Kemp Mill, le 19 juin 2013

Léon laissa échapper une plainte alors que Caridad lui bandait la cheville.

« -C'est bon, j'ai presque fini.

-Bordel, il y en a encore partout, quand est-ce qu'ils vont s'en aller ?! »

Les six adolescents s'étaient réfugiés au premier étage de la maison, dans une chambre, et Noah scrutait la horde par la fenêtre, attendant désespérément que les rôdeurs s'en aillent.

« -Noah, arrête de te ronger les sangs, ils ont même pas l'air de savoir qu'on est là, dit Caridad.

-Comment ça se fait à votre avis ? Ils nous ont vus entrer dans la maison pourtant, non ? Demanda Léon.
-Sûrement, mais ensuite ils ont été distraits par … Bref, ils nous ont oubliés, répondit Tara. »

Ils avaient pris un sacré coup au moral. En l'espace d'une vingtaine de minute, deux d'entre eux avaient perdu la vie.

Ève entra dans la chambre, les bras chargés de boîtes de conserve.

« -J'ai réussi à me faufiler dans la cuisine en évitant les fenêtres, y en a encore plein en bas ! Dit-elle tout excitée. La famille qui habitait ici a du essayer de se constituer un réserve.

-Ils s'en vont toujours pas !

-Merde Noah, éloigne-toi de cette fenêtre ! » Ordonna Léon.

Ève s'approcha du jeune homme et le saisit doucement par le bras.

« -Viens t'asseoir et manger un peu, ça va te faire du bien. » Lui dit-elle calmement.

Noah sembla se détendre un peu et laissa son ami le guider jusqu'au lit où elle l'assit, avant de lui tendre une conserve de salade de fruit et une cuillère. Il les prit, ouvrit la boîte et commença à manger en silence.

« -Et voilà, j'ai fini, ça arrêtera le saignement et aidera ta cheville à cicatriser, dit Caridad, une pointe de fierté candide dans la voix.

-Et après ? Demanda Noah

-Et après quoi ? Lui répondit Maëlon

-Après que Léon se sera un peu rétabli, on fait quoi ?

-Tu le sais très bien ce qu'on fait, on repart.

-A ouais ? Et pour aller où ? Surenchérit Noah, dont la voix prenait peu à peu un ton paniqué.

-Comment ça pour aller où ? Demanda Tara, visiblement agacée.

-Ben ouais, quand on part, c'est bien qu'on va quelque part ! Et nous, on va où ?

-Là où on pourra trouver un abri, répondit Maëlon sur le ton de l'évidence.

-Un abri ? Parce que toi tu crois encore qu'il y a des abris ! Va dire ça à Léa et Esther ! Cria Noah, en proie à la panique.

-Il y a peut être des abris sécurisés par l'état, ou des groupes de survivants ? Intervint Ève dans une vaine tentative de calmer le jeu.

-Mais y a pas d'abris ! Y a plus d'abris ! Hurla Noah en jetant sa boite de conserve. On est foutus, vous comprenez pas ça ?! On est complètement foutus ! »

Il était maintenant totalement en proie à une crise d'hystérie. Il s'élança vers la fenêtre, l'ouvrit et fit mine de l'enjamber. Il fut stoppé net par Maëlon qui l'attrapa et le tira vers l'arrière. Noah s'affala au sol. Maëlon s'assit alors à califourchon sur son torse et lui saisit la tête. Noah hurlait et se débattait.

« -Noah ! Stop ! Arrête ! »

Maëlon lui avait littéralement hurlé au visage. Son ami se calma d'un seul coup, puis fondit en larmes. Maëlon le releva et le prit dans ses bras.

« -Ça va aller, on va s'en sortir, je te le promet. Ça va aller. »

Tous les regards étaient fixés sur eux. Personne ne s'attendait à ce que Noah, si posé d'habitude, ne perde son calme de cette manière.

Washington, le 9 avril 2013

« -Allez, Tara, dépêche-toi, ils vont partir sans nous !

-Ça va je fais ce que je peux ! »

Maëlon et sa sœur courraient à en perdre haleine sur le trottoir, tentant tant bien que mal d'arriver à leur pour le bus qui devait les amener à leur compétition d'athlétisme à Lemoyne, à deux heures de route de Washington.

« -Le bus part dans cinq minutes !

-Je sais ! »

C'était une belle journée, on était le matin et il était exactement 8h55. Un jour normal, comme les jumeaux en avait tant vécu.

Ils arrivèrent enfin au lieu de rendez-vous et furent accueilli par leur coach.

« -Bordel, vous étiez où ? On a failli vous laisser ici !

-Désolé coach, y a eu une coupure de courant chez nous, les réveils ont pas sonné, expliqua Tara.

-Bref, maintenant que vous êtes là, montez, la compétition commence dans trois heures. »

Les deux adolescents obéirent et montèrent dans le bus, qui démarra aussitôt. Tara s'assit alors devant, sur la place libre que Léa, sa meilleure amie, lui avait gardée, tandis que Maëlon se dirigea vers le fond pour rejoindre Noah. Il embrassa Caridad, sa petite amie, assise derrière son ami, avance de s'asseoir à côté de ce dernier.

« -Salut, mec, c'est sympa d'être venu.

-Ta gueule.

-Woaw, y en a un qui est pas de bonne humeur, intervint Léon, depuis le siège qu'il occupait devant Noah.

-Non, je suis pas de bonne humeur, je me suis pris la tête avec mon père... encore

-Pourquoi ? Demanda Noah.
-Rien, une connerie.

-Maëlon, vu la tronche que tu tire, je pense que ça doit être important, objecta Léon.

-C'est rien je vous dit.

-Maëlon. »

Le jeune homme ne résista pas plus longtemps à ses deux meilleurs amis.

« -Il est encore rentré bourré hier soir, a m'a gonflé et je lui ai dit.

-Et alors ? Demanda Noah.
-Et alors il a commencé à s'énerver, à me dire que j'étais un petit con, que j'avais pas de leçon à lui donner ! Putain, je comprends pas ce qui lui prend en ce moment, il buvait pas comme ça avant.

-Et ta mère, elle en dit quoi ?

-Rien, elle lui pardonne tout, comme d'habitude, elle préfère se voiler la face plutôt que d'admettre qu'il a un problème avec l'alcool.
-Et Tara ?

-Elle a essayé de lui parler, mais il l'a envoyée chier comme il l'a fait pour moi. »

Maëlon se tut et ferma les yeux pendant un instant, la souffrance se lisait sur son jeune visage.

« -Je sais pas quoi faire.

-Hé les gars, écoutez ça ! »

Ève, assise à côte de Caridad, fixait l'écran de son portable qui affichait un application d'information, et lut à voix haute :

« -Meurtre terrifiant à Washington. Vers 8h45, des passants on découvert avec horreur un homme en train de dévorer un cadavre humain dans une ruelle, non loin du Jeffersonian Institute. Le meurtrier avait le regard vide et ne semblait pas avoir conscience de ce qui l'entoure. La police, contactée par les témoins, est arrivée sur place quelques minutes après, et a tenté en vain de communiquer avec l'homme. Un brigadier s'est avancé pour se saisir du suspect. C'est alors que celui-ci a relevé la tête et l'a mordu violemment à la gorge, lui arrachant un bout de chair. Les forces de l'ordre se sont vues dans l'obligation d'abattre l'agresseur d'une balle dans la tête, tant il était devenu incontrôlable. Le policier mordu a quand à lui du être transporté aux urgences. »

Kemp Mill, le 19 juin 2013

« -C'est bon, la horde commence à diminuer, ils s'en vont. »

Maëlon et Caridad étaient postés à la fenêtre, Noah et Léon dormaient côte à côte sur le lit, Eve lisait un roman trouvé sur une étagère. Tara, assise contre un mur, leva les yeux vers son frère.

« -Ça devrait détendre tout le monde. »

Faux

« -Et si il avait raison ? Demanda Ève.

-De quoi ?
-Si Noah avait raison, s'il n'y avait plus d'abri, si on était foutu ?

-Par pitié Ève, t'y mets pas aussi, souffla Caridad, il paniquait, il savait plus ce qu'il disait.

-Et moi, à cet instant précis, je suis totalement lucide, maîtresse de moi-même, et je vous demande de considérer le fait qu'il n'y a peut-être plus aucun endroit sûr sur cette maudite planète. Cette … situation, c'est du jamais vu. Des zombies ! On est face à une armée de zombie ! Qui aurait pu prévoir ça ? Qui aurait pu se préparer à ça ? Noah avait peut-être raison, il n'y a peut-être plus d'abri, on a peut-être plus nul part où aller.

-Ça veut pas forcément dire qu'on est foutus, lança subitement Maëlon. Ça veut simplement dire qu'on va devoir se construire un abri nous même. »

Tous les autres, y compris Léon et Noah, réveillés par les bruits de la discussion, se tournèrent vers lui.

« -Si on ne trouve pas d'abri, on s'en construira un nous même, et on survivra, parce que de toute manière, on a pas le choix. Si on se bat pas, autant se jeter dans la gueule des zombies de suite, ça nous épargnera des batailles inutiles.

-Hé, c'est quoi ce bruit ? Demanda tout à coup Caridad.

-Quel bruit ?

-Vous entendez pas ? C'est comme un moteur. »

Les six adolescents s'approchèrent alors de la fenêtre, et virent passer au bout de la rue une caravane, suivie quelques secondes plus tard d'un pick-up, transportant une jeune femme rousse dans sa benne.

Lower Allen, le 9 avril 2013

Le bus transportant l'équipe d'athlétisme s'arrêta soudainement.

« -Qu'est qu'il se passe ? Lança Noah depuis le fond du bus. Pourquoi on s'arrête ? »

Esther, assise au premier rang, juste devant Tara et Léa, lui répondit :

« -Y a un gars évanoui en plein milieux de la route!

-Personne ne bouge, je vais voir, dit le coach. »

L'homme d'environ une quarantaine d'année, descendit du bus et s'approcha de l'homme évanouit. Il s'agenouilla à ses côtés.

« -Hé, monsieur, vous m'entendez ? »

Il le toucha précautionneusement, essayant de le faire réagir. Voyant que l'homme ne se réveillait pas, il se releva et se retourna vers le bus.
« -Je vais appeler une ambulance, dit-il en sortant son portable de sa poche, c'est vraiment pas normal !

-Ok ! Lui répondit le chauffeur, je vais me garer sur le côté, on va attendre l'ambulance ici.
-Quoi ? Mais on va être en retard à la compétition ! Objecta un élève.

-Mec, y a un gars évanoui sur la route, tu préférerais qu'on l'abandonne ? Lui lança Noah.

-Et puis on est juste à cinq minutes de Lemoyne, on y sera à temps, ajouta Léon. »

Le bus se gara et tous les élèves descendirent.

Le coach était maintenant au téléphone avec un urgentiste.

« -Les gars, dit Eve, y a du nouveau sur le meurtre à Washington. Le flic qui avait été mordu a fait un arrêt cardiaque sur le chemin de l'hôpital, il a été déclaré mort pendant vingt minutes, puis il s'est réveillé et a mordu deux infirmiers ! C'est dingue. »

Tous étaient tournés vers elle, écoutant avec attention le récit de cette effroyable tragédie. Tous sauf Léon. Non, l'attention de Léon avait été... détournée. Il avait remarqué un groupe de personnes derrière eux. Cinq personnes au comportement étrange. Leur démarche était titubante, et leur regard vide. Ils ne semblaient même pas savoir où ils allaient. Léon les observait sans vraiment y penser.

Il fut soudain tiré de sa rêverie par un cri déchirant. Le coach s'était approché de l'homme pour tâter son pouls. Celui-ci s'était alors brusquement réveillé et lui mordait le poignet.