« S'il te plaît... Apprivoise-moi ! »

Chapitre 10

26 septembre – Las Vegas, NV

C'est un touchant tableau de famille. Le soleil rougeoyant commence à disparaître à l'horizon, teintant le ciel de mille reflets aux couleurs orangées. Le sable encore gorgé de la chaleur de la journée s'enfonce mollement sous mes pieds nus. Une légère brise vient caresser mon visage, et mes yeux se perdent dans l'immensité de l'océan. Les rires des enfants qui jouent au bord de la plage reviennent à mes oreilles comme un doux murmure. Je sens les bras de Catherine qui enserrent doucement ma taille, et sa tête se pose délicatement au creux de mon épaule. « Tu as réussi. » me dit-elle en souriant.

Je tourne légèrement la tête et dépose un baiser sur son front. Oui, j'ai réussi. Son regard se tourne vers les enfants qu'elle contemple un instant avant d'ajouter « Tu es en sécurité maintenant, et ils le sont aussi... »

Je sens un sourire naître sur mes lèvres et je me retourne pour lui faire face, mes yeux dans les siens. « C'est grâce à toi, Cath. Si tu n'avais pas été là, je... » je commence d'un ton solennel.

Lentement, elle place un index sur ma bouche « Chut ! Je ne veux pas savoir ce qui aurait pu se passer. »

Son sourire est léger et rassurant et je ne résiste pas à ces lèvres si attirantes. Tendrement ma bouche effleure la sienne et mes mains se placent au creux de ses reins. Je ne me lasserai jamais du contact doux et chaud de son corps que j'attire un peu plus contre moi. Je peux l'entendre soupirer alors que ses mains agrippent maintenant ma nuque et que notre baiser s'intensifie. Je caresse lentement son dos et remonte doucement jusqu'à ses épaules, je peux sentir les frissons traverser sa peau, et soudain...

Soudain, l'image devient floue.

« Sara ? » Sa voix résonne au loin, perdue dans un lancinant écho.

« Sara ? » Elle semble s'éloigner, se confondre avec quelqu'un d'autre.

« Sara ! » Cette fois la voix devient plus cristalline et perce finalement mon sommeil.

Je me redresse brusquement dans un léger grognement et me retrouve au beau milieu de mon lit, face au sourire de Zack qui s'élargit à mesure que je réalise avec amertume que tout le reste n'était qu'un rêve.

« J'ai plus envie de dormir, Sara ! » statue-t-il simplement en venant s'asseoir sur le lit.

Je jette machinalement un œil au réveil, il n'est pas tout à fait sept heures et l'alarme n'a pas encore retenti. C'est l'une des premières choses que j'ai découverte cette semaine, lorsqu'on habite avec des enfants le radio-réveil devient superflu. Comme beaucoup d'autres choses, d'ailleurs. En contrepartie, ce qu'on avait en trop auparavant vient à manquer, comme le temps libre...

Je soupire et me laisse lourdement retomber sur l'oreiller. « Est-ce que Lily est réveillée ? » je lui demande doucement.

Il hoche négativement la tête avant d'ajouter, de son petit air de chien battu « Tu veux bien venir jouer avec moi ? »

« Non, Zack » je réponds sans pouvoir réprimer un sourire. « On va aller se préparer, tu te rappelles quel jour on est ? »

Il réfléchit une seconde, et ses yeux se mettent à briller « C'est l'école ! » me dit-il d'un ton joyeux.

Je hoche la tête. « Va doucement réveiller Lily pendant que je me prépare, ensuite on t'habillera, d'accord ? »

Il hoche la tête et quitte aussitôt la chambre. J'aurais aimé prendre mon temps pour me réveiller en douceur, mais depuis que les enfants habitent avec moi c'est un luxe que je ne peux plus me permettre, alors je me hâte de me glisser sous la douche et de m'habiller avant que les petits monstres n'accaparent toute mon attention. Dès que je suis prête, je rejoins les enfants dans leur chambre pour m'occuper de Zack.

Il s'est écoulé près d'une semaine depuis que nous avons clos l'enquête sur la mort de mon frère. Une semaine que Grissom m'avait accordée afin que les enfants puissent sereinement emménager dans mon petit appartement sans que nous soyons pressés par le rythme du labo. Nous avons donc passé ce temps à nous découvrir peu à peu, à prendre chacun nos marques dans cette nouvelle configuration familiale, et nous en avons profité pour aménager la pièce qui me servait de bureau en chambre d'enfants. C'est maintenant devenu leur territoire.

Zack se contemple un instant dans le miroir quand j'ai fini de l'habiller. Impossible de savoir s'il veut juste avoir une vision globale de lui-même où s'il vérifie que je n'ai rien oublié de lui mettre. Satisfait, il se tourne vers moi en souriant et après m'être assurée que Lily soit également habillée, j'entraîne les enfants à la cuisine pour le petit-déjeuner.

J'ai décidé pour leur premier jour d'école de leur préparer des pancakes. Et, pour information, la cuisine est sans doute l'endroit de l'appartement que je redoute le plus depuis l'arrivée des enfants. Après avoir passé une bonne partie de la semaine à nous nourrir de pizzas et de plats tout prêts, il a bien fallu que je me colle aux fourneaux pour apprendre à cuisiner des repas qui soient relativement équilibrés, chose dont je me fichais royalement jusqu'alors. J'avoue sans peine que c'est encore loin d'être parfait, mais les enfants se sont montrés très compréhensifs à mon égard et n'ont jamais rechigné à avaler ce que je leur proposai.

« Alors ? Comment s'est passée la nuit ? » je demande en attaquant la cuisson des pancakes.

Lily hausse les épaules et évite de croiser mon regard. « Bien... » répond-t-elle sans réelle conviction, en ouvrant le réfrigérateur pour se saisir d'une bouteille de jus de fruits.

« Lily a encore crié cette nuit ! » annonce Zack.

« Tais-toi, rapporteur ! » le sermonne-t-elle aussitôt avec un regard noir.

J'observe un instant les deux enfants. Zack s'arrête de parler et me regarde timidement, comme s'il avait fait une bêtise. Je lui adresse un sourire pour le rassurer et me tourne cette fois vers Lily.

« Tu as encore fait des cauchemars ? »

« Un peu... » grommelle-t-elle « Mais c'est pas la peine de le dire ! » continue-t-elle d'une voix irritée à l'intention de son frère.

« Lily, il s'inquiète simplement pour toi, ne lui parle pas comme ça ! » je la réprimande doucement.

« Pas besoin de s'inquiéter, c'est pas grave et ça finira par passer ! » termine-t-elle en haussant les épaules, mettant ainsi un terme à la conversation.

C'est une tendance caractéristique des Sidle que de se montrer plus forte que l'on est en réalité. Depuis l'enlèvement, les nuits des enfants et particulièrement celles de Lily sont hantées par d'épouvantables cauchemars. Et si Zack n'hésite pas à venir me rejoindre dans ma chambre lorsqu'il est réveillé au beau milieu de la nuit, la pudeur et la retenue de Lily l'empêchent encore de faire de même. Elle gère seule ses terreurs nocturnes et refuse de m'en parler comme si elle en avait honte.

Je soupire et décide de ne pas insister. Les pancakes terminent de cuire dans le plus grand silence et Lily est occupée à nous servir des verres de jus de fruits lorsque la petite voix de Zack brise finalement la quiétude du moment.

« Sara ? »

« Oui ? » Je réponds distraitement tout en continuant à m'affairer au dessus de la cuisinière.

« Il est où ton mari ? » me demande-t-il d'un ton aussi détaché que s'il me demandait la météo du jour.

Je me tourne pour lui faire face et je suis incapable de répondre quoi que ce soit tant la surprise me coupe le souffle. Celle-là j'avoue, je ne l'avais pas sentie venir et je reste un long moment à me demander comment cette question a bien pu germer dans son esprit. Lily arrête immédiatement de verser le liquide dans nos verres et repose silencieusement la bouteille sur la table. Je sens leurs yeux posés sur moi, attendant une réponse qui ne vient pas, et plus que la question de Zack c'est maintenant le regard de Lily qui m'inquiète. Elle a l'air bien plus intéressée par ma réponse qu'elle ne veut le laisser croire, comme si c'était une chose sur laquelle s'était déjà interrogée sans avoir jamais osé me demander. Je pense que mes joues commencent à prendre une teinte rosée, il faut que je trouve quelque chose à répondre rapidement...

« Je... Je n'ai pas de mari. » je bredouille finalement d'un air penaud.

J'aurais pu faire mieux, je sais, mais ils devront s'en contenter pour l'instant. Je viens m'asseoir à leurs côtés et dépose les pancakes tièdes dans leurs assiettes.

« Pourquoi ? »

D'accord, Zack ne semble pas du genre à se contenter de semi-réponses et cette fois je suis perdue. Je ne me sens absolument pas prête à rentrer dans les détails de ma vie sentimentale avec eux ce matin.

« Parce que c'est comme ça ! » je réponds fermement. « Allez, finis de déjeuner Zack, on va bientôt partir ! » j'ajoute rapidement pour tenter de changer de sujet.

Il hoche la tête et enfourne rapidement le reste de la grosse crêpe dans sa bouche, manquant de s'étouffer au passage. Lily termine rapidement son verre de jus d'orange et m'adresse un dernier regard mystérieux avant de quitter la table pour aller chercher ses affaires d'école.

Exceptionnellement aujourd'hui, je prends mon service dans l'équipe de jour. Ce n'est pas que Ecklie m'ait manqué, non, c'est juste que je ne voulais pas rater la rentrée des enfants et c'était le seul moyen pour pouvoir les déposer à l'école ce matin. Nous avons laissé Lily devant son école et j'ai ensuite accompagné Zack jusqu'à sa classe quelques mètres plus loin. Sans que la séparation soit réellement déchirante, j'ai senti à sa main crispée sur la mienne et au long câlin qu'il m'a offert avant que je ne parte que c'était un moment difficile pour lui. Lily et lui ne sont pas dans les mêmes bâtiments et je sais d'avance que ça sera d'autant plus difficile pour eux qu'ils sont séparés, mais j'espère au fond qu'ils réussiront à s'adapter à leurs nouvelles classes. Je sais par expérience qu'il n'est pas facile de débarquer dans une école en cours d'année et tenir ce statut de 'nouveau', même si l'année scolaire vient à peine de débuter...

Une fois Zack entré en classe, je reprends seule la voiture pour me rendre au travail et quelques minutes plus tard je me retrouve à arpenter de nouveau les couloirs du labo après ces quelques jours d'absence. Je suis surement dingue mais j'avoue que cette ambiance précipitée, l'odeur légèrement soufrée des salles, les collègues et même les blagues de Greg, tout ça m'a manqué... Un léger sourire se dessine au coin de mes lèvres lorsque je constate qu'enfin la salle de repos a repris des couleurs et n'a plus les allures de scène de crime.

Lorsque je pénètre dans les vestiaires, je trouve Catherine qui termine de ranger ses affaires et se prépare à rentrer chez elle. Elle me gratifie d'un large sourire lorsqu'elle me voit entrer.

« Hey, Salut Sara ! »

« Salut Cath ! »

Aussitôt je me sens rougir et je baisse les yeux. Ok, je peux l'avouer, je suis mal à l'aise. Depuis que nous avons vécu cette prise d'otage, je n'ai pas revu Catherine. Je n'ai pas réellement eu le temps de l'appeler durant la semaine, tellement ces jours de repos sont passés vite, et je pense que de son côté elle a simplement voulu me laisser passer du temps seule avec les enfants sans vouloir faire pression sur moi. Mais de ce fait, je n'ai pas encore pu m'excuser de mon comportement envers elle le jour de la disparition, et je n'ai pas non plus eu le temps de la remercier pour m'avoir sauvé la vie.

« Alors ? » commence-t-elle « Tu as réussi à te reposer cette semaine ? »

« Oh... » je soupire en réponse « Pas vraiment. J'étais loin de me douter que les enfants étaient si... »

« Chronophages ? » tente-t-elle en souriant

« Exactement. » je réponds en souriant.

« Comment s'est passée leur rentrée ? » demande-t-elle en répondant à mon sourire « Pas trop de larmes ? »

« Pas de larmes mais beaucoup d'appréhension... Zack a eu du mal à lâcher ma main. » je réponds.

« Je suis sure que ça va bien se passer. » me dit-elle en fermant son casier.

Elle se tourne vers moi et je sens qu'elle se retient d'ajouter quelque chose. Ses yeux se dirigent aussitôt vers le sol. Je n'ose pas prendre la parole non plus, et rapidement le silence prend place entre nous. Je ne sais pas pourquoi, une certaine retenue est en train de s'installer, et aucune de nous ne semble oser reparler des tragiques évènements, comme si nous étions gênées par une sorte de pudeur post-traumatique. Pourtant, j'ai beaucoup à lui dire à ce sujet. Tellement, en fait, que je prends mon courage à deux mains et décide finalement de rompre le silence :

« Cath, je voulais te dire... » je commence en m'avançant à ses côtés. « Je suis désolée pour tout ce que je t'ai dit la semaine dernière... »

Elle hoche gravement la tête en signe d'approbation « T'en fais pas, je sais que tu étais énervée à cause de toute l'affaire... »

Enervée ? Elle est gentille, avec le recul je dirais hystérique. « Mes mots ont dépassé ma pensée, et je m'excuse de t'avoir fait mal. » je continue. A voir son air si sérieux, je pense que je m'y prends comme un manche, mais au moins c'est dit et ça ne pèsera plus autant sur mon cœur.

Progressivement, ses yeux quittent les miens, comme si mes paroles blessantes lui revenaient en mémoire et qu'il était insupportable pour elle de me regarder en face à cet instant. « Ce n'est rien. » me dit-elle d'un ton qui me prouve l'inverse.

« Je n'ai jamais regretté d'avoir passé cette après-midi là en ta compagnie. J'avais besoin de toi et tu m'as donné... tout ce dont j'avais besoin... » je lui avoue en rougissant.

Cette fois je crois avoir aperçu un léger sourire au coin de ses lèvres.

« Et puis... Je n'ai pas eu l'occasion de te dire merci. » j'enchaîne aussitôt.

« Merci ? » demande-t-elle les sourcils froncés.

« D'avoir échangé ta vie contre celle des enfants. »

« Je ne pouvais pas faire autrement ! » commence-t-elle avec un faible sourire. « Je sais combien ils sont importants à tes yeux, et que tu n'aurais pas supporté de les perdre... »

C'est vrai. Les enfants comptent beaucoup pour moi. Mais ils ne sont pas les seuls. Je lève les yeux doucement jusqu'à ce que mon regard croise le sien. « Tu es importante à mes yeux aussi, Cath. Je n'aurais pas supporté de te perdre non plus... »

Au delà de la surprise qui prend place sur son visage, je remarque clairement que ses yeux se sont mis à briller. J'espère qu'elle sait que je suis sincère et qu'elle parviendra à pardonner mes mots blessants. Comme si elle avait lu dans mes pensées, elle prend ma main dans la sienne et m'embrasse doucement sur la joue, déclenchant ainsi de longs frissons le long de ma colonne vertébrale.

« Lindsey n'est pas là vendredi soir, elle dort chez une amie... » m'annonce-t-elle ensuite. « Je crois que c'est ta nuit de repos et j'avais pensé que tu pourrais passer, si tu arrives à faire garder Lily et Zack bien sûr. Je crois que nous avons encore beaucoup de choses à nous dire... » termine-t-elle d'un ton lourd de sous-entendus.

J'acquiesce simplement d'un signe de tête. Catherine me sourit alors une dernière fois, puis quitte la pièce sans même se retourner. Je ne suis pas certaine de savoir si elle m'en veut réellement, je ne sais pas non plus si j'ai encore une chance avec elle. Mais je ferais n'importe quoi pour pouvoir être avec elle...

30 septembre – Las Vegas, NV

C'est dingue, j'ai l'air d'une adolescente paumée devant sa garde-robe un soir de bal. Je saisis trois nouvelles chemises de la penderie que je laisse défiler devant moi pour tenter de voir laquelle serait la plus convenable pour la soirée. Je sais que Catherine me connaît, et j'imagine qu'elle ne se focalisera pas sur ma tenue, mais j'ai pourtant envie de faire un effort. Allongée sur le lit, la tête entre ses mains, Lily m'observe silencieusement en lisant distraitement un livre.

« Et celle là ? » je place devant moi une chemise bleutée et me tourne vers la fillette l'air incertain pour qu'elle me donne son avis.

Elle hausse vaguement les épaules. « Moui... »

Je soupire, jette les chemises sur le bord du lit et plonge cette fois la main dans mon tiroir pour en sortir une pile de t-shirts. Peut-être trouverai-je là-dedans quelque chose qui me convienne.

Derrière moi Lily se redresse lentement, referme son livre et s'assied en tailleur sur le lit « Je ne comprends pas... » commence-t-elle l'air intrigué « Catherine te voit tous les jours habillée normalement alors pourquoi tu passes autant de temps à choisir ce que tu vas mettre ce soir ? »

Cette petite est définitivement observatrice et a l'art de viser juste... Ses yeux perçants semblent chercher ses réponses directement dans mes yeux et, mal à l'aise, je détourne rapidement le regard vers ma garde-robe. « Eh bien...Euh... » je bafouille « Je ne sais pas, c'est une soirée en dehors du travail et j'ai envie d'être différente de d'habitude... » j'explique en haussant les épaules, feignant un air neutre et dégagé.

Lorsque je croise à nouveau son regard, je sens à ses sourcils froncés et son air dur qu'elle est en pleine réflexion et qu'elle ne me croit pas totalement. Elle reste ainsi de longues minutes, silencieuse, à me fixer intensément et je me sens brusquement nerveuse face à elle.

« Pourquoi tu passes autant de temps avec elle ? » lâche-t-elle soudainement.

C'est étrange comme j'ai l'impression que les rôles sont inversés et qu'elle attend ma réponse pour me sermonner comme une mère. Je respire profondément et tente de rassembler mes esprits pour lui répondre quelque chose qui ne soit ni un mensonge, ni la totale vérité parce que j'ai bien trop peur de sa réaction. « C'est une amie, Lily, j'aime passer du temps avec mes amis. »

Elle garde les sourcils froncés qui maintiennent son expression dure et pensive. Je suis absolument incapable de savoir quelles sont les pensées qui s'agitent dans son esprit à ce moment, ni le chemin qu'elles prennent et ce à quoi elles aboutissent...

« Tu préfères être avec elle qu'avec nous. » statue-t-elle finalement avec amertume.

Cette simple phrase me serre le cœur. Si elle savait à quel point j'aimerais concilier les deux... Je peux sentir une sorte de colère froide en elle qui n'ose pas clairement s'exprimer. Je m'approche prudemment et lui prend la main, mais rien dans son regard ne semble indiquer un quelconque apaisement.

« Non, ce n'est pas vrai Lily. » je commence calmement. « Tu sais que j'aime passer du temps avec vous, tout comme j'aime aussi sortir voir mes amis de temps à autres. »

Elle détourne la tête lorsque ma main passe sur son visage. Brusquement, la sonnette de l'entrée retentit et Zack se met à crier « C'est Jen ! ». Un léger bruit se fait ensuite entendre, puis la voix de la jeune femme résonne dans l'appartement. Je jette machinalement un coup d'œil à ma montre : il est vingt heures, la baby-sitter est arrivée et je ne suis toujours pas prête. Génial.

En entendant Jen pénétrer dans l'appartement, Lily saute du lit et regagne rapidement leur chambre dont elle ferme la porte une fois à l'intérieur. Je soupire et décide d'abdiquer. De toute évidence, elle n'est pas disposée à parler avec moi ce soir, je pense qu'il est inutile d'insister. Je me change rapidement et quitte alors la chambre pour aller saluer Jen. C'est une jeune étudiante d'une vingtaine d'années que j'ai engagée pour s'occuper des enfants lorsque je suis au labo, et qui a gentiment accepté de me dépanner ce soir même si c'est mon jour de repos et donc le sien.

« Est-ce qu'il y a un problème avec Lily ? » me demande-t-elle en pointant du doigt la chambre dans laquelle la fillette vient de s'enfermer.

Je soupire « Non, elle est simplement fâchée après moi, ça va passer ! »

« Ca ne doit pas être évident... » ajoute-t-elle pensive.

Je sais qu'elle fait référence au fait que je ne sois pas réellement leur mère, mais je n'ai aucune envie d'écouter ses considérations d'étudiantes en psychologie maintenant. « Non, ça ne l'est pas. » je change aussitôt de conversation. « Je devrais revenir assez tard dans la soirée, les numéros d'urgence sont sur la table, Zack est lavé et prêt à être couché et si vous avez faim, servez-vous dans le réfrigérateur. »

« Très bien. » commente-t-elle.

Zack vient rapidement m'embrasser pour me dire au-revoir. « A demain Sara »

« A demain Zack. Bonne soirée ! » je termine à l'adresse de Jen, en saisissant ma veste et mon sac.

à suivre...