Gondoles et breloques
Note aux lecteurs: Bonjour, bonjour! J'ai été assez rapide pour l'écriture de ce chapitre, mais la suite risque de se faire attendre davantage: demain, c'est la rentrée (il était temps me direz-vous!). Cela dit, je ne peux pas me permettre de trop traîner non plus, au risque de perdre le fil de l'action et la cohérence de l'intrigue (qui est déjà suffisamment difficile à conserver). Normalement, vous trouverez certaines réponses dans ce chapitre. Sur ce, bonne lecture! (Version corrigée du 10 octobre 2008)
- Où l'on atteint presque le but -
« C'est amusant, je n'ai jamais imaginé les dortoirs de Poufsouffle comme ça, » songeait Harry. Il découvrait, émerveillé, ces petites chambres sous les toits, dans lesquelles s'alignaient des hamacs. Quiconque s'y allongeait devait se noyer sous la masse informe des dizaines de coussins qui s'amoncelaient sur l'édredon. « Et si je faisais une petite sieste, là, maintenant? Il n'y a personne... je pourrais en profiter. » Aussitôt dit, aussitôt fait, Harry prit possession des lieux. Il s'assit sur le bord du hamac, essayant de l'empêcher de balancer, mais il n'avait pas l'habitude, et il bascula.
Et tomba, tomba, tomba. Et dans un bruit d'éclaboussures assez impressionnant, plongea dans l'eau tiède d'un lac. Étrange comme température. Un lac n'est jamais tiède. Ni blanc. Il émergea et se rendit compte qu'il n'était ni dans un lac, ni dans un étang, mais dans une baignoire. Décidément, c'était à n'y rien comprendre. Que faisait-il ici? D'ailleurs, où était-il? Une observation plus avancée lui apprit qu'il était dans... non, impossible! Ce ne pouvait être la salle de bain des Dursleys! Il sortit de la baignoire et avança dans le couloir. Cette odeur de chou... ces miaulements. Il n'était pas chez les Dursleys. Pourtant, il en était certain, cette salle de bain qu'il venait de quitter était la leur. Il se retourna et son cœur accéléra lorsqu'il vit que la porte avait disparu. Mais que se passait-il? Où était-il?
Il s'avança, entra dans une pièce qui semblait être une cuisine et qu'il reconnut effectivement comme étant la cuisine de Ms Figg. La soupe au chou cuisait sur la gazinière et la cocotte-minute émettait un sifflement enthousiaste. Brusquement, on frappa au carreau de la fenêtre. Harry se retourna si vivement qu'il se prit les pieds dans un tabouret, et dans sa chute il perdit ses lunettes. Toc toc toc. Le bruit agaçant continuait. Toc toc toc.
Toc toc toc. Harry ouvrit un œil vague. Quelle heure était-il? Un regard par la fenêtre lui appris que la nuit était déjà bien avancée. Toc toc toc. Harry sursauta. Ce bruit ne provenait pas de son rêve! Mais qui pouvait frapper à sa porte en pleine nuit? Il se massa les tempes pensivement, ramassa ses lunettes qui gisaient à ses pieds et se leva. Il avait un mauvais pressentiment.
« Malfoy!
- Bonsoir Harry! »
Harry fronça les sourcils. Décidément, quelque chose ne tournait pas rond. Il s'apprêtait à renvoyer son vis-à-vis se coucher, quand il se souvint: Malfoy et Urala, l'invitation à dîner, ses soupçons, l'entêtement de cette fichue tête de mule. Ses yeux s'écarquillèrent quand Draco s'avança dans sa chambre. Ce qu'il n'avait jusqu'alors pas remarqué le frappa de plein fouet: Malfoy empestait l'alcool.
« Mais tu es ivre ma parole!
- Meuh non, pas du tout! Je tiens très bien l'alcool.
- Malfoy, entre tout de suite. Tu vas réveiller tout le couloir. »
À sa grande surprise, Malfoy obtempéra. Harry le fit asseoir sur le lit et se tint debout, en face de lui, le fixant d'un œil mauvais.
« Qu'est-ce que tu lui as raconté?
- Quoi? Mais rien du tout enfin! Nous avons juste passé une très bonne soirée et...
- Ne te fiche pas de moi. » Le ton doucereux de Harry n'annonçait rien qui vaille, mais Draco ne sembla pas s'en rendre compte et commença à raconter sa soirée, persuadé d'être dans son bon droit. Harry n'écoutait que d'une oreille distraite, et profita de la concentration de l'autre pour lancer un sort de silence. Il avait besoin de secouer cet abruti et de crier sa colère: il n'avait pas très envie de réveiller tout l'étage pour cela.
« Suffit, Malfoy. Maintenant, c'est toi qui m'écoutes. Tu as bu, n'est-ce pas?
- Oui.
- Est-ce que tu te souviens de ce que tu lui as raconté?
- À qui?
- Mais à Urala par Merlin!
- Je lui ai parlé des saphirs et...
- Que lui as-tu dit exactement? » L'inquiétude de Harry perçait dans sa voix, et Draco sembla s'en rendre compte.
« Je lui ai parlé de ce que nous avons découvert cet après-midi. »
Le silence tomba. Et dura. Draco se tenait là, sur le lit, les épaules voûtées et l'air désolé, comme s'il venait de réaliser son erreur. S'il n'avait pas eu autant bu, il se serait défendu avec toute la mauvaise foi dont il était capable, mais à ce moment-là, il était las. La chaleur de la journée passée l'avait épuisé, et l'alcool continuait de couler dans ses veines, répandant une douce torpeur dans ses membres.
Harry, les bras croisés et une ombre inquiète dans le regard, fixait le fauteur de trouble. Plutôt que de hurler, ce qui ne servait à rien (il avait fini par le comprendre avec les années), il prit le parti de ne rien ajouter et de laisser Malfoy cuver son vin et sa culpabilité. Il tourna les talons et se rassit à son bureau.
«Potter? » La voix était incertaine.
« Oui?
- Pourquoi tu ne parles jamais de Ginny?
- Hein?
- Je veux dire, puisque tu l'aimes, pourquoi tu n'en parles jamais? »
Jamais Harry ne se serait attendu à ça. Durant un instant, il faillit oublier que Malfoy était ivre, mais rapidement, il se dit que cela ne pouvait pas continuer ainsi. D'un geste rapide, il lança un aguamenti bien senti sur le fêtard qui s'en retrouva fort marri.
« Potter! Non mais ça va pas? Qu'est-ce qui te prend? Tu croyais que j'allais dessoûler, comme ça, d'un seul coup?
- Tu reconnais donc que tu es ivre!
- Et si je l'étais, comment le saurais-je? Quoi qu'il en soit, j'attends toujours une réponse.
- Je ne vois pas en quoi ça te regarde.
- En rien. Ce n'est que de la curiosité. Mais il me semble aussi que ce serait plus juste.
- Juste?
- Oui, juste. Adjectif issu du latin jus, juris, le droit, et synonyme d'équitable. Tu connais ce mot je suppose?
- Merci, oui. Mais je ne vois pas où tu veux en venir.
- Tu sais que je n'aime pas mon épouse, tu connais l'état déplorable de mon couple. Tu a appris mes écarts de conduite. Je ne vois pas pourquoi tu ne répondrais pas à ma question.
- Tu risquerais de t'en servir contre moi.
- Tu as donc des choses à cacher?
- ...
- De toute manière, je ne vois pas l'intérêt d'en user contre toi. Je n'ai plus quinze ans. Et tout cela est dépassé. »
Harry ne fut pas convaincu. Il s'assit néanmoins sur le lit.
« Tu m'as dit l'autre fois de ne pas parler de ce dont j'ignorais tout. Qu'est-ce que j'ignore donc sur ton mariage?
- Ça ne te regarde pas.
- Tiens donc? Il faudrait savoir ce que tu veux Malfoy.
- Très bien. Comme tu le sais, les traditions sont très respectées dans une famille comme la mienne. J'ai été élevé dans ces idéaux vieux comme le monde et complètement dépassés. À l'âge de dix-huit ans, mes parents ont commencé à me parler mariage. À l'époque, j'étais encore entièrement sous le coup de la guerre. Je pense que tu peux comprendre ça; les cicatrices ne s'effacent pas facilement.
- Les cicatrices... tu ne serais pas en train de tomber dans le mélo par hasard?
- Te fiche pas de moi! Sinon je me tais.
- D'accord, mais évite les clichés alors.
- Je gardais en tête cette image de mes parents pendant la bataille. Ils avaient complètement oublié Voldemort et ne pensaient plus qu'à moi. J'ai alors réalisé combien je comptais pour eux. Et après cela, j'ai tâché de faire tout ce que je pouvais pour qu'ils soient fiers de moi. J'étais jeune, et ne réalisais pas ce qu'impliquait un mariage. C'est pour ça que je n'ai pas réagi, et ai obéi à mes parents. Les mois ont passé. Scorpius n'était pas encore né quand je réalisai mon erreur. Malgré tout, j'ai essayé de conserver les apparences, au moins jusqu'à la naissance d'un descendant, d'un petit-fils. Pour mes parents. Voilà. Et toi alors?
- Tu agis donc toujours par intérêt ma parole!
- Potter, à ton tour de raconter ton histoire. Je ne me ferai pas avoir. Tu as eu ce que tu voulais, alors maintenant, à toi de respecter ta part du contrat.
- Il n'y a jamais eu de contrat. Et d'ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi tu veux savoir ça.
- Par satisfaction personnelle. Vois-tu, si j'apprenais que la vie de couple du grand héros Potter battait de l'aile, j'aurais au moins la satisfaction de voir que tu as raté une chose dans ta vie! Et que ça arrive même aux gens bien comme toi.
- Tu me dégoûtes.
- Je m'en fiche. Alors? »
Harry soupira, passa une main lasse dans ses cheveux et se leva. Après plusieurs minutes d'un long silence, il se retourna pour faire face à Malfoy. Mais celui-ci s'était endormi, là, tout habillé, sur le lit de Harry. De nouveau, Harry poussa un soupir: et il disait qu'il n'était pas ivre? Il semblerait que Malfoy ne tienne pas si bien l'alcool que cela. Il s'approcha alors, et au moment où il allait le réveiller, il retint son geste. Après tout, s'il restait là, il pourrait garder un œil sur lui. D'un coup de baguette magique, il lui ôta ses chaussures et le couvrit avec le drap. Puis il retourna à son bureau.
Pendant plusieurs heures, il éplucha les dossiers et les notes de Malfoy dans tous les sens, en tirant des hypothèses plus ou moins vérifiables, des plans alambiqués. Il était tellement concentré qu'il n'entendit pas Draco se retourner dans son sommeil. Les mots saphir et palais, Orient et malédiction tournaient dans son cerveau, l'étourdissaient. Ses pensées revenaient sans cesse sur la pièce secrète du signor Rizzi, et sur les paroles d'Urala. « Je suis désolée signor Potter, mais je n'écoutais pas à la porte. Je venais simplement demander à signor Malfoy s'il était disponible ce soir... » Signor Potter... signor Potter...
Mais bien sûr! Comment avait-elle su qu'il se nommait ainsi? Malfoy l'avait présenté en tant que Flint! Et si sous le coup de la colère cet idiot l'avait appelé Potter devant elle, elle n'avait pas réagi. C'était certes bien faible, mais cela venait étayer tout les soupçons qu'il avait jusque-là. Cette femme savait qui il était. Il en aurait mis sa main à couper.
Fort de cette déduction, il revint sur la carte que Malfoy avait rapportée de chez le vieux Rizzi. D'après ce qu'il savait, le second saphir était encore dans la cité des doges. Il devait dormir depuis des siècles dans les entrepôts d'un palais, dissimulé et ignoré de tous.
Harry avait repensé toute la soirée à ce qu'avait déclaré Malfoy: un Serdaigle était revenu en 1572 et avait épousé une descendante de la famille di Steffano. Il ignorait les motivations de ce mariage, mais grâce à cette information, il pouvait déduire le trajet qu'avaient fait les bijoux. Ce Ceallach Serdaigle avait dû en hériter quelques années auparavant; qu'il fût l'héritier direct de Rowena ou non, peu importait. Il était donc arrivé à Venise, avait épousé la Roselina. Les bijoux étaient revenus à Venise, il en était certain: coincée dans le dossier emprunté à Urala, Harry avait découvert une lettre d'une certaine Fennella Serdaigle, qui demandait à son père si elle pouvait emprunter les boucles d'oreille, mais si père, vous savez bien, les saphirs, pour aller un gala organisé par il ne savait trop quel puissant. Après cette lettre, il n'avait plus rien. Seulement un billet galant sans importance.
Un pressentiment pourtant le titillait depuis quelque temps. Malfoy lui avait parlé d'un sort permettant de dater précisément l'encre des documents. Mais il n'avait pas envie de le réveiller. Oh et puis zut! Il se leva, s'approcha de l'endormi. Hésitant, il observa ses traits paisibles l'espace d'un instant, puis le secoua doucement.
« Quoi? Que se passe-t-il?
- Chut, rien. Tout va bien Malfoy. Je veux juste savoir le sort qui permet de dater l'encre.
- Dat'elata. »
Et il se rendormit aussitôt.
« Dat'elata. »
Aussitôt, une date scintilla dans l'air, au-dessus de la lettre. 23 juin 1589. Puis peu à peu, les chiffres s'évanouirent. Harry s'empressa de noter ce qu'il avait lu sur un morceau de papier. Il réitéra l'opération sur le poulet (1) avec le même succès. 29 juin 1589. Évidemment. Ce billet doux était de l'amant à la maîtresse. Il invitait la jeune Fennella à le rejoindre là où l'on écoute huit fois mieux et court seize fois plus vite, avant le gala. Comme on perdait trace des bijoux après cela, Harry était certain que l'homme avait alors tenté de les dérober. Deux solutions s'offraient alors à lui, ou peut-être trois. La première: l'homme était parvenu à ses fins et avait emporté les saphirs chez lui, où il les avait dissimulés et depuis, on en avait perdu la trace. La deuxième: Fennella ne s'était pas laissée faire, avait remporté la manche et emporté son précieux fardeau dans le couvent où elle avait fui, pour échapper à la colère paternelle et aux représailles de l'amant. D'après le registre qu'il avait consulté dans l'après-midi, le couvent en question se trouvait à l'autre bout de la ville.
Enfin, la troisième solution, et la plus logique compte tenu des événements récents. Les deux pendants d'oreille avaient été séparés: l'amant en avait emporté un, et Fennella avait gardé l'autre. Restait à savoir lequel avait été découvert par le directeur des musées vénitiens. Harry était on ne peut plus frustré d'être bloqué à ce stade de ses réflexions. Et si le bijou manquant était resté à l'endroit du vol? C'était une hypothèse recevable. Restait à savoir où avait eu lieu ce rendez-vous. Là où l'on écoute huit fois mieux et court seize fois plus vite. Bien, cela avait un rapport avec le chiffre quatre. Voilà qui ne l'avançait guère. La syllabe cou revenait dans les deux verbes: cela était-il important? Fallait-il en tenir compte?
Harry sentait la fatigue le gagner, mais pour rien au monde il n'aurait abandonné à ce moment-là. Il devait continuer. Afin de garder les idées claires, il s'en fut se passer le visage à l'eau froide. Et c'est ce qui lui fit gagner un temps précieux: en sortant de la salle de bain, il trébucha sur un guide touristique. Lorsqu'il le ramassa, son regard s'arrêta sur le quadrige qui ornait la couverture. Le quadrige... huit oreilles, seize jarrets. Mais bien sûr! Le quadrige de la basilique San Marco! Le rendez-vous avait dû être fixé là-haut, dans les galeries supérieures de l'édifice.
Mais du calme. Il fallait réfléchir posément, ne pas foncer tête baissée dans la gueule du loup. Ses documents avaient été trouvés chez Urala di Steffano. Hum. Celle-là l'agaçait, et ses doutes le mettaient en garde plus que jamais. Il fallait qu'il vérifie quelque chose.
Harry s'empara d'une plume qui traînait, rédigea quelques lignes et, à l'aide d'un sort connu des seuls Aurors, l'envoya à son amie Hermione. Avec un peu de chance, elle lui répondrait avant le lever du jour. Cela lui laissait la fin de la nuit pour se rendre à San Marco et trouver, soit le saphir, soit l'indice crucial qui lui manquait afin de découvrir le lieu où il se cachait.
Il faisait chaud encore, et le silence régnait sur la ville. Harry filait dans les ruelles, obscur dans la nuit solitaire (2), sa cape d'invisibilité sur le dos. Il ne croisa pas âme qui vive, et lorsqu'il déboucha enfin sur la place San Marco, elle était déserte; même les pigeons semblaient respecter les lieux une fois la nuit tombée. Les rayons de la lune projetaient l'ombre impressionnante du campanile sur le pavage géométrique. Harry s'avança furtivement vers la basilique, ouvrit la petite porte latérale d'un alohomora bien placé et entra.
L'obscurité était telle qu'il dut se résoudre à chuchoter un faible lumos pour éclairer ses pas. Une lueur est toujours plus discrète qu'un bruit de chute ou de banc déplacé, c'était ce qu'on s'empressait d'enseigner aux Aurors fraîchement sortis de Poudlard. Même s'il n'y avait personne à une heure si avancée de la nuit, Harry préféra éviter la nef et faire le tour par les bas-côtés. Il passa devant plusieurs chapelles. Le silence résonnait, dans cette atmosphère si particulière aux édifices religieux. De temps à autre, un éclair doré lui parvenait, éclat provoqué par le rayon de sa baguette sur les mosaïques. Au loin veillait la lueur rouge du tabernacle, éternelle. Dans l'air, le parfum de l'encens persistait, âcre et désagréable.
Enfin, il trouva l'accès à l'escalier. Il monta les marches, ces dizaines de marches en colimaçon. Lorsqu'il parvint au sommet, il était dans une salle relativement peu spacieuse. Un peu plus loin, sur la droite, lui parvenait la lumière de la lune. Il s'avança un peu et les vit: les quatre chevaux de San Marco, les originaux. Les copies qui se trouvaient à l'extérieur ne l'intéressait pas. Il lança un sort sur la pièce, pour s'assurer qu'il n'y avait personne, puis un autre d'insonorisation, avant de commencer son ouvrage d'Auror en quête d'indices. Les sorts et les charmes se succédaient à une vitesse phénoménale, en latin, en grec, et même en hébreux pour certains. Harry voulait tout vérifier, tout fouiller, ne rien laisser au hasard.
Malheureusement, il ne trouva rien dans la pièce même. Alors il s'approcha des chevaux de bronze; ces bêtes étaient impressionnantes par leur taille et leur majesté. Dans les ombres mouvantes, leurs nasaux semblaient frémir. Émerveillé, Harry passa une main sur le poitrail du cheval le plus à gauche, puis, le froid contact semblant le faire revenir à la réalité, il commença son inspection. Tout d'abord, les sorts furent généraux, puis ils se précisèrent peu à peu. Soudain, il entendit comme un déclic. Intrigué, il passa ses mains sur la tête de la bête qu'il examinait, et sentit une cavité qui s'était ouverte derrière son oreille droite.
Son cœur accéléra: il approchait du but. Bientôt, il aurait la réponse à ses questions. Bientôt, il allait savoir si le saphir était là. Ses doigts fébriles cherchèrent. Il eut un pincement au cœur en ne sentant qu'un morceau de parchemin, mais peu importait, au moins il allait savoir où se cachait le saphir restant. Un indice, n'importe lequel: un mot de l'amant avec son nom ou une note de la main de Fennella, prouvant que c'était elle qui l'avait emporté. Palais ou couvent? Impatient, il déplia le parchemin, retenant son souffle. Il lut. Son souffle reprit lentement d'abord, puis s'accéléra vivement. Il eut envie de hurler. Des larmes de rage lui vinrent, mais il les contint. Furieux, il reprit sa cape et se précipita dans les escaliers.
En moins d'un quart d'heure, il avait gagné l'hôtel. Il atteignit sa chambre en un temps record et y entra sans la moindre précaution. Tout à sa colère, il lança sa cape dans un coin, ses chaussures dans un autre. Il avait du mal à respirer. Il était fatigué. Il ouvrit la fenêtre, s'efforçant de reprendre son calme. La crise passée, il écouta les clapotis du canal en contrebas. Il ferma les yeux et ne put empêcher quelques larmes déçues de couler. Tant pis, il allait devoir jouer quitte ou double. Plongé dans ses pensées, il ne reprit conscience de ce qui l'entourait que lorsqu'il entendit qu'on l'appelait. Il se retourna et vit Malfoy qui le regardait.
« Quoi?
- Ça ne sert à rien de pleurer, Potter. Tu ne feras rien de plus pour le moment. Il reste quelques heures avant le petit-déjeuner, viens te coucher. »
Harry avait envie de protester, de lui hurler qu'il ne se rendait pas compte, qu'il n'avait pas à lui donner d'ordres, lui l'ivrogne imbécile qui allait tout raconter à la première venue. Mais il était épuisé, et au fond, il savait que Malfoy avait raison. C'est pourquoi il se dévêtit sans un mot et se coucha auprès de l'autre, sans se poser davantage de questions. Draco s'était déjà rendormi.
À quelques centaines de mètres de là, dans les parties hautes de la basilique San Marco, les premiers rayons du soleil éclairèrent un morceau de parchemin.
« Vous arrivez trop tard, signor Potter. Mais comme je n'aime pas les jeux trop simples, je vous avouerai une chose: ce que vous cherchez n'était pas là. La partie n'est pas encore terminée. »
(1) Je précise pour ceux qui ne le savent pas, qu'un poulet est un billet doux.
(2) Désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher. Vous aurez peut-être reconnu la célèbre hypallage de Virgile: « Ibant obscuri sola sub nocte »...
