Pour vous dresser le tableau, j'ai tapé le début de ce chapitre avant de partir au travail (ce que je ne fais JAMAIS), puis j'en ai écrit la suite en profitant d'un temps mort avant une réunion (j'avais l'air hyper sérieuse, regardez la chef qui recouvre sa feuille de note ! haha), donc j'avais vraiment envie de l'écrire, et je me suis bien amusée !
Un plaisir partagé, j'espère !
Bonne lecture ! (Et encore merci LilyRose, j'ai adoré mettre cette réplique dans la bouche de Peeta, dommage que je ne puisse pas te répondre directement !)
.
Un garçon maladroit
.
Je descends du bus en râlant contre sa ponctualité. Rien que pour ennuyer Peeta, j'aurais voulu être en retard, pour qu'il ait peur que je ne vienne pas et lui pose un lapin. Peut-être que je pourrais me cacher dans un coin et le regarder blanchir au fil des minutes ? L'idée est séduisante et m'amuse pendant que je rejoins le restaurant qui ne se trouve pas très loin de l'Arène, en hyper centre. Mais je dois revoir mes plans car il vient d'arriver, donnant les clefs de son coupé au voiturier qui attend devant le Cornucopia.
Je le vois regarder autour de lui avec angoisse, me cherchant des yeux, et je n'ai pas d'endroit où me cacher. Et puis c'est bien ma veine, je n'ai pas pris de veste et ce soir il fait frais. Et je ne vais pas attraper un rhume pour les beaux yeux de Peeta Mellark.
D'ailleurs, quand ceux-ci se posent sur moi alors que je suis à quelques mètres, ils s'écarquillent et Peeta me sourit franchement en me rejoignant. Son expression admirative me met mal à l'aise, et il m'accueille d'un :
- Tu es superbe, Katniss.
- Ouais je... merci, toi aussi.
Je ne mens pas, il est très élégant, et je me retrouve pendant un moment indéfini à le reluquer. Il est beau, je ne pourrais pas dire le contraire même si je le voulais. Il n'a pas mis de costume – encore heureux ! – mais porte un ensemble très classe, et même une cravate nouée lâchement autour du col de sa chemise grise. Et contrairement à moi, il ne donne pas l'impression de s'être déguisé. On appelle ça la classe naturelle je crois, une chose que je n'ai malheureusement pas.
Je jette un œil au restaurant et j'en preste pétrifiée. Un homme mieux habillé que mon père le jour de son enterrement accueille les clients devant d'immenses portes dorées. De l'or ? Du bronze ? L'un ou l'autre, c'est beaucoup trop chic pour moi.
Je soupire :
- Peeta, tu sais que dans le genre obstiné tu te poses ? J'avais dit rien de chic, et regarde où tu m'emmènes !
- Je voulais te faire plaisir... répond-il, penaud.
- Ouais ben ce qui me fait plaisir, c'est quand on respecte mes choix, je rétorque un peu sèchement.
Je suis cruelle avec lui. Je vois bien qu'il est touché, j'ai l'impression qu'il se faisait une joie de cette soirée et que je la lui gâche d'emblée. Ce n'est pas tellement de ma faute s'il se fait des rêves, mais je continue d'un ton plus doux :
- Peeta, si tu cherches à m'impressionner pour je ne sais quelle raison, ce n'est pas avec un resto chic que tu y arriveras tu sais, pas plus qu'avec ton nom de famille. Je suis une fille simple, avec des goûts simples.
Et à la hauteur de mes moyens, je rajoute mentalement.
- Tu m'en veux ? me demande Peeta avec angoisse.
- Pas vraiment, on ne se connait pas, tu ne peux pas tout savoir... Bon, j'ai faim, on rentre ?
Le sourire lui revient, et il me tend son bras. Je garde les miens près du corps mais il ne s'en offusque pas. Le maitre d'hôtel très guindé s'anime quand Peeta donne son nom, comme tout le monde. Il a l'air de faire partie de la même race qu'Effie.
Nous le suivons dans une salle dont le luxe me laisse sans voix. Bronze, or, argent, acajou, de gigantesques aquariums abritant des poissons rares, des tapis plus épais que la couette de mon lit... Okay, je suis impressionnée, je dois l'admettre.
C'est alors que je tombe nez à nez avec... Finnick et Annie. Pour passer inaperçu, c'est raté ! Mais j'aurais pu tomber sur pire qu'eux. Finnick nous salue avec gentillesse :
- Katniss Everdeen et Peeta Mellark, si je m'attendais à ça !
Nous échangeons quelques mots convenus, et juste avant de rejoindre leur table, Finnick me glisse à l'oreille :
- Je ne le répèterai pas, t'angoisses pas !
Et il est vrai que, dans cette atmosphère étouffante, je respire un peu mieux. Je ne préfère pas imaginer la réaction de la bande de Cato quand ils l'apprendront. Car je réalise qu'ils l'apprendront. Surtout quand je reconnais Gloss assis un peu plus loin, qui lui ne se donne pas la peine de me saluer.
Les derniers mètres jusqu'à notre table me semblent interminables. Il faut dire que je sens le poids des regards féminins qui reconnaissent Peeta, et me juge. Mon allure, ma robe démodée...
Qu'est-ce que je fais ici ? La bonne humeur et l'humour de Peeta valent-ils tout ça ?
C'est lui qui se charge de déplacer ma chaise pour que je m'y installe. Voilà bien une galanterie dont je n'ai pas l'habitude.
Le serveur tout habillé de blanc qui nous est assigné nous tend – avec force moulinets de bras – la carte des entrées.
J'attrape la pochette en cuir épais avec appréhension et respire un grand coup avant de l'ouvrir. Pour découvrir qu'il n'y a aucun prix dessus...
- Heu... Peeta ?
- Déjà choisi ? me répond-il avec un sourire aimable.
Un sourire qui remue quelque chose au fond de moi. A moins que ce soit mon repas de midi qui remonte. Oui, ça doit être ça...
- Il... il n'y a pas de prix sur ma carte.
- Ils sont sur la mienne, me révèle-t-il.
- Bien, tu veux bien me la passer ?
- Pourquoi ? s'étonne-t-il franchement.
Je lève les yeux au plafond.
- Pour voir les prix !
- Ça va t'aider à choisir ? s'amuse-t-il.
- Fatalement... je réponds, gênée.
Je pense à l'argent que j'ai pris avec moi, dans mon sac à main minable. Il n'y a pas grand-chose, à peine le surplus que j'ai pu garder des salaires de Rooba. Je suis certaine que ça ne suffirait pas à payer la moitié d'une salade ici.
Peeta semble comprendre ce qui me tracasse et s'écrie :
- Katniss, c'est normal que ce soit moi qui ait les prix, c'est toujours ainsi dans les grands restaurants. Parce que c'est l'homme qui paye, et que c'est ce qu'il va se passer ce soir. Alors prends ce qu'il te plait.
- Je... heu...
Je me sens idiote. Et redevable.
- J'ai insisté pour t'inviter, c'est évident, continue Peeta.
- Mais faut pas, je m'affole.
- Katniss, c'est non négociable. Quel genre de gars je serai à t'inviter dans un grand resto sans prendre en compte ta... ton...
Il s'emmêle dans ses mots et je devine sa pensée. Je me braque.
- Ma pauvreté ?
S'il avait espéré me faire oublier ma vie en cherchant à m'éblouir, c'est raté !
- Je te remercie Peeta, c'est très généreux. Mais je te rassure, je mange à ma faim tu sais !
- Je voulais pas dire ça !
C'est à son tour de s'affoler et j'hausse un sourcil, curieuse de savoir comment il compte se raccrocher aux branches.
- Katniss je te jure que je voulais pas insinuer ça, crois-moi. Je suis juste conscient d'être privilégié par rapport aux... aux...
- Aux communs des mortels ? j'ironise.
- Un truc comme ça, marmonne-t-il, gêné.
Comme à chaque fois qu'il est embarrassé, il se passe la main dans les cheveux. Et comme à chaque fois, je suis subjuguée. Et énervée contre moi-même.
- Katniss, je suis pas prétentieux ou ce genre de trucs...
- Ah ? je réponds crânement.
- C'est pour ça que je t'ai dit qu'on aurait des choses à se dire. Apprendre à se connaître. Tu verras que je suis pas un gars comme... comme Cato.
Il veut vraiment m'en convaincre, et je choisis de le croire. Me connaître semble réellement lui tenir à cœur, sans que je sache trop pourquoi.
Je choisis tout de même une salade dont je ne veux pas connaître le prix mais qui doit être dans les entrées les moins chères, en tout cas je l'espère, et Peeta s'en amuse :
- T'es le genre à vouloir avoir le dernier mot, hein ?
- Oui, je réponds. Mais ça n'a rien à voir. Je n'ai juste aucune idée de ce que sont la moitié des plats qui sont écrit là-dessus.
Peeta rend les menus au serveur en lui demandant une chose que je ne saisis pas. Puis en attendant le service, il penche la tête pour m'observer avec attention. Je me tortille d'embarras.
- Quoi ? je lui demande sèchement.
- Rien... enfin, je suis juste étonnée pour le menu. Marvel ne t'a jamais emmené dans un endroit comme ça ?
Sa question m'arrache un rire incrédule.
- Tu es vraiment en train de me parler de Marvel ? Ici ? Ce soir ?
- C'est juste une question, se défend-il.
- Un endroit comme ça donc ? Non... Marvel a préféré commander des pizzas pour qu'on reste sagement chez lui. Cachés...
Notre dialogue est coupé par le serveur qui nous amène deux coupes de... de champagne ? Je secoue la tête mais ne dit rien. Peeta tend sa coupe vers moi.
- A quoi veux-tu trinquer ? je demande.
- Je propose... à notre découverte mutuelle ?
- Si tu veux...
Quand nos coupes s'entrechoquent, nos doigts se frôlent et c'est comme si ma peau me piquait là où il l'a touchée. Pour ne pas laisser ce trouble visiblement partagé s'éterniser, je le relance sur un sujet qui le mettrait mal à l'aise, du moins je le crois.
- Dis-moi Peeta, qu'est-ce qu'on t'a raconté l'autre soir ? A mon sujet et celui de Marvel ?
Il manque de s'étouffer avec le champagne – que je trouve très bon, bien que je n'y connaisse pas grand-chose. Mais il me répond avec un naturel confondant :
- Que vous aviez passé la semaine à vous envoyer en l'air comme des bêtes toute la sainte journée.
- Oh c'est tout ? je lui rétorque d'un ton badin.
Je suis persuadée qu'on ne lui a pas dit que ça. J'ai bien envie de voir jusqu'où il peut garder son calme en parlant de sexe.
Et j'en fais les frais quand il me répond :
- Si tu es si curieuse... on m'a soufflé aussi que tu en redemandais. Tout le temps !
Bien, un point pour toi Peeta Mellark, tu m'as fait rougir.
Je le découvre, il a totalement raison sur ce point. Je l'avais toujours imaginé comme un garçon bien sage et propre sur lui, dans le genre pudibond. Parler de mon appétit sexuel ne semble nullement le gêner, et il me lance un sourire espiègle au-dessus de la salade que le serveur lui apporte. La même que moi tiens donc... Il essaye de se mettre à mon niveau ?
J'attends que le serveur – sur une courbette – s'en aille pour répondre :
- Laisse-moi rétablir la vérité. D'un, nous avons effectivement passé une semaine chez lui, mais pas tout le temps, puisque je travaille, moi. De deux, pas comme des bêtes, Marvel Sanford ne tient pas la cadence. Et de trois, je n'en redemandais pas, oh non, je me consolais plutôt en me disant qu'il n'y a pas que le sexe dans la vie. Malheureusement, il en aussi peu dans le caleçon que dans la tête...
Mes révélations l'amusent et ses yeux pétillent. Je me penche vers lui et lui murmure comme une conspiratrice :
- Par contre, je ne démens pas ce qu'il dit sur mes performances, je ne me permettrai pas, qui suis-je pour me juger ?
Balle au centre, il finit par rougir, et son regard se trouble. Ma conscience me souffle que ce n'est pas vraiment malin de l'allumer comme ça. Mais ça m'amuse. Surtout quand je le vois bouger sur sa chaise pour trouver une position plus confortable. Je n'ai pas souvent l'occasion de jouer ce rôle-là.
Nous mangeons nos salades en silence – c'est délicieux, je le reconnais – car il n'a rien à rajouter. C'est quand le serveur revient nous débarrasser et nous tend la carte des plats que Peeta retrouve une certaine maîtrise et me dit :
- Marvel est un incroyable imbécile.
Je le regarde par-dessus ma carte pour lui répondre :
- Ce n'est pas une nouveauté, pourquoi tu dis ça ?
Je ne vois aussi que ses yeux bleus amusés quand il me répond :
- Parce qu'il n'a pas su voir quelle fille incroyable tu es.
.
.
.
Oui je sais, c'est un peu cucul hein ? Que voulez-vous, je suis dans ma période romantico-nunuche !
Merci de m'avoir lu !
