« S'il te plaît... Apprivoise-moi ! »
Chapitre 9
L'endroit est à peu de choses près comme je l'avais imaginé. Glauque, froid, sombre, maussade. Il s'agit d'un vieil entrepôt désaffecté dans une zone déserte au Nord de Vegas. Personne ne semble m'attendre, et il n'y a aucun signe de vie à l'intérieur... Mon rythme cardiaque s'accélère légèrement, la boule d'angoisse est cette fois plus intense que jamais. Je descend lentement de la voiture et vérifie l'heure une dernière fois. Vingt-trois heures quarante. Le plus long finalement aura été de faire le trajet jusque là. Localiser l'appel a été plutôt facile et je pense qu'il le savait. Un simple coup de fil à l'agence des relevés téléphoniques et j'avais mon adresse. Quitter le laboratoire sans me faire repérer a été un peu plus délicat. Quoi qu'il en soit, je suis arrivée à temps, c'est l'essentiel.
Je me dirige lentement vers l'entrée du bâtiment et je m'arrête juste avant d'entrer. J'ai l'impression d'être une condamnée dans les couloirs de la mort. Je sors mon arme de son étui et la charge. De l'autre main je sors ma torche que j'allume aussitôt. Enfin dans un dernier soupir je pousse la porte d'entrée et pénètre dans le hangar. L'endroit est immense et semble divisé en de multiples pièces. Je suis attentive aux moindres bruits qui pourraient m'indiquer la présence des enfants. Je balaye le sol terreux avec ma lampe et j'avance progressivement dans la pénombre.
Je stoppe brusquement le mouvement de ma torche quand je distingue quelque chose posé à terre quelques mètres devant moi. On dirait un vêtement ou une couverture. Je m'approche prudemment, mon arme et ma torche pointés dans la même direction. Je sens mon pouls s'accélérer lorsque je réalise qu'il s'agit du sweat-shirt de Zack. Je ramasse délicatement le vêtement qui porte encore l'odeur du petit garçon et je sens mon coeur se serrer lorsque je remarque une large tâche de sang au niveau de la poitrine. Non, ce n'est pas possible...
Au même moment un rire grave pénètre mes oreilles, et un violent coup sur le sommet de la tête me fait lâcher mon arme et tituber un instant. Je ferme les yeux une seconde, sonnée par la violence du choc. C'est alors que je sens alors deux bras puissants se refermer sur moi et me traîner sur quelques mètres tandis que mon arme et ma torche sont toujours au sol. Au bout de quelques secondes, une lumière vive me brûle les yeux et je suis projetée violemment contre un mur avant de m'écrouler sur le sol. Je cligne un instant des yeux pour m'habituer à la lumière et tente de me redresser, mais une vive poussée sur mes épaules me force à m'asseoir et mes mains se retrouvent immédiatement ligotées. Je ne résiste même pas, je sais que ça fait partie de son plan...
« C'est bon, Dan. Récupère son arme et surveille l'entrée. »
Je reconnais instantanément la voix que j'ai eue au téléphone et à ces mots, l'homme qui me retenait assise se lève et recule de quelques pas, jusqu'à disparaître de ma vue. Je m'adosse péniblement au mur en reprenant ma respiration et mes yeux parcourent rapidement la salle des yeux. C'est une petite pièce carrée, confinée, sans aucune fenêtre, au sol terreux et aux murs jaunis par la poussière.
Andrew Lightner fume tranquillement une cigarette, assis sur une chaise au fond de la salle, un Beretta flambant neuf dans les mains. A côté de lui se trouve une petite table sur laquelle trônent plusieurs bouteilles d'alcool. Lily est recroquevillée dans un coin, assise sur une vieille couverture abîmée, et tient fébrilement Zack dans ses bras. Ils semblent tous les deux paralysés par la peur, et leurs regards ne cessent d'osciller entre l'arme d'Andrew et moi. A mon grand soulagement aucun d'eux ne semble blessé, j'imagine que le sweat tâché de sang n'était qu'un coup monté pour attirer mon attention...
« Sara Sidle, en chair et en os ! » rit brusquement Andrew.
« Andrew Lightner... » je murmure en guise de réponse.
« J'ai passé beaucoup de temps à penser à toi. »
J'ai envie de lui hurler que c'est loin d'être réciproque mais je préfère rester silencieuse.
« Oui, des mois entiers à tenter de savoir quand j'allais pouvoir te tuer... » ajoute-t-il en écrasant le mégot de sa cigarette par terre. « J'ai même engagé des types pour ça... »
« Des incapables j'imagine, puisque je suis toujours là. » je maugrée à voix basse.
« Exact. Des incapables. Il faut dire que tu n'es pas le genre de fille très accessible. » ironise-t-il.
« Charles Oswald a pourtant failli avoir ta peau... une occasion en or... » souffle-t-il à demi-mots, « Mais cet imbécile n'a pas eu les couilles d'aller jusqu'au bout. »
« On ne peut toujours compter que sur soi-même. » je dis amèrement.
« Très juste. Et heureusement, j'avais un joker : ces mioches. » dit-il en pointant les enfants de son arme. « Les femmes sont folles des enfants... Folles et stupides. Prêtes à se sacrifier pour eux... » Il s'arrête brusquement et plonge son regard dans le mien « C'est bien pour ça que tu es là ce soir, n'est-ce pas ? »
J'acquiesce gravement d'un signe de tête. Lightner est un grand malade. Un grand malade avec un flingue...
« N'est-ce pas ? » répète-t-il, d'une voix plus forte et clairement agacée par mon silence.
« Oui » je murmure docilement.
Il soupire profondément et se sert un verre de vodka qu'il boit d'une traite. Il ressert un verre entier et se lève cette fois, l'arme pointée en direction des enfants. A chaque pas qu'il fait dans leur direction je sens ma respiration devenir un peu plus cahotique.
« Les choses sérieuses vont commencer, temps pour vous de dormir un peu. » crache-t-il, le canon de l'arme pointé sur Lily. « Bois ! » lui ordonne-t-il d'une voix sèche.
Lily s'exécute et avale sous la menace plus de la moitié du verre en grimaçant. Ce type est dingue, avec autant d'alcool il risque de les rendre malades plus que de les endormir ! Il fait ensuite passer le gobelet aux lèvres de Zack, qui renifle le contenu et recule prudemment la tête.
« J'ai pas soif. » annonce-t-il l'air désemparé.
Le canon passe de la tempe de Lily à celle de Zack en une fraction de seconde et au moment où je vois son doigt se crisper sur la gâchette j'ai l'impression que mon coeur va lâcher.
« Bois ! » hurle-t-il en plaçant le rebord du gobelet sur la bouche du garçonnet.
Cette fois Zack boit rapidement, sans même grimacer, et lorsqu'enfin Andrew détache le canon de sa tête et qu'il revient s'asseoir, je peux apercevoir Lily l'air toujours impassible en train de bercer son frère tout en lui murmurant quelques paroles rassurantes. Pendant quelques minutes Andrew a l'air d'hésiter, les yeux perdus sur la table métallique. Finalement, il s'approche doucement de moi et un silence pesant envahit la pièce. Le regard de Zack semble déjà embrumé par l'alcool, et celui de Lily dérive discrètement vers le mien. Elle ne montre toujours aucune émotion mais, les yeux brillants, je sais qu'elle m'implore silencieusement de ne pas abandonner.
« Tu as tué mon frère, Sara. » la voix d'Andrew résonne à nouveau dans la pièce. « Il n'avait pas tiré sur cette putain de caissière. Mais tu l'as fait mettre en taule et tu as brisé sa vie. »
« Non, je ne l'ai pas... »
« Si ! » me coupe-t-il. « Tu l'as tué. Il s'est suicidé par ta faute. »
Je soutiens son regard mais ne réponds rien. A quoi bon, de tout façon il me croit responsable, rien de ce que je pourrais dire pourras changer ça. Je commence à comprendre ce pourquoi il m'en veut à ce point...
« Il s'est ouvert les veines en cellule. » ajoute-t-il avec un léger tressautement dans sa voix. « Son agonie a été lente et cruellement douloureuse. » Il renifle et se reprend. Cette fois l'arme est pointée sur moi. « Tu vas souffrir, Sara. Tu vas souffrir plus que lui, plus que moi, au point que tu finiras par me supplier de te tuer. »
« Laisse les partir. » je parviens à dire « Tu as déjà tué mon frère, tu m'a déjà fait souffrir, laisse les partir s'il te plaît... »
« Ce n'est pas suffisant. Je veux que tu sois à ma place. Je veux que tu puisses voir la peur, la douleur et l'impuissance dans les yeux de ceux que tu aimes. »
Je crois que je vais vomir. Plus le temps passe et plus je sens que la libération des enfants est compromise. Ce type n'a pas seulement l'intention de nous tuer, sinon ça serait déjà fait. Non, pris dans une sorte de délire psychotique, il semble bien décidé à nous torturer mentalement et physiquement.
L'air décidé, il pointe maintenant son arme dans la direction des enfants et c'est avec un sourire machiavélique qu'il appuie sur la gâchette. J'entends les cris étouffés des enfants et je hurle de détresse à mon tour. Aussitôt je me retrouve projetée ventre à terre et je sens son pied venir s'écraser sur ma joue, me plaquant au sol avec force. J'ouvre péniblement les yeux et j'aperçois dans le coin de la pièce les enfants terrifiés mais vivants.
« Regarde-les ! Tu as peur, Sara ? Peur pour leur vie ? »
« Laisse les partir... » je murmure alors que les larmes commencent à brouiller ma vue.
« Tu as peur ? » répète-t-il avec force, ignorant mes suppliques.
« Oui » je réponds, terrorisée. Je suis dans l'incapacité de bouger et je sais que le moindre geste pourrait coûter la vie aux enfants. Je commence à perdre espoir...
Brusquement la sonnerie de mon portable résonne en écho à travers la pièce. Ma respiration s'arrête quelques secondes, tellement je crains sa réaction. D'un geste brusque il me redresse, me force à m'adosser au mur et porte sa main à ma gorge. J'ai mal, mais au moins son attention n'est plus centrée sur les enfants.
« Tu as prévenu les flics ? » demande-t-il l'air sévère.
Je hoche négativement la tête et je sens sa main se resserrer autour de mon cou.
« Parle ! » m'ordonne-t-il en m'étranglant un peu plus.
« Non... ils ne... savent... pas » je parviens fébrilement à lui répondre.
Il relâche alors sa pression sur moi et fouille mes poches sans ménagement pour trouver mon téléphone. Je respire à nouveau. La sonnerie a cessé mais en me jetant un regard noir il compose le numéro de mon répondeur et active le haut-parleur pour écouter le message.
« Sara ? Sara c'est moi, décroche... Où es-tu bon sang ? » la voix de Catherine résonne au travers de l'appareil et je sens que je pâlis. « Nous avons trouvé où Lightner se cache. Un entrepôt au Nord de Vegas. On est en route. S'il te plaît, Sara, dis moi que tu vas bien... Je suis désolée pour tout à l'heure, je... Ecoute, ne tente rien toute seule et rappelle moi dès que tu peux. Je suis vraiment inquiète... »
Le message se termine. Quelque part, je suis soulagée de constater que Catherine semble avoir oublié mes dernières paroles à son égard. Lightner pose les yeux sur moi avec un large sourire. « Comment ai-je pu passer à côté de ça ! » s'exclame-t-il en riant
Je ne comprends pas de quoi il parle, mais je ne peux retenir un « Non ! » lorsque je le vois composer le numéro si familier du téléphone de Catherine. Je ne veux surtout pas la mêler à tout ça, ils arriveront bien assez tôt ici pour constater ce qu'il s'y passe. Alors que je tente de me relever Andrew m'envoie un puissant coup de pied dans le ventre qui met un terme à toute tentative de résistance. Mon regard impuissant croise celui de Lily dont les larmes me retournent le coeur. J'imagine que je ne suis pas à la hauteur pour elle. Non seulement je n'ai pas pu empêcher leur enlèvement, mais en plus je suis incapable d'agir pour les sauver.
« Catherine Willows. » La voix de notre tortionnaire me ramène à moi « Je vous avais sous-estimée vous aussi... »
« Lightner ? » la voix de Catherine résonne en écho dans la pièce. « Que faites vous avec le téléphone de... Où sont Sara et les enfants ? »
« Je n'avais pas pensé que vous me retrouveriez aussi vite. » dit-il en souriant.
« Espèce d'ordure ! » réplique-t-elle vivement « Nous sommes en route pour l'entrepôt et dès que nous... »
« Tout comme j'avais apparemment sous-estimé la nature de votre relation avec Sara. » rit-il de plus belle, sans porter la moindre attention aux paroles de Cath.
Catherine ne répond rien et je ferme les yeux un instant, abbatue.
« Où sont-ils ? » demande finalement Catherine.
« Avec moi, ici, sains et saufs. Ce qui me laisse encore l'avantage... »
« Relâchez-les, Lightner. »
« Willows, tu m'as l'air d'une femme qui sait ce qu'elle veut... » soupire-t-il. « J'imagine que c'est ce qui plaît tant à Sara. »
Catherine reste silencieuse.
« Alors je vais te faire une faveur. Je suis prêt à relâcher les enfants... » commence-t-il gravement « A condition que tu prennes leur place. »
Avant même que j'aie eu le temps de protester ou de dire quoi que ce soit, Catherine a déjà accepté. J'imagine que sauver deux vies contre une est un marché honorable pour les services de police ou des forces spéciales, mais pour moi ça ne l'est pas. Catherine est tout aussi importante que les enfants à mes yeux, et je ne me le pardonnerai pas non plus s'il devait lui arriver quelque chose. D'autant plus qu'elle est adulte et qu'il sera certainement moins tendre avec elle qu'avec les enfants...
« Nous y sommes, j'arrive. » termine Catherine avant de raccrocher.
Lightner envoie mon portable sur la table d'un geste sec et tourne son regard vers les enfants.
« Debout ! » lance-t-il brusquement « C'est l'heure de dire adieu à tante Sara. » ajoute-t-il avec un sourire méprisant à mon égard.
Lily hésite un instant avant d'obéir. Puis, lentement elle se redresse et aide Zack à faire de même. Je sens que l'alcool fait effet sur lui, il a du mal à marcher et son regard semble ne pas pouvoir se fixer quelque part. Lorsqu'ils arrivent à côté de moi, le jeune garçon se laisse tomber dans mes bras, m'étreignant avec force dans un long câlin. Je passe doucement ma main sur son front brûlant et dans ses cheveux. Lightner ne perds pas une miette de la scène et nous toise avec un air amusé.
« T'as été courageux, Zack. » je murmure à son oreille, cachant péniblement mon émotion. Il se redresse et plonge ses yeux malicieux dans les miens. Je sais qu'il n'a pas conscience de la gravité de la situation, et son sourire n'en est que plus touchant. « Un vrai petit homme ! » j'ajoute en lui rendant son sourire.
Il déserre son étreinte et Andrew le saisit par le col pour le faire reculer de quelques pas. C'est alors au tour de Lily de s'approcher de moi, avec une pudeur qui lui est propre. Elle m'enserre silencieusement de ses bras et je lutte pour ne pas éclater en sanglots. « Je suis désolée Lily. » je lui murmure. Sentant ma détresse, c'est elle qui passe sa main sur mon visage et, ses yeux sombres ancrés dans les miens, elle ajoute d'une voix feutrée « T'es plus forte que lui Sara. Je le sais. »
Je n'ose pas lui dire qu'elle se trompe, je n'ose pas lui dire qu'ils vont me manquer parce que je ne veux pas admettre devant eux que je risque de les perdre, alors je me contente de prendre sa main et de la serrer contre mon coeur quelques instants. Elle me sourit imperceptiblement, et lorsqu'elle se redresse enfin, Lightner la fait avancer jusqu'aux côtés de son frère.
Le dénommé Dan qui m'avait assommée quelques minutes plus tôt réapparaît à l'entrée de la pièce, et d'un air entendu avec Lightner il prend les enfants et les emmène à l'entrée du bâtiment. Andrew surveille les opérations du coin de la porte, me jetant de temps à autres des regards pour vérifier que je ne tente rien contre lui. Un grand bruit qui semble provenir de l'extérieur parvient à nos oreilles, puis la voix de Catherine qui se rapproche inexorablement.
J'observe Lightner du coin de l'oeil et lorsque Cath pénètre enfin dans la petite pièce, je sens son sourire s'élargir. Il a déjà une idée en tête, et je ne veux même pas songer à ce que ça pourra être. Les yeux de Catherine parcourent un moment la pièce. Ses mains ne sont pas liées, mais elle n'est pas armée, ce qui ne me remonte pas réellement le moral. Finalement elle se retourne vers moi et Lightner la somme rapidement de prendre place à mes côtés.
« Quel charmant tableau, les deux amantes réunies... » se met-il à rire.
Catherine ne dit rien, et je ne bronche pas non plus. Nous n'osons même pas nous regarder. Lightner s'éloigne un instant et se ressert un verre d'alcool. Catherine profite pour me glisser à l'oreille que les hommes de Jim ont réussi à neutraliser le type de l'entrée et que les enfants sont en sécurité. Je n'ai pas le temps de lui demander si elle a un plan pour sortir vivantes de cette situation que déjà Andrew pointe son arme en notre direction.
« Debout Willows ! » ordonne-t-il sèchement.
Catherine se lève comme il le demande. Il s'approche d'elle, range momentanément son arme dans la ceinture de son jeans et sans me quitter des yeux il sort une corde se sa poche arrière qu'il noue autour des mains de Cath pour restreindre ses mouvements.
« Vous feriez mieux de vous rendre Lightner » lâche brutalement Catherine « l'entrepôt est blindé de patrouilles de police qui ont ordre de tirer à vue, vous ne vous en sortirez pas vivant. »
Il laisse échapper un rire amer tandis qu'il resserre les derniers noeuds de la corde sur les poignets de Catherine. « Je sais Willows, mais je peux bien mourir après, ce n'est pas le plus important. » commence-t-il, avant de poser les yeux sur moi et de murmurer à son oreille « Le plus important, c'est qu'elle crève, comme mon frère, d'une mort lente et douloureuse... »
Le visage de Catherine pâlit à ces mots et elle me regarde aussitôt, cherchant dans mes yeux à savoir si notre tortionnaire est fou à ce point. Le regard triste que je lui renvoie est loin de la rassurer. Je pense qu'elle n'imaginait pas avant d'atterrir ici à quel point Lightner était détraqué.
« Je vais t'avouer que ça m'emmerdait un peu de faire souffrir des mômes... » reprend Andrew sans remarquer notre jeu de regards. « Mais puisque tu es là, je vais pouvoir m'amuser un peu... Si tu savais à quel point torturer est excitant ! »
« Vous êtes complètement cinglé ! » murmure Catherine.
« Mais le must, c'est encore d'avoir un public. Quelque chose me dit que Sara ne restera pas indifférente à votre agonie... » Il s'arrête et semble réfléchir un instant avant de reprendre « Je ne sais d'ailleurs pas laquelle des deux je vais achever en premier »
Il me dévisage longuement et je sens qu'il jubile lorsqu'il constate que j'ai réellement peur pour la vie de Catherine. J'aurais préféré me fermer comme une huitre, me ranger derrière un masque sans émotion et faire comme si la blonde n'avait aucune espèce d'importance pour moi, peut-être aurait-il alors abandonné l'idée de s'en prendre à elle... Mais c'est au-dessus de mes forces à cet instant et je respire difficilement lorsqu'il reprend son flingue et qu'il le pose sur la joue de Catherine.
« Qu'y a-t-il de pire » commence-t-il de sa voix dure et grave « que de voir sa dulcinée en train de coucher avec un autre ? »
Mes yeux s'arrondissent d'horreur lorsque je prends conscience de ses paroles. Non, il n'a tout de même pas l'intention de... Il éclate de rire lorsqu'il aperçoit la terreur au fond de mes yeux, mais je reste muette, incapable de bouger ni même de protester. Sans plus attendre il entraîne Catherine de force sur la couverture où étaient assis les enfants, et son regard ne me quitte pas. Son éternel sourire collé au visage me donne vraiment la nausée. Sans tenir compte des protestations de Catherine, il l'allonge brutalement à terre et s'assied à califourchon sur elle pour l'empêcher de bouger.
« Sara, tu devrais voir la peur au fond de tes yeux. Je n'en attendais pas moins de toi... » clame-t-il en dirigeant l'arme vers moi. « J'espère que tu prendras autant ton pied que moi, juste à la regarder ! »
D'un geste vain Catherine tente d'échapper à son étreinte mais Lightner lui assène rapidement un violent coup de poing pour la faire taire. Je distingue un mince filet de sang qui s'échappe de sa joue et lorsque ses yeux terrifiés trouvent les miens je me redresse aussitôt. La souffrance de Catherine m'est insupportable et me fait brusquement sortir de ma torpeur. Non il n'a pas le droit de lui faire ça, je préfère encore me jeter sur lui et qu'il me tue tout de suite. Je crois que j'ai assez perdu de temps et qu'au point où en sont les choses, je n'ai rien plus à perdre.
Une vague d'adrénaline s'empare de moi et je hurle alors pour attirer son attention. Je m'approche de lui à grand pas et je sens son regard osciller entre Catherine et moi. Pour la première fois depuis de longues minutes son horrible sourire quitte ses lèvres. Il se lève brusquement et tire une première fois en l'air, comme pour nous faire peur. Il semble perdu, hésitant. La situation est en train de se renverser, je sens qu'à cet instant il nous est possible de reprendre le dessus sur lui. Je continue d'avancer dans sa direction et Catherine profite de ce moment de flottement pour envoyer l'arme voler à travers la pièce d'un magistral coup de pied dans la main du forcené.
Sans laisser la moindre chance à Lightner de réagir, je me précipite aussitôt sur l'arme et la saisit de mes deux mains liées. Furieux, il se jette sur Catherine et commence à l'étrangler de ses deux mains. Son visage est rougi par la colère et la rage qui bouillonnent en lui, je peux imaginer sans peine sa force décuplée par ses émotions. Je pointe l'arme sur lui et lui ordonne de lâcher Catherine, mais il ne réagit plus et seuls s'échappent de sa bouche d'ignobles borborygmes. J'ai l'impression qu'il est réellement devenu dingue. Catherine commence à suffoquer et cette fois je n'ai plus le choix, je tire une première fois sur lui.
Il laisse échapper un grognement de douleur. La balle a dû lui traverser la cuisse. Visiblement ce n'est pas assez pour le maîtriser car il se relève aussitôt et s'approche de moi en boitant légèrement, l'air menaçant. Ce type semble maintenant capable de tout. Je recule prudemment pour maintenir mes distances avec lui jusqu'à me retrouver acculée au mur. Catherine me hurle de tirer une seconde fois, mais mes mains tremblent, je ne suis plus sure de ce que je suis en train de faire. Lightner s'approche encore et ce n'est que lorsqu'il arrive à quelques centimètres de moi que je trouve la force de tirer une seconde fois. J'observe son visage se tordre de douleur avant de le voir s'effondrer devant moi. Son corps s'agite de brefs soubresauts pendant quelques secondes avant de s'immobiliser totalement.
Lentement, je laisse glisser l'arme au sol et pousse un profond soupir. Catherine s'approche de moi et défais les liens de mes mains. Je plonge mes yeux dans les siens alors qu'à mon tour je détache ses mains. Il n'y a plus de peur dans son regard, juste un sourire qui me réchauffe le coeur.
« Je suis désolée Catherine » Je sais que j'ai beaucoup à me faire pardonner.
Elle pose ses lèvres sur les miennes et me prend tendrement dans ses bras « Nous sommes en vie, Sara. C'est l'essentiel. »
La porte du hangar cède alors et les forces spéciales investissent maintenant les lieux. Deux agents nous demandent poliment de sortir avant d'appeler des renforts pour s'occuper du corps de Lightner. J'embrasse délicatement le front de Catherine, je prends sa main dans la mienne et je l'entraîne alors vers la sortie.
Nous sommes reçues par des cris de soulagement dès que nous quittons l'entrepôt. Nick et Warrick nous accueillent avec des applaudissements, Greg fou de joie se jette à notre cou et nous embrasse. Grissom nous gratifie d'un large sourire. Je sais qu'il est soulagé de nous voir sortir indemnes mais qu'il m'en veut pour ne pas avoir suivi le protocole et être venue seule ici. Une fois les effusions passées, les collègues reprennent le chemin du hangar pour s'atteler à la collecte des indices. Mon regard balaye un instant les innombrables voitures de police stationnées devant le bâtiment et enfin se pose sur l'ambulance garée à côté des voitures du labo. Assise sur le rebord arrière du véhicule, blottie dans une épaisse couverture, les traits inquiets de Lily m'apparaissent peu à peu. Je m'approche doucement d'elle et lorsqu'enfin elle me repère au milieu de la foule, son visage s'illumine aussitôt. Elle se dégage immédiatement de la couverture et cours à ma rencontre. Je m'accroupis pour être à sa hauteur et la prends longuement dans mes bras. Aucune de nous ne prononce un mot, pourtant notre étreinte est chargée de sens.
Je ne suis pas réellement fière de la tournure des événements de ce soir, trop de vies se sont retrouvées menacées par ma faute. Cependant, je suis heureuse d'avoir réussi à épargner les enfants et d'être toujours en vie pour eux. Je peux maintenant boucler l'enquête sur la mort de mon frère en connaissant la vérité, que je serais capable de transmettre à ses enfants lorsqu'ils seront en âge de comprendre ou lorsqu'ils auront besoin de l'entendre.
Je serre Lily un peu plus fort dans mes bras et les larmes que je retenais depuis trop longtemps se mettent à rouler sur mes joues. Tout est fini. Une page du passé vient de se tourner, et maintenant une nouvelle vie peut s'offrir à nous.
A suivre...
