Kemp Mill, le 19 juin 2013
Mark stoppa enfin le camping-car, et Riley l'imita et gara le pick-up. Ils étaient dans une grand rue, à priori déserte. Tout était calme, mortellement calme. Les humains descendirent de leur véhicule. Aussitôt, Emilie courut vers Alice, suivi de près par Aiden. Cette dernière souleva sa fille du bras droit, et enlaça son frère du bras gauche. Mark enfin, les rejoignit et les prit dans ses bras. Un magnifique tableau, symbole de l'amour familial subsistant même dans les pires moments. Qu'ils en profitent tant qu'ils peuvent.
« -Ils ont eu Alyosh. » lâcha Riley.
Personne dans le groupe ne réagit. Trop de fatigue, trop de désespoir.
La petite famille se sépara.
« -On fait quoi, maintenant ? S'enquit Danny.
-On doit trouver un autre abri, répondit Camira.
-Y a plein de maison aux alentours, on pourrait s'installer dans une de celle-là, proposa Aiden. »
Alice se souvint soudain de Sanae.
« -Non, je sais où on pourrait aller ! Ce matin, on a rencontré une femme en ville, elle s'est barricadé avec sa mère et sa voisine dans une villa pas loin d'ici, elle nous a donné son adresse. On pourrait aller voir si il y a de la place pour nous ! »
La jeune femme omit volontairement de mentionner l'épisode de la horde de zombie. Pas besoin d'inquiéter les autres encore plus.
« -Tu crois vraiment qu'elle sera d'accord pour accueillir dix personnes ? S'inquiéta Riley.
-On peut toujours tenter le coup. Et puis de toutes façon on n'a pas beaucoup d'autres options, lança Will.
-Je propose qu'on y aille demain, on devrait dormir ici. La nuit est sur le point de tomber, et je crois que tout le monde a besoin de repos. La rue a l'air calme, on devrait y être en sécurité, au moins pour une nuit. »
Personne ne contredit Alice. Le soleil, au loin, commençait en effet à décliner. Il tombait, lentement, lentement, lentement...
Washington, Georges Washington University Hospital, le 9 avril 2013
Il devait être aux alentours de 8h40. Mark prenait un café dans la salle de repos des médecins titulaires. Il était seul. Déjà 5 heures qu'il travaillait. Et ça n'allait pas s'arrêter. Oh non, Mark était de garde jusqu'à 17 heures. Une journée bien remplie s'annonçait.
« -Salut ! »
Mark tourna la tête vers la porte d'entrée et vit Byron, son meilleur ami.
« -Salut. »
Mark n'était visiblement pas d'humeur joyeuse.
« -Tu te sens bien ? Lui demanda son ami tout en se servant une tasse de café.
-J'ai tout dit à Aiden. »
Byron faillit lâcher sa tasse.
« -Quoi ? Quand ça ?
-Hier.
-Mais pourquoi ?
-Je pouvais pas continuer à lui mentir. »
Il but lentement une gorgé de son café.
« -Alors voilà, il sait tout, dit-il finalement, d'un ton fataliste.
-Et alors ?
-Il ne s'est même pas énervé, il n'a rien dit. Il a prit un sac, a mis quelques affaires dedans et est parti. Il a passé la nuit chez sa sœur, elle m'a envoyé un texto ce matin. Elle, par contre, elle était énervée. »
La douleur était visible sur son visage.
« -Il m'a pas encore quitté officiellement, mais je sens que ça va pas tarder. »
Byron vint s'asseoir en face de son ami et lui prit la main.
« -C'est pas sûr, il est encore sous le choc, il a besoin de réfléchir. »
Mark ferma les yeux et secoua la tête. Une larme coula sur sa joue.
« -T'aurais vu la façon dont il m'a regardé. J'ai eu envie de mourir sur le coup. »
Byron n'eut pas le temps de répondre, car le bipeur de Mark sonna. Une urgence.
Au même moment, la porte s'ouvrit sur le Dr Hunt, chef du service de traumatologie.
« -Venez tous les deux, on a besoin de monde, un flic et deux infirmiers mordus à la jugulaire. »
Kemp Mill, le 19 juin 2013
La nuit était tombée. Pas une seule étoile ne daignait projeter sa lumière sur Kemp Mill. Seuls les lampadaires permettait de voir la petite ruelle.
Alice était assise sur le toit du camping-car. Elle tenait un fusil à la main et un couteau était passé à sa ceinture. Elle montait la garde. Tous les autres membres du groupes s'étaient entassés dans le camping-car et dormaient tant bien que mal. La jeune femme était exténuée. Les événements de la journées passées avait sapé le moral de tout le monde, y compris le sien.
« -Nuit noire étoile morte, rouquine. » dit une voix.
Alice sursauta et poussa un petit cri de surprise. La voix ricana.
« -Alors Alice, nerveuse ? »
Elle venait d'en bas. Alice se pencha et découvrit Riley devant la porte du camping-car, seul.
« -Bordel, à quoi tu joues ? J'ai cru mourir de peur !
-T'es pas assez sur tes gardes.
-La ferme. »
Riley rit une nouvelle fois et rejoignit la policière sur le toit.
« -Qu'est-ce que tu veux ? Demanda Alice, un peu sèchement.
-Rien de spécial, j'arrive pas à dormir, et je me faisais chier dans la caravane..
-J'te trouve bien prolixe d'un coup, qu'est-ce qu'il t'es arrivé, t'es devenu sociable ? »
Le jeune homme ne répondit pas de suite, Alice crut un instant l'avoir vexé.
« -Je sais pas, j'ai jamais beaucoup parlé, tu sais. Je m'étais habitué à vivre seul, à voir personne, alors me retrouver d'un coup avec onze inconnus, ça m'a fait un choc, il m'a fallu un temps d'adaptation.
-Onze inconnus ? Et ta sœur alors ?
-On est de la même famille, mais ça veut pas pour autant dire qu'on se connaît, on a quinze ans d'écart, Alice.
-Comme ça se fait qu'elle est avec toi, et pas avec vos parents ? »
Une brève lueur de tristesse passa sur le visage de Riley, si brève qu'Alice pensa l'avoir imaginée. Il prit une grande inspiration puis parla :
« -Mes parents étaient en voyage en France quand ça a commencé, et ils avaient laissé Gaëlle avec Lukas, mon petit frère. Le jour où ça a commencé, je suis parti chez eux pour les prendre avec moi. Quand je suis arrivé, il était mort, un zombie était en train de le dévorer. Il avait 17 ans. J'ai tué le zombie, puis j'ai trouvé Gaëlle, Lukas l'avait cachée dans sa chambre. Il lui a sauvé la vie.
-Et tes parents ?
-J'ai eu aucune nouvelle d'eux depuis.
-Je suis désolée, dit Alice.
-Ouais, moi aussi. »
Pendant un moment, ils ne dirent plus rien, observant silencieusement la rue. Tout était calme.
On aurait presque pu croire que tout était normal.
« -On est en train de les perdre, Alice. Ils n'y croient plus, ils ont peur, ils ont faim, ils ont froid. Mark est en train de s'effondrer. On est en train de les perdre. »
Tout à coup, un petit craquement retentit dans la nuit.
« C'était quoi ? » Demanda Alice.
Les deux humains étaient en alerte. Un autre craquement retentit, puis un autre, et encore un autre.
« -Putain de merde, jura Riley.
-Quoi ? »
La rouquine regarda dans la même direction que son presque nouvel ami et jura à son tour : une horde de zombie, d'au moins trente individus, se dirigeait vers eux. Ils ne semblaient pas les avoir remarqué. Pour l'instant.
Alice se leva et se dirigea vers le bord du toit.
« -Riley, vient, faut qu'on se casse ! »
Mais le jeune homme ne bougea pas et la retint par le bras.
« -Non, on a quasiment plus de carburant. Si on démarre, ça alertera toute la ville et on sera piégé quand on sera à court ! Viens ! »
Il la tira jusqu'au centre du toit.
« -Allonge-toi et dis rien. Ils ne nous remarqueront pas. »
Alice obtempéra et ils s'allongèrent au milieu du toit.
La horde les atteignit bientôt. Alice et Riley écoutèrent silencieusement les zombies passer, leur cœur battant à tout rompre. Les autres survivants dormaient toujours à poings fermés dans la caravane, inconscient que leur vie ne tenait plus qu'à un fil.
Les zombies avançaient lentement, sans remarquer qu'ils passaient à côté d'un véritable festin. Ils traînaient leurs pieds décomposés, sans vraiment savoir où ils allaient, ni même pourquoi ils y allaient.
Après quelques minutes, le dernier zombie passa enfin, mais Alice et Riley ne se levèrent pas, attendant que la horde se soit suffisamment éloignée.
Ils restèrent allongés, l'un à côté de l'autre, n'osant même pas bouger les yeux.
Université de Washington, le 9 avril 2013
Il était exactement 8h40 lorsque Aaron Samuels entra dans l'Empire Coffee.
Aiden était assis à une table, relisant distraitement le cours qu'il avait préparé pour 9h.
C'était une habitude que les deux amis avait pris. Tous les matins, ils se retrouvaient ici avant d'aller au travail. Aaron s'approcha de la table où était assis d'Aiden.
« -Salut Aiden ! Lança-t-il en s'asseyant.
-Salut. » Répondit ce dernier sans lever les yeux de ses fiches.
Son ton était grave et son regard sombre.
« -Ca va ? »
Aiden regarda enfin son ami.
« -Ouais, pourquoi ça n'irait pas ?
-Je sais pas, t'as l'air… ailleurs.
-J'ai mal dormi. »
Aaron n'était pas dupe. Il ne l'avait jamais été. Il lisait en son ami comme dans un livre ouvert. Mais il fit comme si.
« -Vivement demain que ce soit le week-end, j'ai eu une semaine de dingue, pas une minute pour souffler. »
Aiden ne répondit pas.
« -Je part chez mon frère, je l'ai pas vu depuis un bout de temps, ça va me faire du bien.
-Il m'a trompé. »
Ce fut au tour d'Aaron de rester sans voix.
« -Mark m'a trompé. »
Tout à coup, dans la rue, un homme cria
Tout le monde dans le café se tut. Aiden et Aaron se levèrent de leur table et sortirent. Ils coururent vers la source des cris, jusqu'à une petite ruelle derrière le café. Et ce qu'ils y virent les terrifia. L'homme qui avait crié était allongé par terre. Un second homme, penché sur son corps, était en train de le dévorer.
Kemp Mill, le 20 juin 2013
Aiden sortit de la caravane. Il portait un T-shirt blanc et un jean, comme la veille, et le jour d'avant. Ses paupières étaient lourdes. Il n'avait pas bien dormi cette nuit. Aucun d'entre eux n'avait bien dormi. Le manque d'espace, le manque d'espoir, tout ça avait empêché leurs yeux de se fermer.
Il se dirigea vers sa sœur, assise dans la benne du pick-up.
« -Bien dormi ? Lui demanda-t-elle.
-Non. »
Il la rejoignit et s'assit à côté d'elle.
« -Et toi, t'as dormi un peu ?
-Oui, Riley a pris la relève. » Répondit-elle en pointant du menton ce dernier, assis sur le camping-car.
Les autres survivants sortirent à leur tour de la caravane, tous groggy de leur nuit de non-sommeil.
La fatigue, la peur, le désespoir. Ces trois sentiments se mêlaient sur leur visage.
Alice se leva pour s'adresser à eux :
« -Prenez le temps de vous réveiller et de manger quelque chose, on part dans vingt minutes. »
Riley descendit du camping-car et s'approcha d'Alice.
« -Tu crois vraiment que Sanae acceptera d'accueillir dix personnes supplémentaires ? »
Alors qu'Alice allait répondre, c'est Aiden qui prit la parole :
« -On doit tenter le coup de toute façon. On doit agir. L'inaction, c'est la mort. »
Bureaux du Washington Police Department, le 9 avril 2013
Vers 8h40, Alice arriva sur son lieu de travail. Elle était en colère. Mark avait osé trompé son frère.
Lorsqu'Aiden avait rencontré Mark, Alice avait été ravie, ravie que son frère ait trouvé un type bien. Un type fort, capable de le protéger. Car il fallait le reconnaître, Aiden était faible. Alice l'avait toujours pensé, mais ne lui avait jamais reproché. Ca n'était pas si grave.
Mais cela faisait peur à Alice. Elle craignait que son petit frère ne soit pas assez fort pour résister à tous les dangers que le monde recelait.
Alors elle faisait de son mieux pour le protéger. Mais elle savait bien qu'un jour arrivait où elle ne pourrait plus être là pour veiller sur lui.
C'est pourquoi l'arrivée de Mark l'avait comblée de joie. Car il avait pris le relais. Il avait rassuré Alice. Son frère ne serait jamais seul. Il ne lui arriverait jamais rien.
Dès lors, Alice avait accordé sa confiance à Mark. Elle lui faisait confiance pour être un bon mari, qui rendrait Aiden heureux. Et il avait failli. Et Alice se sentait trahie.
C'est ça. En trompant le frère, il avait trahi la sœur.
Elle entra dans le grand batîment du Washington Police Department et se dirigea vers les vestiaires où elle enfila son uniforme.
L'agent Sheperd toqua alors à la porte.
« -Alice, le capitaine Lincoln veut que tu viennes le voir dans son bureau quand tu auras un moment.
-J'arrive ! »
La rouquine sortit des vestiaires puis se dirigea vers le bureau de son supérieur. Elle frappa puis entra.
« -Vous vouliez me voir ?
-Oui, Détective Foster, dit-il avec une expression joyeuse. J'ai entendu dire que vous avez résolu l'affaire Brennan avec brio. Je voulais simplement vous féliciter.
-Je ne fais que mon travail, monsieur, répondit-elle.
-Certes, mais vous le faîtes remarquablement bien, et on ne peut pas en dire autant de tous vos collègues.
-Merci monsieur. »
Sheperd entra précipitamment dans le bureau.
« -Alice, j'ai besoin que tu prennes une équipe et que tu ailles en intervention en ville. Un gars vient d'être abattu à côté de l'Empire Coffee. »
