« S'il te plaît... Apprivoise-moi ! »

Chapitre 11

L'ambiance est feutrée. Les lumières sont tamisées, une douce musique émane de la chaine hi-fi. Le repas est maintenant terminé, Catherine m'a invitée à passer au salon pour continuer à discuter plus tranquillement et je suis ravie de constater que son sourire n'a pas quitté ses lèvres de la soirée.

Je me sens bien ici, avec elle. J'ai mis de côtés mes angoisses à propos des enfants, de notre relation, et je me laisse bercer par le son de sa voix et de ses éclats de rire qui ponctuent notre conversation.

Je passe mon temps à observer sa longue robe noire qui permet à mon regard de se perdre discrètement sur sa gorge et ses épaules nues. Cette robe la rend si désirable que je me dis que le tee-shirt beige et le pantalon noir et large que j'ai fini par choisir ne font vraiment pas le poids... De son côté, Catherine ne semble pas s'en soucier, ses yeux ont cette lueur étrange de femme déjà conquise et me déshabillent savamment de haut en bas sans même qu'elle ne perde le fil de sa conversation.

Ce n'est que lorsqu'elle s'arrête finalement de parler et qu'un certain silence s'installe entre nous que mon regard quitte ses épaules pour retrouver ses yeux. Je me sens rougir lorsque je remarque son sourire. Elle semble amusée par la découverte de ma silencieuse contemplation. Nos regards restent ainsi scotchés quelques secondes, et l'instant d'après sa bouche est sur la mienne. Je me laisse aller un instant à la douceur de ses lèvres sucrées avant que mes peurs ne me rattrapent et que je ne mette un terme malgré moi à ce baiser.

« Je suis désolée... » murmure-t-elle, confuse, en se reculant légèrement « Je pensais que... »

« Non... Enfin, oui... C'est juste que... Je... » Je bafouille avant de pousser un long soupir pour reprendre mes esprits.

« C'est quoi ? » me demande-t-elle timidement lorsqu'elle sent que je suis un peu plus calme.

« Je ne veux plus jouer, Cath... » je commence lentement, mon regard plongé dans le sien.

Elle ne répond rien. Son expression est maintenant sérieuse et inquiète, mais elle ne détache pas son regard du mien, attendant que je précise ma pensée.

« Ca a toujours été compliqué entre nous. » j'explique prudemment. « A chaque fois que nous nous sommes rapprochées, nous avons fini par reculer de trois pas. »

Elle hoche vaguement la tête, signe qu'elle comprend de quoi je parle.

« Mais je ne veux plus jouer... Je ne peux plus... » je continue doucement. « Je ne peux plus faire comme si nous étions simplement amies... Je sais que je suis aussi responsable que toi de la situation, que je l'ai laissée s'installer entre nous... »

Ses yeux brillants ne quittent plus les miens.

« Mais je ne peux pas t'embrasser et la minute qui suit faire comme si rien ne s'était passé. Je ne veux plus faire l'amour avec toi et qu'on ne se parle pas pendant des jours après ça... C'est trop difficile à supporter. »

Timidement, je sens sa main se poser sur la mienne.

« Je ne sais jamais à quoi m'attendre, Cath ! » dis-je en haussant les épaules. « Je ne sais pas ce que je peux ou dois faire par rapport à toi, et c'est frustrant... Je ne sais jamais si c'est sérieux, si tu as de vrais sentiments... »

Elle ne bouge toujours pas, et ses yeux me fixent avec une profonde intensité. Immobile et attentive, elle attend patiemment que je termine.

Je soupire une fois de plus. « Je ne veux pas d'une simple aventure. Tu comptes bien plus que ça pour moi... Ce que je veux, c'est une vraie relation. Quelque chose de stable, qui ne soit pas motivé uniquement par nos instincts ou par l'instant qu'on partage... »

Mes yeux quittent les siens et ma voix baisse encore d'un ton « Je ne sais même pas si tu as couché avec moi juste par pulsion ou s'il y avait autre chose... »

Elle prend une profonde inspiration et sa main force doucement mon visage à se tourner vers le sien, jusqu'à ce que nos yeux se rencontrent. « Il y avait autre chose. » me dit-elle d'une voix sure. « Il y a toujours eu autre chose… »

Cette fois, c'est à mon tour de rester silencieuse en attendant qu'elle s'ouvre à moi. Elle mord nerveusement sa lèvre inférieure et semble chercher les mots justes pour m'expliquer ce qu'elle ressent.

« C'est confus, Sara... Ce que j'éprouve pour toi, ça a longtemps été confus. » Elle passe lentement sa main sur mon visage et je ferme les yeux un bref instant à ce contact. « Confus parce que c'est terrifiant. J'avais très peur de tomber amoureuse de toi. »

Je fronce légèrement les sourcils, intriguée.

« La dernière fois que je suis tombée amoureuse, c'était d'Eddie et quand je vois comment ça c'est terminé, je n'avais pas très envie de me laisser prendre au jeu à nouveau... »

Je suis sur le point de répliquer mais elle ne m'en laisse pas le temps.

« Pourtant, mes sentiments envers toi n'ont pas cessé de grandir, et je n'ai rien pu y faire. Mais il a fallu que ta vie soit menacée pour que j'accepte enfin mes sentiments pour toi. Pour que je me rende compte à quel point je tiens à toi, Sara. »

Sa main resserre doucement la mienne et je sens mon cœur qui s'emballe dans ma poitrine.

« Et je ne sais toujours pas si nous avons un quelconque avenir ensemble, je ne sais pas où tout cela va nous mener, mais j'ai vraiment envie d'essayer. » continue-t-elle, les yeux brillants « Parce qu'à chaque fois que tu me frôles, que tu m'embrasses, que je sens ta main dans mes cheveux, j'ai l'impression d'être une adolescente qui redécouvre ses premiers émois amoureux. »

Sa déclaration me fait frissonner, et je reste un instant sans pouvoir dire quoi que ce soit, avant de finalement reprendre la parole. « Est-ce que je peux t'embrasser ? » je demande timidement.

Elle me regarde étrangement avec une expression mi-amusée, mi-étonnée : « Tu n'as jamais eu besoin d'autorisation il me semble ! »

« C'est peut-être pour cela que je te demande... » je lui souris en retour « Rien n'a jamais été établi entre nous, mais maintenant que nous savons toutes les deux ce que nous voulons, c'est peut-être le moment de... d'officialiser notre relation... »

Lentement j'approche mon visage du sien, jusqu'à sentir son souffle sur mes lèvres. Je place délicatement une main sur son visage et laisse mon pouce caresser sa joue un instant.

« Tu peux ! » affirme-t-elle rapidement, ses yeux toujours brillants d'une malicieuse flamme de désir.

J'approche encore mes lèvres des siennes et maintenant seuls quelques millimètres nous séparent. « Tu es sure ? » je la taquine, sentant son rythme cardiaque s'accélérer et sa respiration devenir plus fébrile.

« Embrasse-moi, Sara ! » me supplie-t-elle le souffle court en tirant légèrement sur mon tee-shirt pour me faire pencher en avant jusqu'à ce qu'enfin mes lèvres touchent les siennes, scellant cette fois officiellement la relation que je désirais depuis tant d'années et que je ne faisais qu'effleurer du bout des doigts depuis des semaines...

« Nous sommes officiellement ensemble, alors ? » je murmure en reprenant mon souffle une fois que nos lèvres se détachent.

Catherine rit un instant « Oui, mais ne précipitons pas tout ! » explique-t-elle en me serrant contre elle. « Je ne veux pas sembler abrupte ou défaitiste, mais voyons déjà où nous allons ensemble, et nous mettrons les enfants au courant de la situation lorsque les choses seront plus claires entre nous... »

Je comprends parfaitement ce qu'elle veut dire. Nous devons déjà être sures de nos sentiments et de nos désirs, nous devons déjà prendre le temps de nous connaître avant d'impliquer les trois enfants dans notre histoire. Alors que ces pensées me traversent l'esprit, ma main passe machinalement sur l'épaule de Catherine, jouant avec la fine bretelle de sa robe noire qui me plaît tant. Elle frissonne légèrement à ce contact, et ses yeux instinctivement retrouvent les miens.

« Des idées derrière la tête, miss Sidle ? » me dit-elle d'un air amusé.

« Je n'attends que ça depuis le moment où j'ai posé les yeux sur ta robe... » j'avoue en déposant un baiser sur son épaule. « Alors je me disais que, maintenant qu'on est officiellement ensemble... » je murmure d'une voix suggestive à son oreille.

Son rire léger s'envole dans les airs et de la chaîne hi-fi résonne maintenant la voix langoureuse de John Mayer qui entame les premières notes de son 'Your body is a wonderland'. Sans me quitter des yeux, Catherine glisse ses mains dans les miennes.

« La nuit est à nous, Sara » me lance-t-elle dans un clin d'œil malicieux.

Il est très tard lorsque je rentre à mon appartement. Je réveille prudemment Jen qui s'est endormie sur le sofa, et la raccompagne à la porte en la remerciant pour avoir gardé les enfants. Je prends une longue douche chaude et enfile un confortable pyjama avant de regagner ma chambre. Je sais d'avance que je vais peu dormir car dans quelques heures Zack viendra me réveiller, mais je me glisse malgré tout sous les couvertures avec l'intention de me reposer au moins quelques heures.

Ce n'est que lorsque je m'apprête à éteindre la lumière que j'aperçois Lily dans l'entrebâillement de la porte.

« Tu ne dors pas ? » dis-je en statuant l'évidence.

Elle hoche la tête négativement et son regard se perd timidement au sol, mais elle ne bouge pas. Je me demande si c'est un cauchemar qui l'a réveillée ou si elle n'a pas réussi à fermer l'œil de la nuit...

« Viens avec moi... » je lui demande doucement.

Son regard quitte le sol et m'observe une seconde, avant qu'elle ne se décide prudemment à venir me rejoindre et se glisser à mes côtés sous les couvertures, toujours dans le plus grand silence.

« Tu as encore fait un cauchemar ? » j'hésite en passant une main rassurante dans ses cheveux.

Elle hoche la tête négativement.

« Tu n'arrives pas à dormir, alors ? »

Cette fois son regard perçant est plongé dans le mien et je peux y lire un certain malaise. Elle prend une profonde inspiration avant de me répondre, la voix tremblante : « Je croyais que t'allais jamais revenir. »

Sa souffrance me prend aussitôt à la gorge. Je ne sais pas si je suis encore plus sensible du fait que la fillette me ressemble particulièrement -et pas seulement physiquement - ou que sa peine fait écho à celles que j'aie pu avoir étant enfant, mais elle m'est difficilement supportable. C'est terrifiant de me dire que j'aurai beau faire tout ce que je peux pour prendre soin de ces enfants, il y a des douleurs que jamais je ne pourrais apaiser...

Je pose un doux baiser sur son front pour la rassurer : « Lily, je ne vais pas vous abandonner. » Je ne suis pas réellement sure qu'elle le sache. Je ne suis pas sure qu'elle ait compris que la semaine dernière j'étais prête à donner ma vie pour eux, et que dorénavant ils font partie de moi. Jamais je ne pourrais les laisser seuls.

Elle hausse vaguement les épaules : « Tu pourrais, on n'est pas tes enfants. »

« Ca ne change rien pour moi. »

Elle ne répond pas et nous restons silencieuses un moment.

« Est-ce qu'on t'a forcée à t'occuper de nous ? »

« Non. J'avais le choix, je pouvais refuser et vous auriez été accueillis par une autre famille. » j'avoue difficilement.

« Alors pourquoi tu as dit oui ? »

« Parce que j'en avais envie. » je prends un moment pour réfléchir et je poursuis « Parce que vous ressemblez à James, que vous êtes ma famille, que je vous ai tout de suite adorés, et que je ne voulais pas vous laisser dans ce foyer. »

Elle acquiesce d'un bref hochement de tête.

« La seule chose qui m'ait fait hésiter, c'est que je n'ai jamais eu d'enfant, et j'avais très peur de ne pas savoir m'occuper de vous... »

« Tu t'en sors bien. » me dit-elle, et pour la première fois de la soirée je vois se dessiner un léger sourire sur son visage.

Je lui souris en retour et la prend doucement dans mes bras. « Vous n'êtes pas mes enfants mais ça ne m'empêche pas de vous aimer, Lily. » Je marque une légère pause avant de reprendre « Je ne veux pas que tu aies peur, parce que Zack et toi resterez toujours plus importants que le reste. Et même si je sors voir des amis, je te promets que je reviendrai toujours... »

Elle ne répond rien. Je la berce tendrement quelques instants. Sa respiration devient de plus en plus régulière, légèrement plus marquée, et ses paupières finissent par se clore. Lorsque je suis certaine qu'elle dort, j'éteins la lumière et je remonte légèrement les couvertures sur elle afin qu'elle ne prenne pas froid. Puis, lentement, je me sens glisser à mon tour dans un profond sommeil.

A suivre...