Comme chaque matin Bilbon arriva à l'heure au travail. Il se prépara et commença le travail. Aujourd'hui il flottait une ambiance différente des autres jours. Encore plus pesante et plus angoissante, tout le monde évitait son regard. Le petit blond commença à trouver cela fort troublant.
Bilbon commença à sérieusement s'inquiéter, il commença alors à poser des questions. Personne ne voulut lui répondre, on fuyait chaque fois qu'il demandait quoi que ce soit. Ça le contraria de plus en plus. C'est alors que quelque chose arriva.
Le patron vint vers lui d'un air gêné:
«-Bonjour Bilbon.
-Ah bonjour patron, vous allez bien?
-Hum… merci ça va. Il faut que je te parle.»
Bilbon se passa une main sur la nuque en regardant nerveusement autour de lui:
«-J'ai fait quelque chose de mal?
-Non au contraire tu es un très bon employé, mais… tu es le plus ancien ici, il faut donc te payer plus cher que les nouveaux.
-Oui...»
Bilbon commençait à comprendre vers quoi tournait la discussion et il n'aimait pas beaucoup. Son patron gardait les yeux fixés sur le bout de ses chaussures:
«-Je suis vraiment navré, je déteste devoir faire ça, car tu es comme un membre de la famille pour nous mais… nous allons devoir nous passer de tes services. Si je ne le fais pas, alors cette maudite crise aura ma peau et j'ai cinq enfants presque six.
-Bien sûr… je comprends…
-Je ne le fais pas de gaieté de cœur je te le jure, car tu es mon meilleur serveur, mais avec ton salaire en moins le restaurant aura plus d'argent.
-Je sais, alors qu'est-ce qu'on fait? Je veux dire je fais ma journée ou je pars tout de suite?
-Il serait préférable que tu partes dès maintenant. Tu as beaucoup de qualités et je pense que tu trouveras un autre travail ailleurs.
-Si seulement il y en avait du travail… enfin bref. Merci patron pour ces années et sachez que je ne vous en veux pas, le manque d'argent est un problème pour tous. Il vaut mieux me sacrifier moi que votre famille je le comprends parfaitement.»
Ils échangèrent une accolade montrant plusieurs années à travailler côte à côte. Bilbon lança:
«-Au revoir, et bonne chance pour l'avenir.
-Merci, bonne chance à toi.»
Bilbon passa au vestiaire et se changea à nouveau. Il salua brièvement ses collègues et partit. Désormais il était sans emploi. Cette idée le minait et il se demandait comment il allait y faire face.
Il erra un long moment à travers les rues, il n'avait pas envie de rentrer maintenant. Bilbon réfléchissait au fait qu'il allait devoir trouver un nouvel emploi, mais les chances d'en trouver un étaient minces. C'était si démoralisant.
Il rentra enfin chez lui et se laissa tomber sur le canapé. Pour couronner cette glorieuse journée il avait reçu deux factures. Bilbon poussa un long soupir désespéré et commença à rédiger son CV et des lettres de motivations. Ensuite, le blond en envoya à plusieurs entreprises, il ne pouvait rien faire d'autre pour le moment.
Les jours passèrent, aucune réponse ne lui revint. Bilbon avait comprit, il n'était accepté nul part. Il regarda son appartement. D'habitude ce lieu lui apportait toujours du baume au cœur et lui remontait le moral. Là, il le trouvait plus déprimant que jamais.
Les coussins colorés sur le canapé semblaient ternes, le papier-peint semblait vieux et décrépi. La moquette paraissait élimée et sale, la lampe poussiéreuse, la télé ressemblait à une antiquité, le meuble à une chose prête à s'effondrer.
Les autres pièces du petit appartement ne furent guère plus réjouissantes. La chambre normalement lumineuses paraissait sombre, le lit paraissait minuscule, l'armoire mangée par les mites, le miroir moqueur de celui qui regardait son reflet.
La cuisine semblait sale et devait sentir mauvais. Bilbon se passa une main dans sur le visage, la dépression le guettait, car il savait pertinemment que tout était faux. L'appartement était propre et aussi joyeux que d'habitude, c'étaient ses yeux qui avaient changé.
Le blondinet décida de prendre une douche pour se détendre. Malheureusement la facture d'eau en retard avait provoqué la coupure d'eau chaude. Il prit donc une douche glacée en soupirant, il était impératif pour Bilbon de retrouver du travail.
Un petit tour dans la cuisine lui permis de voir qu'il n'avait presque plus rien à manger. Malheureusement il venait de payer ses factures ce qui avait nettement grignoté dans ses économies. Tant pis, il fallait bien qu'il mange.
Bilbon partit donc faire des courses. Toutefois il prit garde à ne prendre que le strict nécessaire et chaque fois au prix le plus bas. Ce fut rapide et efficace. Une fois chez lui il rangea tout et soupira.
Bilbon décida de déprimer devant la télé. Malheureusement il n'y avait rien d'intéressant. Dans un sens, Bilbon se dit que c'était préférable d'être célibataire étant donné sa situation. S'il avait eut une femme et un ou des enfants à nourrir ça aurait été l'enfer.
Les semaines passaient et il ne trouvait toujours pas de travail, pourtant ce n'était pas faute de chercher. Il n'avait d'expérience qu'en temps que serveur, mais ce n'était pas l'emploi le plus demandé par ces temps.
La seule solution était de se tourner vers… non il n'osait même pas y penser. Ce qui était le plus frustrant c'est que Bilbon était volontaire, il proposait même de se reconvertir, de suivre une formation pour appliquer un autre métier mais rien n'y faisait.
La dépression guettait Bilbon. Il soupira et partit marcher, il n'avait pas grand-chose d'autre à faire de toute façon. Les rues étaient toutes aussi déprimantes que son appartement. Il stoppa sa marche dans un bar. Bilbon se serait bien bourré la gueule mais il n'en avait pas les moyens, il commanda donc un verre d'eau.
Le chômeur regarda les clients autour de lui et soupira. Ils semblaient tous plus désespérés les uns que les autres. Dans un sens c'était réconfortant de voir qu'il n'était pas le seul dans cette situation. Voir la misère ambiante était pourtant réellement déprimant. Il soupira et partit, marcher était bien mieux que rester assit derrière un bar avec un verre d'eau devant soi.
Bilbon s'arrêta dans le parc et regarda les gens qui y passaient. Il y avait des hommes et des femmes d'affaires pressés. Ils marchaient rapidement et criaient des choses à leur secrétaire au téléphone. Il y avait les enfants qui rentraient de l'école en sautillant joyeusement à l'idée de rentrer au foyer.
Le spectacle des enfants redonna un peu de pêche à Bilbon. Il se surprit à siffloter en repartant. Il fit un crochet par chez un ami. Ce dernier travaillait toujours, il était livreur pour une grosse entreprise très riche, il n'avait donc pas à se faire de soucis pour son emploi.
Le petit blond salua son ami et ils discutèrent longuement devant un café. Parmiq était un bon ami. Bilbon et lui se connaissaient depuis des années. Ils s'étaient rencontrés au collège. Bilbon était alors une petite victime et Parmiq son ami qui le protégeait. Car ce dernier était grand et musclé depuis toujours.
Parmiq demanda:
«-Alors le travail toujours rien depuis la dernière fois?
-Non toujours rien, je t'avoue que ça commence à beaucoup me peser. Je tourne en rond, je m'ennuie, je veux retrouver du travail! Ne serait-ce que pour gagner de l'argent!
-Tu ne touches pas le chômage?
-Une misère!
-Je suis désolé mon ami.
-Tu n'y es pour rien. Bon je te laisse. À plus tard.»
Ils se saluèrent et Bilbon rentra chez lui. Il acheta deux ou trois choses pour remplir ses placards et avoir de quoi manger. Il se laissa ensuite tomber dans son canapé. C'était la dèche, il ne pouvait rien faire.
Le lendemain il redouble d'effort et relança les boites où il avait postulé. De plus il postula dans d'autres entreprises. Il devait réellement tout tenter. L'attente et l'inactivité étaient en train de le rendre fou.
Lui qui était plutôt nerveux détestait rester sans rien faire... Car même si Bilbon aimait la tranquillité de son foyer, il n'aimait pas rester inactif. De plus ce n'était pas en faisant simplement le ménage de son appartement chaque jour qu'il arrivait à s'occuper.
Les jours passèrent encore et devinrent des semaines. En tout ça faisait déjà plus de trois mois qu'il était sans emploi. Bilbon commençait à sérieusement désespéré, car aucune boite ne répondait favorablement, quand toutefois elles se donnaient la peine de répondre.
À présent Bilbon comprenait les gens qui perdaient espoir quand ils cherchaient du travail et que rien ne venait. Il soupira pour la énième fois dans son canapé et regarda par la fenêtre. Pour ajouter à la folle ambiance de fête qui régnait en ce moment dans la vie de Bilbon il pleuvait.
Le blondinet se dit que finalement il allait peut-être devoir envisager le pire. Cette décision le répugnait mais s'il ne trouvait rien dans le mois à venir il allait être forcé de se tourner vers les entreprises mal vues et mal famées qu'il redoutait tant.
Non, il secoua la tête pour chasser cette pensée, il préférait mourir plutôt que faire ça. Bilbon Sacquet était un homme respectable point final. Hors de question qu'il s'abaisse à travailler dans les parties obscures de la ville, là où personne ne voulait aller s'il avait une réputation digne de ce nom.
Il lui vint un autre problème. En plus d'être au chômage Bilbon se sentait cruellement seul depuis quelques temps. Il n'avait pas eu de relation amoureuse depuis deux ans et ça commençait à lui peser. Malheureusement ce n'était pas vraiment la période idéale pour vouloir sortir et rencontrer l'amour.
En ce moment s'il sortait il ne pourrait rencontrer que des paumés comme lui à la recherche d'un emploi, et ça il en était absolument hors de question. Cette pensée le fit soupirer, il resterait donc seul encore un moment.
En fait son dernier petit-ami en date était mort dans un accident d'avion. Depuis Bilbon était seul et avait développé une phobie de cet appareil. À l'époque les deux amoureux avaient vingt-deux ans, la fleur de l'age. À présent Bilbon en avait deux de plus, il n'était pas encore trop vieux pour espérer trouver le bonheur et fonder une famille.
Toutefois il avait d'autres préoccupations plus importantes: trouver un travail et gagner de l'argent. Car son style de vie se résumait plus à la survie qu'à autre chose depuis quelques mois. Pourquoi est-ce que la crise était venue tout foutre en l'air?
La recherche intensive de travail suivait son court mais n'aboutissait toujours pas. Bilbon avait touché le fond du gouffre. Pour continuer de survivre il avait dû vendre une partie de son mobilier et de sa vaisselle. À présent il ne lui restait plus que son lit, son fauteuil, quelques uns de ses livres, son frigo et un peu de vaisselle. Il y avait aussi le micro-onde et la gazinière. Tout le reste avait été vendu quasiment.
C'était tellement humiliant de devoir en arrivé là. Il se décida et déménagea. Il alla dans une chambre de bonne avec le peu d'affaires qui lui appartenaient encore. Bilbon soupira en se retrouvant dans son nouveau «chez lui». Même une boite à chaussures devait être plus grande, mais il ne devait pas se plaindre, au moins il avait un toit au dessus de sa tête. Par les temps qui couraient c'était encore un luxe.
Il y avait les toilettes sur le palier ainsi que la douche. Dans la petite chambre il y avait l'espace pour un lit, un fauteuil, une petite commode et il y avait une kitchenette. Bilbon avait posé ses livres en piles sur la commode, il n'avait pas eu la place de mettre une bibliothèque.
Les murs étaient blancs, le sol était en béton et il n'y avait qu'un minuscule vasistas pour faire passer la lumière du jour. Sinon ce n'était qu'une ampoule pendant au plafond qui éclairait. Il y avait deux prises électriques, autrement dit, Bilbon pouvait se considérer comme un roi.
Il avait gardé son ordinateur et son portable. Il avait beau devoir payer son abonnement téléphonique et internet chaque mois, il ne pouvait pas faire sans.
Un mois de plus était passé. Le moral de Bilbon était au plus bas. Il n'y avait vraiment rien pour lui peu importe où il postulait. Même les éboueurs ne voulaient pas de lui, pourtant ce n'était pas son domaine, et pour lui cette branche professionnelle avait été le dernier recours.
Bilbon était plus désespéré que jamais.
