Gondoles et breloques

Note aux lecteurs: Bonjour à vous, amis lecteurs! Je tiens avant tout à m'excuser. J'ai été longue (très longue) pour écrire ce chapitre, et j'en suis désolée. J'espère que vous ne m'en voudrez pas, et que vous n'aurez pas oublié ce qui s'est passé depuis... Je pourrais vous dire pour ma défense que j'ai repris les cours, que j'ai du travail, que je n'arrivais à rien avec ce chapitre... tout est vrai, mais je ne pense pas avoir de vraies bonnes excuses. Je vous préviens de suite: un épilogue est en cours d'écriture, qui mettra fin à cette fic en éclaircissant les points qui restent obscurs. Cette n'est donc pas tout-à-fait terminée. Sur ces bonnes paroles, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture!

Je dédicace cette fic (et en particulier ce chapitre) à ma chère Fabula Comata, sans qui ce chapitre n'aurait été ni fait ni à faire (phrases bancales, idées peu judicieuses etc). Heureusement que tu étais là dearest!


- Où l'on peut parler de dénouement -

« Puisque je te dis que nous devons jouer quitte ou double !

- Mais enfin, ce n'est pas possible ! Il y a forcément un indice qui t'a échappé ! Tu es sûr que tu as tout fouillé?

- Tu douterais de mes compétences?

- Pas du tout ! Seulement, errarehumanum est, et aux dernières nouvelles tu étais encore humain. »

Les cheveux en pagaille et la joue encore marquée par les plis de l'oreiller, Draco n'était absolument pas crédible et son regard impérieux ne faisait qu'accentuer l'envie de rire qui tenaillait Harry depuis le début de cette discussion. Oui, discussion. Parce que la dispute était pour eux le moyen normal de communication. Harry l'observa depuis la porte de la salle de bain, dissimulant tant bien que mal son sourire. Il était frais et dispos en ce beau matin de juillet, malgré sa nuit écourtée. Certes, Morphée ne lui avait pas soufflé de réponse, et son problème n'était en rien réglé, mais il se sentait alerte et prêt à affronter la journée qui devrait voir le dénouement de cette aventure. Draco par contre était encore couché et avait bien du mal à sortir du sommeil. Il avait la bouche pâteuse et un léger mal de tête l'agaçait, ce qui jusque-là l'avait empêché de comprendre les arguments de Harry. Ce dernier en effet venait de lui présenter ses avancées dans l'enquête et son problème. Mais Draco s'obstinait; selon lui, il ne pouvait y avoir deux possibilités. Il leur fallait plus de temps pour découvrir l'endroit où se dissimulait le saphir. Harry avait beau lui expliquer que le seul indice dont ils auraient pu disposer leur avait été enlevé, Draco restait sur ses positions. Finalement, Harry lâcha prise. Il finit de s'habiller en vitesse et descendit petit-déjeuner.

« Rejoins-moi quand tu seras prêt et de meilleure humeur, que je t'explique ce que nous allons faire aujourd'hui. Et je ne crois pas que tu sois en position de discuter mes décisions. »

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« Pff, il faut chaud! J'ai mal à la tête. Je veux retourner me coucher.

- Tu as fini de te conduire comme un pré-adolescent un lendemain de cuite?

- Je pense que tu n'as pas de leçons à me donner de ce côté-là.

- Peut-être pas, mais au moins, je ne me fais pas avoir comme un bleu par une gamine de vingt et quelques années ! »

Draco se renfrogna et se contenta de suivre Harry dans le dédale de ruelles. Oui il se comportait comme un enfant, et alors? Oui, il avait trente-sept ans, et alors? Potter était aussi vieux que lui, et ne valait guère mieux. Il suffisait de le voir déchiffrer son plan avec difficulté.

« Je crois qu'on est perdu...

- Quoi, encore? Mais ce n'est pas possible ! »

Il s'arrêta à l'angle d'une venelle et observa autour de lui, à la recherche d'un indice lui signifiant qu'il n'avait pas à s'inquiéter, qu'il était déjà passé par là. Mais il ne vit rien. Un peu plus loin, le feuillage d'une plante grimpante débordait du haut mur d'une propriété. Quelques étages au-dessus de sa tête une ménagère avait mis à sécher sa lessive et un drap blanc se balançait au gré des courants d'air. Au bout de la rue, il voyait le soleil de plomb qui tombait sur un petit pont; la lumière vive empêchait ses yeux de discerner ce qu'il y avait au-delà. Il chercha un nom de rue qui aurait pu être référencé sur la carte. Ayant échoué dans cette tâche, il soupira.

« Et d'ailleurs, pourquoi est-ce qu'il fallait absolument aller à la recherche de cette vieille dame aujourd'hui?

- Parce que, je te l'ai déjà expliqué dix fois, nous ne sommes pas les seuls sur la piste de ce bijou, et si nous ne voulons pas qu'il s'envole sous notre nez, nous devons le retrouver cette nuit.

- Et pourquoi cette nuit? »

Lassé, Harry fit comme s'il n'avait rien entendu et s'avança au hasard le long d'un canal minuscule, qui s'avéra être une impasse. Il n'allait pas se fatiguer à répondre aux incessantes jérémiades de ce gamin. D'autant moins qu'il lui avait déjà exposé en long, en large et en travers le plan: ils profiteraient du jour pour rendre visite à la dame habitant le palais qui les intéressait (Encore une vieille dame? J'espère au moins qu'elle est encore vivante celle-là !); ainsi ils pourraient faire du repérage pour la nuit à venir. Pourquoi Harry n'avait-il pas choisi le couvent? Lui-même n'avait pas de réelle raison. Disons qu'il avait suivi son instinct, son flair d'Auror qualifié et expérimenté, flair qui jusque-là ne l'avait jamais déçu. Cette technique lui avait d'ailleurs valu une dispute supplémentaire avec Malfoy, mais peu lui importait: c'était lui l'Auror, pas Malfoy.

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Harry commanda des spaghetti alla parmigiana tandis que Draco se contentait d'une salade de saison. Et comme boisson? Une carafe d'eau perfavore. Leur fort accent anglais avait fait sourire le serveur, ce qui n'avait pas manqué de faire grimacer les susceptibles sorciers. Ils n'aimaient pas que l'on s'amuse d'eux. Pas forcément pour les mêmes raisons, mais cela n'en restait pas moins un point commun. Même si aucun des deux n'aurait reconnu le moindre point commun avec l'autre.

Après plusieurs heures passées dans la fraîcheur du palais, en compagnie d'une dame digne, âgée et fort bavarde, ils avaient cru suffoquer en se retrouvant derechef dans la chaleur humide de la ville. D'un commun accord ils avaient trouvé refuge dans un restaurant climatisé. De toute manière, il était largement temps de déjeuner. Ce qui était terrible, c'est qu'ils s'étaient adaptés en moins de deux jours à ce rythme de trois vrais repas par jour. Et si Harry ne semblait pas s'en formaliser, Draco observait avec appréhension la naissance d'un bourrelet disgracieux sur sa hanche gauche.

« Alors, qu'as-tu pensé de ce palais?

- C'était bien triste. J'ai l'impression que tous les bâtiments de cette ville sont en train de mourir. En même temps, quand on voit le coût de la vie ici, ce n'est pas étonnant. Je trouve ça dommage. Ça me fait mal, quelque part.

- Ce que tu me dis est très intéressant, mais ce n'est pas ce que je te demandais. Je voulais savoir si tu avais une idée sur l'endroit où l'on pourrait trouver le bijou.

- Ce n'est pas moi l'Auror, c'est ton boulot.

- J'ai bien sûr une idée, mais j'aimerais voir ce que tu en penses. Après tout, je suis peut-être Auror, mais tu es historien. Tu devrais bien avoir quelques informations sur les mœurs de l'époque.

- Pas vraiment. Les fuites de jeunes filles ne sont pas ma spécialité.

- Mais tu as fait des recherches sur la famille Serdaigle, non?

- Certes. Quel rapport avec ce qui nous intéresse?

- Je pensais que tu aurais au moins une petite idée sur le fonctionnement de leur cerveau, sur ce qui aurait pu passer par la tête de cette Fennella au moment de sa fuite. »

À peine Harry eut-il terminé sa phrase que le serveur apporta la salade de Draco, qui profita de cette excuse pour réfléchir à la question de son vis à vis. Ce dernier, pour apaiser les gargouillements de son estomac, imbiba un morceau de pain d'huile d'olive et l'avala gloutonnement. Lorsqu'enfin son assiettes de spaghettis arriva, Draco lui répondit.

« Je pensais que Fennella avait fui dans un couvent. Pourquoi est-ce que tu me demandes ce qui aurait pu se passer dans la tête de cette écervelée alors que c'est le palais du type que tu comptes dévaliser cette nuit?

- Écervelée? Je ne crois pas, au contraire. C'est vrai, j'ai pensé à un moment que c'était l'amant qui avait emporté le saphir, ce qui m'a poussé à chercher du côté du palais. Mais après la visite de tout-à-l'heure, je suis à peu près persuadé que c'est Fennella qui a eu le dernier mot, même si nos recherches nous poussent vers le palais.

- Dans ce cas, elle serait revenue dans l'antre du loup pour dissimuler ce qu'elle venait de sauver de ses griffes? Ce n'est pas idiot. Ça se tient. »

Harry étouffa son indignation – évidemment qu'il n'était pas idiot ! – dans une large bouchée de pâtes généreusement saupoudrée de parmesan.

« Cependant, les Serdaigle ne sont pas réputés pour leur courage, et l'histoire le prouve aisément. Si Fennella a eu l'intelligence de retourner chez son amant pour y cacher un pendant d'oreille, je ne pense pas qu'elle ait eu le courage d'aller au plus profond de l'antre, tu vois ce que je veux dire?

- Oui.

- Donc à sa place, je l'aurais dissimulé dans l'entrepôt, qui est l'endroit de la maison le plus facile d'accès.

- C'est exactement ce que je pensais. »

Cette réponse mit Draco mal à l'aise: c'était la première fois depuis qu'ils se connaissaient qu'ils étaient d'accord. Et cela avait quelque chose d'angoissant. Pour reprendre contenance, il grignota un gressin. Mais il fut interrompu dans son geste par une question de Harry.

« Par contre, il y a un fait que je n'explique toujours pas. Pourquoi les deux boucles ont-elles été séparées? Parce que l'hypothèse la plus probable pour l'instant est celle qui fait de Fennella l'unique propriétaire des saphirs, malgré la tentative de vol.

- Hum, c'est sûr. Je pense que son amant l'avait sous-estimée. Pourquoi aurait-elle séparé les bijoux? Peut-être ne sont-ils réellement puissants qu'une fois réunis et voulait-elle éviter à quiconque trouverait l'un de pouvoir l'utiliser. Ou simplement avait-elle besoin d'argent?

- Mouais. Oh et puis après tout, je ne pense pas que ce soit très important.

- Et si un indice essentiel résidait dans ce fait étrange? Tu ne crois pas que nous devrions pousser davantage l'enquête?

- Non. Je te l'ai déjà répété, nous ne pouvons plus attendre. Mais pourquoi est-ce que tu es si réticent? Aurais-tu peur Malfoy?

- Moi? Jamais de la vie ! Je suis peut-être un ancien Serpentard, mais j'ai vécu suffisamment d'épreuves pour ne pas avoir peur d'un simple vol en pleine nuit dans un endroit que nous n'avons jamais vu.

- Justement. Il s'agit d'un sous-sol, en pleine nuit, avec un ou une inconnu(e) à nos trousses. Il faut ajouter que nous ne savons pas si cette personne connaît la magie ou non.

- Je rentre.

- Hé attends Malfoy ! Nous devons mettre au point notre excursion de ce soir. »

Mais c'était trop tard, Malfoy était parti. D'un geste rageur, Harry jeta l'argent sur la table et s'en fut en courant, dans l'espoir de ne pas perdre de vue la tête blonde qui avançait à vive allure au milieu de la foule. Il eut tôt fait de le rattraper, et il le saisit par le bras.

« Malfoy ! Cesse de faire ta tête de mule !

- Ça te va bien de dire ça, toi.

- Oui, bon, je m'excuse. Non, tu n'as pas peur, oui, tu es parfaitement rassuré à l'idée de cette escapade nocturne. Tu sais ce qui m'énerve Malfoy? Quand je suis avec toi, j'ai l'impression d'avoir encore dix-sept ans. Tu te conduis comme un enfant, et donc je réagis comme un enfant. À nous voir, personne ne penserait que nous sommes mariés et avons des enfants. (Il balaya d'un mouvement de la main le double sens qui aurait pu se glisser dans ses paroles.)

- Et alors? Est-ce de ma faute si te voir fait revenir à la surface les pulsions meurtrières qui m'agitaient au collège?

- C'était à ce point?

- Non, mais tu vois ce que je veux dire. Nous étions sans cesse à nous tirer dans les pattes, à chercher la petite bête. Et quand je t'ai vu arriver en retard il y a trois jours, cet énervement sans fond est revenu à la surface.

- Mouais, ce n'est pas une raison pour fuir à chaque remarque que je fais.

- Et toi pour hurler de colère à chaque pique que je lance ! »

Tous deux se turent. Ils avançaient côte à côte dans la foule des touristes. Harry avait les poings profondément enfoncés dans les poches de son bermuda et Draco regardait ses pieds. De temps en temps, leurs coudes se frôlaient. De temps en temps, ils se bousculaient. Ils se lançaient alors un regard noir, maugréaient. Mais le brouhaha ambiant avalait les éventuelles insultes qu'ils auraient pu se lancer.

Draco repensait à sa conduite depuis la veille au soir. Décidément, il n'avait pas été à la hauteur: tout d'abord, il avait réveillé Potter en pleine nuit, alors qu'il était encore ivre de sa soirée. Puis il s'était rendu compte qu'il avait peut-être fait une erreur... peut-être ! Puis il avait laissé faire à Potter tout le travail, assurant ainsi sa propre infériorité dans l'affaire. Puis il lui avait raconté ses problèmes de couple, alors que l'autre s'était bien gardé de lui révéler quoi que ce fût. Puis il avait proposé à Potter de dormir avec lui ! Diantre, que lui était-il passé par la tête? Certes, le lit dans lequel il dormait alors était celui de Potter, mais tout de même. Plus jamais il ne pourrais se regarder dans un miroir sans rougir de honte. Son attitude n'était pas digne de lui, de sa famille, de son rang. Enfin, de sa famille, c'était peut-être beaucoup dire, et de son rang, il n'avait pas de rang. Indigne de lui, donc.

Finalement, ils parvinrent à l'hôtel sans trop d'errements. Une fois devant la chambre de Harry, ils s'arrêtèrent, se fixant d'un regard hésitant.

« Bon, qu'est-ce qu'on fait?

- Je te retrouve d'ici une heure dans ta chambre, et tu m'expliques ce qu'on fait ce soir?

- ... » Harry chercha quelque argument à objecter, mais se voyant dans l'incapacité de le faire, il acquiesça et entra dans la pièce. Draco, en son for intérieur, jubilait: il avait repris le contrôle de la situation. Certes, il n'avait fait que dire à Potter ce qu'ils allaient faire dans les heures à venir, mais cela suffisait à le faire sourire. Ainsi que l'idée de prendre une bonne douche froide et de changer de vêtements.

Une heure plus tard, c'est un Draco reposé et pimpant qui frappait discrètement à la porte de son collègue. Discrètement, parce qu'il avait cru voir le touriste allemand au détour d'un couloir, et il ne voulait pas que celui-ci se fasse des idées sur sa relation avec Potter. Lorsque le susnommé vint – enfin – lui ouvrir, il entra sans attendre d'invitation, et ferma la porte avec plus de précipitation qu'il ne l'aurait voulu. C'est qu'il venait d'apercevoir une bedaine et un short à carreaux à quelques pas de là. Si Harry fut étonné par ce comportement si peu malfoyen, il n'en montra rien.

« Tu en as mis du temps !

- Désolé, je m'étais endormi.

- Je vois ça... » Draco observait d'un œil dubitatif le dessus de lit froissé, le t-shirt chiffonné et le regard flou de son interlocuteur. « Mais peu importe. Alors, quel est le plan?

- Attends deux minutes. Laisse-moi réfléchir. » Harry bailla sans grande discrétion.

« Tu pourrais mettre ta main devant ta bouche au moins ! C'est qu'on apprend aux enfants de quatre ans. Je suis sûr que même tes fils le savent ! Quoique...

- Excuse-moi, mais pendant que tu dormais comme un bienheureux cette nuit, je me farcissais tout le boulot !

- Surveille ton langage.

- Ne me donne pas d'ordres. Et je parle comme je veux. Je suis dans ma chambre. Et tu es adulte, tu devrais pouvoir entendre ce genre de mots, non? Alors maintenant tu arrêtes de m'emmerder avec tes principes à deux noises et tu me laisses me réveiller.

- Aguamenti. »

Un jet d'eau froide frappa Harry au visage. Il ne réagit pas, tant la surprise fut grande. Puis peu à peu, prenant conscience de ce qui venait de lui arriver, il laissa libre cours à sa colère. Un chapelet d'insultes et d'arguments bancals plus tard, il se dirigeait le plus dignement possible vers la salle de bain, dont il claqua la porte d'un geste rageur.

Quelques minutes passèrent, durant lesquelles Draco lut les notes qui traînaient sur le secrétaire. Puis Harry sortit, rafraîchi, et par conséquent mieux disposé à l'égard de celui qui avait pris place à son bureau.

« Malfoy, dis-moi, est-ce que tu n'aurais pas remarqué, hier soir, quelque chose d'étrange dans le comportement d'Urala?

- Quelque chose d'étrange?

- Oui, comme de la curiosité un peu trop marquée, une certaine nervosité...

- Et bien, c'est sûr, elle était curieuse, mais pas plus que les autres femmes. Quant à sa nervosité, je pense qu'elle était due à ma présence.

- Je ne plaisante pas, Malfoy !

- Mais moi non plus, Potter. On voit que tu n'as jamais vécu de rendez-vous galant.

- Ah oui, et pourquoi ça?

- Parce que tu aurais remarqué que toutes les filles sont nerveuses à leur premier rendez-vous.

- Je ne pense pas que tu sois le premier homme à avoir dîné aux chandelles avec Urala.

- Bien sûr que non ! Je parlais d'un premier rendez-vous avec un nouvel homme.

- Ah. Quoi qu'il en soit, j'ai des doutes sur le motif de cette nervosité.

- Qu'est-ce que tu insinues?

- Rien que tu ne saches déjà.

- Quoi ! Tu as encore des doutes sur l'innocence et la bonne foi d'Urala !

- Et toi tu ne doutes toujours pas de ta mauvaise foi. Ça crève les yeux Malfoy: cette fille nous cache quelque chose.

- Évidemment. Elle est éprise de moi, et elle le cache parce qu'elle a peur de tes réactions.

- Mes réactions?

- Oui, tes réactions de mari jaloux. »

Harry s'apprêtait à répondre, mais il referma la bouche, telle un carpe à la surface d'un étang. L'indignation lui clouait le bec. L'indignation et l'ahurissement, il fallait bien le dire. Sous le coup de la surprise, il dut s'asseoir sur le bord de son lit, complètement décontenancé. Répondre qu'il n'était pas jaloux n'aurait rien arrangé à l'affaire.

Un ange passa. Le deuxième fut interrompu en plein vol par Draco.

« Bon. Quel est ton plan pour ce soir?

- Ah, euh. Hum. Euh.

- Bon, tu te décides?

- T'es marrant, toi ! Tu me sors des énormités pareilles et après tu voudrais que je sois apte à réfléchir et à répondre de manière censée !

- As-tu déjà su tenir des propos cohérents dans ta vie?

- Je t'emmerde, Malfoy.

- Très mature comme réplique.

- Va te faire f...

- Avec plaisir.

- Hé ! Tu ne m'as pas laissé finir.

- Pour quoi faire? Te laisser proférer des insanités? Pas la peine. Potter, je te préviens. Tu as deux minutes pour répondre à ma question. Que fait-on ce soir?

- Gnagnagna.

- Et c'est toi qui me traitais de gamin tout-à-l'heure, non?

- À la tombée de la nuit, nous nous rendons au palais que nous avons visité cet après-midi en barque. » Pour ne rien laisser au hasard, ils utiliseraient la magie: sorts de repérage pour ne pas risquer de se perdre, sort d'Illusion pour ne pas se faire repérer. Une fois dans la place, lui chercherait le bijou avec sa technique d'investigation habituelle tandis que Draco monterait la garde prêt de l'embarcadère. Il récupérait le bijou, ils rentraient à l'hôtel, et tout était au mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Draco n'avait pas d'objections; c'est pourquoi il se tut. Il feuilleta d'un air absent le dossier qu'ils avaient « emprunté » au vieux Rizzi. Harry, fatigué, observa longuement son collègue penché sur sa lecture, sa nuque courbée, ses cheveux blonds. Puis réalisant ce qu'il était en train de faire, il se secoua et se leva. Puis se rassit. Puis se releva. Le fauteuil. Les cent pas. Le lit. En tailleur. Debout.

« Mais qu'est-ce qui t'arrive bon sang?

- Rien, rien. »

Mais ce n'était pas vrai. Harry angoissait. Pourquoi? Parce qu'il avait un mauvais pressentiment. Les personnes qui les avaient soit disant aidés avaient eu des comportements plus que suspects, et Harry n'aimait pas cela. D'un autre côté, il aurait été trop facile qu'Urala fût coupable, non? Certes, Harry n'avait pas de preuves véritablement tangibles, si ce n'est l'utilisation de son nom, qu'elle n'était pas censée connaître. Mais pouvait-on la blâmer pour cela? Son nom et son visage avaient probablement fait le tour du monde sorcier, et rien ne lui avait dit que cette jeune femme n'était pas une sorcière. Néanmoins, le fait même qu'elle fût une sorcière, si elle l'était, la rendait encore plus suspecte...

Ses pensées et ses conjectures se mordaient la queue et n'effaçaient en rien son malaise qui allait croissant. Il avait fini par adopter la position du tailleur, sur son lit. Il appuya son dos sur le mur en soupirant. Il ferma les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, Malfoy était à ses côtés, et le regardait d'un drôle d'air.

« Tu es sûr que ça va Potter?

- Oui, oui. En fait, non pas vraiment, mais ce n'est rien. »

Draco n'insista pas, mais il resta assis, là, à côté de Harry. Le silence s'installa confortablement, et dura. Harry avait de nouveau fermé les yeux, et Draco jouait avec les plis du dessus de lit.

Le soir venu, Harry était un peu moins agité, parce que Draco l'avait convaincu d'avaler une potion aux effets calmants (Je ne voudrais pas qu'on se retrouve à barboter dans l'eau vaseuse du canal parce que tu es trop nerveux pour diriger une barque !); mais ce dernier sentait la nervosité le gagner. Bref, la tension était palpable, comme on dit. Ils dînèrent lentement, en espérant faire tomber la nuit plus vite. Parce que tous deux rêvaient secrètement d'en terminer avec cette histoire.

« Hé, doucement Potter ! Je n'ai pas envie de finir avec les poissons ! »

Malfoy râlait à voix basse tandis que Harry tâchait à son tour de monter dans la barque, ce qui n'était pas une affaire facile. Lorsqu'enfin il fut à bord, il s'assit sans voir le visage crispé de son collègue. Draco avaient les mains agrippées sur les bords de la barque, à tel point point que ses articulations auraient paru blanches s'il y avait eu de la lumière. Mais il faisait nuit noire dans le quartier, parce que Harry avait tenu à ce qu'on ne puisse pas les suivre. Il avait fait usage de l'éteignoir de Dumbledore, que Ron avait accepté de lui prêter.

Une fois installés, Harry et Draco conjuguèrent leurs pouvoirs pour lancer un sort d'Illusion sur la barque: on n'est jamais trop prudent. Malgré toutes ces précautions, Harry ne cessait de regarder derrière lui. À chaque mouvement, il faisait tanguer dangereusement la frêle embarcation, au grand damne de Draco. La respiration de l'Auror se faisait erratique, l'angoisse lui étreignait la gorge.

« Mais tu vas ta calmer oui ! s'exclama un Draco excédé.

- Je suis sûr que nous sommes suivis.

- Et alors? Tu ne vas pas mourir à cause d'un simple voleur de bijoux. N'es-tu pas le grand Auror Harry Potter, surnommé par tous le Survivant? »

Le ton de Draco s'était fait légèrement sarcastique derrière l'énervement. Harry, vexé, en oublia un instant d'avoir peur.

« Potter, il faut que tu arrêtes la paranoïa. Je ne saurais trop te conseiller de demander ta mutation au service des dossiers perdus. Au moins, tu n'aurais pas à craindre pour ta peau, et tu ne serais pas un Maugrey en puissance.

- Hé! Je ne te permets pas! Je ne suis pas encore aussi défiguré que lui.

- Encore heureux! Sinon, je n'aurais jamais pu t'emmener avec moi.

- Ah oui? Et pourquoi ça?

- Parce que je ne m'affiche pas avec ceux qui ne sont pas dignes de moi.

- J'en conclus que je suis digne de toi. Mais je ne suis pas sûr que ce soit un compliment.

- Oh le bougre!

- Le quoi? Malfoy, y a que toi pour sortir des insultes que tu es le seul à connaître.

- Le bougre. Au moins, tu as senti que c'était une insulte. Ton cas n'est peut-être pas désespéré finalement.

- Bon, ça suffit maintenant. Il ne faudrait pas qu'on se perde si prêt du but. Tu sais où on est?

- Aucune idée.

- Et bien réactive le sort d'Orientation! Je ne peux pas ramer et trouver le chemin en même temps! »

Tout en grommelant, Draco parvint à faire apparaître la boussole et le plan, ainsi que les points de repères que Harry avait pris soin de noter dans l'après-midi.

« Normalement, c'est le prochain appontement à gauche, juste là, tu le vois?

- Oui, c'est bon. Est-ce que tu vois de la lumière? Est-ce que tu perçois une magie étrangère?

- Il n'y a pas de lumière, et je suis bien incapable de déceler les ondes magiques et les auras. Surtout à cette distance. »

Harry soupira, mais tâcha de ne pas céder à l'angoisse une nouvelle fois. Il se concentra, à la fois pour ne pas rater l'appontement et pour tâcher de détecter la moindre trace de magie qu'il pourrait y avoir. Mais il ne sentit strictement rien. Légèrement rassuré, il put manœuvrer afin de stationner la barque. Elle buta doucement contre les marches couvertes d'algues et de mousse, et se tint le long de l'escalier. Sitôt immobilisée, Draco se précipita sur la terre ferme, laissant Harry se débrouiller avec l'amarre.

Le silence qui régnait alentours était total, profond, immense. Un léger courant d'air les fit frissonner, apportant avec lui des effluves d'humidité. Les deux aventureux avancèrent prudemment puis se heurtèrent à une grille fermée par un cadenas. Avant d'oser quoi que ce fût, Harry lança son traditionnel sort de détection: personne. Bien.

« Allume ta baguette.

- Lumos, » chuchota Malfoy.

Et Harry défit le cadenas d'un alohomora silencieux. La grille s'ouvrit alors sur un grincement sinistre. Par mégarde, Draco frôla Harry. À ce contact, des frissons remontèrent le long de leur colonne vertébrale. Ils étaient comme dans un état second, attentifs à tout bruit, tout mouvement qui pourrait leur parvenir. Finalement, Harry alluma sa baguette à son tour et tous deux entrèrent dans l'entrepôt.

Il y régnait un désordre indescriptible. On aurait pu penser que quelqu'un était venu fouiller peu de temps auparavant, mais Harry voyait clairement que la poussière recouvrait tout, sans exception. Il n'y avait pas même de traces de pas sur le sol. Donc soit cet endroit avait été fouillé des années, voire des siècles, auparavant, soit personne n'avait pris soin de le ranger depuis qu'on n'en avait plus l'usage.

« Draco, reste en arrière, et préviens-moi à la moindre alerte, même fausse.

- Et toi, tu vas faire quoi?

- Tâcher de repérer s'il y a trace d'une cachette dans cette pièce. »

Ils chuchotaient, mal à l'aise. La tension de leurs nerfs était telle qu'ils en étaient venus naturellement à employer leurs prénoms: après tout, ils étaient dans la même galère, et les situations d'urgence ou de danger pouvaient même rapprocher un scroutt et un boursouf.

Harry commença son inspection, comme il l'avait fait dans la petite salle, sous les coupoles de San Marco. Il avançait lentement, mais sûrement, prenant soin de n'oublier aucune parcelle qui aurait pu receler une cachette. Il multipliait les sorts, et les réitérait mécaniquement. Soudain, une gerbe d'étincelles turquoises rebondit contre un pilier, illuminant la pièce d'une lumière blafarde. Harry se précipita, et sonda la colonne sculptée, de la base jusqu'au chapiteau. Rien. Il réitéra. Rien. S'impatientant, il recommença, mais avec un sort de magie noire. Et là, un rectangle de taille moyenne se dessina, avant de disparaître. Étrange: le trait aurait dû rester. Il n'y avait qu'une solution à ce mystère: la magie utilisée pour dissimuler le saphir – car Harry était à présent persuadé que c'était le joyau qui se trouvait là, au creux de la pierre – n'était ni noire, ni blanche, mais grise. Cette forme de magie n'était plus guère utilisée, et même au cours des siècles elle n'avait été que peu employée par les sorciers. En effet, elle était d'une grande complexité, et son extrême instabilité représentait un danger pour quiconque l'utilisait. Malheureusement, le seul moyen de venir à bout de ce sort serait d'utiliser la magie grise également. Et ce n'était pas le domaine de prédilection de Harry.

Celui-ci inspira profondément, se concentra, et lança un sort de moindre importance, pour tester ses capacités et ses souvenirs en la matière. L'essai se révélant concluant, il résolut de révéler définitivement la cachette. Il fit le vide dans son esprit, se concentra sur le pilier et lança son sort, sans le moindre succès. Au moins, le sort ne s'était pas retourné contre lui.

Il se retourna pour voir ce que faisait Draco. Ce dernier le fixait sans mot dire. La lune, qui s'était levée, découpait sa silhouette dans un décors surréaliste de coupoles, de clochers et de toits se profilant en ombres chinoises dans son dos. Harry reprit son travail. Cette fois, le charme opéra, et un rectangle argenté se dessina sur la pierre, pour y rester incrusté.

Émerveillé par la magie qui émanait de cette simple forme, Harry y passa une main légèrement tremblante. Il déglutit en sentant un fourmillement désagréable sous ses doigts. Il connaissait bien cette sensation: il l'avait ressentie le jour où on lui avait demandé d'étudier la statue de Rowena qui donnait l'accès au dortoir des Serdaigles pour son examen de fin d'études. Ce picotement était annonciateur d'une énigme. Restait à savoir comment la déclencher. Bien décidé à venir à bout de cet obstacle, il lança un sort bien connu. Comme prévu, rien ne se passa; Harry se concentra alors pour le traduire en magie grise. Après quelques essais infructueux, une voix enfin s'éleva dans l'entrepôt.

« Pour moi, l'accouchement vient avant la grossesse, l'enfance avant la naissance, l'adolescence avant l'enfance, la mort avant la vie… Qui suis-je? »

Et le silence retomba. Harry resta perplexe devant l'absurdité d'une telle question. Une chose était sûre: il n'aurait jamais pu aller chez les Serdaigle: il aurait passé ses nuits devant la porte de la salle commune.

« Draco, appela-t-il dans un chuchotement, viens m'aider. »

Draco s'approcha. Oui, il avait entendu l'énigme. Non, il n'avait pas d'idée, mais oui, il pouvait réfléchir à une solution. Bientôt, le silence revint. Il les enveloppa de sa tiédeur, tandis que tous deux se torturaient les méninges pour trouver une réponse. Si seulement Luna était là, songeait Harry. N'y a-t-il pas moyen de contourner la question? pensait Draco. Il se rappelait la question du Sphinx, et ne parvenait pas à se défaire de cette logique. Quand quelque chose lui échappait, il avait pour habitude de s'en référer aux livres, mais là, quel livre aurait pu l'aider? Soudain, il demanda.

« Harry, quel livre serait assez général et en même temps assez précis pour nous aider?

- Je ne sais pas. J'aurais bien dit la Bible.

- Non, ça n'ira pas. Il faudrait un livre dans lequel on puisse chercher facilement.

- Je ne sais pas moi, un dictionnaire?

- Voilà!

- Et bien quoi, voilà? Tu as un dictionnaire sur toi?

- Non. Donc il faut trouver autre chose. Mais attends deux minutes... le dictionnaire... Si on prend l'ordre alphabétique, accouchement est avant grossesse, enfance avant naissance, adolescence avant enfance et mort avant vie! Tu ne crois pas que...

- Mais oui! Ça se tient! Cela dit, il faut faire attention. Avec le charme qui protège le bijou, la moindre erreur nous serait fatale.

- Voilà qui est rassurant. Alors on fait quoi?

- Et bien on essaye par Merlin!

- On essaye? Alors qu'on n'est pas sûr de la bonne réponse? Mais tu es fou ma parole!

- Qui ne tente rien n'a rien.

- Fichue tête-brûlée de Gryffondor.

- Et toi tu n'es qu'une poule mouillée de Serpentard, qui plante ta tête dans le sable au moindre problème. Bien. Retourne faire le guet, comme ça, s'il y a le moindre problème avec ce pilier, tu auras peut-être une chance de t'en sortir. »

Sur ces bonnes paroles, Harry se tut et se retourna pour observer le rectangle argenté. Il se concentra et répondit à l'énigme, au moyen d'un sort compliqué de magie grise: des volutes et des arabesques mordorées s'inscrivirent dans la pierre, à l'intérieur de l'espace délimité par la ligne argentée. Tout d'abord, rien ne se produisit. Harry retint son souffle, jusqu'à ce qu'enfin, une ouverture apparaisse, laissant échapper un faible halo bleuté. La joie le saisit soudain: ils arrivaient au terme d'une quête qui n'avait pas été de tout repos, et ils avaient réussi!

Harry s'empara du bijou avec moult précautions. Il le glissa dans sa poche, faute de mieux, tout en songeant au plaisir de rentrer chez lui, de revoir ses enfants, de retrouver une température décente. Mais il eut un pincement au cœur en pensant qu'il ne verrait plus Malfoy, qu'il avait fini par appeler Draco. Il ne savait pas trop pourquoi le quitter lui faisait un tel effet.

Brusquement, Harry tendit l'oreille. Un bruit de lutte lui parvint. Tout à ses pensées, il n'avait pas entendu la grille se refermer. Désormais, il était trop tard: ils étaient coincés dans l'entrepôt avec un ou plusieurs agresseurs à leurs trousses. Il se retourna, envoyant balader toute prudence. Après tout, ils étaient repérés. Il était furieux contre lui-même de s'être fait prendre au moment où ils touchaient au but. D'un sort, il illumina les lieux, et ce qu'il vit ne fit que l'enrager davantage: un être encagoulé avait saisi Draco à bras le corps et le menaçait de sa baguette.

« Le bijou, ou ton ami y restera! »

Harry eut envie de répliquer de Draco n'était pas son ami, mais ce n'était pas le moment de pinailler. Il avait reconnu la voix. Urala. Depuis le début, il s'en était douté, mais Draco avait tout fait pour l'écarter de cette piste. Et bien voilà quel était le résultat. Ils étaient maintenant aux prises avec une femme qui maniait manifestement très bien la magie, à en juger par le sort gris qui fermait la grille. Jamais ils ne pourraient l'ouvrir tout en se défendant contre leurs agresseurs.

D'ailleurs, ce qui l'inquiétait le plus n'était pas Urala, mais une deuxième présence qu'il percevait dans la pièce. Une seconde aura se répandait dans l'entrepôt, et cette magie lui rappelait quelque chose, mais il ne savait pas quoi.

Il devait réfléchir et vite: il avait le bijou et la vie de Draco entre les mains. Il mesura rapidement les chances de survie de l'un et la valeur de l'autre. Il observa la jeune femme, qui semblait perdre patience, et derrière elle, une silhouette voûtée se redressa. Il devait parler, gagner du temps. Mais la voix lui manqua quand il s'aperçut que la silhouette n'était autre que Bartolomeo Rizzi, qui n'avait plus l'air si vieux que cela. Harry, seul face à deux sorciers armés et en possession d'un otage, ne savait plus trop que faire. Il avait beau être un Auror réputé, il était complètement pris au dépourvu. De plus, la vision d'un Draco pâle de frayeur avec une baguette pointé sur le cou ne l'aidait pas vraiment à se concentrer sur la situation présente. Après une seconde de réflexion supplémentaire, sa décision était prise.

« Très bien. Vous avez gagné, je vous donne le saphir. »

Il s'avança, glissa le bijou dans la main de Rizzi. Urala repoussa violemment Draco qui manqua perdre l'équilibre. Aussitôt, elle envoya un sort en direction de Harry, qui avait prévu cette réaction, esquiva et riposta. C'est ce qui déclencha la bataille. Rizzi n'avait pas l'intention de laisser sa complice seule dans la difficulté, aussi se joignit-il à elle pour mettre toutes les chances de leur côté. Harry était seul face aux deux habiles sorciers.

Draco s'était planqué derrière un tas de bric-à-brac, et lançait un sort de temps en temps, tout en essayant de ne pas se faire repérer. Il était mort de peur, et n'avait que très peu d'expérience dans ce genre de situation. Malgré ses efforts pour rester invisible, Harry le repéra. Tout en continuant de se défendre comme il pouvait face aux coups redoublés de Rizzi et Urala, il dévia vers la cachette de Draco. Lorsqu'il fut à portée de voix, il lui demanda de chercher une issue.

Ce court instant d'inattention lui valut une belle entaille à la joue gauche: un peu plus et le sort le rendait borgne. Cet incident ne fit que le rendre plus incisif dans ses attaques. Il réalisa qu'il ne pourrait s'en sortir s'il se battait contre les deux en même temps. Comme disait le dicton, « A courir deux niffleurs à la fois, on n'en attrape aucun ». Il concentra alors ses attaques sur Urala, qu'il sentait en train de fatiguer. En quelques sorts, elle fut à terre, hors d'état de nuire. Mais l'homme était plus coriace, et il se battait comme une proie acculé, avec l'énergie du désespoir.

Harry reculait. Lorsqu'il sentit un mur dans son dos, sentant qu'il ne pourrait aller plus loin, il tenta le tout pour le tout et lança un sort de magie noire sur son adversaire, qui se figea. Aussitôt, Harry se précipita vers Draco. Celui-ci venait de découvrir une porte qui résistait à ses assauts répétés. Harry s'énervait. Draco tremblait et paniquait.

« Vite! le sort que j'ai lancé sur Rizzi ne va pas durer longtemps. Je le maîtrise mal.

- Aide-moi donc! »

Sous la puissance des deux charmes conjugués, la porte s'ouvrit brusquement. Ils grimpèrent quatre à quatre l'escalier, et lorsqu'ils débouchèrent en haut, la propriétaire des lieux les attendait.

« Dépêchez-vous, leur dit elle. Bartolomeo est en train de s'agiter.

- Mais nous n'avons pas le bijou! hurla Draco.

- Calme-toi, ce n'est pas gave. On n'a pas le temps. Suis-moi, je t'expliquerai. »

La dame les entraîna alors dans son sillage. Elle les guida jusqu'au quatrième étage, longeant des couloirs éclairés, comme si elle les avait attendus toute la soirée. Elle ne leur demanda même pas ce qu'ils faisaient chez elle au beau milieu de la nuit, ni ce qu'était le bijou dont ils venaient de parler. Elle se contenta de les mener devant une porte dérobée. Là, elle s'arrêta.

« Bien, le temps presse. Empruntez ce passage: il vous mènera jusqu'à la place San Bartolomeo. » Elle ignora la grimace de Harry et le rire amer de Draco. « De là, vous pourrez rejoindre facilement votre hôtel. Nous vous y attardez pas. Rendez-vous dans la chambre 616. Là, vous trouverez une amie à moi, qui vous attendra avec un portoloin en partance pour Londres.

- Je ne sais comment vous remercier Madame.

- Et bien contentez-vous de prendre soin de ces boucles d'oreille, signor Malfoy.

- Sans vous, je ne sais pas si nous en serions sortis, renchérit Harry. Mais est-ce que je peux vous poser une question?

- Allez-y, mais faites vite, j'entends des pas en-dessous.

-Êtes-vous la descendante de Fennella Serdaigle? »

Harry n'eut pas de réponse: Draco l'attira avec lui dans le boyau obscur qui les conduirait vers la liberté. Mais il devrait se souvenir toute sa vie du petit sourire qu'avait eu la vieille dame avant de refermer la porte sur eux, et de la sceller par un sort.

Nos deux aventuriers avançaient tant bien que mal dans le noir. Le sol était irrégulier, et des escaliers, montant ou descendant, les prenaient en traître. Harry avait été blessé par Rizzi, et il peinait à avancer, si bien que Draco le soutint, afin d'avancer plus vite. Ils avaient l'impression qu'on les poursuivait, même si c'était impossible. Leurs cœurs battant dans leurs oreilles résonnaient comme des bruits de course à leurs trousses.

Plusieurs fois, ils passèrent sur des ponts. Ils ne savaient s'ils étaient à l'intérieur d'un bâtiment étrange, sous terre, ou en plein air. On entendait de l'eau qui coulait, qui s'égouttait; le vent sifflait dans des ouvertures trop étroites pour le laisser passer. Finalement épuisés, ils décidèrent de s'arrêter quelques minutes avant de reprendre leur route.

« Je crois que je te dois des remerciements, Harry.

- Pourquoi cela?

- Parce que sans toi, je n'aurais jamais trouvé ce bijou, et serais probablement mort à l'heure qu'il est. Encore une fois, tu m'as sorti d'un sacré pétrin. »

Harry s'apprêtait à répondre, mais l'autre ne lui en laissa pas le temps.

« Enfin, nous avons peut-être trouvé le bijou, mais ce n'est pas nous qui en avons finalement hérité.

- Que tu penses!

- Comment ça?

- Regarde. »

L'Auror plongea son bras valide dans la poche de son bermuda et en sortit une boucle d'oreille. Draco resta silencieux un moment, puis prit le bijou dans sa main droite, n'osant le toucher, n'osant croire qu'il était réel. D'un coup, mille questions l'assaillirent, et il aurait voulu avoir des réponses. Mais il était fatigué et se dit que l'interrogatoire pourrait attendre.

Harry était toujours appuyé contre Draco. Leurs respirations étaient bruyantes et difficiles. Harry se tourna légèrement, pour tâcher de voir le regard de Draco, dans l'obscurité. Puis, sans vraiment réfléchir à ce qu'il était en train de faire, il déposa un baiser sur ses lèvres. Il n'insista pas, et aussitôt recula la tête. Mais c'était compter sans Draco, qui se retourna, et l'embrassa plus franchement. Son corps entier tremblait, contrecoup violent de la peur qu'il avait éprouvée les heures passées. Lorsqu'il relâcha les lèvres de Harry, il le regarda. Mais celui-ci détourna les yeux.

« On y va?

- On y va. »

Et ils reprirent leur marche.