Kemp Mill, le 19 juin 2013

Les trois voitures se garent. En sortent cinq personnes. Cinq êtres humains. Cinq survivants. Ils ont des armes. Haches à la main, guns à la ceinture. Ils sont parés au combat. Prêts à dégommer tout ce qui s'approchera. Ils ont tous une expression sérieuse sur le visage. Ils guettent le moindre danger, le moindre mouvement suspect.

C'est Alice qui donne les ordres.

« -On ne se sépare pas, on ne s'éloigne pas trop, et on fait en sorte de toujours pouvoir se voir les uns les autres. »

Les autres acquiescent silencieusement.

Le silence. C'est presque devenu la panacée. Le meilleur moyen de rester en vie. La boucler, en espérant ne pas trop attirer l'attention.
« -Par où on commence ? » demande Lisa.

Ils ont l'embarras du choix. Des dizaines de maisons se dressent devant eux. Elles sont abîmées, certaines ont des vitres brisées, des portes défoncées. Il y a dû avoir pas mal d'action par ici.

Ce ne sont pas les corps déchiquetés qui jonchent le sol qui diront le contraire.

Car c'est un véritable champ de cadavre qui s'étend sous les yeux du petit commando improvisé. Homme, femme, fille, garçon. Y en a pour tout les goûts.
Les survivants essayent ne pas y prêter attention. Ils font comme si ils ne remarquaient pas l'odeur nauséabonde de décomposition qui leur fouette les narines. Ils font comme si ils n'avaient pas envie de vomir à la vue des boyaux éparpillés par terre.

Et plus important encore, ils font comme s'ils n'avaient pas peur.

« -La maison rouge juste là. »

Alice a parlé. L'ordre est donné. Le groupe s'avance vers ladite maison rouge, la plus proche d'eux. Ils surveillent les corps autour d'eux. Des fois qu'un mort soit pris d'une soudaine envie de vivre.

Mais rien ne bouge, tout se passe bien. Les morts restent morts, et, pour l'instant, les vivants restent vivants.

Ces derniers atteignent la porte de la maison rouge. Alice fait un signe de tête à Riley, pour qu'il se tienne prêt.

Celui-ci lève sa hache, prêt à trancher. Alice se saisit de la poignée, la tourne tout doucement. Un clac retentit. La porte est ouverte.

Le compte à rebours continue tranquillement sa lente progression vers l'irrémédiable.

Camp de survivants, le 19 juin 2013

Scott est assis dans l'herbe. L'ado est en colère. Il veut juste un peu de considération, merde ! Qu'on le reconnaisse comme l'adulte qu'il est. Mais non. Les autres le traitent de la même manière que Gaëlle et Emilie.

La vérité, c'est que Scott se sent inutile au possible. Et il déteste ça.

Il se sent seul aussi. Il ne sait pas ce qui est arrivé à sa famille. Ses parents étaient en voyage quand tout a commencé.

C'est vraiment une situation merdique. Scott passe ses journées à se demander si il est orphelin ou pas. Ils passent ses journées à se demander si ses parents on rejoint « l'armée des enfers ».

Le jeune homme décide soudainement qu'il en a marre de rester assis. Il se lève, et se dirige vers la forêt qui borde la vieille ferme en ruine ou le groupe s'est installé. En ruine, c'est le mot. La vieille propriété est à l'abandon depuis des décennies, et les bâtiments restant sont tous en piteux état, complètement inutilisables.

Comme le monde, pourrait-on dire.

Scott avance entre les arbres, en prenant soin de ne pas trop s'éloigner du camp. Qui sait ce qui pourrait se cacher sous les tas de feuille.

Scott espère presque qu'un rôdeur traîne par ici. Ça lui fera quelque chose sur quoi se défouler. Une pierre dans la gueule et le problème est réglé.

Mais non, Scott est seul, totalement seul. Pas un seul cadavre ambulant à dézinguer.

Journée de merde.

Kemp Mill, le 19 juin 2013

« -Une dernière baraque et on rentre. »

Alice est satisfaite. Le petit groupe a dévalisé trois maisons, et la chasse a été bonne. Nourriture en conserve, munitions, flingues, même quelques bouquins...

Quasiment aucun embûche, justes deux petits rôdeurs qui faisaient du zèle. Mais en un coup de hache dans la gueule, le problème a été réglé.

La chance semble être au rendez-vous, et la policière décide d'en profiter.

« -Laquelle ? »

La question vient de Riley. Woaw. Deux phrases en deux jours. C'est Noël ou quoi ? Ou alors le pitbull s'est trouvé un cœur dans les décombres.

« -Celle-ci. » dit Alice en faisant un signe de tête vers une grande maison blanche. Deux étages et un grenier. Une baraque de riche. Doit y avoir des trucs sympa à l'intérieur.

Le petit groupe se met en marche, toujours à l'affût du moindre danger. Du moindre cadavre qui osera bouger le doigt.

Même rengaine que pour les trois autres maisons. Riley se tient prêt, Alice ouvre la porte.

Rien ne se passe. Maison vide. Allelujah mes frères. Les Dieux nous ont à la bonne aujourd'hui.

Si le monde n'avait pas été détruit, Alice foncerait à Vegas pour faire fortune.

Les survivants pénètrent dans la bâtisse, et commence à fouiller. Leur félicité les pousse à se détendre un peu. Erreur de débutant.

Tic Tac Tic Tac. Le compte à rebours arrive presque à son terme.

Alice décide d'aller fouiller les étages. Elle s'approche de l'escalier. Alors qu'elle va poser son pied sur la première marche, un petit bruit se fait entendre. Comme un craquement. Alice se retourne, mais ne voit que les autres survivant occupé à fouiller les meubles du salon.

Un autre craquement se fait entendre. Puis un autre, puis un autre.

Un grain de poussière tombe alors devant Alice.

Merde.

« -Le plafond ! »hurle-t-elle.

Les autres ont à peine le temps de lever la tête que le plafond s'effondre. Et des

rôdeurs tombent du trou béant. Beaucoup de rôdeurs. Alice est maintenant séparée du groupe.

« -Fuyez ! »

La chef a parlé, le groupe obéit, et les quatre autres déguerpissent à toute vitesse.

Alice n'a pas d'autre choix que de gravir les marches des escaliers.

Elle fonce sans regarder derrière elle. Elle entend les grognements des bêtes assoiffées de sang. Elle sent leur odeur putride.

Allez ma grande, cours. Il faut courir. Si tu cours pas, tu meurs. Allez ma grande, cours.

Alice atteint la porte du grenier, dans lequel elle s'empresse de pénétrer. Elle referme la porte derrière elle et la verrouille. Par chance, elle est seule dans la grande pièce poussiéreuse.

Les bêtes commencent à tambouriner sur la porte, en en grognant encore et toujours plus fort. Les monstres hurlent leur faim de chair fraîche.

Tic Tac Tic Tac Tic Tac Tic Tac.

« -Alice, tu m'entends ? »

La voix de Will résonne dans le talkie-walkie de la condamnée.

« -Oui, je suis là ! Je suis dans le grenier !

-Tu crois que tu peux sauter par une fenêtre ?

-Non, je peux pas, c'est beaucoup trop haut ! »

La policière commence à paniquer. Dur de garder son calme quand on est sur le point de crever.

« -T'inquiète pas, on va trouver un moyen de te sortir de là ! »

Menteur. Alice n'a absolument aucune chance de s'en sortir. Et elle le sait très bien.

Les bêtes tambourinent de plus en plus fort sur la porte.

« -Je suis fichue, partez. »

La jeune femme est calme, résignée.

« -Alice, non!

-Dites à ma famille que je les aime. »

Soudain, des coups de feu retentissent de l'autre côté de la porte.

Camp de survivants, le 19 juin 2013

Scott est seul, dans la forêt. Assis sur un tronc d'arbre. L'ado s'est remis à bouder. Quels bandes de cons. Ils le mettent tellement hors de lui ! Ils s'obstinent tous à le traiter comme un gosse !

Scott est tellement en colère qu'il n'entend plus le bruit du vent dans les feuilles. Qu'il n'entend plus les rares oiseaux survivants piailler.

Scott est tellement en colère qu'il n'entend pas les grognements derrière lui.

Tic,Tac, Tic, Tac, Tic, Tac.

Boom.