Chapitre 9

Il est 14 heures, j'ai presque terminé mon service. Le rush fut exécrable. Je suis morte de fatigue. J'ai fait l'effort d'être présentable pour venir travailler aujourd'hui en me maquillant un peu, au final, je n'ai plus de fard à paupières. Il me reste un petit peu de crayon sous les yeux. Charlie s'est levé du pied gauche, il n'a pas été aimable de la matinée. Dès que j'ai pointé ma carte, monsieur m'a fait perdre mon sourire. Je ne lui demanderais pas pourquoi il a agi de cette manière, ce n'est pas mon problème. Mais en voyant qu'il agissait ainsi avec tous les collègues, je ne me sentis pas visée. C'était un soulagement.
Je termine ma ligne, j'étais concentrée, jusqu'à ce que je remarque la silhouette de quelqu'un que je connais derrière un client. J'avais un gobelet rempli d'une boisson froide, il m'échappe des mains. Bien sûr, tous les regards se posent sur moi.

- Va me nettoyer ce bordel, le *Lobby est occupé, râle-t-il alors qu'il faisait du *backup à la caisse d'à côté.

Je m'empresse d'essuyer ma bêtise, mon corps commençait à montrer sa nervosité. Lorsque je refis la boisson, je la tiens à deux mains pour ne pas recommencer. Manque de bol pour moi, je n'avais pas une grosse commande. Dommage. C'est autour du client qui venait de m'effrayer. Il venait de poser son bras sur le comptoir et son corps était légèrement penché pour que la caisse ne puisse pas le gêner.

- Laisse-moi tranquille s'il te plait Harry, murmurais-je les yeux baissés.
- Non ! Je crois que nous avons des affaires à régler, affirma-t-il. Je t'attendrais. Mais avant j'aimerais commander, je meurs de faim !
- Tu sais que tu n'es pas le bienvenu ici, rappelais-je la voix tremblante.
- Je t'attendrais assis dans un coin, maintenant sert moi, grogna-t-il. Tu sais que je n'aime pas attendre !

Je dois le servir quand même. Il me dicte sa commande et je commence à la faire. Mon corps tremble entièrement. Je ne suis plus autant à l'aise avec lui. Et dire que Peter s'était imaginé que je pouvais encore avoir des sentiments pour lui. Je ne vois pas où ils sont. J'ai plutôt peur de lui actuellement. J'attends un sandwich pour terminer. Il est obligé de patienter.

- Pourrais-tu patienter à une table s'il te plait ? Grinçais-je des dents.
- Je vais attendre ici, tu n'as pas encore de clients, souligna-t-il.

J'essaie de m'occuper, pour une fois, Charlie ne prend pas ma défense. Je sais qu'il l'a vu. Quelques fois, il s'occupe avec son portable. Dès que le sandwich arrive, je le lui sers. Il s'assoit à une table pour que je puisse le garder dans mon champ de vision.

J'ai fini de compter ma caisse et je file me changer. Je ne suis pas du tout excitée de rentrer chez moi. Charlie s'était excusé d'avoir été désagréable toute la matinée. Il était nerveux à l'idée que le soir même il y ait une grosse réunion avec toute la direction. Cette fois, il ne m'a pas demandé de l'accompagner, il voulait gérer cet évènement tout seul. Et il pensait que cette soirée m'ennuierait.
Changée, je ne peux plus reculer. Je suis obligée de partir. Je soutiens l'idée qu'il est parfaitement dommage que nous n'ayons pas de sorties de secours au niveau des vestiaires. Ce serait très utile. Je monte lentement les escaliers, comme un escargot l'aurait fait. Lorsque je passe le comptoir, je baisse la tête sur le côté faisant mine de ne pas le voir, mais mon plan d'évasion ne passe pas inaperçu. Une main attrape mon bras. Je suis condamnée. Je le zieute.

- Tu ne croyais tout de même pas que tu réussirais à te défiler ? Commença-t-il.

Il claque des doigts vers un endroit où je dois m'assoir. Je barguigne et me place là où il le veut.

- Tu sais pourquoi je suis là ?

Je n'omets aucun mot. Je connais la raison de sa présence.

- Ton silence me le confirme, conclut d'emblée le jeune homme. Il avance sa main et ses doigts rugueux me caressent délicatement la joue. Je ferme les yeux un instant pour garder le contrôle.
- Arrête, chuchotais-je. Je n'avais pas envie que mes collègues ou des clients entendent notre discussion.
- Je sais que tu aimes ça Liz. Que je te domine, dit-il sur le même ton.
- N'as-tu pas compris que nous n'avons plus rien à faire ensemble ? Pestais-je en secouant la tête pour dégager sa main.
- Je l'ai vu surtout hier quand vous m'avez abandonné tous les deux. Vous n'êtes pas venus. Pas un mot. Rien !
- On aurait dû te prévenir, c'est vrai. Nous avons eu tort de ne pas le faire. Mais arrête de me harceler Harry. Je ne t'aime plus. Tu ne me domines plus. Laisse-moi tranquille.

Fou de rage par mes propos, il me gifle devant tout le monde. J'ai été humiliée. Il prend mon menton et il me regarde dans les yeux. Je pouvais y lire de la haine. J'avais peur.

- Je l'ai fait pour ton bien ma chérie, réplique-t-il.
- Va en enfer, rétorquais-je, me tenant la joue touchée qui me brûlait.
- J'y suis déjà allé, tu vois bien que le diable et l'enfer n'ont pas voulu de moi !

Mes yeux pleuraient. J'étais à la fois consternée et éberluée. Mon patron, informé de la situation, parce qu'il faisait parti de tous ceux qui avaient assisté à cette bassesse de la part de mon interlocuteur, il accourt vers moi. Posant ses mains sur ses hanches et le visage sévère.

- Je pensais vous avoir dit de ne plus remettre les pieds ici ! Cite-t-il sans bouger sa position ni l'expression de son visage.
- Dit oralement, peut-être. Mais aucun écriteau ne me l'interdit.
- Sortez, où j'appelle immédiatement la police.

Tout le monde le dévisage, mes collègues se sont arrêtés de travailler. Tous sont à l'afflux au cas où il y aurait débordement entre nous trois.

- Tu collectionnes les supers héros à ce que je vois Liz, se moque-t-il avant de se lever et de mettre son manteau.

Il prend tout son temps pour essayer de faire sortir Charlie de ses gonds. Je ne sais pas du tout comment il fait pour rester aussi calme. Connaissant Peter, il se serait probablement jeté sur lui sans réfléchir. Il n'est pas très diplomate pour ce genre de choses. Il attrape le plateau et s'enquiert de le jeter. Il me lance un dernier regard avant de quitter définitivement le restaurant.

- Est-ce que tu veux qu'on appelle la police Charlie ? Demande une caissière.
- Non, ne le faites pas ! Fis-je. Ma réponse les étonne.
- Pourquoi Lizzle ? Il t'a quand même frappé, évoque-t-il.
- Je vais bien. Il ne recommencera pas.
- Va dans le bureau t'asseoir un peu et prendre quelque chose à manger et à boire si tu veux.
- Ça ira !
- C'est un ordre Liz, ricane-t-il gentiment. Allez, ne fais pas ta tête de mule.

Je n'ai pas défendu Harry, je ne veux pas que les gens se mêlent de ma vie privée. Surtout que la mienne les intéresserait. Je serais obligée de leur mentir. Et j'en ai déjà vu beaucoup des policiers ses derniers temps.
Charlie m'attrape par les épaules et m'accompagne dans le bureau. Entre de bonnes mains, la clientèle reprend son activité. Il impose à ses collègues de se remettre au travail. Dans le bureau, je m'assois. J'essuie mes yeux et me frotte la joue.

- Est-ce que j'ai un bleu ?
- Non, tu es seulement rouge. Heureusement qu'il n'a pas tapé plus fort. J'étais à deux doigts de le démonter.
- Tu as bien fait d'être resté calme.
- Mais tu le connais d'où ce mec ?
- C'est un ami d'enfance. Notre histoire est trop compliquée. Et je n'ai pas envie de m'attarder dessus.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Je veux bien un chocolat chaud s'il te plait Charlie.

Il sort rapidement chercher ma boisson et remonte aussitôt. Comme s'il avait peur que je me fasse attaquer encore une fois.

- Tu ne veux vraiment pas appeler la police ?
- Non. Sinon ils vont probablement me demander de porter plainte… Je n'ai plus envie de m'engouffrer de nouveau la tête dans la paperasse.
- Tu as quelqu'un à appeler en cas d'urgence ?
- J'ai envoyé un message à quelqu'un pendant que tu étais parti me chercher une boisson.
- Je reste avec toi jusqu'à ce qu'il arrive par mesure de sécurité.
- D'accord, soupirais-je.

Je m'occupe de mon chocolat chaud, Charlie en profite pour visionner les caméras, afin de voir si tous ses employés se sont remis au travail.
Plus de trente minutes plus tard, un homme demande quelque chose en caisse. Il est avec sa veste noire et des cheveux foncés et ébouriffés. L'employée quitte le comptoir et monte les escaliers. Un instant plus tard, cette personne frappe à la porte.

- Entrez, s'exclame Charlie alors que notre collègue montre sa tête après avoir eu l'accord.
- Quelqu'un demande Lizzle, annonce-t-elle.
- Faites-le entrer. Merci Mary !

Des pas de Mary expriment qu'elle quitte les lieux pour redescendre. C'est les mains dans les poches que Peter entre. Je ne lui ai pas dit pourquoi il devait venir me chercher. Je n'ai aucune idée de comment le révéler. Mais il remarque bien que quelque chose ne va pas. Charlie le salue. Ils s'étaient déjà vus une fois à une soirée organisée chez moi.

- Qu'est-ce qu'il y a Lizzle pour que tu me demandes de venir te chercher à ton travail ?

En les voyant tous les deux, j'ai l'impression d'être comme une enfant qui a besoin d'être assistée. Même si je suis une adulte. Quelque part c'est frustrant de dépendre d'eux. Je suis mal à l'aise. Il faut que je trouve les bons mots parce que je connais par cœur la réaction de Peter. Surtout dès que l'on touche à un de ses proches. Mais ses yeux sont observateurs. Il remarque ma joue et le silence que Charlie montre.

- Vous l'avez giflé ?

Charlie est indigné devant l'accusation que lui porte Peter.

- Moi ? La frapper ? Ça ne va pas. J'en serais incapable.
- Qui alors ?
- Peter, ne te fâche surtout pas s'il te plait, prévenais-je.
- Ça m'énerve encore plus quand tu me le dis, proteste-t-il. Il analyse furtivement la situation et il fronce les sourcils lorsque la réponse lui fut évidente. C'est Harry n'est-ce pas ?
- Oui, confirmais-je en baissant la tête.
- Je lui ai demandé si elle voulait qu'on appelle la police, pour qu'elle puisse porter plainte, mais elle n'a pas voulu, soupira mon boss.
- Tu aurais dû Liz, atteste Peter.
- Je ne veux plus de paperasses. J'en ai déjà eu assez Peter. Il finira par partir.
- J'espère qu'un jour Spider-Man sache ce qu'il a fait et s'en charge, s'exprime Charlie.

Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Peter retient cette phrase. Il ne compte pas laisser Harry s'enfuir. Il sera moins clément cette fois.

- Rentrons Liz, propose le jeune homme.
- Faites bien attention à elle, s'inquiète Charlie.
- Je le ferais, s'engage Peter. Merci de l'avoir aidé. Rentrons Liz !

J'exprime ma gratitude envers Charlie et j'emprunte le même chemin que Peter. Lorsque nous sommes dehors, il m'arrête et me fait front.

- Il ne lèvera plus jamais la main sur toi, tu entends ? Profère Peter.

Ma bouche reste fermée, il est déterminé. Je n'ai pas non plus envie qu'il aille jusqu'à le tuer pour ce qu'il a fait, même s'il le mérite. Il me tire vers lui et m'encercle de ses bras.

- J'ai été trop gentil avec lui, j'aurais dû le tuer quand j'en avais eu l'occasion.
- Il ne mérite pas qu'on lui donne autant d'importance Peter !
- Peut-être, mais... regarde ce qu'il en est quand on lui laisse trop de liberté. Il ne changera jamais. C'est quelqu'un d'autre maintenant.
- Rentrons s'il te plait, soupirais-je.

Peter préfère me voir chez lui. Il sait que s'il est là, je serais en sécurité et qu'Harry ne me fera pas de mal. Nous déposons nos affaires à l'entrée et allons directement dans le salon. Peter allume la télévision pour la mettre en fond sonore après avoir parcouru la maison en appelant May. Il me rejoint sur le canapé.

- Elle doit probablement terminer tard, déduit-il.
- Je vois que vous n'avez toujours pas fait le sapin, répondis-je en le montrant de la tête. Il était vers et vide de décoration près de la télévision.
- Nous devions le commencer ce soir. Mais je pense qu'elle ne m'en voudra pas de le faire avec toi. Nous n'avons pas vraiment eu le temps ces derniers jours, même si Noël est après demain.
- Pourquoi pas !

Il part chercher les décorations et il revient avec deux cartons pleins. Je le laisse me guider sur la façon dont il voit la décoration de son sapin.

Nous venons de terminer. Nous avons mis pas moins de deux heures à le faire. Peter souhaite que sa tante mette l'étoile sur le haut du sapin. C'est une tradition chez eux depuis que son oncle est mort. Je me jette sur le canapé et Peter branche les lumières. Il était magnifique. Il ne lui manquait plus que les cadeaux pour orner son tronc et lui donner une nouvelle touche de couleur. Peter se rassit près de moi et nous passons le reste devant des films et séries avec un plateau-repas avant d'aller dans sa chambre pour nous y coucher.

*Lobby : C'est la salle où les clients mangent.
*Backup : C'est quand un employé aide un caissier. Il est en charge de faire la commande une fois qu'il a été encaissé par le caissier.