Et voilà le dernier chapitre officiel ! (y'aura un bonus juste après histoire de se poiler).
Ca a bien occupé ma semaine de RTT, et vous avez été de chouettes lecteurs, faudra que je refasse ça un jour !
LilyRose : Katniss restera toujours Katniss :)
Bonne lecture !
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Un Garçon amoureux
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- Ca a pas l'air d'être la grande forme ma jolie, me dit Rooba à la fin de mes heures de travail.
- J'ai mal travaillé ? je réponds, sur la défensive.
- Absolument pas, je n'ai rien à te reprocher, juste qu'heureusement que tu n'étais pas à le vente, tu n'as pas le sourire.
- Ah.
- Tu as l'air fatigué, tu travailles ce soir ? me demande-t-elle.
- Ouais je reprends ce soir.
- Va prendre une douche en haut alors, Gale est là pour Janyce, et il est venu avec une demoiselle, la fille du directeur de Panem U je crois. Ça te fera peut-être du bien de voir des amis. Tiens, ton salaire.
- Merci Rooba, je réponds en empochant les dollars qu'elle me tend.
- Merci à toi, et souris un peu !
- Ouais ouais, je marmonne.
Je monte en trainant les pieds jusqu'au salon de Rooba où je tombe effectivement sur sa fille, Gale, et Madge Undersee. Celle-ci me sourit gentiment et je lui adresse ma grimace la plus convaincante. Elle est gentille Madge, pas du tout prétentieuse, toujours un mot aimable pour tout le monde. C'est bien que Gale la voit, il a besoin de stabilité et de douceur dans sa vie.
- Hey Catnip ! me salue-t-il.
- Salut Gale, je réponds mollement.
- La forme ?
- Pas trop.
Je me traine jusqu'à la salle de bain et je le vois du coin de l'œil me suivre après que Madge lui ai passé une main tendre dans le dos.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Je vois dans les yeux inquiets de mon meilleur ami qu'il se fait vraiment du souci pour moi. Je hausse les épaules, fataliste :
- Y'a des jours sans. Mais toi tu as l'air heureux. Elle est mignonne Madge.
- Carrément, répond-il en tripotant un beau foulard qu'il porte autour du cou.
J'observe le bout de tissus, d'une excellente qualité. Pas le genre de truc qu'il s'achète pour lui, trop superflu. J'ironise :
- Ça a pas l'air de te poser de problème d'accepter de beaux cadeaux de ta chérie, toi.
Il rougit un peu en touchant son foulard et grommelle :
- Ça lui faisait plaisir. Mais pourquoi tu dis ça ?
Il m'observe attentivement alors que j'enlève ma chemise et écarquille les yeux :
- Un homme aurait-il fait un cadeau à Katniss Everdeen ?
- On peut dire ça, j'élude.
- Vu ta réaction j'en conclut que tu as refusé. C'était quoi ? Non, mieux, c'était qui ?
- Tu es bien curieux, je râle. C'est pourtant pas ton genre les potins.
- Je suis curieux quand ma meilleure amie a l'air triste, rétorque-il.
- Tu devrais retourner dans le salon, je suis pas sûre que Madge apprécie te savoir avec moi ici alors que je suis presque nue.
- Allez, vends la mèche Catnip !
Je ronchonne en retirant mon pantalon et souffle :
- Peeta Mellark.
Gale siffle d'admiration :
- Ah ouais ?! Et après tu me taquines avec Madge ?
- Oh ça va hein.
- Et qu'est-ce qu'il t'a offert ? demande-t-il, curieux.
- De m'entretenir.
- Hein ?!
- Que j'arrête de bosser, de payer mes factures, ce genre de choses... j'avoue, énervée.
- Le crétin ! lâche-t-il.
- Hey ! je m'insurge en lui pinçant le bras.
- Quoi ? C'est pas vrai peut-être ? Faut être crétin pour te proposer ça, à toi !
- Oui mais il n'y a que moi qui peut le traiter de crétin, je rétorque stupidement.
Mon raisonnement tordu ne le trompe pas et il me toise, dubitatif :
- Ça te ressemble pas ça. D'habitude, quand tu trouves quelqu'un débile, dans le genre Cato, ça ne te gêne pas que tout le monde le pense et le dise.
- Ouais mais...
- Mais rien, t'es en colère, et je comprends, mais tu l'aimes bien quand même ? Je me trompe ?
Je fais la moue et n'arrive pas à trouver de répartie. D'où il sort cette compréhension des sentiments des autres, lui ? Il n'y comprend rien d'habitude, et d'un coup, il me donne des conseils ?
Je le pousse et le met dehors :
- Bouge de là va, je vais me doucher. Salut.
Et il s'en va en éclatant de rire.
Le traître.
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- Pas la forme chérie ? me demande Haymitch Abernathy après avoir vidé son troisième whisky.
- Pas trop non, je réponds avec une pointe d'énervement.
- Pourtant c'est une grosse soirée ce soir ?
- Ouais... The Quell, je dis avec emphase.
Tous les ans en juin, Effie organise une grosse soirée surnommée The Quell, avec un DJ célèbre, Havensbee P. Le bar est toujours rempli, les profits sont énormes, les pourboires aussi. Mais je n'ai pas vraiment la tête à ça.
- Tu as des cernes plus creusés que les miens, continue Haymitch, ce qui n'est pas un compliment. Tu diras à Trinket que ça sert à rien de te donner des congés si c'est pour que tu reviennes dans cet état !
Les congés oui...
Dimanche, Effie s'est brusquement souvenue qu'elle nous devait quelques jours de congés légaux. Elle m'a donc annoncé avec un grand sourire qu'elle m'accordait cinq jours de congés payés, moi la première car elle était certaine que "je serai ravie d'avoir du repos pour profiter de mon riche amoureux". Crétine.
Je n'ai pas l'habitude d'être payée à ne rien faire, alors j'ai beaucoup travaillé pour Rooba, pour m'occuper. Me laisser gamberger n'était pas un service à me rendre, pas en ce moment. Je dors déjà assez mal.
L'avantage, c'est que je n'ai pas eu affaire à la bande de Cato. Mais ils ont payé une fortune ce soir pour réserver la meilleure table, et ils ne vont pas me louper, c'est clair.
- Vous savez quoi monsieur Haymitch ? Vous lui direz vous-même, un soir où vous la verrez en tête-à-tête !
Mon ivrogne préféré me regarde avec de grands yeux surpris puis s'insurge :
- N'importe quoi ? Qu'est-ce que tu insinues ? D'où tu tiens ça ?
- Je réfléchis parfois, je réponds avec insolence.
- Ouais, ben arrête ça hein, c'est pas bon pour la santé. Et ressers-moi.
Je m'exécute aimablement pendant qu'il m'observe avec attention. Puis il déclare :
- Tu fais la gueule, tu dors mal, tu fais aucun effort vestimentaire...
- Hey !
- T'as un chagrin d'amour Katniss, annonce-t-il avec certitude.
Comme avec Gale plus tôt, je me retrouve bêtement muette. J'attrape un verre humide que je me mets à essuyer pour regarder ailleurs. Mais Haymitch s'enchante :
- Je savais que j'avais raison !
- Oh ça va la psychologie de comptoir hein ! je réponds. Concentrez-vous sur votre whisky !
Heureusement, ou malheureusement c'est à voir, Johanna débarque, le souffle court.
- T'es en retard Jo, Effie va te trucider !
- Hey tu peux parler la vacancière, tu crois que c'est qui qui s'est coltinée tes heures pendant tes congés, lâcheuse !
Elle file poser son sac, et revient en courant vers moi :
- T'as pas l'air en forme !
- Qu'est-ce que je disais ? rajoute Haymitch.
- Vous me gonflez avec vos remarques sur ma tête de déterrée !
- Oh, on se calme ! répond Johanna.
Elle penche la tête pour me regarder, puis un sourire espiègle se dessine sur ses lèvres :
- Katniss Everdeen, qu'est-ce que tu as fait de tes nuits ces derniers jours ?
- Hein ? Rien, j'ai juste mal dormi.
- Bien sûr... Tu crois qu'Effie a pas répété à qui voulait l'entendre qu'elle t'a vu avec Mellark l'autre soir ? Bras dessus, bras dessous ? Et comme sa voiture est toujours sur le parking, je me dis que vous avez du passé tellement de temps au pieu que vous êtes même pas sorti de chez lui !
- N'importe quoi ! je m'insurge en lui tournant le dos.
La vérité, c'est que Peeta n'a pas osé venir chercher sa voiture. Par peur de me croiser ?
Johanna n'insiste pas tout de suite, et attend que nous soyons à l'écart en train de nettoyer des tables pour me relancer :
- Allez Katniss, raconte !
- Y'a rien à dire, je réponds avec mauvaise volonté.
Mon portable vibre dans ma poche, et je l'en sors sous le regard surpris de Johanna :
- Effie te tuera si elle voit que tu le gardes avec toi. Pourquoi tu le gardes avec toi d'ailleurs ? Tu attends des nouvelles de... quelqu'un ?
Je ne l'écoute pas et lit avec stupéfaction un message de ma mère. "Peeta Mellark est passé à la maison voir si tu allais bien."
Je me cache dans un coin pour répondre : "Tu l'as laissé RENTRER CHEZ NOUS ?". Elle me répond quelques secondes plus tard "Non, mais il avait l'air malheureux de ton silence. C'est un garçon charmant."
Je ne réponds pas et ronchonne dans mon coin. Quand je pense qu'il a osé venir chez moi, alors que je refusais qu'il voie ma maison ? Les interdits ne sont décidément pas pour les Mellark, ils se croient tout permis ! Et mon silence ? Le mien ?
Je crois que je garde mon téléphone sur moi par masochisme. Peeta m'a inondée de textos pendant trois jours, le matin, le midi, le soir, parfois la nuit, jusqu'à ce que je lui réponde de me laisser tranquille. Ce qu'il a immédiatement fait, cultivant un silence radio culpabilisant. Depuis, je relis ses messages plusieurs fois par jour, je m'énerve, je soupire, mais je ne les efface pas. J'attends d'autres messages que je lui ai demandé de ne pas m'envoyer. Qu'est-ce qui cloche chez moi ? Qu'est-ce qui cloche chez lui ? Il ne se manifeste plus mais vient jusque chez moi ?
Sans que je ne l'ait vu venir, Johanna me pique mon téléphone pour lire les messages de ma mère, et sa bouche s'ouvre d'étonnement.
- Qu'est-ce que t'as fait ce pauvre Mellark pour qu'il vienne jusqu'à La Veine te chercher ?
Johanna est peut-être une personne fantasque qui aime parler d'histoire de fesses comme si elle parlait de la météo, mais elle sait faire parfois preuve d'empathie. Ce soir, sa curiosité n'est pas entièrement égoïste, et finalement, je me confie. Je lui raconte du bout des lèvres que j'ai passé la nuit chez lui et ce qu'il m'a proposé, mais au lieu de la choquer, cela l'amuse beaucoup :
- Il est toujours aussi maladroit ce garçon !
- Tu appelles ça de la maladresse ? C'est un total manque de respect !
- De respect ? me répond-elle avec un grand sourire. Comme tu y vas ! Katniss, tu veux connaître mon avis ?
- J'ai bien envie de dire non, mais tu n'en auras rien à faire, je marmonne.
- Exact ! Bref, moi je pense que ce garçon est juste très amoureux !
- Hein ? Amoureux ?
Je commence à paniquer, parce qu'au fond, je sais qu'elle n'a pas tort. Et cela m'effraie.
- Ouais, raide dingue de toi, insiste-t-elle, du coup, il dit pas mal de bêtise, mais à mon avis, il voulait pas te blesser. Et toi au lieu de lui expliquer calmement les choses tu t'énerves, comme toujours !
- Parce que tu es un modèle de calme toi ?
- Peut-être pas, mais j'aurais pas claqué la porte avant de lui laisser le temps de s'expliquer !
Je reste silencieuse, parce que je n'ai rien à dire, aucune excuse. Parce que je sais que j'aurai du lui laisser une chance de s'expliquer. Mais que partir comme une voleuse était aussi une bonne excuse pour ne pas assumer. Et assumer quoi ? Que Peeta Mellark était plus qu'un coup d'un soir ? Que je suis trop fière pour revenir en arrière ?
Heureusement, un des avantages de Johanna, c'est qu'elle n'aime pas assez les sujets sérieux pour en parler des heures et fini toujours par en trouver un plus trivial :
- Et sinon, il est comment au lit ce Peeta ?
- Jo !
- Allez, sois cool, si tu veux pas admettre certaines choses, partage au moins les détails croustillants !
Elle me sort son grand sourire enjôleur et salace – il n'y a qu'elle pour conjuguer ses deux choses dans un simple sourire – pour me faire parler. Et comme elle est bien la seule à qui je peux confier ce genre de chose, je finis par répondre avec un air rêveur :
- Oh mon dieu Jo, il est... fantastique...
- Haha, il cache bien son jeu ! Fantastique comment ?
- Les filles ! nous coupe Effie à l'autre bout de la salle. La soirée commence !
Et la musique de DJ Havensbee P éclate dans nos oreilles.
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Avoir parlé à Johanna ne m'a pas fait retrouver totalement le sourire, et malheureusement, cela n'échappe pas à Cato et sa bande, arrivés il y a une heure. Glimmer me regarde depuis plusieurs minutes avec ses yeux perçants, et je sens arriver la vacherie à dix kilomètres.
- Hey Everdeen, Trinket nous a dit que tu avais revu Mellark l'autre soir !
- Effie l'a dit à tout le monde, je rétorque, c'est pas un scoop !
Je leur sers les cocktails qu'ils ont commandés en espérant qu'elle va se contenter de ma réponse, mais je sais que je peux rêver.
- Y'a une amie à moi qui m'a répétée qu'elle vous avait croisés main dans la main super tard vers chez lui... continue-t-elle.
- Et ?
- Et ça veut dire que tu es encore allée coucher avec un riche, parce que tu n'es qu'une petite opportuniste !
J'encaisse l'attaque plutôt facilement, ce qui m'étonne connaissant mon état. Peut-être parce que tout ce qu'elle peut dire ne peut pas entacher les souvenirs de cette nuit-là ? Des souvenirs si intenses qu'ils m'obsèdent la nuit et m'empêchent de dormir ?
- Si tu le dis, je réponds.
- Dis donc Katniss, on t'a connu plus vindicative, s'étonne Cato.
- Peut-être parce que vous ne changez jamais de registre d'insultes ? je propose. Ça devient lassant, je suis habituée.
- Ou peut-être parce que tu l'aimes ? suggère Clove avec méchanceté.
Cette fois-ci, l'insulte m'atteint de plein fouet, et je ne peux pas m'empêcher de blanchir. Je ne connais pas la réponse à cette question, ce qui est problématique, car après mon départ en trombe de chez lui, je devrais hurler automatiquement que non, je n'aime pas Peeta Mellark.
- On aurait touché un point sensible Katniss ? me demande Marvel avec un sourire mauvais.
- Pas toi, malheureusement, je rétorque vivement.
Il n'apprécie pas ma remarque, mais Clove intervient avant qu'il ne réponde :
- Soit pas fâché Marvel. Parce qu'à mon avis, Mellark a été aussi malin que toi, il l'a laissé tomber !
- Qu'est-ce qui te fait croire ça ? je réplique, un peu paniquée.
- C'est écrit sur ta vilaine tête, répond-elle avec délectation. Je connais un peu Peeta, c'est un romantique, et s'il était amoureux, c'est avec toi que je l'aurais croisé en ville y'a trois jours, et pas tout seul au resto.
- Je travaille, je lui rappelle, même si c'est un concept qui t'échappe !
- Tu bossais pas cette semaine, on t'a pas vu. En plus, si tu sortais encore avec Mellark, tu profiterais de son fric et tu travaillerais plus ici, c'est sûr. Et tu es là, ce soir, avec tout ton petit malheur puant que tu traines derrière toi.
Je me donne beaucoup de mal pour ne pas lui montrer qu'elle a visé juste. Bien sûr, sa conclusion est mauvaise, mais elle a tous les éléments de ma vie sentimentale en main. Sa méchanceté lui sert d'intelligence.
Et j'échoue lamentablement à cacher la vérité.
- Clove a raison, s'enchante Glimmer. Il t'a laissé tomber ! Encore plus vite que Marvel, tu perds la main Katniss ?
Je ne sais pas quoi répondre, qu'est-ce que je pourrais dire sans m'enfoncer encore plus ?
- De vraies détectives les filles, s'exclame Cato. Alors pour fêter vos talents, je propose qu'on fête ça autour d'une bouteille de champagne... avec les frères Mellark !
- Oh oui, invitons les Mellark ! s'écrire Glimmer en tapant des mains, impatiente. T'as pas envie de revoir Peeta Katniss ?
Et toute la tablée se met à scander "Mellark, Mellark !" en sortant leur téléphone pour les appeler. Je flageole sur mes jambes et appelle silencieusement au secours Finnick, qui hausse les épaules et sort son propre téléphone pour en rajouter une couche.
L'humiliation sera totale.
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Je fuis, derrière le bar, vers d'autres tables, d'autres clients, mais je ne peux pas m'empêcher de jeter un oeil à la table de Cato, pour voir si son invitation a été acceptée. J'essaye de me persuader que non, Peeta n'aime pas sortir, et qu'il ne viendra pas. En même temps, s'il est capable de s'inviter chez moi, pourquoi ne viendrait-il pas me débusquer ici ? Et pourquoi viendrait-il, alors qu'il n'envoie plus de messages ?
Discrètement, je regarde mon téléphone qui reste désespérément muet. J'ai la tête ailleurs, je multiplie les erreurs de commande, je renverse des verres. Effie m'engueule, promettant de retirer le prix des verres renversés de ma paye, mais les clients sont plus coulants, heureusement.
Et alors que je me dis que tout danger semble écarté, j'entends un cri de joie venir de la table de Cato, et celui-ci hurler :
- Madame Trinket ! Everdeen !
Je ne peux pas vraiment refuser d'y aller, pas alors que ma patronne me lance un regard appuyé pour que je la suive. Je traîne les pieds et entend alors ce que je craignais :
- Madame Trinket, je sais qu'il faut réserver pour cette soirée, mais les Mellark et leurs amis aimeraient venir, vous pouvez faire une exception ?
- Mais bien sûr ! pépie Effie. On va vous installer une autre table, et vous vous serrerez un peu, n'est-ce pas ?
- Pas de soucis madame Trinket, répond Cato, mielleux. Et vous pouvez affecter Katniss à notre table, comme la dernière fois ? Je sais qu'il y a beaucoup de monde, mais nous allons être nombreux, il nous faudra quelqu'un de très présent pour nous amener nos nombreuses commandes...
Effie se dandine de plaisir devant la perspective de tels profits.
- Et Katniss connait bien les Mellark, hein Katniss ? rajoute Clove avec un sourire méchant. Elle est la mieux placée pour nous servir.
- Evidemment, évidemment, acquiesce Effie. Katniss, installe une table pour les prochains arrivants.
Elle me traîne quelques mètres plus loin et rajoute :
- Et arrête d'être maladroite, fait-ça bien ! Tu pourrais sourire un peu !
Alors je m'occupe de l'arrivée des Mellark en essayant de me couper des moqueries particulièrement cruelles de Cato et ses amis. Johanna est débordée avec d'autres tables et ne peux m'être d'aucun secours, à part un regard désolé de temps en temps.
Et comme le temps ne va pas s'arrêter parce que je le souhaite, le clan Mellark arrive, accompagné des mêmes amis que la dernière fois. Comme la dernière fois, je prends leur manteau sans les regarder, mais ça ne m'empêche pas de reconnaître l'odeur de Peeta quand il s'approche. Il ne dit rien, et je finis par lever les yeux vers lui. Une seconde trop tard, car s'il me regardait, ses yeux bleus sont maintenant fixés sur autre chose. Mon cœur se sert.
Les nouveaux venus s'installent, Peeta à côté de Finnick avec qui il entame une discussion qui semble sérieuse. Son attention concentrée ailleurs, il ne me voit pas lui lancer de nombreux regards, mais cela n'échappe pas à ceux qui m'observent avec une joie malsaine.
Cependant ils attendent que je revienne avec les commandes des nouveaux venus pour attaquer, Cato le premier :
- Alors Peeta, tu papotes avec Odair, mais je pensais que tu aurais plus de points communs avec Marvel !
Peeta l'observe avec un mépris à peine dissimulé qui ne semble pas le gêner. Cato n'a pas l'air le moins du monde embarrassé de faire des blagues de mauvais goût à un homme qui l'a empêché de me tripoter la dernière fois qu'ils se sont vus.
- Du genre ? demande Peeta d'une voix trainante que je ne lui connais pas.
- Si j'explique la blague, ce sera plus drôle, s'offusque Cato.
- Alors débrouille-toi pour en faire de meilleures, répond Peeta sèchement.
- Il voulait dire que vous vous êtes tous les deux fait Everdeen ! explique bêtement Glimmer.
Peeta la regarde avec consternation et lui dit :
- Glimmer, si, par le plus grand des hasards, on avait que ça à faire de parler de nos conquêtes communes pour comparer nos expériences, le sujet principal serait pas Katniss, mais toi. Tu veux qu'on compte dans combien de lits tu as fini ?
Glimmer blêmit de rage, et j'essaye de ne pas trop sourire. Je suis soulagée que Peeta ne rentre pas dans le jeu des autres, à savoir essayer de me faire pleurer. Et je m'amuse de voir Glimmer provisoirement dans ma situation, alors que Cato compte sur les doigts de sa main avec qui elle a couché autour de cette table.
Mes yeux croisent finalement ceux de Peeta, et je m'y accroche malgré moi, tout en luttant pour ne pas aller vers lui, le toucher, l'embrasser. C'est contre mon corps que je me bats, contre l'envie incontrôlable de serrer le sien contre moi.
Je trouve un compromis en me penchant vers lui pour déposer le verre de cocktail que Finnick a commandé pour lui. Notre échange silencieux est suivi par une dizaine de paires d'yeux avides, mais je m'en moque.
Il m'a manquée.
- Hey Katniss, les verres, ça avance ou on doit te laisser le temps de mouiller ta culotte ? me lance Cato.
Je crois qu'il n'aime pas se sentir exclu de quelque chose qui le dépasse, et qu'il est vexé que son petit jeu n'ait pas eu les effets escomptés. Sa remarque fait rire l'assistance, sauf Finnick qui grimace et Peeta qui sursaute.
Je lâche ses yeux pour finir de servir tout le monde avec des gestes un peu brusques que j'essaye de rendre moins violents quand Effie nous rejoint pour charmer tous ses prestigieux invités avec son babillage insupportable, et les encourager à aller danser sur la piste aménagée à cet effet.
Distinctement, je vois Glimmer se frotter à Peeta pour qu'il lui demande d'être sa cavalière dans le slow que le DJ vient de lancer. Et après, c'est moi qui suis une opportuniste ?
Peeta se lève, Glimmer aussi, pleine d'espoir, mais c'est à Effie qu'il s'adresse :
- Je peux vous emprunter votre serveuse Effie ?
Celle-ci bat des mains comme une enfant et piaille :
- Mais bien sûr monsieur Mellark. Katniss, va donc danser avec lui.
- Mais...
- Katniss, me coupe Peeta. Tu me fais l'honneur de cette danse ?
Il me tend la main, sous la stupéfaction totale de l'assistance, et je l'attrape en tremblant un peu.
Il m'attire sur la piste de danse plongée dans des lumières tamisées et investie par des couples enlacés. Puis il me serre avec force contre lui, sa main fermement plaquée dans mon dos, et plonge ses yeux dans les miens en se mettant à tourner. Il est plus grand que moi, et je me sens écrasée, mais délicieusement écrasée, compressée de la meilleure façon possible.
- Tu m'as manquée, commence-t-il.
- Je... qu'est-ce que t'es allé faire chez moi ? je demande en balbutiant un peu.
L'intensité de son regard réveille des souvenirs qui me troublent, et des picotements me parcourent de la tête aux pieds.
- J'avais envie de te voir, tu m'avais interdit de t'envoyer des messages.
- Je t'avais aussi interdit de venir chez moi, je rétorque doucement.
- Quand ? me demande-t-il. Tu refusais que je t'y ramène, pas que j'y aille seul.
- Tu joues sur les mots... je réplique d'une voix faussement énervée.
- Je sais, mais c'était la seule façon de te voir, s'excuse-t-il.
- Tu aurais pu venir ici, il y a toujours ta voiture.
- Je savais que tu n'étais pas là, révèle-t-il.
- Comment ? Tu me surveilles ?
- C'est Finnick qui me l'a dit.
- Ah...
On tourne quelques secondes et la main de Peeta dessine des cercles dans mon dos. Comme dans sa boulangerie, je n'ai plus conscience de rien à part lui et la musique. Pas d'autres danseurs, pas de regards ahuris de Cato et sa bande, juste lui et moi, et nos corps collés l'un à l'autre.
- C'est Finnick qui m'a convaincu de venir ce soir aussi, continue-t-il. Je voulais pas suivre mes frères, mais il m'a dit que tu passais pas une soirée facile et que tu aurais besoin de moi, peut-être...
- De quoi il se mêle ? je réponds, tout de même touchée par la gentillesse de Finnick Odair.
- Il t'aime bien.
- Et tu ne voulais pas venir ici alors que tu es allé voir ma mère ? C'est quoi la différence ?
- Je me suis dit que tu aimerais pas que je vienne te chercher sur ton lieu de travail, pas quand je t'avais proposé d'arrêter de travailler. Pas devant tout ce monde. Ta mère m'a dit que tu étais là, je comptais attendre la fin de ton service pour te parler, et j'ai reçu le message de Finnick. Alors j'ai pris le risque. Je sais combien Cato et ses amis peuvent être de vrais connards, je les ai vu faire une fois avec toi, je voulais pas que ça recommence. Tu mérites pas de les amuser comme si tu n'étais rien.
- Je vois...
- Katniss j'ai été trop con, pardon.
Ses yeux n'ont toujours pas lâché les miens, et je suis incapable de fuir son regard.
- J'aurais pas dû te proposer ça, c'est débile, je sais que tu n'es pas comme ça. Mais tu étais là, j'étais heureux, je n'avais pas envie que tu t'en ailles, alors j'ai parlé trop vite. Mais s'il te plait, ne me laisse pas tomber.
- Je...
- Tu m'en veux ?
Je finis par vouloir baisser les yeux, mais il ne me laisse pas faire. Un de ses mains attrape mon menton et il soulève doucement mon visage vers le sien.
- Tu m'en veux ? répète-t-il, inquiet.
- J'ai été idiote aussi, je murmure, et je vois ses yeux briller d'espoir. D'après Johanna, je corrige. J'aurais dû t'expliquer les choses calmement, pour que tu comprennes, j'aurais dû t'écouter mais je suis trop...
- Fière ? propose-t-il gentiment.
- Ouais, un truc du genre.
Ses doigts autour de mon menton bougent légèrement dans une caresse affreusement agréable. Il respire profondément et me demande :
- Katniss, tu es prête à m'écouter maintenant ?
- Oui, je réponds d'une petite voix.
- Fuis pas quand tu auras entendu ce que j'ai à dire, d'accord ?
- D'accord, je promets, la gorge serrée.
- Katniss je crois que je suis amoureux de toi.
Je m'arrête de danser et nous nous retrouvons face à face, immobiles, comme des idiots.
- Tu quoi ?
- C'est dingue je sais, mais c'est comme ça. Tu me rends fou, je ne pense qu'à toi, et je n'ai jamais été aussi heureux que pendant les heures que j'ai passées avec toi. Et je voudrais que tu sois heureuse, je voudrais que tu n'ai plus de soucis, plus le poids de ta famille sur les épaules, je voudrais que tu ne te tues plus au travail pour à peine vivre quand moi j'ai de l'argent à plus savoir qu'en faire, quand moi je pourrais t'offrir tout ce que tu souhaites et plus encore... Je voudrais te voir heureuse comme sur un terrain d'Archery, confiante en l'avenir, un avenir avec moi.
- Peeta... je murmure, émue.
Sa déclaration, c'est comme si mon sang s'était mis à circuler dans l'autre sens, et j'ai tellement le vertige qu'il me sert encore plus contre lui.
- Je te demande pas de me dire que tu m'aimes, et si tu ne n'aimes pas du tout, alors tant pis, je me serai trompé, je serai malheureux mais je te laisserai partir. Mais si tu penses, ne serait-ce qu'un peu, que tu pourrais t'attacher à moi, alors je te promets, je ferai tout ce que je peux pour te rendre heureuse. Je me mêlerai plus de tes travails, de ta maison, de tout le reste, je prendrai tout ce que tu voudras bien me donner.
J'ai les lèvres pincées, et je crois, à ma plus grande honte, que mes yeux se remplissent de larme. Qu'est-ce que je pourrais répondre à ça ?
J'ai envie de lui dire que je le pardonne, que j'oublie sa maladresse, et que jamais je n'aurais imaginé qu'un homme tel que lui puise me vouloir moi, qui me suis toujours débrouillée seule jusqu'à ce soir. Que jamais je ne me suis sentie aimée comme il le fait, que j'adore ça, et que ça m'a fait peur. Et que je veux bien essayer de l'aimer, parce que je sais que ce sera facile, parce que ça a déjà commencé.
Mais comme les mots ne veulent pas dépasser la barrière de ma bouche, je préfère la coller contre la sienne et essayer de lui faire comprendre tout ce que je suis incapable de dire.
Je le sens sourire contre mes lèvres, puis ses bras me soulèvent légèrement du sol tandis qu'il approfondit le baiser en venant caresser sa langue contre la mienne.
A cet instant, je suis sûre d'une chose.
Ca pourrait marcher, Peeta et moi. Je lui apprendrai à contrôler ses réflexes maladroits de fils de riche, et il m'apprendra à lui faire confiance, à mettre ma fierté en sourdine, à accepter que quelqu'un d'autre que moi peut s'occuper de moi.
Parce que le bonheur qu'il veut m'offrir, ça ne coûte rien et ça vaut le coup.
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Bon sang ce chapitre m'a donné un mal fou. Je n'arrivais pas à le conclure sans partir dans des envolées pas possibles, des dialogues qui servent à rien, des passages inutiles.
Je crois que je ne peux pas faire mieux et je vous remercie d'avoir lu, et reviewé. Vous avez été trèèès nombreux à lire, ça fait plaisir.
C'était sympa d'écrire ça, je recommencerai peut-être !
D'ici là, il est temps pour moi de retourner à la correction des Mesures Inimaginables.
Je posterai sûrement un bonus dans la soirée, ou demain.
Merci encore !
Alice.
