Disclaimers: le nom de Montsorot a été inventé par notre amie Sarasa, et je lui ai demandé permission de l'utiliser ^^ Ca ne fait pas grand différence à l'histoire, mais j'ai pensé qu'utiliser un nom qui était déjà établi serait plus agréable.

Re-Née: Chapître 5

Le vieux domestique la conduisit au cabinet du capitaine, situé à l'étage supérieur. Il frappa doucement, perçu un faible grognement en guise de réplique puis ouvrit la porte, laissant son accompagnateur entrer sans lui. « Monsieur de Tréville vous attends, » dit-il en s'inclinant légèrement et désignant l'intérieur de la chambre. Renée acquiesça d'un signe de tête et pénétra dans la salle, refermant la porte derrière elle.

La pièce était très vaste, même si un seul bureau l'occupait. Le soleil de ce milieu d'après-midi filtrait à travers les larges et hautes fenêtres donnant sur la cour intérieure. De multiples épées et mousquets ornaient les murs, conférant à l'endroit une allure de salle d'armes plutôt que de cabinet.

« Approchez, jeune homme, » fit le capitaine, de sa voix rauque, sans la regarder et mettant de l'ordre dans ses documents.

Du calme, Renée. Du calme. Elle s'avança, ses pas résonnants sur le carrelage, et s'arrêta devant le secrétaire. Se tenant bien droite, chapeau sous le bras, elle attendait nerveusement que monsieur de Tréville lui adresse la parole. Elle sentit toutefois le regard masculin examiner chaque portion de son corps.

L'homme, la toisant du regard, fut surpris. « Vous voulez devenir mousquetaire ? Vous? »

Oui, je sais ! J'ai trop l'air d'une fille pour être un homme. Devinez quoi ? J'en suis une !

Elle était lasse de ce déguisement…mais il n'était pas question de risquer que sa famille la retrouve. Pas maintenant.

« Auriez-vous peur d'engager une fille parmi vos mousquetaires? » répondit-elle sarcastiquement sans le regarder dans les yeux.

« Non, non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ! » fit le capitaine, gêné, mesurant ses paroles afin de ne pas blesser le jeune homme.

C'est fou ce que l'autodérision peut avoir comme effet…Je ne savais pas que les hommes accordaient une telle importance à la virilité !...

« Je…ahem…vous réalisez que vous êtes plutôt frêle, et…. petit, pour être soldat… »

Renée eut pitié de la façon dont il tentait maladroitement de ne pas insulter sa 'virilité'. Elle lui sourit. « Je suis bien au fait de mon apparence très féminine, monsieur ! D'un autre côté, je ne suis pas ici pour devenir mousquetaire, loin de là !»

Elle rit doucement, devinant bien que le soupir poussé par le capitaine en était un de soulagement.

« Alors, que me vaut votre visite ? » interrogea-t-il en retournant le sourire. « On m'a raconté que vous auriez des informations à me transmettre… »

Reprenant son sérieux, elle le regarda nerveusement. Pouvait-elle vraiment lui faire confiance ? Il lui semblait que partager ces informations trahissait une partie de la mémoire de François…

De plus, le regard sombre et sévère du capitaine l'intimidait un peu, et elle devinait bien que sous cette allure calme et décontractée se cachait un homme dont les colères pouvaient être foudroyantes…Mesure tes paroles.

Elle inspira et parla à voix basse. « Je…je crois qu'il y a un complot contre la famille royale, monsieur. »

Tréville écarquilla les yeux. « Que me dites-vous? » Il se pencha sur son bureau pour s'approcher d'elle.

« Tout me porte à croire qu'un complot se trame à notre insu, » poursuivit la femme.

« Quelle informations détenez-vous ? Parlez vite ! »

« C'est…c'est très vague…moi-même je n'en suis pas certain mais… » En son for intérieur, elle était si agitée ! Comment lui dire ce qu'elle savait sans dévoiler trop de détails ?

Tréville se cala dans son fauteuil, croisa les bras sur sa poitrine et lui jeta un regard suspect.

Ah non, pas encore !

Elle se décida à tout raconter. Portant son regard sur ses mains qu'elle tortillait de malaise, elle parla :

« Voyez-vous, il y avait, dans mon village, un immense manoir, éloigné de la route…éloigné de tout, en fait. Là vivaient un homme, une femme plus âgée, et un jeune garçon…de mon âge, environ. »

Elle leva les yeux sur Tréville. Celui-ci l'écoutant attentivement, cela l'encouragea à poursuivre. « L'homme s'appelait François de Montsorot…la femme, Cécile. Le garçon, je n'en sais rien. Je…je connaissais François. Mais je n'ai jamais vu ni le garçon, ni la femme…avant que celle-ci ne meurt. »

« Ne meurt ? »

Renée inspira profondément, essayant de retenir le flot d'émotions qui ressurgissaient rapidement en elle.

« Oui…elle a été assassinée. François aussi. » Elle chassa l'image des deux corps inanimés de son esprit.

« Le garçon également ? » questionna Tréville.

« Non…il a disparu. »

« Je ne vois pas en quoi cela concerne la famille royale ! »

« Ce n'est pas tout ! » lui reprocha vivement la jeune femme. Elle inspira encore, mit de l'ordre dans son esprit, se concentra et reprit avec plus d'assurance. « L'existence même de ce garçon devait rester strictement secrète…il ne pouvait ni voir ni parler à qui que ce soit en dehors de sa gouvernante et de son tuteur. Il ne pouvait sortir du manoir non plus. »

« Et ? Il aurait assassiné ses tuteurs et se sera enfui, sans doute ! »

« Non…il s'agit plutôt d'un enlèvement…enfin, c'est ce que la maréchaussée m'a affirmé, selon les indices qu'ils ont trouvés. »

« Je ne vois toujours pas le rapport. »

Découragée, elle plongea ses yeux dans les siens. « Vous ne trouvez pas étrange qu'on enferme un homme dans une maison dès sa plus prime jeunesse, qu'on lui offre des soins et une éducation de la plus haute qualité, mais qu'il ne doit être en contact avec qui que ce soit, pas même un médecin ? Et que soudainement, cet homme soit victime d'un enlèvement et qu'on assassine les rares personnes qui le connaissaient ? »

Tréville s'adossa contre sa chaise, l'air pensif.

« Si ce n'était pas une personne de lignée royale, ou pour le moins de la haute aristocratie, pourquoi se donner autant de mal ? » poursuivit Renée pour l'encourager à la croire.

Le capitaine la regarda intensément.

« Et vous, jeune homme…comment se fait-il que vous soyez au courant de ces détails ? » lui lança le capitaine.

« Je..j'étais très proche de François, » fit elle en baissant les yeux.

« Si proche qu'il vous révèle des informations soi-disant secrètes ? »

Quelle galère ! Je ne peux tout de même pas lui dire que j'étais sur le point de me marier avec lui ! Pire, il croira que je suis un homme aimant les hommes!

« Il ne m'a presque rien dit…et comme vous pouvez le constater, les informations que je possède sont plutôt vagues. » Et en effet, c'était tout ce qu'elle savait.

« Et si je ne vous croyais pas ? »

« Je vous dirais alors de vous adresser à la maréchaussée de Noisy. »

Elle se gifla mentalement. Dis-lui donc ton vrai nom, tant qu'à faire des révélations !

« Noisy le Grand ? Ou Noisy le Sec ? »

« Le Sec, » répondit-elle dans un souffle, à contrecœur. Elle en avait trop dit. Si elle voulait qu'il la croie, elle devait maintenant tout avouer.

Tréville semblait perdu dans ses pensées et ne disait rien. « Pourquoi vous me dites tout cela ? » finit-il par lui demander

« François tenait beaucoup à son élève…j'espérais peut-être honorer sa mémoire et retrouver le jeune homme dont il avait la garde, » soupira-t-elle. Elle se reprit et parla avec conviction. « De plus, nous sommes très monarchistes dans ma famille. La sécurité de Sa Majesté m'importe, monsieur. »

« Pourquoi ne vous adressez-vous pas à la maréchaussée, si vous croyez le roi en danger? »

Renée s'emporta. « Elle a bien trop peur de ce bandit …ce…ce 'Chameau', pour faire quoi que ce soit ! Si seulement je savais me battre, je le traquerais, je le tuerais, ce salaud ! » Réalisant soudainement son élan de fureur, confuse, elle se calma et rebaissa les yeux. « De plus, je n'ai pas envie de rester chez moi. Alors j'ai quitté la maison pour faire mes propres recherches.»

« Pour cette seule raison ? »

Mais quel est cet interrogatoire ?

« Également parce qu'on veut me forcer à me marier, voilà pourquoi, » finit-elle par admettre en grognant.

« J'imagine qu'à cette heure votre famille vous recherche ? »

« C'est exact. »

« Quel est votre nom ? »

Ventresaintgrissaintemariejoseph !

« J'ai besoin de savoir comment je vais vous appeler à partir d'aujourd'hui, » continua Tréville.

Elle lui lança un air rempli d'interrogations.

« Je vous garde ici. Je veux vous avoir à l'œil. »

Quoi ?

Tréville se leva et regarda par la fenêtre. « La compagnie est au minimum, ces temps-ci. Depuis que le cardinal de Richelieu a instauré sa propre garde… » Il s'interrompit avant de poursuivre. « Nous aurions besoin de quelqu'un pour s'occuper des chevaux… » Il se retourna pour lui faire face. « Vous savez prendre soin d'un cheval, j'espère ? »

« Oui, monsieur… »

« Bon, dans ce cas, veuillez vous présentez ici, demain, dès la première heure, » fit-il en se rasseyant. « Allez maintenant vous trouver un logement convenable.»

Bouche bée, elle ne sut que répondre. Elle n'avait pas espéré un tel dénouement, et encore moins de se faire offrir un emploi !

« J'ai le mariage en horreur, moi aussi, » grogna-il, comme pour expliquer la raison de sa décision. D'un geste de la main, Tréville la renvoya.

Toujours abasourdie, elle s'inclina maladroitement et s'éloigna.

« Une minute, jeune homme ! Et votre nom ?»

Elle s'arrêta. Renée ou…?

« A…Aramis. »

« Soit. Aramis. » Il nota le nom sur un parchemin et retourna à la contemplation de sa fenêtre. « Espérons qu'un petit séjour ici fera de cette demi-portion un vrai mâle ! » murmura-t-il, amusé, quand ledit Aramis eut quitté.

A suivre.