devrait pas être soulagé. Il devrait être extrêmement malheureux, six pieds sous terre, même. Pourtant, la seule tristesse qu'il ressent, c'est celle d'avoir failli perdre sa fille. Il a peur également. Peur du changement qui s'est opéré. Peur de l'inconnu qui l'attend. Toutefois, il sait que c'est inéluctable. Il le sait depuis qu'il s'est avoué qu'il n'était plus amoureux de Mary. Rester marié pour le bonheur de ses filles ne serait pas raisonnable, ni sain. Il ira à l'hôpital plus tard pour discuter avec elle. Elle aura eu le temps de se calmer. Et puis, il pourra voir ses filles et les prendre dans ses bras.

En jetant un coup d'œil au réveil posé sur la table de nuit, John se dit qu'il est temps de se lever. Il repousse les couvertures à contrecœur et se dirige vers la porte entrouverte. Ses vêtements sont fripés, mais ce n'est pas étonnant après avoir passé la nuit dedans.

Quand il pousse la porte et se retrouve dans le salon, il se sent soudain mal à l'aise. Sherlock est allongé sur le canapé, les jambes repliées et il fixe le plafond d'un air neutre. Il porte les mêmes vêtements que dans ses souvenirs approximatifs de la veille. Il n'a aucune réaction. A tous les coups, il est tellement perdu dans ses pensées qu'il ne l'a pas remarqué.

Sur la table basse, entre les fauteuils, est posée une théière et deux tasses. John s'en approche. Le thé est encore chaud. Il le verse. En entendant le bruit, Sherlock tourne lentement la tête. Ses cheveux bouclés tombent sur ses yeux clairs qui s'illuminent soudain.

—Ah John ! fait-il en se relevant d'un bond.

John se tourne vers lui, un peu gêné.

— Tu as dormi ici ? demande-t-il en s'asseyant dans son fauteuil.

Sherlock vient s'installer en face de lui et soulève sa tasse de thé.

— Si je ne me trompe pas, il y avait quelqu'un dans mon lit, rétorque-t-il avec un sourire en coin.

John se sent rougir.

— Tu ne vas pas me demander ce que je fais ici ?

— Pourquoi est-ce que je te demanderais quelque chose que je sais déjà ?

Face à cette réponse, John ne peut s'empêcher de hausser un sourcil, incrédule. Il doute sincèrement que Sherlock connaisse toutes les raisons de sa présence.


Ah Sherlock ! dit Cooper en adressant un grand sourire au détective. Je suis désolé, mais tu ne vas pas pouvoir entrer. Madame Watson ne veut voir personne.

Sherlock fronce les sourcils.

Et John ?

John n'est pas là. (Il prend un air conspirateur et chuchote : ) Elle l'a flanqué à la porte tout à l'heure.

En le voyant s'éloigner, Cooper se demande ce qu'il a dit de mal.

Sherlock ! Tu viens d'arriver ! Tu pourrais me tenir compagnie !

Il ne se retourne même pas.

Dis à Mary que j'ai résolu l'affaire. Appelle Lestrade. Il te racontera.


— Je suis passé à l'hôpital hier soir, mais tu étais déjà parti, reprend Sherlock.

John baisse les yeux.

— Mary et moi avons eu un petit différend.

— Je sais. Elle n'a pas voulu me parler, mais Matt me l'a dit.

Matt. Encore lui. John serre les dents et s'efforce de garder son sang froid. Il ne dit rien et laisse Sherlock continuer :

— J'étais venu te dire que j'avais résolu l'affaire.

John relève vivement la tête.

— Quoi ?

— L'affaire, je l'ai résolue.

— Tu as résolu l'affaire ?

— Tu comptes remettre en cause tout ce que je te dis ? demande Sherlock d'un air agacé.

John lui adresse un regard noir.

— Excuse-moi d'être déphasé après tout ce que j'ai subi ! s'exclame-t-il. Et tu ne crois pas que tu aurais pu m'en parler hier soir ?

Sherlock prend une gorgée de thé.

— Tu avais besoin de sommeil. Quelques heures de plus n'auraient rien changé à l'affaire. Au contraire, tu aurais sans doute cherché à retrouver le coupable pour te faire justice.

L'air renfrogné, John ne répond pas. Il sait que son ami a raison, mais il ne veut pas l'admettre.

— A l'heure où l'on parle, poursuit Sherlock, Lestrade est en train de l'interroger.

— Qui est-ce ? demande John.

—Le professeur Radwick.

—Radwick ! s'exclame-t-il, incrédule. Mais pourquoi ?!

Sherlock repose sa tasse de thé et pose les mains sur ses jambes croisées.

— Radwick a perdu un fils des suites d'un cancer. Il a été la proie d'un acharnement thérapeutique. Voir son fils souffrir l'a rendu fou. Rappelle-toi. Ses premières victimes étaient des enfants malades. Ils voulaient abréger leur souffrance, en quelques sortes. Il s'est servi du Petit Prince en hommage à son fils qui adorait cette histoire.

— D'accord, mais que vient faire Lily, dans tout ça ? Elle n'était pas malade.

—Non. Pour Lily, l'angle d'approche était différent. Comme tu t'es mis en travers de son chemin, il a simplement voulu te faire connaître la souffrance de perdre un enfant. Sans doute a-t-il pensé que tu comprendrais ses motivations.

John se lève d'un bond et se met à faire les cent pas.

— Je vais le tuer !

Sherlock décroise les jambes et pose les mains sur les accoudoirs de son fauteuil. Il ne se lève pas, mais il se met visiblement en position, au cas où.

— Tu ne feras rien de la sorte, rétorque-t-il. D'une, tu n'as pas ton revolver… (John lui lance un regard appuyé, comme pour lui dire « Je peux toujours aller le chercher. ») et de deux, tu dois laisser Lestrade s'occuper de lui. J'ai trouvé suffisamment de preuves contre lui pour qu'il passe le reste de sa vie en prison. Malheureusement, avant que la police vienne l'appréhender, il est tombé dans les escaliers. Il était un peu maladroit.


Vous n'avez rien contre moi ! Aucune preuve ! s'exclame le vieil homme. C'est du bluffe.

Si j'étais vous, je ne parierais pas là-dessus. De toute façon, Scotland Yard va arriver. C'est eux que vous devrez convaincre. Pas moi.

Vous ne comprenez pas ! Il fallait que je fasse ce que j'ai fait. Pour montrer au monde que les médecins sont des bourreaux.

Et vous ? Vous n'en êtes pas un ? Comment avez-vous pu faire ça à des enfants ? A la fille de John ?

Tout à coup, l'expression de détresse du vieil homme disparait et un sourire carnassier étire ses lèvres.

Un bel ouvrage, n'est-ce pas ? C'était presque trop facile.

Alors, Sherlock voit rouge. Il jette un coup d'œil à l'escalier derrière lui et n'hésite pas une seconde.

En bas, la porte d'entrée s'ouvre. Lestrade entre dans la maison.

Sherlock ! Qu'est-ce que tu as encore fait ?!


John s'arrête de marcher pour le regarder, avant d'éclater de rire. La franchise de Sherlock l'étonnera toujours. Comme sa loyauté envers lui. On parle toujours de ce que John fait pour Sherlock, mais en réalité, Sherlock pense beaucoup plus souvent à lui qu'on ne le croit. Il l'a assez souvent prouvé.

— Et puis, reprend le détective. Le fait de se retrouver lui-même à l'hôpital devrait le faire réfléchir.

John revient vers son fauteuil et s'y laisse tomber lourdement.

— Je me sens vidé, tout à coup. Je veux aller voir ma fille. (Il marque une pause.) Comment allait-elle hier soir ?

— Beaucoup mieux, apparemment. Matt m'a dit qu'il annoncerait la nouvelle à Mary. Elle doit être rassurée, maintenant. Tu devrais aller la voir. Je suis sûre qu'elle a pris conscience de son erreur.

La pensée a traversé l'esprit de John. Evidemment. Mais il ne sait pas si ça change grand-chose à la situation. Non. John ne doute pas de Mary. Il doute de lui-même.

— Comment as-tu compris que c'était lui ? demande-t-il pour changer de sujet.

— La photo du petit garçon, dans son bureau. Ça aurait pu être une photo de son petit-fils, mais elle était trop vieille pour ça. Et il n'y avait pas non plus de photos de ce garçon à l'âge adulte. Conclusion : il est mort quand il était enfant. Et puis, tous les indices pointaient vers son assistant. C'était étonnant. La lettre de menace de la femme qui a renversé Lily était écrite au stylo quatre couleurs. Il y en a un pot à crayon plein sur le bureau de son assistant… sans parler du fait qu'il soit expert en serpents. Non, c'était trop facile. D'autant plus que l'assistant en question est un original, mais qu'il ne ferait pas de mal à une mouche. Il détourne les yeux chaque fois qu'il doit nourrir les serpents de son vivarium. Enfin… il a commis une erreur.


Tiens, j'ai croisé le professeur Radwick, tout à l'heure. J'ai failli ne pas le reconnaître.

Sherlock sort de ses pensées et se tourne vers John.

Radwick ? Il était ici ?

Oui. Il est venu faire des examens ou quelque chose comme ça. Il discutait avec une infirmière.

John ! s'exclame-t-il en se levant.

Quoi ?

Tu es un génie !

Ah bon ?

John observe Sherlock s'éloigner. Il ne sait pas s'il doit être surpris ou blasé. Avec un soupir, il retourne auprès de sa fille.


— Il a voulu terminer le travail lui-même et il est venu à l'hôpital. Il a profité d'un moment d'inattention pour mettre le venin dans une poche de transfusion destinée à Lily. (John l'écoute avec de grands yeux ébahis, comme toujours.) Pour prouver ma théorie, il a fallu que je remonte sa trace et celle de son fils. C'est pour ça que j'avais disparu.

John ne dit rien. Il se contente de se passer la main dans sa barbe naissante. Sherlock suit le mouvement du regard.

— Il faut que j'aille à l'hôpital, déclare-t-il.

Sherlock baisse les yeux, étrangement résigné.

— Oui.


Quand il arrive devant la chambre d'hôpital, la première chose que John remarque est l'absence de policier. Maintenant que le coupable a été attrapé, Lily n'a plus besoin de protection. Cette pensée lui retire un poids de sa poitrine. Les choses vont commencer à rentrer dans l'ordre. Du moins, pour sa sécurité. Il prend une grande inspiration avant de taper à la porte. C'est étrange de frapper à la porte de sa propre fille, mais après ce qui s'est passé, il se dit que c'est l'action la plus logique.

— Entrez, fait Mary.

Il pousse lentement la porte et entre à l'intérieur.

— Papa ! s'exclament leurs filles.

Il sourit et se précipite vers elle. Il les prend toutes les deux dans ses bras.

— Bonjour, mes puces. Vous m'avez manqué ! (Puis, il se tourne vers Mary, assise dans un fauteuil et lui sourit doucement.) Bonjour…

Elle lui rend son sourire, d'un air presque timide.

— Bonjour. (Elle baisse les yeux vers ses mains qui jouent avec les coutures de son pantalon.) John ? Tu veux bien qu'on aille parler un instant dehors, s'il te plait ?

John jette un coup d'œil à ses filles avant de hocher la tête.

— Soyez sages, les filles. Papa et maman reviennent tout de suite, dit-il.

Il embrasse une dernière fois Lily sur la joue, puis suit Mary hors de la pièce. Une fois que la porte se referme derrière eux, John s'appuie contre le mur. Il n'a pas le temps de dire quoi que ce soit que sa femme vient se serrer contre lui. Il hésite un instant avant de refermer ses bras sur elle. Elle enfouit son visage dans son cou et se met à pleurer doucement. John soupire et passe sa main dans son dos, en une caresse qu'il espère apaisante.

Au bout d'un moment, Mary recule. Ses yeux sont brillants de larmes.

— Je suis désolée, John. Excuse-moi. J'ai eu si peur. Je ne réfléchissais pas clairement.

John essuie ses larmes du bout des doigts et lui sourit tristement.

— Ne t'en fais pas. On fait tous des choses que l'on regrette quand on a peur.

Elle enfouit de nouveau son visage contre son torse.

— Merci. Merci.

— Mary… Je voulais te parler, moi aussi.

Au ton de sa voix, Mary comprend que quelque chose ne va pas. Elle recule, l'air blessé. John l'empêche de s'enfuir en la prenant par la main et l'entraîne vers les chaises. Une fois assise, elle croise les bras sur sa poitrine. John la regarde un instant avant de se lancer. Il se passe les doigts dans les cheveux.

— Écoute, j'y pense depuis pas mal de temps et les évènements de ces derniers jours n'ont fait que confirmer ce que je craignais… Je crois qu'il faut que je prenne un peu de recul.

— C'est à cause de…

Il lève une main pour l'empêcher de continuer.

— Ça n'a rien à voir avec toi ou les filles. J'ai simplement besoin de m'éloigner pour réfléchir. Sherlock m'a proposé de reprendre ma chambre à Baker Street pendant quelques temps et je crois que je vais accepter. Non, je le sais.

John n'arrive pas à décrypter le regard que lui lance Mary. A-t-elle compris ce qu'il ressent pour Sherlock ? C'est fort possible. Elle a toujours eu un temps d'avance sur lui. Il voudrait lui dire qu'il ne la quitte pas pour Sherlock, qu'il s'éloigne parce qu'il en a besoin, que, de toute façon, Sherlock ne le voit pas de cette façon, mais il ne veut pas mettre des mots sur cette situation.

— Comme mon cabinet est proche de la maison, je passerai vous voir, toi et les filles, tous les soirs. D'accord ?

Mary hoche doucement la tête.

— Je le sentais. Depuis notre conversation, je sentais que ça allait arriver. Je ne voulais simplement pas l'admettre. Viens voir les filles quand tu veux. Ça nous fera plaisir à toutes les trois. Et puis, en s'éloignant, on arrivera peut-être à mieux communiquer. Qui sait ?

— Merci, répond John. (Il a les larmes aux yeux.) Merci de le prendre aussi bien. Je suis désolé de te faire ça.

Mary émet un ricanement douloureux, puis renifle.

— Tu fais bien d'être désolé. Tu ne trouveras jamais une femme aussi bien que moi.

Car elle le sait aussi bien que lui, cet éloignement n'est pas temporaire. C'est simplement le début de la fin. Alors, cette fois, quand John prend Mary dans ses bras, son étreinte est sincère.

Au bout du quelques minutes, Mary recule en essuyant ses larmes.

— Laisse-moi me passer un peu d'eau sur le visage et on ira parler aux filles, dit-elle.


Après être allé récupérer des affaires dans la maison qu'il partage avec Mary, John se retrouve face à la porte du 221B Baker Street. Cette fois, il y est. Il ne devrait pas se sentir aussi léger d'avoir abandonné sa famille. Il ne devrait pas être excité à l'idée de vivre de nouveau ici avec Sherlock et Mrs Hudson, pourtant, il ne peut pas s'en empêcher. Son cœur bat tellement fort dans sa poitrine qu'il a l'impression qu'il va éclater. À bien y réfléchir, il espère surtout que la proposition de Sherlock tient toujours. Ils n'en ont pas reparlé.

Prenant son courage à deux mains, il frappe à la porte. C'est Mrs Hudson qui vient lui ouvrir. Elle lui adresse un sourire éblouissant.

— John ! s'exclame-t-elle. Comment allez-vous ? demande-t-elle en le laissant entrer.

— Très bien, Mrs Hudson et vous ?

— Je suis ravie de vous voir. Sherlock va être content, lui aussi. Il n'a pas arrêté de maltraiter son violon depuis que vous êtes parti tout à l'heure.

En voyant le sac de voyage de John, elle hésite. Elle n'arrive visiblement pas à décider si elle doit le plaindre ou le féliciter. Leur conversation lui revient en mémoire.

— Mary et moi avons décidé de faire une pause, lui explique-t-il.

— Oh John...

— Ne vous en faites pas, la coupe-t-il. Vous aviez raison. Si l'on veut être heureux, il faut savoir prendre les décisions qui s'imposent.

Elle lui sourit tristement et pose une main sur son bras.

— Vous savez quoi ? Vous allez monter voir Sherlock, et moi, je vais vous préparer une bonne tasse de thé. Mais seulement pour cette fois, bien sûr, je ne suis pas votre gouvernante.

Il lui adresse un sourire mutin.

— Évidemment, Mrs Hudson.

Elle disparaît chez elle, le laissant seul dans l'entrée. Il est quasiment sûr que Sherlock a entendu une partie de l'échange, si ce n'est sa totalité. Quelque part, ça l'arrange. Il n'aura pas à tout lui répéter.

Il monte doucement les marches, puis frappe à la porte. Il la pousse sans attendre de réponse.

A l'intérieur, Sherlock est assis dans son fauteuil. Il le regarde droit dans les yeux. John pose son sac par terre et lui adresse un sourire hésitant.

— Je vais rester quelques temps, dit-il.

Sherlock ne bouge pas. Il a les jambes croisées et les mains plaquées l'une contre l'autre, comme s'il était en train de réfléchir à une enquête particulièrement difficile. John se demande s'il l'a entendu.

— Sherlock ?

Alors, le détective semble reprendre ses esprits et un sourire sincère s'étire sur ses lèvres. Il se laisse aller en arrière sur son fauteuil.

— Bienvenue à la maison, John, dit-il en désignant le siège en face du sien.

John laisse son sac près de la porte et va s'installer à sa place. Il fait courir ses doigts sur les accoudoirs en souriant.

C'est comme ça que Mrs Hudson les trouve un peu plus tard alors qu'elle leur emmène une tasse de thé. John est en train de lire le journal et Sherlock pianote sur son portable. La scène lui parait tellement familière qu'elle sent son cœur se serrer.

— Oh mes garçons, fait-elle en posant le plateau sur la table basse. Ça me fait tellement plaisir de vous voir comme ça.

— Merci, Mrs Hudson dit John en repliant son journal.

Il se lève pour approcher un autre fauteuil. Mrs Hudson s'y assoit.

— Oh, j'ai oublié le lait ! s'exclame-t-elle tout à coup. John, j'en ai laissé une bouteille dans le frigo de Sherlock, vous pourriez aller la chercher ?

— Bien sûr, répond-il en se dirigeant vers la cuisine.

Lorsqu'il a le dos tourné, Sherlock se lève à son tour et dépose un baiser sur la joue de Mrs Hudson.

— Vous êtes une sainte, Mrs Hudson, lui murmure-t-il.

— Oh Sherlock ! fait-elle, émue.

— Sherlock ! s'exclame John depuis la cuisine. Pourquoi est-ce qu'il y a un bras dans le frigo ?

Sherlock et Mrs Hudson échangent un sourire. La vie reprend son cours.


A suivre