Note : je vous avais prévenus que le délais seraient plus importants, cette fois... mais c'est gentil de prendre de mes nouvelles :)
Je ne vous remercierai jamais assez de me lire. J'espère en tout cas que ce chapitre vous plaira. On approche de la fin.
Chapitre 10
Ce matin-là, l'appartement est plongé dans le silence. Ce n'est pas étrange pour le 221B Baker street, mais John ne s'y est pas encore tout à fait habitué. Avant d'ouvrir les yeux, il n'est pas rare qu'il s'imagine encore dans sa maison de banlieue, dans le même lit que Mary. Après y avoir vécu aussi longtemps, ce n'est pas étonnant. Puis, il ouvre les yeux et aperçoit la chambre qui l'entoure et alors, la réalité revient frapper à la porte de son esprit.
John ne regrette rien. Au contraire. Depuis qu'il a réemménagé avec Sherlock, il se sent beaucoup plus léger, en accord avec lui-même. Bien sûr, ses filles lui manquent. Maintenant, ses moments avec elles sont prévus à l'avance, mais il se dit que leur père se doit d'être heureux pour leur bien à elles-aussi. La vérité, c'est que Mary lui manque aussi. Il n'est plus amoureux d'elle, mais il l'a toujours considérée comme une amie avant tout. Perdre cette complicité lui a fait beaucoup de mal. Rien ne sera plus jamais comme avant.
S'il est honnête avec lui-même, les premiers jours de colocation avec Sherlock ont été idylliques. Même les morceaux de cadavre dans le frigo n'ont pas réussi à entacher sa bonne humeur. C'est à peine s'il ne s'est pas retenu de siffler. Sherlock avait l'air aussi ravi que lui. Ils passaient de longues heures ensemble, assis sur le canapé, à profiter de la compagnie de l'autre. John en a profité pour observer Sherlock de tout son soûl. Il n'a plus peur de son attirance pour le détective, à présent. Il sait qu'elle ne sera jamais réciproque, mais il a fait la paix avec lui-même. Il profite de tous les instants qu'il peut voler ça et là, du moindre regard, du moindre contact… le tout en secret, pour ne pas gêner son ami.
Alors, il ne comprend pas pourquoi les choses ont changé tout à coup. Du jour au lendemain, Sherlock a commencé à prendre de la distance. Les soirées ensemble se sont faites de plus en plus rare. Et le matin, John se retrouve souvent seul. Comme aujourd'hui. Des fois, il ne voit pas Sherlock pendant plus de 24 heures.
Il se demande s'il a manqué de finesse, si Sherlock a vu derrière son jeu. Cette pensée lui semble ridicule. Evidemment que le détective a compris ce qui se tramait. C'est un putain de génie !
John pose sa tasse de thé sur la table de la cuisine et se passe une main sur le visage. Voilà. Il a tout gâché. Ça se passait tellement bien, pourtant. Il faut qu'il lui parle. Il faut qu'il parle à Sherlock pour lui montrer qu'il n'a rien à craindre, que rien ne changera entre eux. John s'est déjà résigné à son sort. Depuis le début, il a conscience que Sherlock n'aura jamais le moindre sentiment amoureux à son égard. Il ne fait pas le poids face à la seule personne qui ait jamais vraiment attiré son attention, Irene Adler. Une vraie garce, si vous voulez son avis. Mais personne ne le demande pas vrai ? C'est bien ça le problème.
Quoi qu'il en soit, il doit aller travailler. Il espère que les patients du jour réussiront à le distraire… mais c'est rarement le cas.
Quand il rentre à l'appartement en fin de journée, John est épuisé. Contre toute attente, un nombre incroyable de malades de la grippe sont venus consulter. Il n'a qu'une envie : s'effondrer dans son lit et dormir. Mais visiblement, le sort en a décidé autrement. Une limousine noire s'arrête à côté de lui, au niveau du trottoir. Il soupire. Ça faisait longtemps. Il est même étonné que ce ne soit pas arrivé plus tôt.
A l'intérieur de la voiture, celle qui se fait appeler Anthéa pianote sur son portable. Malgré les années qui se sont écoulées, elle est toujours fidèle au poste. Son visage a quelques rides en plus, mais dans l'ensemble, c'est la même femme. Il a l'impression d'avoir remonté le temps.
— Bonsoir, la salue John en claquant la portière.
Elle sourit sans relever la tête.
— Bonsoir John, répond-elle.
— Je suppose que ce n'est pas la peine de vous demander où on va.
— Hmm… Non.
— C'est bien ce que je pensais.
Au bout d'un moment, la voiture sort de la route principale pour emprunter un chemin en terre. Devant eux, apparait un entrepôt désaffecté.
— Encore ? s'exclame John. Je croyais qu'on avait dépassé ce stade ! La dernière fois, il m'a même proposé des biscuits, chez lui ! (Il secoue la tête.) Je n'arrive pas à y croire.
A côté de lui, Anthéa sourit, mais ne dit rien. Il suppose qu'il devrait avoir l'habitude.
La limousine se gare et John sort de la voiture. Il avance. Mycroft l'attend un peu plus loin, appuyé sur son parapluie. La scène lui parait tellement familière, lui rappelle tellement leur première rencontre qu'il se demande si Mycroft l'a fait exprès. Ça ne l'étonnerait qu'à moitié. Le grand-frère de Sherlock adore les mises en scène.
— John, dit-il avec un sourire sarcastique au coin des lèvres.
— Mycroft. Vous vouliez me voir pour une raison en particulier ? demande-t-il sur un ton exagérément poli.
Mycroft le jauge du regard sans se départir de son sourire.
— J'ai cru comprendre que mon charmant petit frère et vous aviez repris votre… colocation, fait-il.
John hausse un sourcil, pris au dépourvu. Il aurait dû s'en douter, mais il est trop fatigué pour les manigances des Holmes.
— En effet, répond-il. Pourquoi ? Qu'est-ce que ça a à voir avec vous ?
— Croyez-le ou non, tout ce qui concerne mon frère me concerne également. Je veux simplement m'assurer que vous savez ce que vous faites. Même s'il ne l'admettra jamais, Sherlock est fragile. Si vous le blessez encore une fois, je ne vous laisserai pas vous en tirer aussi facilement.
— Pardon ? Pourquoi est-ce que je le blesserais ? Et pourquoi encore une fois ?
— John, John, John… Comment un esprit aussi lent que le vôtre peut fasciner mon frère ? Je me le demande. Le monde est plein de mystères.
John serre les poings sous le coup de l'insulte.
— Je vous signale qu'en ce moment, c'est lui qui m'évite .
— Et pourquoi à votre avis ?
— Je ne sais pas…
— Parce qu'il a peur de ses…. Sentiments. (Il crache le dernier mot.) Après des années à vous voir épisodiquement, voilà que vous revenez dans sa vie. Tout à coup, vous faites tout ensemble, votre complicité renait, plus forte que jamais, tout se mélange. Il a peur de souffrir de nouveau… Alors, il s'éloigne. Réflexe d'autoprotection typique.
John le regarde avec des yeux agrandis comme des soucoupes.
— Vous êtes en train de dire que Sherlock a des sentiments pour moi ?
— Et la lumière fut !
— Excusez-moi si j'ai un peu de mal à l'assimiler. Pourquoi est-ce que je vous ferais confiance, d'ailleurs ?
— Parce que vous savez que le bonheur de Sherlock me tient à cœur.
— Admettons que je vous croie, répond John en soupirant. Qu'est-ce que vous voulez de moi ?
— Que vous admettiez à Sherlock que ses sentiments sont réciproques.
— Comment est-ce que… ?
Mycroft lui adresse un regard condescendant.
— Pitié, John. Ne descendez pas aussi bas.
— Très bien. Faites comme si je n'avais rien dit.
D'un mouvement brusque, John regarde derrière lui, vers la voiture. Anthéa l'y attend, appuyée contre la carrosserie. Quand il se tourne de nouveau vers Mycroft, celui-ci est en train de jouer avec son parapluie. Il est vraiment trop fatigué pour supporter ce genre de choses. Il soupire.
— Si vous n'avez rien d'autre à me dire, j'aimerais rentrer. Je suis fatigué, dit-il.
— Oh, je ne vous retiens pas, rétorque Mycroft.
Alors que John s'éloigne, Mycroft le rappelle.
— Oh et John ! N'oubliez pas que je peux faire de votre vie un enfer…
L'intéressé s'arrête un instant, puis reprend sa route, comme si de rien n'était. Quand la porte de la limousine se referme sur lui, Mycroft sort son portable de sa poche.
— Il est en route. Faites comme nous avions prévu, dit-il d'une voix implacable.
Assis sur la banquette arrière à côté d'Anthéa, John voit à peine le trajet passer. Il se répète sa conversation avec Mycroft en boucle dans son esprit. C'est sûrement une plaisanterie. Non, pas une plaisanterie. Les frères Holmes n'ont pas ce genre d'humour. Alors, c'est sûrement un piège, une mise en scène dans laquelle John ne serait qu'un pion. Ce serait déjà plus crédible de la part de Mycroft. La simple idée que Sherlock ait des sentiments pour lui est ridicule… Pourtant, ce qu'il lui a dit est plausible. Sherlock serait bien capable de s'éloigner de lui parce que ses sentiments l'empêchent d'agir de façon réfléchie, parce qu'il ne sait pas comment les contrôler. Un semblant d'espoir s'insinue en lui. Tout à coup, il a besoin de confronter son ami, de lui parler. Après tout, les choses ne peuvent pas être pires qu'elles ne le sont en ce moment, non ?
John sait pourtant qu'il ne faut pas dire ce genre de choses. Ça porte malheur. Il aurait dû écouter Harry. Elle a toujours cru à ces bêtises.
Avant même de passer la porte de l'appartement, John entend une voix familière discuter avec Sherlock qui lui hérisse le poil. Oh non. Qu'est-ce qu'il fabrique ici, celui-là ? Soudain, tous ses espoirs s'envolent en fumée. Au temps pour l'Happy Ending qu'il s'était imaginé.
Alors, il serre les dents et pousse la porte.
Ne pas s'énerver. Ne pas s'énerver.
— Ah docteur Watson ! s'exclame Cooper en le voyant entrer. Justement, on parlait de vous.
John hausse un sourcil et adresse un regard interrogateur à Sherlock, mais celui-ci se contente de se racler la gorge et de détourner les yeux. Il évite son regard. Est-il gêné ? Gêné de quoi ? D'avoir été surpris en compagnie de Cooper ? D'après l'expérience de John, on est seulement gêné lorsqu'on a quelque chose à se reprocher. Les paroles de Mycroft lui reviennent en mémoire et lui serrent le cœur. Il a été idiot de se laisser piéger. Comme d'habitude, il se retrouve au milieu de leur querelle fraternelle.
— A quoi doit-on l'honneur de votre visite ? demande John d'un air faussement poli.
Cooper lui adresse un sourire narquois. Il est clair qu'il a conscience que sa présence agace le docteur au plus haut point. C'est sans doute pour ça qu'il est là, d'ailleurs. Ne lui a-t-il pas dit, à l'hôpital, qu'il fallait qu'il laisse Sherlock tranquille ?
— Je suis venu porter des documents à Sherlock pour une affaire, répond-il.
A cette heure-ci ? pense John, qui bout intérieurement. Il sait que sa jalousie ne rime à rien, que Sherlock a le droit de voir qui il veut, mais il ne peut pas s'en empêcher. Dans sa tête, il a déjà réfléchi à toutes les façons dont il pourrait se débarrasser du corps de Matt. Il regarde Sherlock se lever et s'approcher de ses expériences, d'un air absent.
— Hé bien, c'est fait. Vous pouvez partir, maintenant, dit-il.
Cooper s'installe un peu plus confortablement sur le canapé.
— Pourquoi êtes-vous aussi désagréable avec moi ? lui demande-t-il.
— Peut-être parce que je suis fatigué de ma journée de travail et que j'aimerais être tranquille chez moi sans qu'un membre de Scotland Yard s'incruste.
— C'est aussi chez Sherlock à ce que je sache. Si Sherlock veut que je reste, je resterai.
John lui adresse un regard noir. Le sujet de la conversation, lui, les ignore totalement. Il s'est replongé dans son expérience.
— Et puis, reprend Cooper, ne devriez-vous pas retourner auprès de votre femme, docteur Watson ? Allons, soyez sérieux cinq minutes !
— Laissez ma femme en dehors de tout ça, grommelle John. Je retournerai auprès d'elle quand bon me semblera.
Il ne compte pas le faire, bien sûr, mais ça, Cooper n'a pas à le savoir.
Derrière eux, quelque chose tombe par terre et se brise. John se retourne vivement. Sherlock est en train de ramasser les restes d'un bécher par terre. Il s'approche de lui en soupirant.
— Sherlock ? Ça va ? lui demande-t-il en posant la main sur son bras.
Le détective recule vivement, comme si on l'avait brûlé. Estomaqué, John se redresse et le regarde continuer de ramasser les bouts de verre. Il a la gorge serrée. Il jette un coup d'œil à Cooper, qui observe la scène d'un air amusé, se passe la main dans les cheveux d'un geste rageur et monte dans sa chambre. Après avoir refermé la porte, il s'adosse au bois froid. De longues minutes s'écoulent. Il ne comprend pas ce qui vient de se passer. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il ne pouvait pas rester dans cette pièce une seconde plus.
A l'étage en dessous, Sherlock et Cooper parlent, mais John ne distingue pas ce qu'ils disent. Au bout d'un moment, des pas résonnent dans l'escalier et la porte d'entrée claque. L'appartement est de nouveau plongé dans le silence. John redescend au salon. Sherlock a disparu. Il s'approche de la fenêtre et entrouvre les rideaux. En bas, dans la rue, Sherlock et Cooper marchent côte à côte.
Il pose une main sur sa poitrine. Il entend une détonation. Une détonation si forte qu'il a l'impression que ses tympans vont exploser… Puis, il se rend compte que c'est le bruit de son cœur qui vient de se briser.
John ne sait pas combien de temps s'est écoulé. Il s'est assis dans son fauteuil il y a… dix minutes. Ou peut-être trois heures. Il n'en a pas la moindre idée. Sherlock n'est toujours pas rentré. Il n'ose imaginer ce qu'il est en train de faire. Avec Cooper. Cooper qui n'a jamais caché qu'il voulait mettre le détective dans son lit. Cooper que Sherlock appelle « Matt ». La jalousie le ronge de l'intérieur. Pourquoi Sherlock a-t-il réagi ainsi, tout à l'heure ? Pourquoi a-t-il retiré son bras ? John le dégoûte-t-il ? Il aurait dû savoir que réemménager ensemble était une erreur.
Tout à coup, la sonnette retentit. Il soupire. Il n'est vraiment pas d'humeur à recevoir quelqu'un. Pourquoi l'appareil n'est pas dans le frigo, comme d'habitude ? Ça l'aurait bien arrangé. Malheureusement, la personne insiste. Il sait que si ça continue, c'est Mrs Hudson qui va aller ouvrir. Alors, il se force à se lever et descend les escaliers.
Quand il ouvre la porte, il reste un instant bouche bée.
— Mary ? s'exclame-t-il. Qu'est-ce que tu fais ici ?
Sa femme a les bras croisés sur la poitrine, comme pour se protéger du froid. Elle lui sourit doucement.
— Je ne pouvais pas attendre. Je voulais te parler de vive voix. Je peux entrer ? demande-t-elle.
— Bien sûr ! Monte, répond-il en l'emmenant à l'étage.
C'est la première fois que Mary vient à Baker Street depuis qu'ils se sont séparés. John doit avouer qu'il est gêné. Il ne sait pas trop comment se comporter. Ce n'est pas un lieu neutre. Au contraire, il est chargé d'émotions.
— Sherlock n'est pas là ? fait-elle.
La question est innocente, pourtant elle lui fait l'effet d'un coup de poignard dans le dos. Il se force à rester impassible.
— Non, il est sorti, répond-il simplement. Donne-moi ton manteau. Où sont les filles ?
— Je les ai laissées à Mme Levine. Cette femme est un amour. Il fallait vraiment que je te voie.
John hausse un sourcil. Qu'est-ce qui ne pouvait pas attendre jusqu'à sa prochaine visite ?
— Que se passe-t-il ?
Mary baisse les yeux et sort une enveloppe de son sac.
— J'ai reçu ceci, dit-elle en la lui tendant.
John l'ouvre. Ce sont les papiers du divorce. Il reste un instant bouche bée.
— Oh, fait-il. Je ne pensais pas que ce serait aussi rapide.
— Moi non plus.
Tous deux s'assoient sur le canapé.
Maintenant qu'il est devant le fait accompli, il se sent incroyablement triste. Voilà, c'est la fin. La fin d'un joli rêve. Son cœur se serre. Après son départ de la maison, Mary et lui ont énormément discuté. Le fait de s'être éloignés leur ont permis de communiquer plus sereinement. Ça n'a pas été facile. Beaucoup de larmes ont été versées. Il y a eu des rechutes, des deux côtés. Des baisers amers, des étreintes décevantes, dans l'unique but de retrouver ce qu'ils avaient vécu, un jour. Mais c'était vain. Et John le sait. Tourner la page est toujours difficile. Malheureusement, parfois, c'est un mal nécessaire. Et il sait, il espère, que son futur sera encore meilleur. Du moment qu'il ne pense pas à Sherlock et Cooper, il peut s'en persuader.
— Bon, il n'y a plus qu'à signer, alors, dit-il.
Quand il tend le bras pour attraper un stylo, Mary pose la main sur la sienne.
— Tu es sûr que…
— Mary…
— Non, écoute-moi. Et si tu changeais d'avis ? Ce serait bête de regretter plus tard. On ne sait jamais. On pourrait rester comme ça et…
— Mary, répète-t-il d'une voix plus ferme.
— Non. (Elle a les larmes aux yeux, à présent.) J'ai essayé d'être forte. J'ai essayé. Mais c'est trop dur. Je t'aime toujours, John.
John se rapproche d'elle et la prend dans ses bras.
— Je suis désolé.
Elle se détache légèrement pour le regarder droit dans les yeux. Les siens sont brillants. Puis, elle se penche et dépose un baiser sur ses lèvres. John reste immobile. Sa décision a été prise. Il ne faiblira pas. Pas cette fois. Son mariage est terminé. Les papiers qui se trouvent devant lui le prouvent. Mary semble sentir sa détermination car elle recule et lui sourit tristement.
— Au moins, j'aurais essayé, fait-elle. Je n'aurais pas le moindre regret.
John recoiffe une mèche de ses cheveux derrière son oreille et l'embrasse sur la joue. Mary sèche ses larmes en reniflant.
— Tu sais quoi ? reprend-elle. Garde les papiers. Tu me les ramèneras la prochaine fois que tu passes à la maison. Je n'ai pas le courage de les signer tout de suite. Et puis…
John comprend. Après avoir été rejetée, elle a besoin de s'éloigner, de retrouver sa dignité. Il respecte ça.
— Tu veux que j'attende quelques jours avant de revenir vous voir ? lui demande-t-il.
Si ça peut arranger les choses, John est prêt à ne pas rendre visite à ses filles pendant quelques temps. Il sait que c'est temporaire.
Mary hoche la tête.
— Oui, merci, dit-il.
Ils échangent quelques banalités, des mots qui sonnent faux dans leur bouche, puis, elle disparaît. John jette un coup d'œil à l'horloge. Il est 21 heures. Ses yeux se posent sur le fauteuil de Sherlock. Vide. Où est-il passé ?
Plusieurs heures plus tard, John se réveille en sursaut. La porte de l'appartement vient de s'ouvrir à la volée. Il s'est endormi dans son fauteuil. En alerte, il se lève d'un bond, le militaire en lui prêt à faire face à d'éventuels ennemis. Toutefois, en voyant l'intrus, il se calme aussitôt. Sherlock. Il est clair qu'il n'est pas dans son état normal. Il se tient à la porte comme s'il n'arrivait pas à tenir debout tout seul. John se demande comment il a fait pour monter les escaliers dans cet état.
Alarmé, John se précipite vers son ami.
— Sherlock ? Qu'est-ce que tu as ? Tu es blessé ? Je vais tuer ce Cooper…, s'exclame-t-il en attrapant Sherlock par le bras.
— Pas blessé, répond-il en secouant la tête.
Une forte odeur d'alcool lui parvient tandis que Sherlock se laisse tomber contre lui. Il le rattrape de justesse. Sherlock n'est pas lourd, mais il est imposant.
— Tu as bu ? demande-t-il, incrédule.
Sherlock hoche la tête, puis porte une main à sa tempe avec une grimace de douleur. John réussit à l'emmener jusqu'à son fauteuil et l'aide à s'assoir dessus. Il observe un instant son ami. Son regard est endormi. Ses paupières se ferment toutes seules. Son corps penche en avant. Pas de doute. Sherlock est ivre.
— C'est ça que tu es allé faire avec Cooper ? Te bourrer la gueule ? demande-t-il d'un ton rageur. Je vais le tuer. Je vais mettre mes mains autour de son cou et je vais serrer, serrer, serrer jusqu'à ce que son visage devienne bleu et…
Une main se pose sur la sienne. John reporte son attention sur Sherlock. Il s'est penché vers lui et il est à deux doigts de tomber du fauteuil. Son beau manteau traîne par terre. Il sait qu'une fois sobre, Sherlock sera contrarié si son manteau est abimé. Il tient plus à ce satané vêtement qu'à moi, pense John. Allons bon, voilà qu'il est jaloux d'un manteau maintenant. De mieux en mieux.
— Attends, fait John. Lève-toi.
Il déshabille Sherlock lentement, comme un enfant, et va ranger le manteau dans sa chambre. Quand il revient, le détective a la tête baissée sur sa poitrine. On dirait qu'il s'est endormi. John va chercher une aspirine dans l'armoire à pharmacie, puis s'approche de lui. Il le secoue légèrement.
— Sherlock, tu ne peux pas dormir ici, dit-il d'une voix douce. Sherlock ? Tu m'entends ?
Sherlock redresse vivement la tête. Il cligne des yeux et le regarde d'un air fatigué.
— John ? demande-t-il, perdu.
John hoche la tête.
— Oui, c'est moi. Tu es à la maison. Tiens, bois ça. Tu me remercieras demain.
Sherlock accepte le verre sans rien dire et l'avale en grimaçant.
— C'est Cooper qui t'a ramené ?
Il fronce les sourcils, comme si réfléchir lui demandait un effort surhumain.
— Oui. Jusqu'à la porte. Il embrasse comme une fille, marmonne-t-il.
John écarquille les yeux. Ce fils de… Il savait que ça allait se produire, c'était une possibilité, mais l'entendre de la bouche de Sherlock est autre chose.
— Et puis, c'était pas John, continue-t-il en faisant la moue. Alors, je l'ai poussé.
John éclate de rire en même temps qu'il sent son cœur s'arrêter.
— Tu l'as repoussé, tu veux dire ?
— Non, non, répond Sherlock en secouant la tête. Je l'ai poussé.
John continue de rire doucement.
Dans ta face, Cooper !
Tandis qu'il regarde Sherlock, ses espoirs les plus fous refond surface. Il a envie de l'embrasser, de le prendre dans ses bras… mais pas comme ça. Pas alors qu'il est tellement ivre qu'il n'arrive pas à tenir debout. Et puis, il n'est pas sûr de ce qu'il a entendu. Sherlock n'a peut-être pas insinué que c'était lui qu'il voulait embrasser. Peut-être que John se fait des idées. Dans tous les cas, le moment est mal choisi pour creuser la question.
— Allez viens, on va te mettre au lit, dit John.
Contre toute attente, Sherlock se laisse traîner jusqu'à sa chambre sans protester.
Quelque part, à Londres, Cooper soupire en écrivant un message sur son portable.
Mission accomplie.
M.C.
A suivre
Vous sentez le lemon arriver ? XD
