2) Souveraineté

Marchant sur la pointe des pieds, gardant le silence comme des petits voleurs de banlieue, les deux sentinelles pénétrèrent dans le domaine des filles.
Elles étaient assisses, mâchonnant leurs pommes, les coins de leurs lèvres étaient collés d'une fine poudre de cristaux de berlingots croqués, lorsque surprises, elles se retournèrent sur eux.

– Que faites-vous ici ? Et comment nous avez-vous trouvées ?
– On vous a suivies. Répondit Aiolia.
– Suivies ? Eh, les filles ! Il y a deux bourses molles qui nous ont suivies !
– Bourses, quoi ?
– Molles ! Lui répondit Milo en lui montrant du doigt ce que cela voulait dire.
– Hein, mais ça va pas de nous parler ainsi ! Nous sommes des futurs Chevaliers d'Or !
– Et alors ? Vous êtes en sucre ? Dégagez avant qu'on vous donne une bonne correction !
– On n'est pas en sucre! Et vous, vous semblez vous en être goinfrées ! Lui fit-il en lui montrant les traces de friandises que les plis de ses lèvres lui présentaient. C'est à notre tour d'y goûter.
Elle voulut lui répondre de nouveau, mais Milo enchaîna :
– Aiolia ! Tais-toi! Et toi, tu es qui d'abord ?
– Je suis Shaina, celle qui dirige ici.
– On réqui... qui... Enfin, on vous confisque votre cabane ! Elle est à nous maintenant ! Si vous restez, vous devenez esclaves !
– A vous ? Des esclaves ? Non, mais ils rêvent ou quoi les petits morveux !
– Écoute, c'est pas la peine de discuter parce qu'à nous deux, on est plus forts qu'à vous trois. Alors, c'est fini.
– Plus forts ? Répéta Shaina.

Les filles éclatèrent de rire et pendant ce temps-là, Camus lui, observait le tout du dehors, sans se faire remarquer.

C'est alors qu'elles leur lancèrent leurs trognons et des caramels à leurs figures et s'élancèrent vers eux, les poussant en les dépassant et quittant ainsi leur fief, criant:
"Bourses molles ! Bourses molles !"
Blessés dans leur amour propre, les deux amis les poursuivirent.

Du haut de leurs arbres, guettant le danger, elles préparèrent leurs munitions: des petits bâtons de bois qu'elles avaient minutieusement gardés, au cas où elles seraient piégées et devraient se défendre.

– Le jour est arrivé pour s'en servir mes sœurs ! Leur cria Shaina. Soyez prêtes !

De leurs perchoirs, elles virent les deux garçons s'approcher et espéraient qu'ils tomberaient dans leur piège. Marine imita un petit cri d'oiseau en signe de diversion, en oubliant que forcément pas idiots, ils allaient lever la tête vers les feuillages et probablement les apercevoir. Ils s'arrêtèrent net, debout, regardant vers les cieux. Au même moment, Shaina donna le signal de l'assaut et une pluie boisée tomba sur Aiolia et Milo qui criaient leur rage, alors que les filles répétaient sans cesse "Bourses molles ! Bourses molles !".

Cependant, l'une d'elles fut portée disparue durant l'action. Sa disparition commença à inquiéter sérieusement ses consœurs.
– Par Athéna, mais où est-elle ? S'interrogea Shaina.
– Je ne sais pas. Ce n'est pas normal parce qu'elle n'est pas une mauviette ! Répondit Marine.

Soudain, penchant la tête, ce fut l'horreur !
– Ils viennent d'enlever Geist ! Hurla Shaina.

Prête à les attaquer de nouveau, elles virent apparaître leur amie avec Camus, qui la tenait par une main et leur faisait signe de descendre de l'autre.
– C'est fini les filles ! Nous avons gagné ! Geist rejoint notre camp.

Avec Marine, Shaina retomba sur ses pieds:
– C'est pas possible que tu sois une traîtresse ! Tu es comme une sœur ! J'y crois pas ! Explosa t-elle.
Elle ne lui répondit pas.

– Vous l'avez perdue, ainsi que votre cabane. Elle veut bien devenir la femme du chef !

"La femme du chef !" Répétèrent les deux bidasses se retournant sur leur camarade dont les joues s'empourprèrent.

Camus regardait les filles avec des yeux pétillants de malice que seul un conquérant pouvait arborer lors de sa victoire, par contre, ceux de Geist étaient animés par la crainte.
Triomphants, ils crièrent leur joie.
Elles, elles restaient silencieuses, désespérées du spectacle qui se produisait devant elles.

– Pourquoi Geist ? Pourquoi ?
– Tout s'est passé si vite Shaina. J'ai voulu regrimper auprès de vous, je suis tombée, il m'a aidé à me relever, je me suis débattue, mais il m'a embrassé !

Toutes les têtes d'yeux écarquillés se tournèrent de nouveau vers Camus.
"Il l'a embrassée !" Cette phrase fut pudiquement chuchotée de bouche en bouche.

– Comment c'était ? Demanda curieusement Milo.
– Mais, c'est pas ce qu'on veut savoir ! Sautilla sur place Shaina. Je veux savoir si c'est vrai ! Alors ! Dites-vous la vérité ?

Les pommettes couvertes d'un rouge panique, elle lui répondit.
– Bien sûr que c'est vrai, je ne t'ai jamais menti ! Je sais ce que tu penses de moi maintenant, que je ne suis qu'une faible mais, j'avais aussi tellement envie d'être embrassée, que je me suis laissé faire...
– Tu n'es même pas la chef, il ne peut pas nous prendre la cabane. Fallait choisir Shaina mon petit vieux pour ça ! Dit Marine à Camus.
– Elle ? Fit Camus en montrant la fille aux cheveux verts. Elle ne me plait pas, pas du tout !
– C'est pas du jeu ! Fit Shaina tapant du pied. Lorsqu'on joue à la bataille, on ne tombe pas amoureux. C'est pas du jeu!
– Je suis le chef de mon clan, je dirige, je prends ce que je veux et qui je veux ! Les informa t-il de sa souveraineté.
– Bon, d'accord, mais si c'est réellement vrai ce que vous nous dites, on veut tous voir ! Affirma t-elle. N'est-ce pas les gars ?

"Ouais ! " S'écria le reste du petit peuple.

– Allez refaites-nous le coup du bisou !

Camus comprit qu'être un dirigeant n'était pas une mince affaire et que si même les forces de l'ordre demandaient à voir, il n'y avait qu'une solution... satisfaire la curiosité de ses citoyens.

Il se mit debout sur la souche d'un chêne et leur lança à tous d'un air majestueux.
– Bon peuple ! Je vous ai entendus !

D'un noble saut, il descendit de son oratoire et s'approcha d'elle pour la prendre dans ses bras et lui déposer un doux baiser.

Alors que les garçons les regardaient ébahis, les filles explosèrent de rire.
– Mouais... C'est pas celui d'un homme ça ! Parce qu'on a vu Aiolos en donner un à Miko* et ils ont utilisé la langue.
– Avec la langue ? Répéta Aiolia penseur. Mais, il ne m'en a jamais parlé !
– Pourquoi l'aurait-il fait ? Ton frère est devenu un homme, toi tu es toujours qu'un mioche. Pouffa Marine.

"La langue !" Ce mot résonnait tel le son d'un carillon dans leur cathédrale forestière.

Intimidé peut-être devant ses sujets, mais point gringalet, le valeureux Camus se mit à la besogne et s'exécuta une fois de plus.
Il passa sa main autour de Geist, la regarda et lui sourit pour enfin se pencher et l'embrasser. Les lèvres de la fille étaient douces, il les entrouvrit légèrement et ils sortirent leurs langues pour se les coller l'une sur l'autre, ils étaient paralysés, leur étreinte était encerclée par leurs compères.

– Vous pouvez finir maintenant. Proposa Shaina embarrassée.

Mais les deux tourtereaux continuèrent tandis que leurs amis les regardaient comme deux bêtes curieuses.

C'était un succès ! Marine et Aiolia applaudissaient en riant, les yeux brillants, dont les bouches salivèrent, ils se rapprochèrent également pour finalement imiter le couple royal.

Milo se retourna sur Shaina.
– On peut essayer aussi, ensemble ? Je ne veux pas grandir idiot !
– N'essaie même pas de me toucher, si tu ne veux pas devenir l'un des meubles de notre cabane !
– Waow! Comme tu y vas !
– Je veux recevoir un baiser d'un homme, un vrai !
– J'en suis un !
– Non, tu es un gamin !
– Je te dis que j'en suis un !
– Alors, tu n'aurais pas peur de passer le seuil de la quatrième maison du zodiaque ?
– Quoi, celle du Cancer ? Bien sûr que non ! Lui fit-il en haussant les épaules.
– Eh bien, voici le marché, si tu la traverses, tu pourras m'embrasser.

Ils se crachèrent tous les deux dans leurs mains droites et se les serrèrent en guise de contrat qui fut acté par la présence des regards et oreilles de leurs camarades.