Gardienne de mon âme,
Tu étais mon monde, tu sais. Tu étais tout pour moi, la seule raison pour laquelle je me levais le matin et que je souriais toute la journée. Tu étais tellement belle, tellement forte. Tu étais un ange, mon ange gardien. Je t'aurais suivie où que tu ailles. La preuve, je t'ai même suivie jusqu'aux Enfers. Même après que tu m'ais abandonnée, je te suis resté fidèle. Je le sais maintenant, tu pensais que j'étais comme toi, je l'étais, à l'époque, et que tout ce que j'avais à faire était de déployer mes ailes pour m'envoler. J'aime y repenser. Aujourd'hui, mes ailes sont brisées. Elles ne voleront plus jamais, tu ne reviendras jamais.
J'aimerais te dire que je m'y suis fait, que la solitude me plait, que je suis bien ainsi. Mais tu vois quand je mens. C'est aussi simple que de lire un livre, n'est-ce pas ? Je n'ai jamais compris comment tu faisais... Peut-être me connaissais-tu comme si tu m'avais fait. Te mentir ne ferait que te blesser, alors je vais te dire la vérité : Tu me manques. Terriblement. Je me sens si seul, si délaissé, si abandonné. J'ai l'impression que ma peau est déchirée et mes nerfs mis à nus. J'ai l'impression que le monde entier, juste avec son regard, peut me porter un coup mortel. Et c'est à cause de toi, parce que tu n'es plus là, tu n'as pas voulu que je te ramène, parce que tu m'as poussé hors de notre nid si chaud et protecteur.
Je t'en veux des fois. Je t'en veux, j'en veux aux demi-dieux, aux dieux eux-mêmes, à la terre entière. Et je m'en veux. Je m'en veux plus que tout pour ne pas t'avoir suivie et sauvée. J'ai essayé de me laisser mourir. Ça n'a pas marché. Mais tu le sais, n'est-ce pas ? Tu étais là et tu m'en as empêché. Je le sais. Tu es la seule qui puisse faire ça pour moi. Tu es là, dans ces moments et tu déploies mes ailes meurtries, et c'est comme si je m'envolais. On dit que les oiseaux n'oublient jamais comment voler. Tu crois qu'un jour, je saurais aimer quelqu'un de nouveau, sans le détester en même temps, l'aimer comme je t'ai aimée toi ?
J'ai peur, Bianca. Le monde est trop grand pour moi tout seul. J'ai peur que si je me noie, si mon pied se coince dans un piège, si un monstre me désarme, j'ai peur que personne ne vienne à mon secours. Je ne suis plus comme toi. Tu étais un ange lumineux, si lumineux, et moi, je ne suis qu'un ange déchu. J'ai l'impression de t'apporter le déshonneur et la honte. J'aimerais tellement te rendre fière, te rejoindre aux Champs Elysées, mais je sais que je ne le mérite pas, pas encore en tout cas. J'ai encore à faire, je dois t'égaler. Je vais attendre que mes ailes se consolident et je pourrais les montrer au monde, montrer ce que tu m'as fait devenir. Je serais un ange, je volerais jusqu'à l'Olympe et je serais capable d'être un gardien, comme toi.
Je vais enterrer cette lettre avec l'espoir qu'ainsi tu pourras la lire. Tu me regarderas n'est-ce pas ? Je te rejoindrais aux paradis des anges. Je le ferais pour toi, car tu es ma sœur, ma mère, mon modèle et mon idéale. Je le ferais parce que je t'aime et que j'ai confiance en ce que tu me disais.
A bientôt.
Ton « petit ange », Nico.
