L'été s'était avéré l'un des plus chaud que les Dursley aient connus depuis de longues années. Il leur tardait qu'il touche à sa fin, que la température descende et, par la même occasion, qu'ils soient une fois de plus débarrassés de leur indésirable neveu.
Isolé dans sa chambre, la fenêtre grande ouverte pour laisser entrer un air à peine moins chaud et étouffant que celui qui stagnait lourdement dans la pièce, Harry se tenait allongé en travers de son lit, une fine pellicule de sueur recouvrant son corps et la gorge sèche.
A tout juste 16 ans, Harry avait encore grandit et paraissait relativement mince depuis l'année précédente. Ses joues s'étaient légèrement creusées et ses yeux verts arboraient des cernes, lui donnant une apparence négligée et légèrement maladive.
Cet impression de sous-alimentation venait en partie du fait qu'il n'était pas aussi bien nourrit que son cousin Dudley, ce qui n'était pas un tort en soi au vue de la masse grassouillette de l'intéressé, mais à cela s'ajoutait le fait que Harry Potter, jeune sorcier en vacance, avait perdu l'appétit depuis près de deux mois.
Tout au long de cet été marqué par la canicule, il n'avait cessé de ressasser les évènements qui avaient eu lieux au ministère de la magie. Avec le recul, il se rendait compte à quel point il s'était montré obstiné et sur de lui, entraînant ses amis dans un piège grossier contre lequel sa meilleure amie l'avait mis en garde.
Oui, Hermione Granger, que la quasi-totalité des professeurs et élèves de Poudlard considérait comme la sorcière la plus douée de sa génération, avait sentit le piège et avait tenté de le convaincre qu'il était imprudent de foncer tête baissée au ministère dans une tentative de sauvetage fondée sur sa seule conviction qu'il ne pouvait avoir tort.
Pourtant il ne l'avait que très peu écoutée. Oh, bien sûr il avait accepté d'utiliser la cheminée d'Ombrage pour tenter de communiquer avec Sirius dans sa demeure dissimulée aux yeux de tous qui servait de quartier général à l'Ordre du Phénix, mais quand Kreatur lui avait déclaré que son parrain était sortit, Harry s'était au fond de lui-même sentit tellement satisfait d'avoir eu raison qu'il avait accepté la parole de l'Elfe de maison sans même prendre la peine de se poser d'autres questions. Si seulement il avait demandé à voir Lupin ou à contacter n'importe qui d'autre…
Le jeune homme ferma les yeux en serrant les poings. Oui, il avait commis une terrible erreur. Il avait accordé du crédit à une créature qui n'avait jamais prit la peine de dissimuler le mépris et la haine qu'il éprouvait envers son maître et tous ceux qui étaient lié à lui, même de très loin. Persuadé d'avoir raison, il s'était précipité au ministère, entraînant malgré lui ses amis qui se fiaient à son jugement, qui lui accordaient leur confiance.
Eut-il attendu quelques minutes de plus, Rogue l'aurait trouvé et expliqué que Sirius était toujours bien à l'abri au 12, Square Grimmaurd et tout ce désastre aurait été évité. Harry ressentit une bouffée de colère à cette idée. Rogue, qu'il haïssait, aurait fait la différence ? Cette simple idée le révoltait. Au fond de lui, Harry se prenait parfois à songer que Rogue n'aurait de toutes façons pas prit la peine d'avertir Harry, il le détestait autant que Sirius. Il en venait même parfois à considérer que Rogue ne l'avait pas avertit, alors qu'il pouvait le faire à tout moment. Rogue l'avait laissé partir au ministère ; peut-être même avait-il prévu ce qui s'y était déroulé, avait délibérément incité Sirius à quitter sa retraite…
L'idée était séduisante. Trop séduisante, admettait Harry à contrecoeur. C'était si simple et si confortable de rejeter la faute sur un professeur qu'il détestait à un point tel qu'il en venait parfois à se demander s'il le haïssait autant que Voldemort lui-même.
Mais il était hors de question qu'il rejette la faute sur Rogue. Harry était déterminé à ne plus jamais se bercer d'illusions. Il accepterait sa responsabilité dans la mort de Sirius.
Des larmes perlèrent au coin de ses yeux alors que les cruelles mâchoires de la culpabilité se refermaient une fois de plus sur son cœur. Il refusait de se trouver des excuses ou de faire quoi que ce soit pour alléger le poids qui pesait sur ses épaules depuis ce jour maudit où il s'était jeté avec insouciance dans les griffes des Mangemorts.
Tous ses amis avaient étés blessés dans leur fuite éperdue. Ginny ne s'en serait pas tirée si Luna n'avait pas été là pour la sauver et la porter sur son épaule tout en repoussant les Mangemorts. Harry s'en étonnait encore deux mois après. La jeune Serdaigle lui avait toujours donné l'impression de n'être qu'une sorcière un peu cinglée et sans grand talent. Si on lui avait donné le choix, il n'aurait jamais déclaré vouloir l'avoir à ses coté pour affronter des Mangemorts. Pourtant, Luna avait dévoilé des talents insoupçonnés. Ginny et Ron lui devaient la vie et lui-même devait bien reconnaître qu'ils s'en seraient moins bien sortis sans son aide.
Ses pensées brièvement distraites, il se demanda soudain si la jeune fille s'était bien rendue en Suède pour l'été, comme elle l'avait déclaré à la fin de l'année précédente, pendant que Ginny la serrait contre elle en la remerciant une fois de plus pour son aide. Il espérait qu'elle avait bien profitée de ses vacances, tout comme Neville.
En repensant au garçon maladroit et peu sûr de lui, Harry revint à ses nombreuses préoccupations, tout particulièrement à la prophétie. Jamais il n'aurait crut que Neville aurait pu être le « Survivant » à sa place. C'était pourtant ce que lui avait révélé Dumbledore après cet épisode dramatique dans son bureau, alors que Harry détruisait tout ce qui lui tombait sous la main, furieux après l'Ordre, après Dumbledore et après lui-même.
Il devait bien admettre que Neville et Luna l'avait impressionné par leur façon d'agir au ministère. Lui qui les considérait comme les membres les moins fiables de l'A.D… C'étaient les deux seuls avec Ginny qui avaient eu le courage d'aller plus loin que de simples leçons en cachettes ; qui s'étaient volontairement lancés dans la guerre qui débutait à présent que le retour de Voldemort était officiellement reconnut par le ministère de la magie.
Une fois de plus, son jugement qu'il se plaisait à considérer comme ayant peu de faille lui avait fait faux-bond. Il n'osait pas imaginer la manière dont les évènements se seraient déroulés s'il s'était obstiné à ne pas emmener Ginny, Luna et Neville avec lui.
Bien sûr, personne n'en était sortit indemne. Luna était celle qui avait le moins souffert, ne récoltant que quelques petites égratignure. Harry lui-même ne devait ses blessures qu'à sa rencontre avec Voldemort, mais il ne l'avait pas affronté. Dumbledore s'en était chargé à sa place.
L'Ordre du Phénix avait subit une lourde perte en venant à la rescousse des élèves. L'ironie de la situation était d'une rare cruauté aux yeux de Harry. Sirius était mort en venant sauver son filleul, qui s'était mit en danger afin de le sauver d'une menace imaginaire.
Harry se tourna sur son lit et enfoui son visage dans l'oreiller afin d'étouffer la longue plainte de rage et de tristesse qui lui échappa. C'était sa faute si Sirius était mort. Jamais auparavant il ne s'était autant détesté et s'étonnait vaguement en constatant à quel point c'était facile.
Il n'en éprouvait pas moins de rage et de rancoeur envers les autres personnes qu'il estimait plus ou moins responsable. A commencer par le ministère qui avait finalement admit qu'il n'était pas un menteur et que Voldemort était bien de retour, à présent que la guerre était trop engagée pour qu'on soit capable de l'ignorer plus longtemps.
De même, Fudge avait fait une déclaration innocentant Sirius Black de toutes les charges pesant sur ses épaules. Comme si ça avait encore de l'importance, songeait Harry avec amertume. C'était un piètre réconfort de voir la vérité rétablie quand le principal concerné n'était plus là pour en profiter.
Il tenait également l'Ordre pour en partie responsable. A ses yeux, Dumbledore et les autres membres auraient dû empêcher Sirius de quitter sa demeure, surtout pour affronter les Mangemorts.
Encore aujourd'hui, il ne comprenait pas pour quelles raisons on l'avait laissé prendre part à l'opération après tous ces mois à lui imposer de rester cloîtré alors qu'il brûlait d'agir. Harry se souvenait encore de sa verve alors qu'il affrontait Bellatrix dans un duel acharné. Malgré ses propres problèmes à ce moment, il en avait conçut une certaine admiration pour son parrain.
Pourtant, cette rage de vaincre qui l'avait animé et ses piques à l'encontre de la Mangemort ne lui avaient pas évité de mourir. Il n'y avait même plus de corps à mettre en terre et à honorer. Sirius n'avait même pas eu droit à des funérailles, ce qui mettait Harry en rage. Bien sûr, il avait été le dernier des Black et considéré comme un traître à son sang ; les autres membre de sa famille, hormis Harry et Tonks, étant partisans de Voldemort, il y avait peu de chance qu'il soit traité avec égard. Mais Harry estimait que l'Ordre aurait au moins put avoir la délicatesse de prendre les choses en main. Après tout, Sirius ne leur avait-il pas fournit un quartier général ?
Frémissant de rage, Harry donna un coup de poing dans le mur, ignorant la brève douleur qui lui remonta dans le bras, l'engourdissant au passage. Il crut entendre l'Oncle Vernon grogner quelque chose à son intention depuis le salon, mais choisit de l'ignorer.
Cet été avait été le plus calme de toute sa vie. Les Dursley, intimidés par les menaces à peine voilées de l'Ordre du Phénix en général et de Maugrey en particulier, n'avait pas osé s'en prendre à Harry comme c'était pourtant leur habitude. N'était la tristesse et le désespoir de Harry, il aurait considéré ces vacances comme étant les plus agréables de sa vie. Une ironie de plus qui ne laissait de le tourmenter.
Il avait reçut très peu de courrier, au cours de l'été. Les quelques lettres de Ron et Hermione étaient brèves et assez confuses, comme s'ils ne savaient pas quoi lui raconter et craignaient que chaque mot ne le pousse à commettre une bêtise quelconque. Même le courrier qu'il avait reçut pour son anniversaire était empreint de cette gêne et en d'autres circonstances, il se serait sentit offensé, mais plus rien n'avait encore vraiment d'importance à ces yeux.
De l'Ordre, il n'avait plus reçut aucune nouvelle. Sirius avait été son principal correspondant, de toutes façons. Harry se demanda fugitivement comment il allait s'en sortir à présent qu'il ne pouvait plus compter sur les précieux conseils de son parrain. Au moins il me reste Hermione, songea Harry. Mais il devait admettre que ce n'était pas la même chose. Hermione était sa meilleure amie avec Ron, mais elle n'était pas sa famille.
L'année à venir lui paraissait bien sombre. Ombrage partie et sa réputation officiellement restaurée, il devrait en toute logique se montrer optimiste, mais deux mois passés à ruminer ses erreurs avaient sérieusement ébranlés sa confiance en lui-même et sa capacité à voir le bon coté des choses.
Parviendrait-il à échapper une année de plus à Voldemort et ses Mangemorts ? Serait-il seulement capable de se montrer à la hauteur de cette maudite prophétie ? Etait-il seulement capable d'affronter le mage noir alors qu'il reconnaissait lui-même être loin d'avoir le talent d'Hermione en matière de magie ? Oh, bien sûr, il la surpassait en Défense contre les forces du Mal, mais pour tout le reste, il se sentait très loin derrière son amie. A bien y réfléchir, il se rendait compte à quel point Hermione s'était montrée précieuse tout au long de sa scolarité. Avec une pointe amère, il se disait parfois que Voldemort aurait été bien plus inspiré de craindre Hermione Granger plutôt que Harry Potter.
Bon sang, je donnerais tout pour avoir ne serait-ce qu'une année de calme et de tranquillité, sans devoir craindre le prochain piège de Voldemort…songea Harry avec lassitude. Mais depuis cinq ans qu'il était à Poudlard, pas une seule année ne s'était déroulée sans qu'il ait à échapper à Voldemort. Bon, sauf sa troisième année durant laquelle il craignait que Sirius ne tente de le tuer, mais à l'époque, il le croyait l'allié de Voldemort en quête de vengeance. Dans tous les cas, il n'avait aucune raison de s'attendre à une année paisible.
Une soudaine agitation et des éclats de voix le tirèrent soudain de sa léthargie et il se redressa à demi sur son lit, à la fois curieux et inquiet, tendant l'oreille. Il redoutait une attaque de Mangemorts, mais il supposait qu'ils ne prendraient pas le risque d'un tel assaut en plein cœur du monde moldu et se trouvait de toute façon sous la protection du sortilège légué par sa mère et renforcé par Dumbledore.
Il en était à ce stade de ses réflexions quand la porte de sa chambre s'ouvrit à la volée et qu'une femme aux cheveux rose vif entra, se prit les pieds dans le tapis et s'étala de tout son long dans la pièce.
-Salut Harry ! lança Tonks en se relevant, un sourire embarrassé sur les lèvres.
-
L'Oncle Vernon lança un regard noir en direction du plafond en entendant un coup sourd contre le mur, cessant un bref instant de s'éventer avec son journal.
-Qu'est-ce qu'il trafique encore, celui-là ? grogna-t-il d'une voix forte. Sûrement un sale coup avec ses amis bizarre !
-Ne fait pas attention à lui, conseilla Pétunia en regardant avec inquiétude autour d'elle. Tu les as entendus, non ? Ils nous surveillent et je suis sûre que s'ils trouvent quelque chose à redire…
Elle laissa sa phrase en suspend et tous frissonnèrent en imaginant les tourments que pourraient leur infliger les sorciers s'ils venaient à estimer qu'ils ne traitaient pas Harry correctement.
Incapable à se résoudre à être aimable avec le jeune homme, les Dursley avaient optés pour un compromis et se contentaient de l'ignorer, agissant comme s'il n'existait pas en dehors des repas. Là encore, Pétunia se contentait de lui monter un plateau, Harry refusant de quitter sa chambre. Une infime partie de son esprit s'alarmait en constatant qu'il touchait à peine à son assiette, craignant qu'on l'accuse de ne pas le nourrir, mais elle l'ignorait fermement, arguant intérieurement qu'on ne pouvait pas lui reprocher de ne pas le forcer à manger.
Dudley était le moins inquiet de tous. A ses yeux, du moment qu'il pouvait se goinfrer devant la télé et aller s'amuser avec ses amis, peu lui importait son cousin qu'il ne voyait de toutes façon jamais.
Des coups retentirent soudain avec force et Vernon leva de nouveau un regard colérique vers le plafond avant de prendre conscience que cette fois, le son provenait de la porte d'entrée. Grognant et pestant dans l'air étouffant de chaleur, il s'extirpa du divan et traversa le salon d'un pas lourd, se dirigeant vers la porte que le visiteur malmenait à nouveau avec une pointe d'impatience, visiblement.
N'appréciant pas l'insistance que manifestait l'indésirable eut égard à la chaleur écrasante, Vernon ouvrit la porte en même temps que sa bouche, s'apprêtant à agonir d'injures le malpoli, mais sa voix se perdit en même temps que les couleurs de son visage.
Trois personnes se tenaient devant l'entrée. L'unique femme du trio fit une grimace tout en ayant un mouvement de recul et buta contre l'homme au visage ravagé et au chapeau melon de guingois, masquant l'un de ses yeux, qui lançait des regards furtifs dans toutes les directions.
-Ah, mais c'est quoi cette odeur atroce ?
Le dernier homme se fendit d'un sourire amusé et poli à la fois. Vernon ne l'avait jamais vu, contrairement aux deux autres qu'il avait aussitôt identifié comme étant les sorciers qui l'avaient menacé au début de l'été. Grand, les cheveux châtain et court, ses yeux émeraude pétillaient d'intelligence et une barbe soigneusement taillée encadrait son large visage. Il salua poliment l'Oncle Vernon d'un signe de tête.
-Bonjour, Mr Dursley. Excusez l'impolitesse de Miss Tonks, elle semble avoir tendance à parler plus vite qu'elle ne réfléchit.
-Hé ! protesta l'Auror. Soyez polis, Wingdal !
-Comme vous venez de l'être ?
-Vu la façon dont ces moldus ont traités Harry toutes ces années, ils peuvent s'estimer heureux que je n'exprime pas le fond de ma pensée !
-On s'en fiche, trancha Maugrey en poussant tout le monde à l'intérieur. A rester sur le pallier, on va se faire repérer.
Pétunia émit diverses protestations en constatant l'intrusion, mais Maugrey retira son chapeau, exhibant son œil magique, ce qui sembla couper la voix de la tante de Harry qui parut sur le point de tourner de l'œil.
-Comment osez-vous rentrer chez les gens comme ça ? explosa finalement Vernon, une veine battant furieusement à sa tempe et son visage presque violet sous la chaleur et la colère.
-Va chercher Harry, Tonks, grommela Maugrey en ignorant le propriétaire des lieux.
-Nous sommes malheureusement pressés par le temps, expliqua Wingdal d'une voix apaisante. Mais nous ne resterons pas très longtemps, ne vous inquiétez pas.
L'Auror aux cheveux rose monta les escaliers quatre à quatre et se dirigea vers la porte de la chambre de Harry en souriant, bien décidée à lui faire une surprise. Elle l'ouvrit rapidement en voulant jaillir dans la chambre comme un diable hors de sa boite, mais son pied se prit dans un pli du tapis et elle se vautra lourdement par terre dans un bruit sourd qui provoqua un échange de regards éloquents entre wingdal et Maugrey, devinant sans peine l'origine du son tant la maladresse de Tonks était connue.
Sous le regard étonné de Harry, Tonks se releva rapidement en affichant un sourire embarrassé, dépitée d'avoir raté son entrée et de constater que ça ne lui avait même pas arraché un sourire.
-Salut Harry ! lui lança-t-elle d'un ton enjoué tout en se redressant.
-Tonks ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?
-Prépare tes affaires, on est venu te chercher. Tu passes la semaine au Terrier.
Harry posa sur elle un regard morne qui prit Tonks de court. Elle s'était attendue à ce qu'il saute de joie, pas qu'il la fixe comme si elle venait de lui annoncer qu'il était bon pour Azkaban.
-Tu m'as entendue, Harry ? demanda-t-elle d'une voix laissant entendre qu'elle doutait que ce fut le cas.
-Oui… marmonna le jeune homme.
-Bon, ben fait tes bagages, alors ! Maugrey va devenir maboul si on le fait trop attendre. Encore plus maboul qu'il ne l'es déjà, ajouta-t-elle dans l'espoir de lui tirer un sourire.
Avec un haussement d'épaules, Harry se laissa tomber sur son lit, se sentant étrangement vide. Au fond de lui, il s'étonnait de sa réaction. En temps normal, il aurait bondit à l'idée de quitter Privet Drive pour se rendre chez Ron, mais il n'éprouvait aucun plaisir à cette nouvelle et les paroles de Tonks glissaient sur ses épaules comme s'il avait porté une cape de glace.
En bas, Maugrey examinait chaque recoin de la maison, son œil tournant furieusement dans son orbite, mettant les Dursley particulièrement mal à l'aise. Ils s'efforçaient de conserver leur attention sur Wingdal, mais l'ancien Auror au visage ravagé exerçait une fascination malsaine qui attirait l'œil.
S'en rendant compte, Wingdal adressa un sourire amusé aux Dursley.
-Ne faites pas attention à lui, il est d'une extrême prudence en toutes circonstances, déclara-t-il avec un regard qui en disait long sur ce qu'il pensait de la paranoïa de son compagnon.
-Et c'est bien le minimum pour rester en vie ces temps-ci, grommela Fol Œil en regardant Dudley avec une expression dégoûtée. Bon sang, regardez-moi celui-là, Wingdal ! Jamais vu un garçon aussi gras et mou… Encore heureux qu'il ne soit pas sorcier, il ne passerait pas la semaine !
-Non mais dites donc ! s'époumona Vernon qui tendait vers le violet.
Dans la chambre de Harry, Tonks acheva de boucler la valise du jeune homme, posa la cage d'Hedwige dessus et marcha vers la porte en lançant un regard noir au filleul de Sirius avant de se pencher dans l'encadrement.
-Wingdal ! cria-t-elle. Venez chercher les bagages de Harry !
-Pourquoi vous ne le faites pas vous-même ? s'étonna le barbu, sincèrement étonné.
-Parce que j'ai un autre colis sur les bras, répliqua avec mauvaise humeur l'Auror.
Wingdal fronça les sourcils, intrigué, mais monta à l'étage et avisa la porte ouverte d'où sortait la voix d'une Tonks visiblement remontée. Elle tenait Harry par le bras et le secouait à moitié, le fustigeant avec colère. Sans un mot, Wingdal sortit sa baguette et fit léviter les bagages.
-Il n'y a rien d'autres ? demanda-t-il en parcourant la pièce du regard.
-Non, et si jamais on oublie quelque chose, il n'aura qu'a s'en prendre à lui-même !
-Un problème ?
-Je m'en charge, Wingdal, rétorqua Tonks. Contentez vous d'expédier les bagages au Terrier.
Wingdal hocha la tête et fit ce qu'on lui demanda avant de redescendre rejoindre Maugrey qui criait autant que Vernon. Le sorcier soupira, se demandant s'il s'agissait là d'un bizutage répandu dans l'Ordre du Phénix que d'envoyer les nouveaux membres sans méfiance en compagnie d'une Auror maladroite un rien délurée et d'un ancien Auror tellement parano qu'il suspecterait sa propre mère de vouloir l'empoisonner en lui donnant le sein.
Pour sa part, Harry sentait la colère monter en lui. De quel droit Tonks le traitait de cette façon ? Elle ne comprenait pas sa souffrance, il en était sûr, sinon elle le laisserait en paix plutôt que de le tirer vers la sortie en lui reprochant son attitude.
Revoir Tonks avait ravivé ses souvenirs avec une intensité insoupçonnée. C'était probablement parce qu'il s'agissait de la cousine de Sirius, estimait Harry. A quoi pouvait bien penser l'Ordre en l'envoyant elle plutôt qu'un autre le chercher ? Dumbledore manquait vraiment de sensibilité à son égard, songea froidement Harry.
Finalement, Tonks parvint à traîner littéralement Harry hors de sa chambre, ce qui ne fut pas une tâche aisée vu que le jeune homme s'agrippa fermement à son lit, puis à la porte.
-Mais tu vas arrêter de te conduire comme un sale gosse ? cria Tonks. Moi qui pensais que tu serais ravi d'échapper à ces horribles moldus, ça m'apprendra à vouloir te faire plaisir !
Les moldus en question protestèrent avec force avant que Fol Œil ne pose son œil magique sur eux, les réduisant au silence. Wingdal soupira bruyamment, pressé d'en finir avec cette tâche bien plus compliquée que prévue.
Tonks porta à demi Harry par le col de son pull afin de lui faire descendre l'escalier et rata une marche. Vif comme l'éclair, Wingdal sortit sa baguette et fit doucement léviter les deux sorciers pour les poser sur le plancher des vaches.
-Merci, lâcha Tonks. T'as vraiment décidé de me pourrir la journée, Harry…
-C'est qui, lui ? demanda le jeune homme en regardant Wingdal d'un air sombre.
-Harold Wingdal, se présenta le concerné en tendant la main. J'ai beaucoup entendu parler de vous, Mr Potter. Je suis sincèrement ravi de faire votre connaissance !
Harry lui serra brièvement la main, de mauvaise grâce, et supporta stoïquement le regard appuyé de Maugrey. Décidant qu'il avait bien affaire à l'authentique Harry Potter et non pas à une quelconque imitation, il lui adressa un sourire.
-Bien, on peut y aller ? demanda l'ancien Auror.
-En route, oui, répondit Tonks. On a perdu assez de temps comme ça !
-Au plaisir de vous revoir, lança Wingdal aux Dursley qui ne partageait visiblement pas la même opinion.
Tonks resserra son étreinte autour du bras de Harry et laissa ses compagnons transplaner sur place. Elle attendit quelques minutes, au cas où il y aurait un problème, puis Wingdal reparut pour lui annoncer que la voie était libre. Cette fois, elle transplana avec Harry, imitée par Wingdal.
L'Oncle Vernon resta un moment bouche bée devant l'endroit où s'était tenu le petit groupe de sorcier, puis grommela dans sa moustache et retourna dans le salon, bien décidé à oublier les évènements de la journée, rapidement suivit par sa famille.
Au moins, ils n'auraient plus à se soucier de leur neveu et de ses amis bizarres.
-
Pris d'un soudain vertige, Harry trébucha et manqua tomber, mais Tonks le tenait toujours fermement et le redressa sans ménagement, visiblement de très mauvaise humeur. Elle traîna Harry jusqu'à la porte de la maison reconnaissable entre toute devant laquelle ils étaient apparus et frappa au battant.
Mrs Weasley ouvrit aussitôt et se précipita sur Harry pour le serrer dans ses bras.
-Harry, mon chéri, qu'elle joie de te revoir ! Tu vas bien ? Tes moldus ne t'ont pas embêté, j'espère ! Ma parole, mais tu es maigre comme un clou, ils ne t'ont rien donner à manger ?
Elle l'entraîna à l'intérieur sans même lui laisser une chance de répondre. Tonks la suivit, accompagnée de Wingdal et retrouva Maugrey confortablement installé devant une tasse de thé qu'il reniflait avec suspicion.
-Je vais te faire un petit quelque chose, assura Mrs Weasley. Tonks, Mr Wingdal, vous désirez du thé ?
-Je veux bien, répondit Tonks en s'installant.
-De même, merci, fit écho Wingdal en l'imitant.
Un bruit de course se fit entendre et un grand jeune homme dégingandé aux cheveux roux dévala l'escalier pour saisir Harry aux épaules, visiblement ravi de le voir.
-Harry, comment tu vas, mon vieux ?
-Salut Ron, marmonna Harry sans enthousiasme.
-Ca va pas fort, on dirait, commenta Ron avec une grimace. T'en fais pas, on va te changer les idées, parole !
Il fit asseoir son ami et tenta d'engager la conversation avec un ton enjoué qui sonna faux aux oreilles de Harry. Le jeune homme se contenta de répondre machinalement et avala de même le sandwich que lui tendit Mrs Weasley, visiblement inquiète de son état. Tonks buvait son thé dans un silence boudeur et Wingdal discutait tranquillement avec Maugrey qui avalait prudemment son thé, ayant finalement conclu qu'il n'était pas empoisonné.
Une jeune fille aux longs cheveux roux descendit à son tour, visiblement contrariée et s'installa à coté de Tonks, affichant la même expression avant de noter la présence de Harry. Elle se fendit alors d'un sourire ravit.
-Harry ! J'avais oubliée que tu arrivais aujourd'hui, comment tu vas ?
-Salut Ginny. T'as pas l'air réjouie, toi non plus, répondit Harry, intrigué malgré lui.
-Maman ne veut pas que j'écrive à Luna, expliqua Ginny en reprenant son air boudeur, croisant les bras. Je voulais avoir de ses nouvelles, savoir si elle avait été en Suède…
-On ne va pas envoyer un hibou si elle est en Suède, intervint Mrs Weasley. Errol voudrait se perdre et Coq est bien trop petit pour un si long trajet ! De toutes façons, tu la verras bien assez vite, les cours reprennent dans une semaine.
-Et si jamais elle croit que je l'ai oubliée ? marmonna Ginny.
-A mon avis, c'est plutôt elle qui aura oubliée que tu existe, commenta Ron en se tapotant la tempe du doigt d'un geste éloquent.
-Ron ! Je te rappelle qu'elle nous a sauvés, au cas où tu l'aurais oublié !
-Aucune chance, rétorqua son frère, la mine sombre. Elle a passée l'été à me parler de Loufoca, expliqua-t-il à Harry. J'ai cru devenir aussi dingue qu'elle…
-Elle s'appelle Luna !
Harry baissa le nez sur son sandwich pendant que Ginny criait sur son frère, regrettant le calme de Privet Drive. Cette découverte lui laissa un goût amer. Jamais auparavant il aurait accepté l'idée qu'il préférerait Privet Drive au Terrier.
La vérité était que tout ce qui était lié au monde magique lui rappelait la perte qu'il avait subit. Ce monde qu'il aimait par-dessus tout lui était devenu presque insupportable. Il avala le reste de son sandwich, ignorant le regard désapprobateur de Tonks. Pour sa part, il ne comprenait pas comment elle parvenait à s'amuser et plaisanter alors que son cousin était mort.
-La vie doit continuer, Harry, lança l'Auror comme si elle avait lut ses pensées.
Le visage de Harry se crispa et il darda sur elle un regard noir.
-Tu crois que Sirius aurait voulut que tu passes ton temps à te lamenter ? reprit Tonks. A moi aussi, il me manque, mais ce n'est pas en déprimant que les choses s'arrangeront !
-Tais-toi ! hurla Harry en se levant brusquement. Ne me parle pas de Sirius !
-Je t'en parlerais si c'est le seul moyen de te faire réagir ! hurla en retour Tonks en se levant également.
Mrs Weasley ouvrit la bouche pour tenter de les calmer, mais aucun son ne sortit. Ron et Ginny étaient pétrifiés, n'osant faire un bruit. Maugrey écoutait la discussion avec attention, son œil magique posé sur Harry. Wingdal se faisait discret. Il avait entendu parler de ce qu'il s'était passé au ministère, mais ne connaissait pas les détails. Il éprouvait une certaine curiosité, mais estimait qu'il serait malvenu d'intervenir.
-Tu ne comprends pas, reprit Harry en s'efforçant de refouler ses larmes. C'est ma faute s'il est mort ! C'est comme si je l'avais tué moi-même !
-Tu es un imbécile si tu crois ça, Harry ! Sirius est mort, tu ne peux plus rien y faire, alors cesses de te morfondre comme un moins que rien !
-Ca ne te fait rien qu'il soit mort ! explosa Harry. Tu t'en fiche complètement et tu oses prétendre que c'était ton cousin ?
Tonks posa sur Harry un regard noir dans lequel commençait à apparaître des larmes. Elle se détourna finalement et se dirigea vers la porte.
-Arrête un peu de te prendre pour le centre de l'univers, Harry. Tu n'es pas le seul à avoir des sentiments et à être affecté par la mort de Sirius.
Elle s'arrêta sur le pas de la porte et se tourna une dernière fois vers lui.
-Au revoir, Mr Tire-la-Gueule. Rappelle moi le jour où tu ne méritera plus ce surnom, on pourra peut-être discuter, à ce moment là…
Et elle partit, laissant un Harry frémissant de rage entouré par ses amis qui s'agitaient, mal à l'aise. Seul Maugrey ne se formalisa pas de la tension qui régnait dans la pièce. Il adressa un signe de tête à Wingdal et se leva, imité par le nouveau membre de l'Ordre.
-Bon, on va y aller nous aussi. Merci pour le thé, Molly. Soyez vigilant, tous, et toi plus que tout autre, Harry !
-Et bien au revoir, lança Wingdal. J'ai été ravi de faire votre connaissance à tous.
Tous deux quittèrent le Terrier à leur tour, Laissant Harry en compagnie des Weasley. Le jeune homme se laissa lourdement tomber sur sa chaise, les paroles de Tonks lui martelant le crâne.
-T'en fais pas, tenta Ron en lui tapotant maladroitement l'épaule. Elle est sur les nerfs, elle aussi…
Ginny garda le silence, mais elle approuvait Tonks. Elle n'aimait pas voir Harry aussi déprimé. Mrs Weasley sursauta soudainement et partit fouiller dans un tiroir avant de revenir vers Harry en lui tendant une enveloppe. Le jeune homme la contempla sans comprendre.
-Tes résultats de BUSE, expliqua Mrs Weasley. Enfin, je suppose. La lettre est arrivée en même temps que celle de Ron et porte le sceau de Poudlard. J'imagine que Dumbledore a jugé préférable de l'envoyer ici, au cas où tes moldus ne s'en débarrassent.
Harry prit la lettre en hochant la tête. Ca paraissait logique, en effet. Il se rendit soudain compte qu'avec tout ce qu'il s'était passé, il n'avait pas un seul instant pensé à ses résultats. Il avait même complètement oublié qu'il avait eu des examens aussi importants l'année précédente.
Il décacheta l'enveloppe et en sortit la feuille soigneusement pliée. Ressentant un brusque accès d'anxiété, il parcourut la liste de ses notes et sentit son moral remonter. Il avait obtenu un Optimal en Défense contre les forces du Mal, probablement grâce à sa démonstration du Patronus, mais plus surprenant encore, il avait décroché un second Optimal en potion.
Ron, qui lisait par-dessus son épaule laissa échapper une exclamation étonnée.
-Optimal en potion ! Comment t'as réussit ça, Harry ? C'est à peine si j'ai eu un Acceptable !
-Je sais pas, répondit Harry, se remettant de sa surprise.
Il prenait peu à peu conscience de ce qu'impliquaient ses résultat et ce second Optimal inespéré. Il avait toutes les BUSE requises pour tenter de décrocher les ASPIC nécessaires pour devenir Auror.
Après son entretien avec McGonagal l'année précédente, Harry avait à moitié renoncé à son ambition, persuadé qu'il ne parviendrait jamais à décrocher un Optimal en potion, Rogue n'acceptant pas en cours les élèves ayant eu moins. Ce revirement inespéré eut un effet bénéfique sur son moral et il en oublia un bref instant ses soucis, adressant un léger sourire moins artificiel aux Weasley qui l'entouraient et qui semblaient un peu rassurés.
