Et hop, un nouveau chapitre très attendu. Le suivant va suivre très vite !
LilyRose, voilà la suite que tu voulais^^
Bonne lecture !
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Un garçon troublant
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- Incroyable, moi ? je m'étonne en rougissant. Arrête de dire des âneries...
- Je ne te mens pas Katniss. Je suis quelqu'un de très franc.
- Et comment tu sais que je suis incroyable ? C'est Delly qui t'a fait mon portrait ?
- Non, je te regardais beaucoup, à l'école, sauf que tu ne le voyais pas.
- Je me demande bien pourquoi, je réponds d'un ton sec, en tendant la carte au serveur et passant ma commande.
Il ne répond pas, occupé à commander le vin d'un ton assuré. Il sait ce qu'il veut, je ne le savais pas calé en œnologie. Le voir si sûr de lui en parlant Château et Grand Cru m'impressionne. Il me fait l'effet d'un homme sûr de lui, mais pas pédant, contrairement à pas mal d'hommes d'affaires – qui viennent souvent de la Mellark Compagnie d'ailleurs – que je vois passer à l'Arène. Quand il s'adresse au serveur, aucune trace d'affectation face à la servilité constante que tout le monde croit lui devoir. En tant qu'héritier Mellark, il a du pouvoir, et pourrait mal l'utiliser. Mais il n'en fait rien. Peeta Mellark est quelqu'un d'humble. Et je sens une sourde admiration me remuer, que j'essaye d'étouffer en regardant ailleurs. La tête dans les nuages, Peeta est obligé de toucher le dessus de ma main pour me faire réagir. Je la retire brusquement et Peeta s'excuse :
- Pardon, tu étais dans la lune.
- Nan c'est pas grave je... c'est... rien.
Qu'est-ce que je pourrais répondre ? Que je suis embarrassée de trouver sa peau douce ?
- Tu disais ? je le relance pour essayer de faire disparaître la boule dans ma gorge.
- Je disais que t'étais fascinante dans ton genre.
- Oh, et c'est quoi mon genre ? je rétorque.
- Le genre fascinant... répond-il avec un sourire.
- Je veux peut-être avoir le dernier mot, mais toi t'as toujours réponse à tout, hein ?
Il éclate de rire et mon estomac fourmille. Puis il porte son attention sur le vin qu'on lui apporte et qu'il goute d'un air de connaisseur.
- Ca te va un Bordeaux Katniss ?
- Ben... oui probablement, je réponds en m'attirant un regard de pitié du serveur.
Quoi ?! j'ai envie de lui dire. A l'Arène, ce n'est pas moi qui m'occupe des vins, mais Cecelia. Je me contente de servir des cocktails et de l'alcool fort sur lequel Effie applique une marge scandaleuse, et parfois du champagne dont je ne connais que le prix mirobolant. Mon père buvait du vin parfois, mais j'étais trop jeune pour qu'il m'en fasse gouter, et sur ma liste de courses, s'il y a bien une chose dont nous pouvons nous passer, c'est le vin.
Le serveur rempli mon verre et celui de Peeta puis s'en va. Je trempe mes lèvres dans le vin en regardant Peeta qui s'esclaffe :
- Pourquoi tu me regardes comme ça ? Si tu n'aimes pas c'est pas grave, j'en commande un autre.
Vu le prix que doit coûter cette bouteille, sa remarque me fait le même effet que s'il me disait "tu n'aimes pas notre voiture ? C'est pas grave, allons en acheter une autre !".
J'avale ma gorgée et réponds :
- Non c'est très bon, c'est juste que tu me mets la pression avec tes questions sur le vin et tes airs de connaisseur.
Il éclate de rire à nouveau puis me dit :
- Je veux pas te mettre la pression, c'est pas le but. Je suis ravi de te faire découvrir de bons vins.
- C'est pas difficile je n'y connais rien.
Il se penche légèrement, comme s'il trouvait ma réponse intéressante au lieu d'être insultante.
- Et tu connais quoi Katniss ?
- C'est quoi cette question, tu me prends pour une débile ? je rétorque un peu violemment.
Il soupire et me fais un léger reproche :
- Katniss, détends-toi... Je n'insinue rien de dégradant, tu prends tout de travers.
- Tu n'as qu'à mieux formuler tes questions ! je me défends.
Je sais pourtant qu'il a raison, je suis sur la défensive, et j'interprète ses phrases comme ça m'arrange. Mais je me sens si peu à ma place dans ce restaurant que je suis tendue.
- Bien, reprend patiemment Peeta. Donc Miss Everdeen, quelles sont tes passions, tes centres d'intérêts ?
Je repense à ce que m'a dit ma mère et je souris, ce qui fait réagir Peeta :
- Qu'est-ce que j'ai dit de drôle ?
- Rien...
Le serveur nous interrompt en amenant nos plats. Je constate que Peeta a encore pris la même chose que moi, du ragoût d'agneaux aux pruneaux.
- Tu me copies ? je le taquine.
- Même pas ! Promis je n'avais pas entendu ta commande.
Je hausse les épaules et prend une bouchée qui me fait gémir de bonheur. Mon plaisir rend visiblement Peeta heureux et je lui accorde cette satisfaction. Puis je réponds à sa question initiale :
- Mes passions alors ? Je n'ai pas le temps d'avoir des passions Peeta, je travaille trop.
- Tant que ça ?
- Tant que ça. J'ai une famille à aider tu sais, c'est plus important que mes passe-temps.
- Ça devrait pas, s'indigne Peeta.
- Ce que tu es naïf...
Ma réponse le vexe et il avale quelques bouchées le temps de chercher ses mots.
- Ce n'est pas naïf de penser que c'est injuste.
- Non tu as raison, je concède. C'est humain.
Je lui souris gentiment. Puis il balbutie :
- Tu sais, au lycée...j'aurais voulu t'adresser mes condoléances quand ton père est... décédé. Mais je savais pas quoi dire et...
- Peeta Mellark, es-tu sûr d'être un pro de la communication ? je le coupe en posant mes couverts.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce que pour quelqu'un dont c'est le métier, je te trouve déplorable. Tu m'invites au restaurant en essayant de me contacter via ta secrétaire, tu commences le repas en parlant de mon ex, et tu continues en évoquant la mort de mon père. Pardon, mais c'est plutôt moyen pour essayer de devenir mon ami.
Il passe une main dans ses cheveux, les yeux baissés. J'ai peur d'avoir été trop dure, mais il faut dire qu'il est d'une maladresse rare !
- Peeta, j'ai presque l'impression que je suis ton premier rendez-vous !
- Oh non, pas du tout, se récrie-t-il. J'ai emmené des tas de filles au restaurant...
Le ton qu'il emploi est amer et je l'encourage :
- Mais ?
- Ces filles... de vraies dindes. Le genre que ma mère adorerait avoir pour belle-fille. Du genre de Glimmer tu vois.
- Oh oui je vois...
- C'est facile de passer une soirée avec elles. Elles n'arrêtent pas de parler, pas besoin de poser des questions. Elles radotent, sourient à tout et n'importe quoi, et rient à mes blagues les plus foireuses. J'ai trouvé ça avantageux au début, c'était tellement simple, je pouvais les ramener chez moi en un claquement de doigt. D'ailleurs si tu veux te venger, sache que Glimmer est une vraie étoile de mer... Une étoile de mer de Capitol peut-être, mais une étoile de mer quand même !
J'éclate de rire, bien contente d'avoir une arme à utiliser contre elle la prochaine fois, et je suis aussi touchée. La réflexion de Glimmer de l'autre soir ne l'a pas amusé. J'en suis soulagée.
- Je pourrais dire de qui je tiens l'info ? je lui demande avec excitation.
- Quoi ? s'affole-t-il.
- Oh Peeta sois sympa, tu n'imagines pas la honte de se faire traiter de mauvais coup par un Mellark, ce serait savoureux !
Autant que ce ragoût que j'engloutis entre deux phrases. Mais le regard de Peeta s'assombrit un peu :
- Ben tu vois c'est tout le problème. Mon nom. Les gens n'en ont qu'après mon nom de famille.
J'ai bien envie de répondre qu'il y a pire dans ma vie comme problème mais me retiens in extrémis. Ce ne serait vraiment pas sympa, j'ai l'impression qu'il me confie quelque chose dont il ne parle pas beaucoup.
- Je sais ce que tu penses, y'a pas de quoi se plaindre...
Oups, aurais-je pensé trop fort ?
- Mais bon, j'aimerais avoir une identité bien à moi parfois. Juste Peeta. Et pas Peeta Mellark.
- C'est pour ça que tu voulais me revoir ? je lui demande avec humour. Parce que je me moque de ton nom ?
- Un peu ouais...
Nous nous remettons à manger, puis il reprend doucement :
- Mais pas que. Tu sais... j'ai passé pas mal de temps à essayer de trouver le courage de te poser des questions, en primaire, et au lycée. Te connaître. Tu m'intriguais.
- Je fais donc si peur que ça ? je plaisante.
- Non, mais quand je me suis décidé à venir te voir, ton...
- ... mon père est mort, je finis pour lui.
- Ouais, et j'ai pensé que tu aurais pas la tête à rencontrer de nouvelles personnes, que tu te sentirais... agressée ?
- Pas faux, je réponds. Je n'étais pas de très bonne compagnie, si tant est que je le sois en général.
- Tu es de très bonne compagnie ce soir, s'insurge-t-il en me souriant.
- Tu n'es pas sérieux, j'ai pas arrêté de t'envoyer sur les roses !
- Peut-être que je suis le genre à aimer ça ? me taquine-t-il.
- C'est parce que tu manques de point de comparaison. Il y a des tas de nuances qui existent entre des dindes comme Glimmer et moi.
- Je me moque des autres nuances.
Je me sens mal à l'aise devant cette allusion. Cette façon de me faire comprendre qu'il n'y a que moi qui l'intéresse. Ca éclaire les choses d'un jour nouveau, ou plutôt, ça me force à ouvrir les yeux sur quelque chose que j'avais compris, au fond. Peeta Mellark en pince pour moi. Incroyable !
Le serveur revient à point nommé pour interrompre cet échange gênant.
- Un dessert ?
- Non merci un café, je réponds.
- Déjà ? s'attriste Peeta.
- Je suis crevée Peeta, j'ai bossé toute l'après-midi, je voudrais rentrer.
- Pas de problème, accepte-t-il. Deux cafés et l'addition, merci.
Le diligent serveur court pour répondre aux souhaits de Peeta Mellark et nous ramène notre commande avant qu'on ait le temps de discuter de mon envie de partir. Je bois rapidement mon café brûlant pendant que Peeta fait de même et tend une carte bancaire noire et argent au serveur ainsi qu'un gros billet.
Puis je me lève et Peeta se dresse d'un bond pour venir reculer ma chaise. Je sens sa présence dans mon dos, et son souffle dans ma nuque. Mon ventre se serre un peu.
- C'est joli, ce que tu as fait avec tes cheveux, me complimente-t-il à voix basse.
- C'est qu'un ruban... je réponds, gênée.
Nous regagnons l'entrée et Peeta récupère ses clefs de voiture contre un autre gros billet. Le temps s'est rafraichi et une bruine désagréable s'est mise à tomber. Après la chaleur étouffante du restaurant, j'ai froid.
- Je te ramène ? propose Peeta.
- Non c'est bon je vais... je vais attendre le bus de nuit.
- Ne dis pas de bêtise Katniss, il pleut.
- Non, ça va te faire faire un détour...
Vraiment, j'ai encore moins envie qu'il voit l'endroit où je vis après une soirée dans un lieu pareil ! Et je pense qu'il le comprend.
- Je peux te déposer à l'entrée de La Veine si tu préfères, tente-t-il.
Et je suis tentée. Il pleut, j'ai froid, et un coup d'œil à l'horloge du restaurant m'apprend que le prochain bus ne passe pas avant quarante-cinq minutes. Et puis Peeta sait parfaitement d'où je viens.
- D'accord, je capitule, mais à l'entrée alors.
Je monte dans sa voiture et soupire en profitant de la chaleur de l'habitacle. Peeta n'allume pas la radio, et c'est en silence que nous faisons une partie de la route. Puis il me demande tout-à-trac :
- J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?
- Pardon ?
- Au restaurant ?
- Pourquoi tu dis ça ?
- Une impression.
- Non ça va, j'élude.
Il passe une vitesse et ses doigts effleurent ma main gauche posée sur l'accoudoir en cuir à côté du levier. Je ne retire pas ma main, et je le vois regarder ma réaction du coin de l'œil. Mais je fixe mon regard sur la route qui défile et les lumières vives de la ville. Puis je sens ses doigts bouger un peu, comme une caresse. Enfin pas comme, car c'en est clairement une, qui réveille des picotements au niveau de mon plexus solaire. Je m'en veux de me montrer si sensible à sa tentative de rapprochement, mais sa peau est si agréable que je n'ai aucune envie que ça s'arrête. Et c'est assez innocent non ? Ou si ça ne l'est pas, quel mal y'a-t-il à en profiter un peu ? On n'a jamais tenté de me séduire de cette manière. Il n'y a eu aucune séduction entre Gale et moi, quant à Marvel, c'était plus du genre lourdingue attachant. Sans parler de Cato ou d'autres clients aux méthodes contestables. La douceur, et la tendresse venant d'autres personnes que ma sœur et ma mère, c'est inédit, et agréable.
Je le laisse donc continuer pendant que nous nous rapprochons de chez moi. Petit à petit, l'environnement change, les bâtiments sont moins beaux, moins bien entretenus, puis carrément vétustes une fois qu'il s'arrête devant l'avenue principale de La Veine.
Il retire sa main pour couper le moteur, se racle la gorge et se tourne vers moi.
- Tu es sûre que tu ne veux pas que je t'amène devant chez toi ? Tu sais je m'en moque.
- C'est bon, c'est pas loin, je réponds en détachant ma ceinture.
- Tu n'as pas de veste Katniss, tu vas attraper froid.
- Je suis solide, je rétorque.
- Prends au moins la mienne, me propose-t-il.
- Peeta non !
- Arrête de tout discuter, ce n'est qu'un prêt ! Et ce sera une bonne occasion pour te revoir.
Il se détache et se contorsionne pour retirer sa veste. Puis il se penche pour la passer sur mes épaules, et en l'y plaçant, il profite pour laisser ses doigts caresser mon bras sur toute sa longueur. Mes poils de dressent sur leur passage et ma respiration s'accélère. Je le vois distinctement s'approcher un peu plus pour tenter de m'embrasser, je tourne le visage vers la vitre et ses lèvres tombent sur ma joue gauche. Je l'entends doucement rire puis il me souffle :
- Quand je disais que tu n'étais pas facile à approcher.
Sa voix douce et grave provoque un délicieux frisson qui court le long de ma colonne vertébrale. Bon sang que je suis niaise ce soir, on dirait Prim !
Je ne sais pas quoi répondre et donc ne dis rien, appuyant sur la poignée de la porte pour sortir de la voiture.
- Katniss, on se revoit bientôt ? me demande-t-il timidement mais avec espoir.
- Je sais pas... je réponds lentement.
- Au moins pour la veste, me dit-il.
- Ah parce qu'elle manquera à ta garde-robe ? Tu n'en a pas cinquante des comme ça ? je réplique, légèrement énervée.
Je ne maîtrise pas bien la situation, et je déteste quand les choses m'échappent. Comme mes mains qui ont très envie d'aller caresser les cheveux de Peeta.
- Des vestes que tu auras porté j'en aurai qu'une, c'est précieux, répond-il sans relever ma remarque blessante.
Il est gentil Peeta, et patient, je dois le reconnaître.
- On verra, on pourra peut-être continuer à apprendre à se connaître oui, je réponds prudemment.
Je n'ai pas le temps d'entendre sa réaction que je sors et claque la porte. A pas rapides, je cours presque vers chez moi et suis certaine qu'il ne démarre qu'une fois que j'ai passé le pas de ma porte quelques minutes plus tard.
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Oh bon sang c'est d'un niais, ça fait du bien d'écrire ça !
Merci de m'avoir lu !
